gruyeresuisse

13/02/2020

Abdul Rahman Katanani : face au monde

Katanani.jpgBarbara Polla (a.k.a. Barbelé pour l'occasion) présente à Genève le nouveau livre d'Abdul Rahman Katanani "Brainstorming". Elle prouve par un beau texte de présentation comment l'artiste rentre dans le monde et s'en dégage.

Katanani 3.pngL'artiste reprenant l'histoire de l'art dans ses prémices et prolégomènes montre à travers ses images une sorte d'immense musée  - de Beyrouth à Paris, de Hong-Kong au Brésil. Il "image" comment les hommes envisagent leur futur, questionnent les pouvoirs et suggèrent leur liberté et leur angoisse.

Katanani 2.png"Brainstorming" devient une narration universelle riche et radicale. Elle fait écho à ce qui arrive au monde - et ce dans les profondeurs des immenses vagues et bouquets que l'artiste construit en fils de fer barbelé. Il roule et déroule métaphoriquement ce qui mène les être humains : mots, pensées, frustrations, rires, tempêtes (sous un crâne et ailleurs). Cette vague est en rapport avec celle d'un tsunami qui menace le monde pour à la fois l'affronter, y entrer mais aussi s'en sortir.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/02/2020

Guillaume Perret et les portraits des impromptus de l'amour

Perret.pngGuillaume Perret, "Amour", L'Espace Nicolas Schilling et Galerie Neuchâtel, du 14 au 22 février 2020, Livre "Amour", Editions ACT, 136 pages.

 

Perret 2.jpgLa recherche plastique de Guillaume Perret devient le moyen de découvrir l’amour à travers celles et ceux que le regard de la société condamne implicitement. Le photographe montre que ce sentiment ne possède pas d’âge, de genre, de codes. C'est une question intime à la fois commune mais toujours particulière et qui souvent dérange l'ordre tel qu'il est admis.

Perret 3.jpgLe photographe place son objectif en face  ou derrière de couples atypiques en mettant en lumière ce qui représente une série de libres choix et selon une approche poétique empreinte de respect et de vérité. George Kouvas précise dans la préface du livre : « Nous vivons dans une civilisation qui a donné la priorité absolue à l’intellect (...). Or à notre époque, il reste encore des choses qui ne peuvent être appréhendées par ce biais. Et c’est alors que nous avons recours à l’art, et à l’amour. »

Perret 4.jpgL'exposition et le livre réunissent les trois éléments qui sortent de la priorité du rationalisme : l’art, l’amour et le fonctionnement du cerveau dans le tréfonds de son "inconscient". Et ce dans le but d'exprimer l’indicible. Après avoir exercé les métiers de maçon et d’enseignant, Perret se consacre entièrement à la photographie. Il cherche à saisir la beauté fragile de l’existence humaine et montre une forme d’intimité souvent révélatrice des enjeux de notre société peu encline à la clémence face à ce qui la dérange là où chaque image vaut bien plus que mille mots.

Jean-Paul Gavard-Perret

31/01/2020

Camille Saint-Jacques, Eric Suchère : inutile, vous avez dit inutile ?

Suchere.jpgNi funambules ou prestidigitateurs, ni centristes de l'art, Suchère et Saint-Jacques revisitent un certain nombre de dogmes donnés pour acquis dont ceux qui, peu sensibles à la notion d'oeuvres majeures ont fait le lit d'une populisme plasticien. Les deux auteurs obligent à plonger dans l’histoire de l’art de manière pertinente et non à coup d’historiettes.

S'ils mettent des limites à la notion de chef d'oeuvre tel qu'il est entendu jusque là, ils n'ouvrent pas pour autant toute grande la porte aux mouvements qui revendiquent « le rien le peu, le pas grand-chose » comme valeurs en soi ou absolues. Revenant au "chef d'oeuvre inconnu" de Balzac ils réhabilitent bien des données pour apprécier le mystère que cache cette notion.

Mais accéder à l'acmé artistique n'est pas simple rappellent les essayistes pour qui une telle motivation n'est néanmoins pas la seule. De plus ils évoquent les conditions qui permettent à une création d'être porteuse sinon de "beau" (mot désormais aussi honni que celui de chef d'oeuvre) du moins de sens. Face à la frénésie de blabla dont le monde artistique et critique est friand ils proposent une profondeur d'analyse pour scruter ce qui se passe par effet de surface et faire le tri entre ce qui "tient" et ce qui ne produit qu'une jouissance aussi immédiate que superfétatoire. Si bien que les étiquettes - même celle de chef d'oeuvre - n'engagent qu'elles-mêmes. Le livre en libère. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Camille Saint-Jacques, Eric Suchère, "Le Chef d'oeuvre inutile", L'Atelier Contemporain, Strasbourg, 2020, 138 p., 20 E.