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09/09/2020

Adel Abdessemed : ce que résister implique

Adel 2.pngAdel Abdessemed,  "Description d'un combat, Wilde, Genève, du 3 septembre au 23 octoble 2020.

Adel Abdessemed est un artiste de combat d'où son admiration (tardive et réflexive) pour Picasso qui pour lui "peignait comme un guerrier". Existe dans ses oeuvres les souvenirs d'une jeunesse rebelle en Algérie au moment des années de sang de la période 90.

Adel.pngPar son talent et sa sensibilité et le renouvellement de ses travaux via divers médiums l'artiste illustre la violence de l'époque. Mais il casse et fragmente le bombardement images des médias et d'internet.

L'artiste affronte le monde car selon lui "il y a peut-être des portes de sortie : celles de la création et de l’art. Il faut créer des œuvres de résistance : pour moi l’artiste est comme un combattant." Il prouve que seule la culture peut répondre à la bêtise ambiante que charrient les idéologies et les maîtres.

Adel 3.pngLa culture est pour lui un moyen de créer "des émotions significatives, lumineuses comme le soleil, et aussi des émotions obscures mais qui s’imposent.". Et dans ce but les images et leurs montages d'Adel Abdessemed disent ce que les mots ne peuvent énoncer et ce que les images officielles cachent.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/09/2020

Fabienne Radi : brossages et frictions

Radi.pngAdepte des rapprochements, raccourcis, couronnes et chirugies intempestives, Fabienne Radi - même si elle ne ne sait pas ce qu’est devenue Hayley Newman (qu'elle évoque dans son livre) après les années 1990 et "si elle a disparu de la circulation ou si elle continue dans la même veine artistique" pense néanmoins à elle chaque année en se rendant chez son dentiste. Preuve qu'elle prend soin de ses détartrages afin que les capitons d'émail ne lâchent pas. Existe toujours chez la sémiologue avide des circulations ferroviaires de l'entrain dans ses digressions. Cultivant le sampling littéraire et artistique elle crée des nouages du désir, du féminin. Il s'agit d'entamer, de creuser, et de pénétrer ce que les autres savants des signes laissent à l'abandon.

Radi 4.pngElle offre un collier de lettres en lieu  et place du varech et des vagues du Léman. Saigne en continu, ou plutôt suinte des perles de la culture dans la mâchoire avide de paroles intempestives. Comme Hayley elle prend des chemins de traverse. Elle aussi a "potassé "How to Make a Happening" de Allan Kaprow. Elle en connaît un rayon et n’a pas peur d’aller au charbon. Elle s'interroge sur le sourire à la fois de la Joconde "sans que l’on sache comment étaient ses dents, ni même si elle en avait vraiment" comme sur les canines de l’actrice Julia Roberts qui en montre "tellement qu’on a l’impression qu’elle en possède deux fois plus que les autres gens." Radi 3.pngDe telles égéries sont-elles fragiles ou Dames de légende ? Là est une partie de ses questions. S'émettent des trouées, des caries où les phrases sinuent et glissent. C’est une construction ludique où le Rien - qui est tout - prend toute sa place. Comme si les dents étaient partie prenante de baisers fougueux afin de savoir si qui trop embrasse mal éteint les haleines - fraîches ou non.

ARadi 2.png l'inverse de chez Virginia Woolf, l'écriture de Fabienne Radi n'est jamais frigide et va au plaisir et à la jouissance du texte ( en ses montages de signes et signalétiques) jusqu’à l’extase… Ce serait quoi le contraire ? La stase, le trop-plein, le poids non de la petite mort, mais de la veillée funèbre. Fabienne Radi refuse la langue morte et ne se sépare jamais des images. Elle traverse les apparences. Un flux ininterrompu de pensées les parcourt pour faire renaître ce qui se cache derrière par un enlacement et cueillette. L’horizon s’élargit : nous y plongeons depuis les bords de Léman.

 

Jeran-Paul Gavard-Perret

Fabienne Radi, "Émail diamant", Coll. SushLarry, Art&fiction, Lausanne, 156 p., 2020.

30/08/2020

Valentin Carron et la révision des principes helvétiques

Carron bon.pngValentin Carron sort le folklore suisse et le fait exploser - au besoin en reprenant ses fétiches pour les détourner de leur racines. L'artiste né à Fully, vit et travaille à Martigny et à Genève. Il renouvelle le scène artistique au même titre - mais par d'autres voies - qu'Andro Wekua, Mai-Thu Perret ou Vidya Gastaldon. Ses scultpures, ses peintures et ses installations mélangent les genres et renouvellent les stratégies de l'"approriatonnisme" et du "pop-art".

Carron.jpgRéinterprétant les symboles familiers de formes vernaculaires il les fait échapper à la culture dominante et le folklorisme par une artificialisation des arts et traditions populaires. Par exemple reprenant les portails en fer forgé chers aux chalets suisses et aux pavillons "Sam’suffit" sur lesquels leur nom est inscrit, il a demandé à un forgeron un même objet mais avec une fausse note. Et ce, en lui précisant d'inscrire en lieu et place des dénominations traditionnels le mot "Authentik" afin d'ouvrir de nouvelles strates de lecture.

Carron bon.jpgTout devient ambigu et déroutant. Ni authentiques ni kitsch, ni ready-made ou réellement artisanaux, ses objets jettent un doute sur l'authenticité suposée des légendes et des images de la Suisse au moment où les montagnes du Valais échappent aux vaches pour aborder une cultuure plus urbaine et neuve. Carron bon 2.jpgRemarqué des ses premières oeuvres réalisées pour le MAMCO et au Centre d'Art Contemporain de Genève puis pour la Kunsthalle à Zurich et le Swiss Institute à New York il a entre autres créé sa célèbre croix monumentale dressée sur la Messeplatz dans le cadre d'Art Basel 2009. Mais ce ne sont là que des exemples des exposition d'un artiste désormais célébré dans le monde entier.

Jean-Paul Gavard-Perret

Valentin Carron , "Zéro Virgule Nul", Consortium Museum, Dijon, du 13 mars 2020 au 18 octobre 2020. "Valentin Caron", texte de Julien Mare, Presses du réel, 2013, 88 p., 35 E.