gruyeresuisse

15/07/2021

L'abstraction ludique de Jan van der Ploeg

Van.jpgJan van der Ploeg , "The other window", Galerie Saint Hilaire, Fribourg, juin-juillet 2021.
 
Dans ses peintures, Jan van der Ploeg utilise des formes et des motifs géométriques simples et clairs, directement lisibles. Ils se situent dans la suite de ce que l'abstractionnisme zurichois inventa jadis. Toutefois chez lui les formes sont plus faciles d'accès car elles se rapprochent de ce que notre perception peut retrouver lorsqu'elle appréhende le réel.
 
 Van 2.jpgAvec le peintre hollandais - qui a créé un nombre considérable de peintures murales éphémères ou permanentes  toujours monumentales - l'impact est soutenu par les couleurs, vives et audacieuses dans leurs combinaisons, alternances et oppositions.
 
Van 3.jpgTout repose sur elles dans cette dynamique  de champs colorés pleins sur fond neutre et d'éléments vides sur fond coloré. Sol LeWitt n'est pas loin néanmoins le hollandais impose son style à la fois évident et surprenant dans ce montage de l'espace pictural extraverti et jovial. Ces deux tendances se conjuguent en une seule poussée vers  l'avenir. Ce qui est rare de nos jours.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

07/07/2021

"Couleurs de mon rêve" : contre toutes les attentes

Levy 3.jpg"Couleurs de mon rêve", Amina Benbouchta, M’barek Bouhchichi, Ekene Emeka-Maduka, Longinos Nagila & Alexis Peskin, Galerie Fabienne Levy, Lausanne, été 2021.
 
Le titre «Couleurs de mon rêve» choisi par la curatrice Kami Gahiga est choisi afin de souligner la diversité d'approches d'artistes africains. L'exposition ne prétend  donc pas généraliser une idée de l'art africain. Il n'existe pas plus que l'art européen ou américain. Chaque créateur propose son propre monde. Et la curatrice de mettre les points sur les i :" pour cette exposition, j’ai choisi des artistes qui, avant de partager un lien natif avec le continent africain, ont tous un regard qui nous apporte quelque chose". 
 
Levy.jpgIls sont 5 à porter  moins  les couleurs de l'Afrique qu'une utopie.  Entre autres à travers stèles  impressionnantes  du Marocain M’barek Bouhchichi. Ceui-ci crée un univers fascinant et qui arrache d'emblée toute idée arrêtée sur le continent. Il en va de même avec Nigérienne Ekene Emeka Maduka lancée dans une quête percutante du soi. Il en va de même avec la métrique du pliage du Kenyan Longinos Nagila. Se découvre chez tous ces créateurs arrimés à un idéal, le souci de perfection, de précision et de savoir faire. 
 
Levy 2 bon,.jpgDe telles œuvres d’art sont tout sauf bricolées même si souvent  beaucoup de critiques aiment rattacher les ambitions des sud à une esthétique du rafistolage.  Ces cinq célébrations plastiques donnent le jour à des rituels poétiques totalement décalés qui prennent à revers la représentation du monde  et la perception du spectateur.   Le but recherché par la curatrice et la galeriste est de cesser de laisser croire en la vérité des évidences  par des « évidements » chers à Georges Didi-Hubermann et des glissements entre l’imaginaire et la réalité. Les cinq artistes savent que pour embrasser le cœur des choses il faut passer par la périphérie. L’intégrité de leur travail oblige au refus du fantasme de type vériste afin que sourdent d’une fantasmagorie, géométrique ou non, des sensations énigmatiques.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

05/07/2021

L'art urbain de Barbara Cardinale

Cardinale.jpgBarbara Cardinale, "Transfert", coll. Varia, art&fiction, Lausanne, 2021, CHF 40.00.

Barbara Cardinale vit et travaille à Lausanne. Diplômée après un passage à l'ENSBA de Paris,, de l’EDHEA et de l'HAED (Genève)  elle participe à des expositions collectives en Suisse et à l’étranger. Elle a monté plusieurs expositions en solo et en duo dans des galeries et ses travaux figurent dans plusieurs collections publiques en Suisse et France. L'irruption de l'art urbain est donc préservé en de tels lieux.

Cardinale 2.jpgCar l'artiste est en effet reconnue pour ses affiches. Elles se retrouvent dans les rues de Lausanne et d'ailleurs. Ce sont des transferts qui se réalisent strate après strate. Y apparaissent des guerrières et des chimères comme métaphores à la beauté sauvage d'une lutte féminine et pleine d'humour. Placés sur les murs ils  dansent et s’enrichissent parfois de dessins et de lourdes sentences incongrues à l'épreuve du temps qu'ils subissent. Certains sont mêmes arrachées par des collectionneurs.

Cardinale 3.jpgEt en 2019 l'artiste a réalisé un court-métrage ("Dons urbains") sur son travail de rues. Cette édition ajoute une empreinte à son oeuvre première. Elle recèle deux posters sérigraphiés à partir de photographies d’affiches capturées dans leur contexte urbain. Existe donc ce que Barbara Cardinale nomme "une reproduction du dehors pour une installation en dedans". C'est aussi une mise en abyme de son expérimentation en un hymen du précieux et du vernaculaire. L'art urbain et sa rhétorique y trouvent une nouvelle emprise en déplaçant les hiéroglyphes de conjuration d'un espace à un autre.

Jean-Paul Gavard-Perret