gruyeresuisse

14/10/2019

Clément Rosset : bio mais pas trop

Rosset.jpgClément Rosset a voulu publier à titre posthume ce recueil de récits «intimes» où sa personnalité n'est pas vraiment et volontairement mise en valeur. Au tout à l'égo il préfère le mise en exergue de  quelques-unes de ses manies ou de celles de ses proches en fidélité à son humour philosophique. Cette expression hors modèle se déroule sous la fausse apparence que pour bien écrire il suffit de faire preuve de fragilité, patience voire passivité.

Rosset 2.jpgL'auteur donne l'impression que le vent plus que la pensée pousse  ici le ballon de l'écriture. Mais il règne sur lui pour le placer. Plutôt de dire comment il a écrit certains de ses livres, il s'abandonne à un ultime jeu. L'écriture ne tombe jamais dans le trop plein. L'esprit transforme le destin en une extrême liberté. En accord avec la fin de tous, il s'applique à donner de connaître juste ce que nous ne pouvons supporter avec un drôlerie parfois blême mais corrosive toujours.

Jean-Paul Gavard-Perret

Clément Rosset, "Ecrits intimes. Quatre esquisses biographiques suivi de Voir Minorque", Editions de Minuit, Paris, 144 p., 19 E., 2019.

 

 

13/10/2019

Ariane Monod : juste avant effacement

Monod bon.jpgA la galerie Andata e Ritorno de Genève, Ariane Monod devient une artiste de la disparition. De son "esquisse murale" titanesque avec sa beauté et sa démesure il ne restera bientôt plus rien. L'artiste va effacer de la galerie ses deux pièces peintes au fusain et à l'eau. Les murs  reviendront à leur état naturel. Un blanc qu'il faudra sans doute raviver.

 

Ne restera que quelques photographies en guise de mémoire de ce qui n'est pas seulement un fond, un décor. Le visiteur s'y sera immergé pour devenir  le sujet mouvant et en à-plat face à ces deux œuvres  aussi inquiétantes que belles. A leur démesure succède le sacrifice

Jean-Paul Gavard-Perret

12/10/2019

Rosemarie Castoro l'indépendante

Castoro 2.jpgRosemarie Castoro, exposition, MAMCO, Genève, Du 9 septembre 2019 au 2 février 2020.

Retrouvant, à force de travail de la matière, la densité terrible du réel et sans souci de la morale Rosemarie Castoro a osé parfois l'exhibition de monstres qui n'étaient pas que les siens. Ses expérimentations ont renouvelé son propre lexique : d'où une oeuvre polymorphe, irréductible pleine de sérieux mais aussi d'humour qui sauva une artiste combattante farouche, intelligente et drôle.

Castoro.jpgAu cœur du même minimalisme, elle créa une dimension organique inquiétante. Le sexe féminin y a sa part. Mais bien plus qu'une figure féminine du courant minimalisme dans lequel on voulut la réduire, Rosemarie Castoro fixe et revendique une "inobjectivité" inséparable de ce qu'elle dut subir de ses pairs. Intégrant, sous de multiples formes, sa propre existence elle refusa toujours une neutralité pure.

Castoro 3.jpgVictime de sa "qualité" et "condition" de femme, elle dut se battre pour imposer son oeuvre. Des refus catégoriques d’exposition ou d’acquisition lui furent assénés de manière scandaleuse. Comme Ana Mendieta, Rosemarie Castoro a fini par engager son corps dans cette lutte . Il va venir "accidenter" les plaques d’acier de ses Flashers, figures masculines à la libido écrasante exhibant leur corps dans l’espace public. Et l'exposition du Mamco prouve comment l'œuvre de l'indépendante s’intègre dans un mouvement de réévaluation de l’histoire de l’art et ses impasses misogynes.

Jean-Paul Gavard-Perret