gruyeresuisse

09/11/2019

Yann Gross et Arguiñe Escandón : explorations

Gross.jpgYann Gross et Arguiñe Escandón, "Aya", Galerie Wilde, Genève, du 17 novembre 2019 au 9 janvier 2020.

A la suite de la découverte d’une carte postale de l'Amazonie imprimée en 1900  où figure Charles Kroehle, "mystérieux aventurier et photographe alsacien disparu dans la jungle péruvienne à la fin du XIXéme siècle", Yann Gross et Arguine Escandon ont commencé leur collaboration.

 

Gross 2.jpgDe la Suisse à l’Amazonie (et retour), ils ont procédé à des cérémonies chamaniques, des séances de photographie, des recherches et expérimentations sur les capacités photosensibles des plantes médicinales de l'Amazonie. Les deux artistes proposent une réflexion sur la notion de progrès sans tomber dans la mythologie de l’altérité, la quête de l’exotisme ou la croyance «engagée» qu’il existerait dans cette zone une société primitive à sauver.

Gross 3.pngL'exposition présente des photographies, des œuvres sur papier développées et une installation immersive inspirée par les usages en Amérique du Sud de plantes psychotropes. Ce "jungle show" offre ainsi un voyage très particulier propre à rectifier des idées reçues par  un travail où l'imaginaire est sans faux-fuyants et dénué de tout romantisme factice.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/08/2019

Voyages, Voyages : Franz Ackermann

Ackerman bon.jpgFranz Ackermann est né en 1963 à Neumarkt en Allemagne. Il a étudié à l'Académie des Beaux Arts de Munich puis de Hambourg. Il profita de ses études aux Beaux-Arts pour visiter New-York, Londres, Rome et Copenhague. Il se rendit ensuite à Hong-Kong et y découvrit un langage formel original et différent du modèle occidental.

 

Ackerman 2.pngIl définit l’expérience du voyage comme le centre de son travail et propose dans ses travaux une cartographie subjective où se croisent des images complexes d’environnement, de paysage et de ville. Les espaces créés sont enchevêtrés et forment des concentrations de visions bariolées. L'artiste travaille longuement sur place pour créer un rapport entre son oeuvre et l’endroit visité.

Ackerman 3.pngIl utilise de multiples techniques - comme le prouve cette exposition - même si la peinture reste au coeur de son oeuvre. Sa vision postmoderne est celle d’un monde livré aux ondes de choc du tourisme et autres invasions. Le quadrillage imaginaire des villes traversées permet la création de "Mental Maps" originales et pleines de force en une approche qui refuse la vision classique issue de la Renaissance. L'artiste propose une vision alternative, mouvante faite d'assemblages et superpositions, une vision d'abîme aux couleurs vives en des ensembles tourbillonnants, concentriques où le réel - tel qu'il est - est sans cesse dévié. Ackermann reste à ce titre un des principaux représentants d’un renouveau de la peinture en Allemagne. Et ailleurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

Franz Ackermann, "Our Houses", Templon, Bruxelles, du 5 septembre au 19 octobre 2019.

26/12/2018

John Custodio et les "sanglots ardents" des ruines paysagères

Custodio.jpgTraversant les USA John Custodio en a retenu détranges monuments ou vestiges. Il n'est pas le premier à entamer un tel "road movie" en images fixes. Mais chez lui ce que la distance accorde de proximité promet le lointain. En effet, le « réalisme » ou plutôt la figuration rapproche inconsciemment d’une sorte de temps qui n'existe plus. Ou mal.

 

Custodio 3.jpgDès lors le voyage s'engage dans un processus unique de création. Il reste l'épreuve de la transformation et la transgression du paysage tant par ceux qui ont créé de telles structures que par la manière dont Custodio les fait parler. Existent là les images de pâles survivances. Elles semblent sortir de nulle part au sein de paysages eux-mêmes défaits. Seule la photographie les sauve de leur perte.

 

Custodio 4.jpgNul sacré néanmoins en ces prises. Elles ne se veulent pas pieuses. Et à peine un diagnostic. Demeurent un effet de dérive et une image au-delà de l'image, une image cherchant le sens de la Présence qui n'existe plus. Les photographies possèdent le pouvoir de transformer des "corps" physiques plutôt vulgaires et comme "naturalisés" en ce qui porte encore et supporte le mystère par la théâtralité des clichés à la séduction paradoxale. Elle remplace une idée du beau par une autre.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jihn Custodio, "On the Road Structure", Soho Gallery, New York, janvier 2019.