gruyeresuisse

22/02/2020

Buvette - pour l'ivresse

Buvette.pngCourir le risque pour un artiste de prendre comme nom "Buvette" (eu égard à son ex job de barman) afin de se faire reconnaitre dans le monde de l'electro pop tient de la gageure. Pourtant avec son troisième album "Elasticity", Cédric Streuli ,originaire  des Alpes suisses, impose avec le label français "Pan European Recording" - une empreinte originale sur la scène musicale internationale par une électro cosmique teintée d'influences diverses - notamment très années 80 (mais revisitée). En évolution constante Buvette poursuit ses explorations sonores nourries par ses voyages aux États-Unis, en Inde et au Mexique avant de se fixer en partie à Paris en 2015.

Buvette 2.pngSes musiques - même dans leur évolution - se teintent d'une mélancolie qui néanmoins devient avec "Elasticity" bien différente et plus intéressante que dans ses précédents "4 Ever" et "The Neverending Celebration". Nettement cadré ce nouvel album gagne paradoxalement en liberté. D'où sans doute son titre - même s'il évoque aussi les villes en extension qui provoquent de multiples sensations et émotions. Et ce, au moment où les machines sont accompagnées d'une basse, d'une guitare et d'une batterie. Elles cassent l'aspect lisse du son par des détails astucieusement pop. Les sons s’étirent, se rapprochent ou s'éloignent dans un flux subtil et insidieux. Il donne à la musique electro de nouvelles ailes de désir.

Jean-Paul Gavrd-Perret

20/02/2020

Les dessins à quatre mains de Caroline Ventura et Simon Paccaud

Paccaud.jpgCaroline Ventura et Simon Paccaud, "Dessins à quatre mains", 18 dessins, TSAR 23 editions Star Books Lausanne, CHF 18exposition à Valentin 61, Lausanne, Février 2020.

 

Comme pour la plupart de ses projets Simon Paccaud aime inviter d'autres créateurs à travailler avec lui. Son hymen plasticien avec Caroline Ventura a permis à l'un et à l'autre d'explorer de nouvelles directions. Les deux artistes avait déjà fait ensemble quelques collages mais le projet a eu du mal à se dessiner. Néanmoins Caroline Ventura pleine d'énergie et d'imagination a emporté son partenaire loin de ses images de prédilections ludiques et à caractères très masculins.

Ventura 2.jpgUne fois lancé le projet s'est réalisé dans un atelier en plein air. En discutant de la vie, les deux artistes ont créé des narrations enjouées et vives. L'une a colorié des zones, l'autre les a détourées en rajoutant des lignes sur lesquelles la première a rebondi. Au besoin se sont ajoutés autocollants, un petit chrome, etc. L'été fini au bord du Léman, tout s'est de fait achevé à la station de métro Poissonnière de Paris pour un nouvel échange de dessins. Simon Paccaud a été si emballé par certains dessins de Caroline Venture qu'il n'a même pas eu envie de les colorier.

 

Ventura 3.jpgLes oeuvres sont d'un dynamisme neuf et jouissif. Existe un plaisir du dessin qui ravit le regardeur. Les deux artistes espèrent ne pas en rester là : "Vivement l’été prochain,  les maillots de (...).Mais qui sait peut-être qu’on prendra un train pour aller dessiner le tessin" disent-ils. C'est ce qu'on souhaite aux futurs spectateurs des oeuvres à venir comme à leurs créateurs plein "d'en train".

 

Jean-Paul Gavard-Perret

11/02/2020

Jean Oth : la nudité et après

Oth.jpgJean Oth, "Échec et scotome", coll. Shush Larry, art&fiction, Lausanne, 2020, 124p.,CHF 17,80.

 

En 2008 est demandé à Jean Oth (1940-2013) un texte d'introduction pour une de ses expositions. Celui qui se disait « au bout du monde et au bordelart », en lieu et place, propose un récit autobiographique qui prend tout son sens après la mort de l'artiste. S'y retrouve en effet la genèse de ses images.

 

 

Oth 2.pngIl évoque ses premières perceptions et émotions visuelles. Entre autres les femmes qu'il "apercevait très haut sur des sellettes de bois". Et plus exactement "les femmes d’argile gris foncé, blanches ou terre de Sienne brûlée (...) qui se penchaient ou se tordaient pudiquement sur moi, en contreplongée bienveillante pour le petit garçon que j’étais." L'artiste est déjà fasciné par celles qui étaient totalement nues mais il ne néglige pas pour autant les autres, "drapées à la manière des pudeurs espagnoles qui exacerbent leur mystère".

Oth 3.jpgLe précuseur et pionnier de l'art vidéo permet de plonger dans les eaux profondes et troubles de sa vie amoureuse et de son travail incessant autour de la représentation et la non-représentation, de l'image et la peinture. « Ce dont je suis sûr, c’est qu’aujourd’hui les images m’ennuient tant que je ne les ai pas partiellement ou totalement cachées » précise-t-il en fin de texte. Il est alors animé moins par la pudeur que par la problématique qu'inclut la nudité et ce qu'elle cache. Il s'agit par l'art de tenter un pas au delà. Le Lausannois l'a poursuivi dans son enseignement à l'ECAL comme dans son travail jusqu’à sa mort en explorant divers types de monstrations.

Jean-Paul Gavard-Perret