gruyeresuisse

27/08/2021

Mémoire et dystopie : Jacqueline Merville

Merville 2.jpgComplexe et dense ce grand (quoique court) roman est grevé de terribles événements tels que la terreur de la Shoah ou encore du tsunami que l'auteure avait relaté déja dans "The Black Sunday (des femmes-Antoinette Fouque, 2005). Mais il y plus car le livre nous ramène au présent.
 
 
Merville.jpgSans apparaître stricto-sensu  la pandémie du Covid-19 rampe  au moment où la rêveuse et "survivante" finit par se réveiller. Son songe reste d'une actualité percutante au moment où bien des questions demeurent : "J’ignore ce qu’est devenu le monde dont je me souviens." Mais d'ajouter aussitôt : "De ma mémoire je me méfie aussi. Est-ce bien la mienne ?". Pour le savoir - écrit-elle - "Il faudrait que je puisse parler avec celles et ceux qui n’ont pas eu la tête lessivée. Alors je saurais que le monde dont je me souviens est réellement le monde".
 
Merville 3.jpgDes questions demeurent et occupent la narratrice à chaque pas et courent sur le clavier.  Le roman ne cesse d'interroger d'autant que l'artiste se plaît à brouiller les pistes. Non par perversité mais pour renvoyer le monde à sa confusion et son chaos là où l'auteure pousse plus loin la sidération, le courage des femmes et en ouvrant la porte en dernière page à une sorte de sortie peut-être commisérative.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Jacqueline Merville, "Le Courage des rêveuses", Editions des femmes - Antoinette Fouque, Paris, 2021, 96 p., 10 E.. Parution le 14 octobre 2021.

16/08/2021

Mali Lazell et Julia Haenni : du reportage à la poésie activiste du réel

All.jpgMali Lazell est photographe. Elle a développé une curiosité insatiable pour le portrait d’art contemporain à la fois visuellement et théoriquement, examinant ses sujets avec une précision intemporelle unique, alors qu’elle communique les paysages émotionnels et psychologiques complexes de chacun de ses sujets.
 
All 2.jpgElle aborde également notre apparence, les personnes que nous admirons et les secrets que nous essayons de garder, jusqu’à ce qu’elle les saisisse doucement avec son appareil photo et les transforme en art. Et dans ce livre (avec  Julia Haenni réalisatrice, écrivain et interprète) elle documente - et bien plus - la grève féministe du 14 juin 2019 en Suisse. Cette grève fut  historique. Plus d’un demi-million de personnes ont manifesté dans les rues et ont uni leurs appels à l’égalité entre les sexes.
 
All 3.jpgMali Lazell et Julia Haenni, étaient présentes et ont dépeint plus de 90 femmes en mots et en images le jour de la grève à Zurich. Le livre parle de ces grévistes. De leur force, de leur diversité, de leur solidarité. Et de leur courage de défendre leurs droits, de se mettre au centre de l’image. Elles font entendre leur voix, les femmes disent  sommes nombreuses et veulent plus, veulent tout. Et ce livre devient leur chant qui transforme leurs cris.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

12/08/2021

Al Varlez, Collages / Mont(r)ages : tout ce qui reste

Varlez 2.jpg

 

De plus en plus Al (Robert) Varlez (créateur dans les années 70 d'un des derniers bastions de ce qui se nommait encore l'avant garde : la revue 25)  s’oriente de plus en plus vers une scénographie où se mêlent autant le frisson que l'humour. Existe en un transfert poétique tout ce que l'avenir de la planète lui inspire d'inquiétude

 

Varlez 4.jpgL'émotion passe par un tel filtre pour paraître encore plus incisive. La retenue esthétique et celle du jeu deviennent de rigueur. D’où l’apparition d’un lyrisme étrange, qu'on pourrait nommer  wagnérien. Mais ici  la pompe des images est toujours cassée car les circonstances de s'y prêtent plus. Le fantasme sexuel y est associé parfois selon une artificialité ludique liée à la représentation du corps. Son  démontage ou dépeçage accentue la puissance critique d'un tel travail.

Varlez 3.jpgLes éléments rapportés sont donc moins là pour dissocier le fantasme érotique du réel que pour permettre une oscillation entre réel et imaginaire. L'esthétique du collage décalant tout point d'appui, les montages permettent d'entrevoir l'essentiel sans que Varlez se transforme en père la morale. Néanmoins ce qui paraît roc se creuse, se volatilise pour laisser place à un fleuve intempestif dont le créateur voudrait ralentir le courant.

Jean-Paul Gavard-Perret

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