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29/08/2019

Voyages, Voyages : Franz Ackermann

Ackerman bon.jpgFranz Ackermann est né en 1963 à Neumarkt en Allemagne. Il a étudié à l'Académie des Beaux Arts de Munich puis de Hambourg. Il profita de ses études aux Beaux-Arts pour visiter New-York, Londres, Rome et Copenhague. Il se rendit ensuite à Hong-Kong et y découvrit un langage formel original et différent du modèle occidental.

 

Ackerman 2.pngIl définit l’expérience du voyage comme le centre de son travail et propose dans ses travaux une cartographie subjective où se croisent des images complexes d’environnement, de paysage et de ville. Les espaces créés sont enchevêtrés et forment des concentrations de visions bariolées. L'artiste travaille longuement sur place pour créer un rapport entre son oeuvre et l’endroit visité.

Ackerman 3.pngIl utilise de multiples techniques - comme le prouve cette exposition - même si la peinture reste au coeur de son oeuvre. Sa vision postmoderne est celle d’un monde livré aux ondes de choc du tourisme et autres invasions. Le quadrillage imaginaire des villes traversées permet la création de "Mental Maps" originales et pleines de force en une approche qui refuse la vision classique issue de la Renaissance. L'artiste propose une vision alternative, mouvante faite d'assemblages et superpositions, une vision d'abîme aux couleurs vives en des ensembles tourbillonnants, concentriques où le réel - tel qu'il est - est sans cesse dévié. Ackermann reste à ce titre un des principaux représentants d’un renouveau de la peinture en Allemagne. Et ailleurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

Franz Ackermann, "Our Houses", Templon, Bruxelles, du 5 septembre au 19 octobre 2019.

26/12/2018

John Custodio et les "sanglots ardents" des ruines paysagères

Custodio.jpgTraversant les USA John Custodio en a retenu détranges monuments ou vestiges. Il n'est pas le premier à entamer un tel "road movie" en images fixes. Mais chez lui ce que la distance accorde de proximité promet le lointain. En effet, le « réalisme » ou plutôt la figuration rapproche inconsciemment d’une sorte de temps qui n'existe plus. Ou mal.

 

Custodio 3.jpgDès lors le voyage s'engage dans un processus unique de création. Il reste l'épreuve de la transformation et la transgression du paysage tant par ceux qui ont créé de telles structures que par la manière dont Custodio les fait parler. Existent là les images de pâles survivances. Elles semblent sortir de nulle part au sein de paysages eux-mêmes défaits. Seule la photographie les sauve de leur perte.

 

Custodio 4.jpgNul sacré néanmoins en ces prises. Elles ne se veulent pas pieuses. Et à peine un diagnostic. Demeurent un effet de dérive et une image au-delà de l'image, une image cherchant le sens de la Présence qui n'existe plus. Les photographies possèdent le pouvoir de transformer des "corps" physiques plutôt vulgaires et comme "naturalisés" en ce qui porte encore et supporte le mystère par la théâtralité des clichés à la séduction paradoxale. Elle remplace une idée du beau par une autre.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jihn Custodio, "On the Road Structure", Soho Gallery, New York, janvier 2019.

19/05/2018

Mouvement, profondeur, espace : Valère Novarina

Novarina 2.jpgValère Novarina, « Une langue inconnue », (réédition) Editions Zoé, Genève.

Pour Novarina la langue « bête respiratoire à jamais imprévisible » se lie à une musique qui pense. Elle joue ici une variation maternelle sur la langue hongroise de sa mère dont une berceuse l’enchantait. Le Savoyard retrouve ainsi une racine hongroise à travers la sonorité d’une langue foraine qui se lie au français. Cette langue est celle du « fiancé fantôme » de sa mère et que son propre père lui avait refusé. Sans lui il aurait été un autre. Ou personne.

novarina.pngL’auteur ramène une nouvelle fois à la richesse sonore et non à l’abstraction de la langue. Le Hongrois pour lui « porte loin » - comme le Français. La pensée miroite dans l’une et l’autre de diverses énergies. Les mots ne sont pas les choses mais la pensée s’entend par l’incarnation qu’ils lui donnent. Et à travers cette langue incompréhensible et son expérience, Novarina fut atteint par un flux : il lui donne l’idée que la pensée est « une course de haies ». Et l’étrangeté incompréhensible tua l’idolâtrie des mots et le renvoya au patois savoyard, à sa richesse phonique, sa danse et son mouvement sourd

Novarina 3.pngAu nom de l’esprit balkanique, tout jeune Novarina, écrivit « liberté pour la Hongrie » puis des carnets dont « la mémoire : une eau où se noyer » que l’artiste « débrouillera plus tard ». Depuis il continue à travailler « à l’aveugle » sachant que l’écriture en « sait plus que nous » au nom d’une révélation, d’une métamorphose, d’une transfiguration. Novarina évoque aussi ses autres langues nourricière le latin, le français et le patois du Chablais cette « langue idiote et manuelle » qui invente et qui rit et connaît ses paysages par cœur : Samoëns, Champanges, Boëge, Brentonne, Habère-Poche et bien d’autres et aussi ses sobriquets dont l’auteur fit la collecte pour créer un tournoiement.

Jean-Paul Gavard-Perret