gruyeresuisse gruyere

02/10/2022

Johannes Willi : confrontation et métaphore

Willi.jpgJohannes Willi, "l'alphabet CPO", EAC Les Halles, Porrentruy, du 1er ooctobre au 20 novembre 2022.
 
EAC les Halles accorde une place importante aux méthodes artistiques collaboratives, conçues comme des processus et impliquent parfois le public. Le centre choisi des travaux qui portent sur la critique et la redéfinition de la notion d'autonomie artistique. Le performatif ne se limite pas aux actionnismes et aux œuvres des arts de la scène. Preuve que de nombreuses œuvres  n'existent plus seulement en tant qu'objets, mais doivent être exposées, exécutées, vécues et expérimentées.  
 
Willi 2.jpgL'exposition l'alphabet CPO de l'artiste Johannes Willi le prouve. Elle présente l'installation Chronic Pain Orchestra (2021) et aborde différentes situations performatives. Le point de départ de ce travail est la confrontation et la rencontre de l'artiste avec des personnes souffrant de douleurs chroniques et l'observation qu'il a alors faite de la difficulté qu'ont les patients à exprimer leur douleur par le langage.
 
Johannes Willi a longuement participé en tant qu'artiste invité à des séances de thérapie avec eux, il a observé l'importance de leur communication non verbale à l'Institut d'éthique biomédicale de l'Université de Zurich et au centre de la douleur du Centre suisse des paraplégiques de Nottwil. L'artiste a travaillé de ses mains de grandes feuilles de laiton pour faire des sculptures. Leurs formes imitent des membres humains. Martelées, suspendues au plafond par des sangles les feuilles sont devenues  des instruments de percussion. L'ensemble exposé prouve comment les processus de production sont reflétés dans l'œuvre, afin que les conditions conceptuelles de l'art et les conditions de la production soient évidentes et ce dans "un langage alternatif et une expérience audiovisuelle sous la forme d'un alphabet sonore".
 
Jean-Paul Gavard-Perret

03/07/2020

Thomas Hirschhorn, Robert Walser et Biel/Bienne

Hirschorn.jpgThomas Hirschhorn, "Robert Walser-Sculpture", Hatje-Cantz, Berlin, 68 E., 860 p., 2020.

Pendant 3 mois la ville de Biel/Bienne - citée la plus bilingue -  a proposé un genre très spécial d'évènement et de sculpture. Non seulement parce qu'elle est l'oeuvre d'un des plus grands artiste suisse contemporain (Thomas Hirschhorn) mais parce qu'elle est dédiée à un des plus grand écrivain suisse : Robert Walser. Au delà cette oeuvre devient la redéfinition de la sculpture elle-même. Elle est faite de matière basique plastique  et assemblage divers en des "sacres" qui délaissent en conséquence les matières nobles (pierre, acier et bronze).

Hirschorn 2.jpgCertes ce n'est pas nouveau mais cette forme de performance-installation en mouvement prouve comment une société peut s'unir pour un type festif d'ostentation. L'objectif n'est pas de monumentaliser pour l'histoire une statue sur socle  et donc de momifier mais d'ouvrir l'art à une communion aussi artistique, littéraire que conviviale. Dans ce but Thomas Hirschhorn et Kathleen Bühler ont développé des collaborations sur le terrain depuis novembre 2016 à Biel - la ville natale de Robert Walser.

Hirschorn 3.jpgEnsuite, pendant douze semaines, le projet a transformé la place de la Gare de Biel en un lieu de réunion et de découverte de l'oeuvre de Robert Walser. Lectures, conversations, ateliers, activités pour enfants, conférences, conversations, théâtre, bibliothèque, exposition et de nombreux autres événements confrontent quotidiennement le public à l'oeuvre de Robert Walser. Le résultat livresque est une sorte d'agenda multifacettes mémorial de cette "exposition". Le livre réunit de nombreux textes dont ceux de l'artiste et les photos de E. Munoz Garcia. Jamais auparavant une ville entière s'était investie dans la manière de créer un travail artistique de cette façon. Ce programme utopique unique reste à ce titre un modèle.

Jean-Paul Gavard-Perret

La photo de la "Robert Walser-Sculpture" de Thomas Hirschhorn à Bienne est de Markus Schweizer, l'autre étant de Enrique Munôz Garcia).

 

04/06/2020

"Que faites-vous quand vous ne faites rien ?" ou comment rester dans le bain

Bains.jpgCollectif, "Que faites-vous quand vous ne faites rien ?", Centre de la Photographie de Genève, juin 2020.

 

Comme une grande partie du monde, à partir de mi-mars 2020, Le Centre de la photographie Genève dut fermer ses portes, avec des décisions rapides et soudaines à prendre. En effet, le Centre n’a pas de raison d’être sans le public et les artistes et ses responsables ont navigué à vue pendant de nombreuses semaines, avec bien des doutes et des incertitudes.

Bains 2.jpg

La sidération passée, il a invité des photographes de la région de l’arc lémanique qui se retrouvaient sans commandes et des artistes d’ailleurs à présenter leurs clichés pris durant le confinement. Ce projet a reçu un large écho et plus d'une quarantaine de créateurs ont répondu dont Jean-Daniel Meyer, Nicolas Haeni, Andrej Derkovic, Vincent Calmel, Pascal Kober, Christine Rambaud, Stéphanie Probst, Samir, Régis Golay, Jules Spinatsch, Jean-Jacques Kissling, Delphine Besse.

Bains 3.jpgChacun  a cultivé une théâtralité très particulière. Et les artistes ont prouvé qu'ils possédaient le sens à la fois de l’espace du dehors comme du dedans selon leurs sensations face au confinement au sein d’une "picturalité" campagnarde, urbaine ou plus allégorique et selon diverses traditions. La réalité se mêle souvent au rêve non sans humour en un éther nonsensique mais tout autant symbolique. Le spectateur est entraîné dans des univers où la chimère rôde encore même si parfois le doute est permis.

Jean-Paul Gavard-Perret