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22/08/2017

« Anticipating the extreme » : d’un désert, l’autre

Aletsch.jpg« Anticipating the extreme », Matza. Sous la curation de Séverin Guelpa, Glacier d’Aletsch, du28 aout au 10 septembre 2017.

Matza offre cette année l’ultime recherche collective de territoires de l’extrême en confrontant deux « déserts » que tout oppose. L’un dans un des territoires les plus arides de la planète (le désert de Mojave en Californie (décembre 2017 où Art & Sci Center de Los Angeles accueillera le dernier opus), l’autre sur les hauteurs du glacier d’Aletsch, un des plus important d’Europe, à plus de 2850 m d’altitude. Y seront proposées des créations originales pour permettre d’imaginer de nouveaux rapports au monde.

Séverin Guelpa invite 13 artistes et scientifiques de Suisse, de France et des Etats-Unis dont, - pour le pays d’accueil - Delphine Renault, Alexia Turlin, Sabine Zaalene et Daniel Zamarbide. Ils vont œuvrer sur le glacier pour explorer ses potentiels, se confronter aux contraintes de la haute montagne, parcourir la plus grande réserve potentielle d’eau des Alpes en vivant dans la cabane de la Konkordia pendant une quinzaine de jours Le but d’une telle expédition est d’offrir un travail critique sur un espace de plus en plus fragile et en péril afin d’anticiper les enjeux politiques, sociaux et écologiques qui s’annoncent

Aletsch 2.jpgUn vernissage public sera organisé in situ et une exposition aura lieu à la Ferme Asile de Sion dans le cadre de la Triennale d’art contemporain du Valais. Avec « Radical Biotop » le curateur offrira sous une forme monumentale deux années d’expédition collective. Ce travail des extrêmes ouvre aussi une avancée multipartite entre l’art et la science. Elle permet de constater les morsures dans l’espace du temps et du climat. Une telle approche ouvre des espaces mentaux et physiques particuliers au sein d’une série de connexions dans lesquelles à la fois l’art fait masse mais aussi où la matière éclate en une série d’images.

Le temps dans cette expérience garde toute son importance : il ne faut pas que l'œil des artistes et des scientifiques se contente de butiner de virevolter. Il ne faut pas non plus qu'il soit pressé. Il lui faut apprivoiser le poids d’une mélancolie agissante, telle que la concevait Claude Simon pour son Orion Aveugle. A savoir celle qui est liée à un mouvement particulier. Elle doit passer d'un reflet à l'autre pour mieux pénétrer au sein d'une matière et d’un espace moins statique qu’on ne le pense.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07/03/2014

Anatomies au Musée de la main : les sanglots ardents du corps

 

 

 

 

 

 Anatomies bon.jpg« ANATOMIES. De Vésale au virtuel », du 13 février au 17 août 2014. Catalogue Edition GmbH, Berne et Editions BHMS, Lausanne, 2014

 

 

 

 

 

Consacré à la culture scientifique le Musée de la Main de Lausanne propose une exposition exceptionnelle sous la direction de Vincent Barras. « Anatomies »  permet de constater la mutation quasi physiologique du corps dans sa représentation au fil des siècles et de la mutation des savoirs. Des gravures d’ouvrages anciens aux technologies d’imagerie les plus récentes, des préparations anatomiques aux installations virtuelles, l’exposition  prouve que peu à peu médecins, chirurgiens et légistes se sont livrés sans le vouloir à un art de l’image en se faisant les « reporters » du corps et de ce qui s’y cache. Un échange entre l'art et le corps  est donc proposé au fil de temps et à mesure de l'amélioration sinon des images (les anciennes demeurent remarquables) du moins des techniques. Pour autant la boucle n’est pas bouclée : plus la médecine avance plus le chemin à parcourir semble immense.


Anatomies.jpgL’exposition s'élève contre tout effet de simplification et de coercition dans ses monstrations. Pour autant tout n'est pas donné à voir. Dans sa conceptualisation comme dans son raffinement l’anatomie s’ouvre de la manière la plus intelligente et omnisciente. Paradoxalement surgit une poésie du corps mais celui-ci n’est plus le corps rêvé dans l’art au nom d’une béatitude exaltante ou à l’inverse au nom d’une culture trash. Par la vision scientifique la perception s’éloigne du réalisme pour atteindre ce qui échappe à sa préhension basique par l’imagerie sophistiquée et passionnante jusque dans sa qualité esthétique. Reste bien sûr le lien majeur entre le sujet vu  et celui qui le regarde. A mesure que l’image traditionnelle de l’écorché s’éloigne ce qui l’approfondit montre que l’effet d’éloignement scientifique fait le jeu du rapprochement à notre corps. L’impossible de notre « rien d’autre »  atteste d’un absolu de sa présence. Toute la force des « œuvres » exposées ramènent  à ses « sanglots ardents » dont parlait Baudelaire en espérant - sourdement - qu’ils se transforment en larmes de joies même si leur éternité sera toujours éphémère.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret