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07/03/2014

Anatomies au Musée de la main : les sanglots ardents du corps

 

 

 

 

 

 Anatomies bon.jpg« ANATOMIES. De Vésale au virtuel », du 13 février au 17 août 2014. Catalogue Edition GmbH, Berne et Editions BHMS, Lausanne, 2014

 

 

 

 

 

Consacré à la culture scientifique le Musée de la Main de Lausanne propose une exposition exceptionnelle sous la direction de Vincent Barras. « Anatomies »  permet de constater la mutation quasi physiologique du corps dans sa représentation au fil des siècles et de la mutation des savoirs. Des gravures d’ouvrages anciens aux technologies d’imagerie les plus récentes, des préparations anatomiques aux installations virtuelles, l’exposition  prouve que peu à peu médecins, chirurgiens et légistes se sont livrés sans le vouloir à un art de l’image en se faisant les « reporters » du corps et de ce qui s’y cache. Un échange entre l'art et le corps  est donc proposé au fil de temps et à mesure de l'amélioration sinon des images (les anciennes demeurent remarquables) du moins des techniques. Pour autant la boucle n’est pas bouclée : plus la médecine avance plus le chemin à parcourir semble immense.


Anatomies.jpgL’exposition s'élève contre tout effet de simplification et de coercition dans ses monstrations. Pour autant tout n'est pas donné à voir. Dans sa conceptualisation comme dans son raffinement l’anatomie s’ouvre de la manière la plus intelligente et omnisciente. Paradoxalement surgit une poésie du corps mais celui-ci n’est plus le corps rêvé dans l’art au nom d’une béatitude exaltante ou à l’inverse au nom d’une culture trash. Par la vision scientifique la perception s’éloigne du réalisme pour atteindre ce qui échappe à sa préhension basique par l’imagerie sophistiquée et passionnante jusque dans sa qualité esthétique. Reste bien sûr le lien majeur entre le sujet vu  et celui qui le regarde. A mesure que l’image traditionnelle de l’écorché s’éloigne ce qui l’approfondit montre que l’effet d’éloignement scientifique fait le jeu du rapprochement à notre corps. L’impossible de notre « rien d’autre »  atteste d’un absolu de sa présence. Toute la force des « œuvres » exposées ramènent  à ses « sanglots ardents » dont parlait Baudelaire en espérant - sourdement - qu’ils se transforment en larmes de joies même si leur éternité sera toujours éphémère.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret