gruyeresuisse

06/05/2021

Fragments pour Marine Foissey

Foissey 2.jpgI

L'image dans la faille du temps, dans sa brèche. "Faire barrage" dit-elle. De l'eau dormante à l'eau bouillonnante le vide à combler .

L'image qui se quitte ne se quitte pas. Elle se reprend. Méduse. En ford de Méditerranée

 II

Pas besoin de parler. Ou presque.  « je traverse, j’ai été traversé » disait Duras.  Reprendre cette phrase à propos des grammaire élémentaires de Marine Fossey. 

Chercher ses photographies. Leur magie tendre. Leurs masques sur les apparences.

Mais pour croire que le réel n’est pas parti. Du moins pas trop loin. Pas en totalité. 

III

L’image ne veut pas quitter un certains silence.  Et la solitude non plus. 

 « C’est là que j’ai vécu » écrivait encore Duras. 

IV

Les photographies sont des romans.  .

Un cinéma (presque) muet. Mais les images fixes parlent plus.

Sans dialogue de cire, mais de circonstance. 

Ce sont des réponses féminines "militantes".

Foissey 2.jpgV

Il faut réapprendre à ouvrir les yeux, à cesser de se taire. 

Ne pas se contenter de jouir dans l'inconfort, la rareté ou la solitude   

Mais dans la traversée. 

Prendre des aller sans retour. 

VI

Car l'œuvre n'est pas coupée du monde 

Marine Foissey rêve d'y vivre comme le reste d’une peuplade perdue dans le temps.
 
Pour atteindre un « temps pur » et comme sauvé des eaux.

Un temps sans conscience, un temps des premiers êtres. 

C’est un luxe.


VII

Les corps parlent soudain  une langue étrangère :

Dupes consentantes du non-dupe. 

Ça a un nom. C'est l'existence. 

Foissey 3.jpgVIII

Les images ne sont pas nues, elles sont dépouillées.  

L'espace autant à plat qu'en siphon, qu'en spirale.. 

IX

Entre les pans d'un voile un oeil qui  regarde. 

Ni dehors, ni  dedans.

C'est la folie qui dure. La folie pure.

Appel du vide. Pas n'importe lequel : le  vide à combler.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.


https://www.marinefoissey.com/

 

15:19 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

David Fernandes et Nayansaku Mufwankolo : déconstruction du genre

Iel.pngNayansaku Mufwankolo & David Fernandes, "NGC 0218 CCDM 1713", Librairie galerie Humus, Lausanne, 13 mai 2021.
 
 
Les dessins de David Fernandes possèdent une présence et une atmosphère particulières. Quittant le Valais, le Lausannois d'adoption invente une esthétique symbolique qui est la résultante de diverses influences. Entre autres la peinture surréaliste, l’ésotérisme (notamment les cartes de tarot), les bestiaires et l’imagerie des années 80-90. David Fernandès tient à garder un côté pictural dans ses images. La composition, la couleur sont essentielles dans ses narrations visuelles. L'auteur ne cesse d'ouvrir des perspectives comme il le fait par exemple avec Nayansaku Mufwankolo pour l'exposition "NGC 0218 CCDM 1713" à la Galerie Humus pour la 9ème "fête du Slip", le festival pluridisciplinaire des sexualités.
 
Iel 2.jpgL'artiste ne se reconnait pas dans les deux genres admis et binaires : "je n’ai jamais voulu être un garçon et je ne me suis jamais sentix être une fille". Même face à la langue elle/il s'est retrouvée face à un mur. Il s'agit alors d'ajouter des mots, pour rendre visibles des franges de la communauté LGBTIQA+ laissées de côté. Mais Nayansaku Mufwankolo y a découvert à quel point le racisme était très présent de même que la transphobie, la mysogynie, etc.. Et de noter "On ne parlait pas du tout de notion d’intersectionnalité à ce moment-là."  Aujourd’hui, l'artiste vit pleinement sa différence car ses mots existent enfin. A travers recherches, lectures, échanges elle a découvert ce qui lui convient le mieux. Pour "iel" "La langue française cloisonne beaucoup trop, c’est pour cette raison que j’ai pris le parti d’utiliser le They/Them. Pour moi, c’est complètement neutre et désincarné. Cela me correspond complètement et je le revendique".
 
Iel 3.jpgA la HEAD-Genève et à l’Eracom où elle enseigne Nayansaku Mufwankolo précise ses buts : «J’essaie de sensibiliser au maximum et de déconstruire aussi les stéréotypes véhiculés à travers la production visuelle" et d'ajouter "Au sein de l’espace de travail  nous nous respectons les unexs les autres dans nos différences et de fait tout commentaire ou blague à caractère sexiste, raciste, LGBTIQA+ phobe, qui ne respecte pas les croyances des personnes, c’est dehors."
 

Jean-Paul Gavard-Perret

05/05/2021

Miles Aldridge : Luxe, "came"  et volupté

Aldrige.jpgPour le photographe britannique Miles Aldridge les leurres du luxe restent un thème majeur. Ils touchent tous les milieux. Pour preuve  ses intérieurs kitschissimes des  banlieues du milieu du siècle dernier avec cuisine étincelante, téléphones aux couleurs acidulées et animaux toilettés.  
 
 
 
 
Alfrige 2.jpgNous les retrouvons dans les visions douces et amères de sa première rétrospective  aux États-Unis. Se découvre sa manière de créer des images inspirée par des rémanences cinématographiques de même que son travail avec Maurizio Cattelan dans un musée parisien. Sont présentés ses portraits qui mixent inconnu(e)s et stars : Marina Abramović, Gilbert et George, Viola Davis, Donatella Versace, David Lynch entre autres.
 
Aldrige 3.jpgL'ensemble se synthétise  avec les trois volets de son cosmos coloré. "Virgin Mary" fait référence aux peintres religieux classiques qui, comme Aldridge, représentent des expériences mystiques d’une manière artificielle par leur sens de la mise en scène. "Supermarkets" devient une métaphore de la société de consommation et de son "shopping thérapeutique". "Popcorn" rappelle l’influence du cinéma chez le créateur. Et une telle exposition (réalisée entre autres avec la Christophe Guye Galerie de Zurich) est une fête pour l'esprit :  "luxe calme et volupté" (Baudelaire) sont largement et ironiquement revisités.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Miles Aldridge , "Virgin Mary. Supermarkets. Popcorn. Photographs 1999- 2020", Fotografiska New York, mai - octobre 2021.