gruyeresuisse

10/12/2019

Surfaces de réparation, blocs de répartition : Angel Duarte

Duarte.pngAngel Duarte, "Paraboloïde Hyperbolique", Galerie du Griffon, Neuchatel, du 7 décembre au 26 janvier 2020.

"Paraboloïde Hyperbolique" présente l'importance de l'architecture et de la sculpture chez Angel Duarte. L'exposition propose les prototypes dont il s'est servi pour la réalisation d’oeuvres monumentales dans l’espace public suisse. S'y joignent des sculptures intrigantes en polystyrène ou d’acier qui l'ont mené vers l'art cinétique. De tels montages créent des effets de transparence et cela revient à créer une sorte d'aporie de la notion de surface. Il y a le lisse et ce qui s'y cache.

Duarte 2.jpgLa surface se dérobe et pourtant  une sorte de prurit interroge : la sculpture gratte, irrite le regard. Si les prototypes restent bien ordonnés surgissent néanmoins leur exaspération, leur saturation. Parfois, derrière le miroitant, émerge un granuleux particulier. Face à ce qui se dérobe ou s'entrouvre, apparaissent les aspérités de ce qui devient présence mais présence disloquée, déplacée, séparée. On peut donc parler de  surfaces de réparation et du lieu de la séparation.

Duarte 3.jpgL'artiste crée la dilution des qualités de surface et des qualités d'excroissances colorées. Elles provoquent des ombres là où le plan  surplombe et enfonce. Il y a des traversées - subreptices ou "irruptives".  Tout un travail subtil entre enveloppements, lambeaux et entrelacs nous contemple comme le "petit pan de mur jaune"  regardait Bergotte chez Proust.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/09/2018

Emilie Brout et Maxime Marion : le ventre des architectes

Brout 2.jpgEmilie Brout et Maxime Marion, exposition, Villa du Parc ; Centre d'Art Contemporain ; Parc Montessuit, du 13 octobre 2018 au 19 janvier 2019.



BROUT BON.pngEmilie Brout et Maxime Marion archivent dans le ventre de leur ordinateur des images et matériaux collectés sur internet ou dans le cinéma. Ils créent ensuite des interactions entre analogique et numérique dans des œuvres qui mélangent différents médiums. Ils ont transposé dans "Google Earth Movies" dix scènes mythiques du cinéma contemporain qu’ils ont reproduits à l’identique (cadrages, mouvements de caméra, etc.).Il n’est pas jusqu’aux ombres du jour du tournage à être reproduite - « Google Earth» permet en effet de remonter le temps. Sous couvert de la bande son d’origine de chaque scène choisie, les deux artistes proposent l’écart subtil et pertinent entre la scène tels qu’elle est photographiée dans la mémoire cinéphilique et les images digitales proposées et dénuées de  toute présence humaine. Ce qui permet de croire voir réapparaître les hélicoptères d’« Apocalypse Now », le squale des « Dents de la mer ». Et le regardeur peut même s’offrir le luxe de regarder le hors champs des lieux filmés.

Brout 3.jpgAvec « Dérives » ils ont créé un film sans fin constitué de 2000 extraits tirés de l’histoire du cinéma et dans lesquels la thématique de l’eau « jaillit » sous différentes natures : pluie, larme, océan, etc.. Un algorithme puise dans cette base de donnée pour créer montage en temps réel . « Hold on » permet au spectateur de devenir le deus ex machina de ses héros. De la contemplation il passe à l’action en un leurre de jeu vidéo. Il peut faire danser Travolta dans « La fièvre du samedi soir » ou piloter l’enfant du tueur de "Shining" dans les couloirs de l’hôtel.

Brout.jpgAutre type de « jeu vidéo », « Cutting Grass » devient une fable où le héros fauche sans cesse de l’herbe pour amasser du fric en une quête aussi inutile que vaine. Ce ne sont là que quelques exemples des expériences vidéographiques d'une oeuvre multimédia où se mêlent sculptures, installations, etc. Emergent une réflexion intense sur la fragilité du réel, la force et le détournement des images. Mais et en plus se découvrent certaines lois sur le comportement des hommes. Bref, et entre autre, l’algorithme devient un outil et un concept décisif pour penser la condition humaine et représenter des champs particuliers de la maladie de son imaginaire, de ses rêves et sans doute de sa misère. La fragilité devient le propre de l’humain et s’oppose aux certitudes divines de l’ordinateur dans divers digressions visuelles. L'art,  quels que soient ses supports, retrouve sa fonction critique.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/05/2018

Joschua Brunn et les métamorphoses du quotidien

Brunn.jpgJoschua Brunn, « Hard Drive », coll. « Rats », Indiana, Vevey, du 9 juin au 12 aout 2018.

Né en Allemagne et installé à Paris, Joschua Brunn revient dans le canton de Vaud où il est devenu le designer et l’artiste qu’il est en passant par l’ECAL. Il y affina ses rapports en art, matière, humain et design avant de rejoindre les frères Bouroullec puis la réalisation du projet qui l’a fait reconnaître : « Petit Central » (lampe avec un socle de marbre et source de lumière rotative).

Brinn 2.pngJoschua Brunn propose un design inventif mais dont l’excentricité est toujours jugulée. Le créateur comprend les possibilités des matières et il joue avec les formes qu’elles peuvent induire. Il ne cherche jamais à parasiter la matière mais l’emporte vers une poésie que l’exposition du collectif « rats » mets en exergue.

Brunn 3.jpgDe tels projets fonctionnent comme des rébus dont l’errance (apparente) est toujours fondatrice et peut déboucher sur des applications pratiques. La créateur met à nu une certaine idée du design : il l’ouvre pour comprendre jusqu’au mécanisme de la perfection en ce qui tient toujours d’un défi. Et si de tels projets ne résolvent pas forcément des problèmes pratiques ils deviennent une aporie de l’art.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:31 Publié dans Images, Techno, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)