gruyeresuisse

24/05/2019

Felicia Murray : quand la nuit remue

Murray.jpgPour Felicia Murray, photographier est instinctif. Il s'agit d'exposer un familier du rêve d'exister. Le tout par divers effets de lumières qui traversent la nuit. La vie est saisie dans un éventail d'émotions. A perte d’espace ou dedans, le corps est déplié, enroulé, multiple, tracassé, ennivré.

Murray 3.jpgDepuis 40 ans l'appareil photo accompagne les dérives de l'artiste dans divers lieux. Elle ne cherche pas à les identifier précisément. L'objet est autre : faire éprouver un suspens du temps pour lui accorder une éternité là où pourtant tout demeure éphémère ou illusoire. Le mythe de la création rejoint la disparition perpétuelle. D'où ces effets de flou ou de décadrage afin de signifier la lutte contre l’absence à soi comme à l’autre.

 

Murray 2.jpgEntre gravité et humour la nuit respire et scintille. L'artiste capte une intimité là où les êtres s'offrent un moment de rêve ou de répit en donnant forme au presque rien foisonnant. Un chemisier ouvert, une robe étroite et courte dessinent parfois une nudité si forte que le désir ne supporte plus la douleur. Qu'importe si les fantômes n’ont étreint qu’une ombre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Felicia Murray «Eges fo Time», Préface de Larry Fink, Artiere éditions, 2019, 45 E..

23/05/2019

Walead Beshty - l'été au MAMCO

Beshty.jpg"Walead Beshty", MAMCO, Genève, 29 mai au 8 septembre 2019.

L'exposition estivale du Mamco consacrée à Walead Beshty a pour but "d'expliciter l’image comme résultat d’un processus, plus proche en quelque sorte d’un software que d’un hardware". Créés par un script les travaux de Walead Beshty questionnent l'apparition  des images et les liens qu'elles entretiennent avec le réel en une société mondialisée.

Beshty 3.jpgCe travail est donc crucial pour comprendre l'oeuvre d'art et son langage. Celui-là illustre par exemple différentes facettes d’une même "histoire". Le spectateur est donc situé en un porte à faux où demeure entière l’énigme de la représentation. Photographies, magazines, cartes postales, objets, gravures, installations, séquences télévisuelles, peintures, etc.,  embrassent tous les champs en passant par l’information ou l’imagerie populaire. Repéré entre autres à la Biennale de Venise en 2015, Walead Beshty traverse la représentation de Brunelleschi à Instagram, de Marey à Gordon Parks en divers filtrages.

Besthy 2.pngLe plasticien déstabilise tout en ayant pris conscience que ce qui fait son approche au sein d’une perpétuelle remise en cause. Une transmutation s'opère à différents niveaux et sur divers supports. L’artiste relie un dedans et un dehors souvent inconnus. Il inscrit les états inqualifiables de processus ou les empreintes de moments de désaccords et de fractures entre l'homme et le monde. L'oeuvre les donne à voir dans une épaisseur de strates et de plans.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

20/05/2019

Claudie Laks : imbroglio et passementerie

Laks 2.jpgClaudie Laks, "Colorigraphies", Espace Nicolas Schilling et Galerie., Neuchâtel, à partir du 25 mai 2019.

Claudie Laks invente un monde coloré fait de taches marquées avec intensité sur la toile. Le geste est donc essentiel même si, contrairement à d'autres artiste, c'est pour la plasticienne, le résultat qui compte. Jaillissent des lignes qui se fracturent en des mouvements circulaires et un assemblage de points dont la matière colorée suinte.

Laks.jpgSur d'autres surfaces blanches les couleurs deviennent des sortes de bourgeons ou de graines de différentes tailles. Tout explose et semble jailir des profondeurs de la matière. Les couleurs semblent se battre les unes contre les autres dans leurs constellations. Dans un tel imbroglio une passementerie prend la forme d'un louvoiement poétique. L’artiste crée bien plus que de simples abstractions de quintessence. Surgissent des espaces chancelants, des lueurs d’ornières où un réel sauvage se tatoue. Les pelotes de couleurs deviennent les fleurs brèves écloses au bord glacé de la neige du support. La nostalgie de l’irréel tombe en chute libre. L’irrésolu se révèle hors pathos en d’étranges rondes.

Jean-Paul Gavard-Perret