gruyeresuisse

13/04/2021

Markus Weggenmann : collision des surfaces

We2.jpgMarkus Weggenmann, «Ein Bild schreit nach dem nächsten!», Kunstmuseum Appenzell, avril 2021. Galerie Mark Müller, Zurich.
 
A tout ceux qui veulent comprendre comment se fomente le déplacement des formes et des couleurs, existe dans le travail de Markus Wegenmann bien plus qu'une initiation : le travail d'une vie et celui d'une oeuvre qui se poursuit.
 
We.jpgLe tout au sein d'une iconographie parfaite. "La chose perdue" de l'art est retrouvée d'emblée. Les oeuvres sont  des "objets de désir" qui permettent non seulement la traversée de ce dernier mais ils créent une forme d'emprise par une beauté qui n'est pas seulement celle d'un gout mais d'un regard.
 
We3.jpgCeux qui croyaient enterrer l'art abstrait voient à quel point il peut encore  surprendre. L’espace est une boule. L’espace est un carré. Boule ou carré, l’espace est un entre-deux. Il ne se détermine jamais avec exactitude; Certains imaginent qu’ils parviendront à trouver sa clé, d’autres sont convaincus qu’ils ne sauront jamais. Markus Wegenmann continue à  le questionner.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

12/04/2021

Espèces d'espace Philippe Giacobino

Gioacco bon.jpg"Nouvelles encres" de Philippe Giacobino,  Galerie Marianne Brand, Genève, 17 avril au 7 mai 2021.

 
Philippe Giacobino vit et travaille à Genève. Il a exercé la psychiatrie en conciliant cette pratique avec l'art et en cherchant à développer leur complémentarité. Ses encres sur papier sont inspirées des forêts, des plaines, des montagnes ou des arbres. Ces paysages sont filtrés par son imaginaire pour le porter vers une forme d'abstraction particulière.
 
Gioacco.jpgL'artiste rappelle la certitude qu'il existe dans l'image comme sous la"peau" de  l'inconscient quelque chose que nous ne voyons pas. Nous faisons ici l'expérience d'une sorte d'infini dans cette paradoxale proximité. Nous éprouvons au contact de telles images que sentir est affaire d'espace et de lieu.
 
Le regardeur éprouve des courants d'air, leur hantise, leur piège. Leur pendaison aussi. Souvenons nous alors de la fameuse histoire écrite par Pierre Bettencourt : un bourreau installa un homme sur un gibet. Mais le premier trouva la corde trop froide et givrée. Elle coulissait mal. Il dit au condamné de l’attendre puis partit prendre un café avec une amie de passage. Le temps filait et le bourreau ne revenait pas. Lassé, la victime finit par se passer la corde autour du cou et du pied il fit basculer la trappe…
 
Giacco 2.jpgEt ici les encres dans leurs vagues laissent toujours en état second ou tiers. Existent par exemple des plans inclinés jusque sur des jardins abstraits. L'artiste agite des images en oscillations, sauts grenus. Tout est volontairement incomplets, bancals en des paysages insolites dont il donne des versions minimalistes. Elles sont autant de trouvailles aussi  sournoises que traîtres. Mais il faut les croire, en épouser les sillons, les fractures. Le créateur feint d’aimer le lisse. Mais beaucoup d’accidents surgissent. Pullulation après l’éclipse. Nous percevons l’inattendu, le rarement visible.  Il n’y a plus d’arrêts, de répits.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 
 

09/04/2021

Mona Kuhn : le corps et le silence

Kuhn 3.jpgLa première monographie de Mona Kuhn - accompagnée de textes de Rebecca Morse, Chris Littlewood, Darius Himes et Simon Baker et d’une interview avec Elizabeth Avedon - permet de comprendre  le processus créatif de la photographe et la manière dont elle travaille avec ses sujets.
 
Kuhn.jpgMona  Kuhn crée un monde visuel fait de douceur et d’harmonie. Le simple réalisme narratif est remplacé par une  transcription visuelle du chuchotement et du miroitement de l'ordre de la caresse du regard. Il va à tâtons au milieu des corps presque irréels et somnambules.
 
Les personnages semblent disparaître dans le silence dans divers espaces : désert californien  de Joshua Tree, architecture de verre de l''"Acido Doçrado" - la maison de Robert Stone, pinède du parc des Landes de Gascogne. La photographe y présente  des amis  là où souvent elle ferme la « perspective » en à-plat afin de souligner une intimité et une  forme humaine au réalisme éthéré tendre et envoûtant. Là où les bruits se retirent  pour un apaisement et une sorte de concert visuel atonal.
 
Jean-Paul Gavard-Perret