gruyeresuisse

20/04/2018

Celle qui semonce nos siestes - Fabienne Radi

RADI.jpgFabienne Radi, « Peindre des colonnes vertébrales », Editions Sombres Torrents, Rennes , 2018, 68 pages, 8 €, 10 FS

 

Ne s’arrêtant jamais en des voies de si bonnes inconduites Fabienne Radi la sémiologue lémanique prouve que même chez les nudistes qui se montrent « à poils » le dos permet de conserver une certaine tenue. Une nouvelle fois elle propose par un jeu d’apparences des vérités qui plutôt que s’éloigner la queue entre les jambes font retour mais selon divers exercices pudiques.

RADI2.jpgIci - comme l’écrit l’auteure - « On a laissé tomber la jupe et le pantalon mais on garde une certaine tenue, comme si on buvait le thé dans le salon de sa grande tante. C’est l’époque charnière entre le square de l’époque Eisenhower qui vient de se terminer et le cool de la période hippie qui va suivre dans quelques années. » S’instruit donc une histoire du dos à travers des œuvres ou des personnages emblématiques dont l’ensemble reste hétéroclite de W.C. Fields à Valérie Lemercier, de Sophie Calle au bon Dr Spock, de la regrettée Lady jusqu’à Nina Childress.

RADI3.jpgMais Fabienne Radi ne s’arrête pas en si bon chemin : elle explore des questions aussi majeures que farfelues telles que « Faut-il plaindre les enfants stars ? Comment vieillissent les femmes-enfants? Pourquoi tant d’écharpes en lin lors des vernissages ? ». Si bien que le présent historique est ébréché entre poésie discursive et procrastinations farcesques là où le défaut d’habit permet une fluidité ressentie d’emblée comme une architecture.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/02/2018

Pola Sieverding : coups de coeur

POLA.jpgPola Sieverding sait faire briller la lumière d’abîme et de gloire en ses imageries héroïques du boxeur. Le récit iconique jette les héros hors d’eux-mêmes tout en faisant pénétrer ce qui secoue leur buste par fougue doublée parfois d’un désarroi étrange qui apparaît sur leur visage. Photographié par une femme, le corps gagne une certaine plasticité

 

 

 

 

POLA 2.jpgIl faut donc regarder « The Epic » comme un conte « moral » et parfois érotique. Le corps devient lui-même langage et il est montré en instance de pouvoir s’imposer à un alter ego sous la contrainte de la pression de la foule et des enjeux d’un sport qui reste chargé de mythe. Il ramène à l’origine même de la lutte première qui opposa un homme à un autre.

POLA 3.pngPola Sieverding s’intéresse moins aux à-côtés du combat qu’à ce qui engage dans la psyché du boxeur. Elle montre comment le passage à l’être s’effectue dans ce qui pour beaucoup reste un phénomène de foire. Et rares sont les images qui permettent de sortir la chair au moment où se déploie une fougue, une volupté qui ne peuvent qu’interroger et mettre à mal les certitudes autant des femmes que des mâles. Les deux reçoivent de telles photographies moins comme un uppercut au foie qu’un cérémonial et un acte de foi en un direct au cœur sous la lumière des spotlights.

Jean-Paul Gavard-Perret


Pola Sieverding, « The Epic », Hatje Cantze, Berlin, 96 p., 25 E., 2018.

 

27/10/2017

Sport de classe - Maurice Renoma & Benoît Rajau

renoma 2.jpgLes images sportives font désormais partie de la réalité quotidienne du paysage visuel. Elles offrent une représentation culturelle très spécifique du corps humain dans la réalisation de ce qui est la plupart du temps inaccessible au commun des mortels. A l’inverse les photographies de Benoît Rajau et de Maurice Renoma transportent dans une « matelamatique » (Louis-Michel de Vaulchier) de prises où il ne s'agit plus de représenter simplement le gain mais la gestuelle d’une activité presque surannée ou méconnue : le billard et son rituel.

Les artistes saisissent poses et costumes qui entourent un cérémonial parfois rejeté dans des bas fonds aux odeurs de maffia, de pègre et de paris douteux. Ce qu'un certain cinéma noir américain a montré, les deux artistes le déplacent. Une mémoire référencée parvient à maturité. La vocation est non d’aider à mieux distinguer gagnants et perdants mais d’imager une mythologie élégante voire sexuelle à laquelle le regardeur est rarement invitée.

Renoma 3.jpgLa théâtralité des situations montre combien fringants et séductrices créent par la tension un vertige. Il renvoie au-delà d'une simple praxis. Se substitue une poétique. Les signaux corporels initiés par la technique ou la tactique (peur, impatience jubilatoire) sont évacués au profit de la concentration et de la beauté irénique du geste Il n'est plus demandé au sportif de changer de corps mais de l’insérer en une chorégraphie presque immobile. Le temps se défait, ne semble avoir plus de prise : comment alors ne pas penser à la phrase de Beckett "vivre est errer seul vivant au fond d'un instant sans borne" ?

Jean-Paul Gavard-Perret

Maurice Renoma & Benoît Rajau, "Billard-Costard" photographies et perspective, Exposition à la boutique Renoma du 15 novembre 2017 au 23 janvier 2018: