gruyeresuisse

04/04/2021

La chanson bien douce de Philippe Jaccottet

Jaccottet.jpg"Le dernier livre de Madrigaux" a été publié quelques jours après la mort du poète. Il reprend des poèmes publiés parfois il y a très longtemps dans la revue Sud, la Revue des Belles-Lettres et le journal Le Monde. Philippe Jaccottet écrit des visions que lui inspire l’écoute de Monteverdi dont il avait traduit des madrigaux pour sa parente, claveciniste, Christiane Jaccottet-Loew.
 
Jaccottet 2.jpgSon propre chant en devient l'ombre, l’appel ou la venue d’une ombre par exemple dans une forêt médiévale ou à la rencontre de jeunes femmes qui l’éloignent du monde terrestre pour accéder à une autre réalité et une autre beauté. De celles qui se touchent moins par les yeux que par les mains. Dante est aussi un motif de rêverie musicale pour Jaccottet. Elle  se poursuit à le recherche d'une traversée qui permettrait d'échapper à la mort.  Là où jaillit un ombre légère, comme Virgile le fut pour l'auteur de la Divine Comédie.
 
Jaccottet 3.jpgMusique et poésie se rejoignent sous ciel du soir se couchant. Jaccottet y voit encore briller le soleil. S'il s’en va, il refuse à céder le pas à la nuit qui avale tout même si, alors; les étoiles butinent une plus fugitive clarté. D'un genre désuet il trouve donc le moyen de préserver la beauté du monde et de la lumière. Et à l'instant de sa propre disparition, le poème triomphe de la mort au nom de la grâce et du plaisir que toute existence peut donner.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Philippe Jaccottet, "Le dernier livre de Madrigaux", coll. Blanche,  Gallimard,  Paris, 2021, 48 p, 9€.

03/04/2021

Les défis de Joanna Ingarden

Ingarden.jpgJoanna Ingarden, Galerie Univers,  5, rue centrale - 1003 Lausanne, du 15 avril au 22 mai 2021.
 
Joanna Ingarden poursuit ses glissements de la représentation pour faire perdurer la magie de l'art mais permettent de le retrouver. Une telle transgression ouvre la peinture à un mouvement où le monde mute.
 
L'artiste se confronte toujours à l'ébranlement et au dépassement brutal des limites de la peinture plus par attraction terrestre que spéculation métaphysique afin que bouge la vie. Contre le sommeil de l'être englué dans les apparences,  la Lausannoise révèle des rapports cachés que les signes visuels entretiennent  avec le réel.
 
Ingarden 2.jpgPour se défaire de l'ombre, l'artiste, au lieu de l’attaquer de front, utilise coulées et sfumatos afin que nous retournions à une vie diurne. Refusant les pactes avec les ténèbres l’artiste les métamorphose. Un autre monde surgit dans une certaine diaphanéité.
 
Ingarden 3.jpgUn univers se libère : il est calme.  Enfin presque. Effaçant les contours ou altérant les masses l’artiste nous place entre le rêve et le réel. La dureté de ce dernier s’estompe. Le monde se soustrait provisoirement à la loi du déclin. Non seulement l'artiste colore le monde, elle fait palpiter ses profondeurs.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

09:48 Publié dans Femmes, Sports, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

01/04/2021

Les fantaisies pieuses de Line Marquis

marquis.jpgLine Marquis, Exposition, Musée de Moutier du 17 avril au 6 juin 2021
 
Cultivant sa propre « ligne » graphique et un univers apparemment instable, dans ses œuvres récentes présentées dans cette exposition, Line Marquis "revisite des thèmes ancestraux à la lumière d'un questionnement actuel".
 
Marquis 2.jpgAvec ses Vierges à l'enfant ou ses Pietà nouvelles normes, elle interroge la parentalité comme un lien susceptible de poétiser la vie, dans le contexte d'un monde en déliquescence. Mais nous sommes transportés loin d’une simple vision édénique. L'artiste mêle onirisme et apocalypse comme la tradition de l'art et  sa subversion. Elle  "éclaire" le monde contemporain par des visions  aussi douces qu'agressives ou drôles. Son univers demeure complexe : il y a autant d’images apocalyptiques que bucoliques, parfois douces jusque dans la finesse du dessin - dont l'immense fusain qu'elle développera pendant l'exposition.
 
Marquis 3.jpgExiste toujours un bouillonnement parfois sourd parfois ludique. Le tout avec humour  dans le mixage de la couleur et du noir et blanc ; ça et là il existe des touches psychédéliques, des inserts linguistiques ou des « reprises » d’images anachroniques revisitées. L'œuvre prouve combien les mécaniques et procédures se perdent en chemin afin de donner à voir  la recomposition du monde pour lui donner un profil particulier et une nécessaire dérive.
 
Jean-Paul Gavard-Perret