gruyeresuisse

04/12/2017

Rose Hartman et la pastorale new-yorkaise

Rose-Hartman.jpgRose Hartman a photographié pendant 40 ans les icones de la culture made in New-York. Du moins celles qui s’exhibent au moment des vernissages, défilés de mode, soirées et clubs célébrissimes. Celle qui commença sa carrière au « SoHo Weekly News » est devenue elle-même une artiste clé de ce monde : sa photographie est sortie du reportage pour entrer dans le monde de l’art par son don de l’à-propos visuel et du cadrage.

Rose-Hartman 2.jpgRéputée pour ses incursions au sein du « back-ground » la photographe fut prénommée « L’infâme » titre qui fit la gloire de la commère des images. Mais l’Amérique du moins New-York (ce qui est bien différent) y trouve un récit particulier de la vie de ses célébrités plus ou moins passagères ou frelatées mais parfois incontournables..

Rose-Hartman 3.jpgAu formalisme forcené la photographe préfère la recherche des sensations fortes. Elles débordent de partout en ce dérèglement de « contes » et parfois de règlements de décomptes... Le monde de l’ostentation en prend pour son "rade" sans que l’artiste l’auteur forcément le dégrade. Mais le plus vibrant des hommages trouve là de drôles d’angles d’attaque.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

“Infamous Rose Hartman”, Edelman Arts, New-York, du  20 novembre au 22 décembre 2017.

23/11/2017

Les questions sans réponses de Pieter Hugo

Hugo.jpgLes portraits, paysages et natures mortes de Pieter Hugo ont une force rare et complexe. L’œuvre renverse les visions binaires, expose la fracture entre les idéaux et le réel et casse ce qu’on veut faire croire et ce qui existe dans les plis d’une société fragmentée non seulement entre les blancs et les noirs mais selon bien d’autres lignes de fractures. L’identité sud- africaine postapartheid présentée dans la série « Kin » (2006-2013) montre comment désormais se déploie les disparités économiques et les diverses traditions du pays. L’auteur y poursuit dans son propre pays ce qu’il entama au Nigeria, Ghana, Liberia et Botswana.

Hugo 2.jpgPortraits et paysages sont hypnotiques quel qu’en soit le sujet : les townships surpeuplés, les zones minières en désuétude, des intérieurs de maisons modestes, mais aussi des photos plus intimistes et révélatrices d’un doute. Le photographe ne triche jamais. Entre espaces publics et privés, il montre l’écart croissant qui sépare les nantis des autres. Le pays est de plus en plus coupé, blessé, violent, la ségrégation se poursuit en de nouvelles donnes.

Hugo 3.jpgTout le travail tente de répondre aux questions que l’artiste se pose « comment vivre apaisé dans un tel pays ? Comment endosser la responsabilité́ de l’histoire passée et dans quelle mesure doit-on le faire ? Comment élever des enfants dans une société́ si conflictuelle ? ». L’artiste ne trouve pas de réponses. Hugo 4.jpgMais il présente son pays d’un œil critique, contemple l’autre et lui-même afin comprendre le poids de l’histoire et le rôle que chacun tient désormais dans cette société nouvelle. De fait l’œuvre montre par la variété des prises une diffraction absolue. Impossible de trouver un sens sinon d’une segmentation que l’artiste présente telle quelle entre violence et beauté d’une puissance inégalée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pieter Hugo, “Between the Devil and the Deep Blue Sea”, MKK Dortmund, 23 novembre 2017 au 13 mai 2018, -

11/01/2017

Lisa Azuelos ou les dalidâneries

Dalida2.pngLe film « Dalida » est fabriqué pour le rêve (frelaté) des sans dents, des midinettes et une secte gay très particulière. L’enchanteuse vaque en robes de soie, telle une comtesse aux effluves de santal et aux épaules d'albâtre. Elle gaine l'imaginaire (ou ce qu'il en reste) des visiteurs d'un soir soumis à l’impéritie d’une série de clips et de scènes compassionnelles. Le biopic (comme c'est souvent le cas) ne peut donner que ce qu’il est : une hagiographie tarte. Dalida libère des bulles, marche sur l'eau. La secrète sécrète ses douleurs pour consoler les vivants selon une catharsis à deux balles. On ne lésine pas sur le lacrymal et les blessures inoubliables. Reste l'effusion de lieux communs et clichés propres à fanatiser les adeptes nostalgiques de la diva des stucs et des strass.

Dalida.jpgPreuve que lorsque l’intime se décline façon « people » il est « estoufagaille ». La fée amorosa agite les bras, craint la vapeur des jours qui passent, le tout dans un chromo où la volupté du visible se perd en camaïeu ornemental. Aux ivrognes du réel et du cinéma il faudra d'autres appâts que cette mythologie complaisante. Certes les spectateurs, en acceptant un tel programme, se veulent esclave volontaire d'un leurre. Quand la diva sourit tombent de leurs yeux de « conquis j’t’adore » (Bashung) des larmes de félicité. Il est vrai que dans ce film, la brune qui la réincarne propose des rondeurs toniques que l’original ne possédait pas.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lisa Azuelos « Dalida » (film)