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28/01/2022

Naomi Middelmann : matière et mémoire

Middel.jpgNaomi Middelmann, "Cartographie de la mémoire",  Espace CHUV, Lausanne, du 27 janvier au 27 mars 2022.
 
Naomi Middelmann est  née à Vevey. Son père professeur de philosophie est allemand et sa mère américaine enseigne le français. Après être partie pour New York à l'âge de 16 ans, elle en revient à 28, avec un bachelor de l'université Johns Hopkins puis un Postgraduate degree de la Visual Art School de Bâle. Elle se retrouve ensuite à l'Ecole du Vitrail de Monthey pour travailler la matière. Elle a inventé un langage au dimension d'exposition importante.
 
Middel 3.jpgDepuis  plusieurs années elle collabore avec des neuroscientifiques aux États-Unis et en Suisse. De tels échanges entre art et sciences  permettent de confronter deux méthodologies de recherche et de mettre en avant des points de rencontre au moyen de l’étude de la représentation de la mémoire. Avec ses "Champs narratifs", l'artiste décompose les couches qu'auparavant elle entassait sur papier ou toile. On est dans la transparence et à la fois dans l'art et au-delà.
 
Middlelmann 2.jpgElle a imaginé une nouvelle manière de travailler la mémoire grâce à la complexité des Cubes du Flon, perméables à l'humidité.  Après une résidence au Musée Jenisch à Vevey, sur vingt-cinq mètres de gaze, elle éprouve dans cette oeuvre le  fonctionnement de sa propre mémoire. Les évènements s'y juxtaposent, s’associent et s’effacent sans  aucune chronologie. Il s'agit de montrer comment la mémoire réagit à l’environnement et se modifie au fil du temps. Et son oeuvre en dresse le constat :  "Nos souvenirs peuvent être racontés et remémorés à l’infini selon le point de départ de notre récit." écrit l'artiste.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

20/01/2022

Les zones crépusculaires de Bertrand Planes

Planes.jpgBertrand Planes, "Poème en morse", Galerie Laurence Bernard, Genève 2021, 27 janvier au 25 février 2022.
 
Bertrand Planes invente pour cette série un dispositif particulier : il a créé une balise autonome et pilotable à distance. Elle est visible la nuit de très loin. Parfois après une ascension en montagne, il la pose dans le paysage et à l'aide d'un interupteur cette source de lumière transmet un poème en morse qui peut se voir depuis les vallées adjacentes.
 
Planes 2.jpgIl travaille actuellement à un montage de plusieurs balises. Il utilise dans ce but la technique du "light painting" et le message produit demande l’usage d’un appareil photographique pour être décodée. Ces sources en synchronie sont alignées et lors des captations -  à longue pause et en mouvement - les flashes lumineux laissent des traces sur la photo et y dessinent des mots.
 
Planes 3.jpgUne nouvelle fois Bertrand Planes puise dans les sciences et les outils numériques ses mises en scène. Le pixel, le traitement de données et les sources lumineuses utilisés dans ses installations créent un univers parallèle et poétique qui deviennent une sorte de critique diffracté de notre monde.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

28/05/2020

Safari dans les Alpes : Laurence Boissier

Boissier.jpgLaurence Boissier, "Histoire d’un soulèvement", roman, coll. ShushLarry, art&fiction, Lausanne, 2020, parution en juin

 

Ce récit est celui de 9 jours dans les Alpes : "Le guide a donné rendez-vous à l’aube dans un village doté d’un seul bistrot fermé pour travaux." D'emblée le ton est donné. Mais la narratrice - avisée mais pas trop - a respecté ce qu'on lui a demandé : sac équipé de bretelles larges, dos anatomique. Elle est vêtue d’une micro-polaire, et de chaussures montantes et "d’un pantalon respirant à séchage rapide".

Boissier 2.jpgAutour d'elle tout va s'élever : la nature en premier Mais l'héroïne peine, peine. «Les plaques continentales ne sont pas les seules à dériver.» Mais elle a tout consigné de la traversée "épique" : la grande histoire du soulèvement des Alpes (racontée par un guide excentrique et d'autres spécialistes de la question comme de la flore alpine) mais aussi la petite histoire de la vie quotidienne d’un groupe de randonneurs pendant la neuvaine.

Boissier 3.pngLa citadine a présumé de ses forces : "Sur un coup de tête, je me suis inscrite à cette randonnée de neuf jours. Je pensais que je prendrais le temps de m’entraîner avant le jour du départ. Je ne l’ai pas pris.". Et c'est bien là le problème. Si bien que l'épopée navigue entre drôlerie et cours magistral. C'est piquant, savant tout autant. A peine ouvert le roman ne se quitte pas, ne se quitte plus et tout compte fait l'héroïne fera la fierté de sa lignée.

Jean-Paul Gavard-Perret