gruyeresuisse

24/06/2017

Toutous pas snobs : Marty Goldstein

Goldstein 3.jpgMarty Goldstein n’obéit pas forcément aux toutous mais il en exhausse le règne en des bronzes jouissifs. A la rudesse du monde, le Californien préfère l’attention aux vies de chiens. Il faut dire qu’ils sont moins bêtes qu’humains. Sans dire des uns ou des autres qui en sortira grandit.

Sous le climat de l’Ouest américain, l’artiste sculpte ses toutous stupéfiants, se met à leur remorque, leur élan afin de nous propulser sous le charme enjoué de leurs physiques dodus ou altiers, pansus ou efflanqués. De manière insidieuse et pleine de tact il pousse la débauche et la transgression. Goldstein.jpgChaque toutou vit à sa guise : mais leurs pulsions restent de bonne facture. Le toutou - contrairement à l’homme - n’est pas guidé par son sexe. On peut même dire qu’il n’en a cure. A l’inverse du Gai-Luron de Gotlieb et des loups-bars de Crumb, les bas ventres des larrons de Goldstein ne sont pas gonflés d’amalgames douteux. Chaque chien semble savoir que ça existe mais c’est toutou. La modération semble bien de son côté.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

23/06/2017

Marie Mons : Île d’Elle

Marie Mons.jpgDécidée ou subie, la solitude des photographies de Marie Mons est pleine. Elle débride le vide par un nœud de contraintes trouvée dans les lieux nocturnes que la créatrice affectionne. Désormais c’est Islande en sa nuit polaire. La présence des portraits la réanime à travers un double littéraire et existentielle : manière de rappeler la violence dans la dé/repossession. A savoir ce qui touche à l’essentiel de l’être dans sa chair.

Ce double rappelle que la condition d’être n’a pas disparu : il suffit de la qualité d’un lieu, la lumière d’une mise en scène et un sens du rite. Dans la « nuit enfante » comparable aux journées dont parla Rimbaud, là où l’ombre fait barrage l’artiste ouvre à la vision par une révulsion particulière.

Marie Mons 2.jpgManière de faire le vide en quelque sorte mais aussi de faire le pas, renverser les rôles, accepter la perte, permettre s’accéder à la douleur de l’amour. Se mettre ainsi au coeur de la glace parce qu’il y aura toujours le trop brûlant du corps. Et celui de l’île. Il faut y suivre la créatrice en ses métamorphoses et césures, ses jeux d’abstraction et de figuration pour voir un visage qui n’ajoute rien, mais ne retranche rien de l’affolement dont il sort.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie Mons, « I am Aurore Colbert said Marie Mons », ARP2 Publishing. Exposition aux Nuits photographiques de Pierrevert, 27 – 30 Juillet 2017.

 

22/06/2017

Saintes et Saints de Gabrielle Jarzynski

 

Jarzinsky.jpegLes saintes cultivent des pâmoisons particulières. Leur adoration fracasse et monte à l’assaut du « Lui » ou du « Toi ». Mais il arrive qu’elle appelle des vœux moins pieux et semble se tromper de cible. Bref - et si l’on préfère - la grotte évoquée ici n’est pas celle de Lourdes. Le tout est de disparaître dedans « au creux du ventre dans le ventre ».

Certes Gabrielle (qui n’est pas un ange) Jarzynski sait qu’une telle adoration n’est pas forcément la bonne. Face à son miroir elle s’en confesse avant qu’il ne se transforme. Peu à peu elle y voit moins elle que l’autre. Elle n’a Dieu que pour lui. L’adoration mystique mi raisin devient un fruit à qui hurle famine. L’adoratrice n’est pas la dernière a réclamer l’ut du rut.

Jarzinsky 2.jpegPrincesse de glaive, elle a plus de vulve que de cœur. D’une certaine manière il faut que ça saigne là où la poésie devient calligramme. Et la créatrice rappelle qu’il existe toujours de belles surprises dans une belle personne. C’est à la fois féroce et poétique. Les abattis sont marqués d’étoiles de mer qui ne finissent pas forcément en queues de poisson. Tout un peuple intérieur chevauche les belles. Les Madame Edwarda de Bataille ne sont ici ni putes, ni soumise : elles trouent les surfaces de réparation des miroirs pour y trouver la grâce.

Jean-Paul Gavard-Perret


Gabrielle Jarzynski et Eric Demelis, « Un miroir », 2017, Atelier Gabrielle Jarzynski.