gruyeresuisse

08/04/2021

Le "Living Theatre" de Gianni Motti

Motti.jpgGianni Motti est un artiste contemporain suisse iconoclasme. Dessins, installations, performances, actions, vidéos, photographies lui servent très souvent de ce qu'il nomme ses "revendications" qui marie une forme d'appropriation à un terrorisme ludique et l'humour acerbe.Motti 2.jpg
 
Il fut un temps (1986) où il revendiqua l’explosion de la navette spatiale Challenger. Elle passa même par les agences de presse, auxquelles il envoya la photographie de son visage couvert d’une cagoule noire, tenant la une de La Repubblica titrant sur l’accident mortel. La photographie s’accompagne d’une lettre de revendication, en majuscule, avec une étoile noire cerclée en guise de logo.
 
 
 
 
Motti  4.jpgMais il ne s'est pas arrêté  en si bon chemin. En 1992 il revendique un tremblement de terre californien ainsi que plus  des tremblements de terre alpins. Se définissant comme autodidacte son oeuvre reste en prise sur le réel non seulement tectonique et technologique mais économique, politique et même sportif.
 
 
 
Motti 3.jpgSon actionnisme indirect provoque comme conséquence directe  ses œuvres d’art. En 1996, il se présenta  comme candidat, depuis la Suisse, aux élections présidentielles américaines. Un an plus tard il s’invita à la 53e session de la Commission Internationale des Droits de l’Homme à Genève où il parvient à occuper le siège vacant du délégué indonésien et prend la parole en faveur des minorités culturelles. Mais ce ne sont là que quelques exemples de ses bienfaisantes mauvaises actions. Elles prouvent que l'art garde toujours quelque chose d'intéressant à dire et montrer en le transformant en un "living theatre" espiègle et engagé.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
De l'artiste : Gianni Motti, Monographie, Presses du Réel  et Migros Museum, Zurich, 264 p..
 

07/04/2021

Annemarie Schwarzenbach : une Rimbaud photograpique

Schwarze 2.jpgAnnemarie Schwarzenbach, "Départ sans destination", Zentrum Paul Klee, Berne, jusqu’au 9 mai 2021
 
Attentive aux inégalités sociales, aux mouvements syndicaux, aux effets de l’industrialisation, Annemarie Schwarzenbach issue d’une riche famille d’extrême-droite, entre très vite en conflit avec son milieu. Révoltée, doté d'une intelligence hors du commun,  belle, lesbienne, téméraire, accro à la morphine en quelques années d'une vie trop brève elle parcourt des dizaines de milliers de kilomètres. Après des études d’histoire à Zurich et Paris, après une immersion dans la diaspora littéraire allemande, elle prend la route ou la fuite.
 
schwarz.jpgElle publie ses récits de voyage en photos ou rédactionnels dans plusieurs magazines suisses. Et ce entre deux pôles : les conséquences de la crise de1929 et l'arrivée de la Seconde Guerre Mondiale qu'elle annonce en ses propos et images. Annemarie Schwarzenbach aura traversé le monde : de l'Afrique à l’Afghanistan, de l'URSS aux USA.  Elle voyage avec Ella Maillart, Marianne Breslauer ou Erika Mann et reste une des premières à  s’élever contre le national-socialisme.
 
Schwarze.jpgSes photos  en noir et blanc et parfaitement cadrées  soulignent sa vision désespérée du monde. Les prises sont certes avant tout documentaires mais la fascination qu'elles provoquent vient du regard porté sur le monde et qui aborde l’identité sexuelle, la condition féminines, le nationaliste, le populisme voire la globalisation. Toujours soumise au besoin  d’un "départ sans destination" qui tient d'une forme d'errance, elle fit preuve d'un sens aigu de ce qu'elle voit.  “J’étais libre de choisir ! J’aurais dû savoir où mènent les chemins de ma liberté" écrivit celle qui fit de sa vie en existence ausi brève que libre.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

15/03/2021

Aurélien Fontanet : la ville à l'envers

Fontanet 2.jpgAurélien Fontanet, Centre de la photographie de Genève, à partir du 10 mars 2021.
 
 La réalité, le quotidien restent paradoxalement ce qui hante le travail d'Aurélien Fontanet. Formé à la HEAD, Haute Ecole d’art et de design de Genève, Aurélien Fontanet pratique la photo depuis l’adolescence, utilisant l’appareil comme un "carnet de notes". Ces images se veulent avant tout depuis toujours des reportages. Le directeur du Centre de la photographie de Genève Joerg Bader propose au "Courrier"  de publier sur deux pages une sélection de clichés d’Aurélien Fontanet, en remplacement de l’exposition prévue dans ses murs en début d’année.
 
Fontanet 3.jpgLes images sont issues d’un corpus de quelques 3000 clichés, qui témoignent de l’extrême précarité provoquée à Genève par la crise pandémique. Le photographe observe les actions menées à Genève en faveur des oublié(e)s de la crise. Entre autres la Caravane de solidarité mise sur pied par Silvana Mastromatteo, pour distribuer des aliments aux plus démuni(e)s pour ensuite étendre ce travail à la problématique du logement.
 
Fontaner.jpgDans ses travaux au Brésil le photographe faisait preuve d'une panoplie de couleurs. Ici il a choisi le noir et blanc pour donner une identité et une dignité indispensables aux S.D.F. et afin de faire prendre conscience de la précarité avoisinante et grandissante. "Apporter son soutien aux minorités est devenu pour moi une évidence" écrit celui qui pour faire bouger les choses a choisi les images.
 

Jean-Paul Gavard-Perret