gruyeresuisse

02/09/2021

Denise Bertschi et le monde

Ber.jpgDenise Bertschi, "Oasis of Peace. Neutral Only On The Outside", C.C.S.,  Paris du 12 septembre au 14 novembre 2021.
 
 
Denise Bertschi est intéressée aux apparences fissurées de l'Histoire et de de l’historiographie. L'artiste rend visibles les liens entre la Suisse et la géopolitique mondiale. Elle questionne les récits de l’imaginaire national comme celui de la neutralité.  Elle crée des installations et des vidéos dans lesquelles s’entremêlent des documents d’archives et des images personnelles avec des outils d’historienne, d’anthropologue et de journaliste d’investigation,
 
Ber 2.jpgL’exposition Oasis of Peace. Neutral Only On The Outside établit un lien méconnu entre la Suisse et deux régions géopolitiques majeures: le territoire démilitarisé entre Corée du Nord et du Sud d’une part, l’Afrique du Sud sous l’Apartheid d’autre part. La nouvelle création vidéo conçue pour l’exposition est entièrement montée à partir de ces matériaux d’archives.  La vidéo State Fiction est accompagnée de textiles accrochés dans l’espace, imprimés de fleurs et superposés à des slogans recueillis dans le « Swiss Camp » de la DMZ et la zone autour. Une publication éditée par Denise Bertschi à cette occasion, rassemble des essais sur le sujet ainsi que des photographies d’amateurs des années 1950 à 1980 de la Corée divisée.  
 
Ber3.jpgLe travail de Denise Bertschi, avec ses images, photos et vidéos presque banales, voire cryptiques, pourrait leurrer. Or ce qui les hante est hors-champ : à savoir ce qui se passe, ou s’est passé, juste à côté des plates-bandes fleuries, entre ici et les montages au loin, ou derrière les portes verrouillées. Denise Bertschi ausculte de près les lieux et les traces matérielles pour invalider les pratiques de l’oubli, retourner les images d’une fausse innocence et analyser la construction de récits qui deviennent des fictions instrumentalisées.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

05/01/2021

Le pas au-delà  de Paul Reclus

Reclus.jpgPaul Reclus, "Plus loin que la politique",  Illustrations Marfa Indoukaeva, Editions Héros Limite, Genève,  décembre 2020,  200 p.,  18.00 € 25.20 chf.
 
 
Neveu d’Élisée Reclus et proche des idées anarchiste de son oncle, Paul Reclus (1858-1941) après  la Commune de Paris écrasée,  se cache un temps avant de rejoindre la Suisse. Il rentre à Paris et devient ingénieur. Propagandiste anarchiste, partisan de la reprise individuelle et de la propagande par le fait il est inculpé dans le "procès des trente", se réfugie à Londres puis se fixe en Ecosse où il travaille comme cartographe, puis professeur. A la demande d'Elisée Reclus, il s'établit en Belgique pour l'aider à terminer l'édition de "L'Homme et la Terre". Il s'installe en Dordogne et à Montpellier où il se livre à des travaux scientifiques et fonde le journal anarchiste "Plus loin" qui paraîtra jusqu’en 1939. Il fait jusqu'à sa mort partie de plusieurs organismes dont ceux d'aide au mouvement anarchiste pendant la guerre d'Espagne.
 
Reclus 2.jpgIl a créé une oeuvre de circonstance : elle garde  plus qu'une actualité confondante  comme le prouvent les articles de cet ouvrage issus des revues "Plus loin" et "Les Temps nouveaux" et rassemblés par Alexandre Chollier.  Existe une pensée d'avant garde pour l'époque. Elle exprime au delà du marxisme et  sa pseudo démocratie telle qu'il l'a galvaudée -  un appel à la démocratie directe. Mais c'est surtout son projet anticipateur  d’écologie sociale qui reste le plus intéressant.
 
Reclus 3.jpgIl se fonde  sur la conviction qu’aucun des problèmes écologiques ne sera résolu sans un profond changement social. Et de tels écrits demeurent essentiels à la fois sur le plan de l'histoire des idées et de leur réalisation. Il faut s'y confronter pour réfléchir à savoir comment sortir de  l'impasse où nous nous nous trouvons. Le capitalisme semble en effet le parfait opposé d'une révolution écologique. Sans que pour autant la pensée de Paul Reclus soit totalement convaincante. Mais c'est en s'en nourrissant de manière critique que des pas s'esquissent.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

16/10/2020

Joan C. Williams : l'Amérique des nègres blancs

Unes.pngÀ travers une série de questions sociétales sur le travail, l'éducation et les valeurs, Joan C. Williams restitue les modes de vie et le parcours d'une classe ouvrière blanche en déclin démographique, touchée par la crise économique et épidémique, abandonnée par le Parti Démocrate.

 

 

Unes 2.jpgAprès avoir publié un essai dans la "Harvard Business Review" pour expliquer comment le mépris pour la classe ouvrière contribue à la montée du populisme, elle souligne ici l'importance des problématiques de classe et rappelle que la lutte pour les pauvres blancs d'Amérique n'est en rien incompatible avec la lutte pour l'égalité raciale ou le féminisme.

Unes 3.jpgTémoin du monde postmoderne, Joan C. Williams met en lumière le fossé de rancœur qui sépare les classes populaires blanches rurales ou périurbaines des cadres supérieurs des grandes métropoles. Cette polarisation touche une grande partie de l'Occident dont entre autre le "gilet-jaunisme est un symptôme. Cela implique un nécessaire effort de médiation afin qu'une dangereuse tectonique des classes glisse dans une opposition frontale et l'arrivée des totalitarismes selon un processus qu'Orwell avait parfaitement décrit.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Joan C. Williams, "La classe ouvrière blanche - Surmonter l'incompréhension de classe aux États-Unis", Traduit de l'anglais par Carole Roudot-Gonin, Collection Unes Idées, Editions Unes, Nice, 2020, 152 pages, 20 E..