gruyeresuisse

14/09/2017

Reverie du promeneur solitaire : Erwin Polanc

Polanc.jpgErwin Polanc vit et travaille à Graz. Il saisit des scènes quotidiennes de son environnement à « la poursuite du bonheur » (comme s’intitule une de ses dernières séries). La vie à la campagne est saisie à travers des couleurs douces. Portraits, natures mortes, paysages excluent la moindre once de mièvrerie pour suggérer le plaisir d’une vie simple et coutumière. Nul passéisme pour autant. Mais un humour sous-jacent et à peine perceptible.

 

 

Polanc 3.jpgTout est dans l’art de la composition et des contrastes. Une beauté sans fard nait d’apparitions où rien n’est laissé à une flamboyance décorative . L’épaisseur des existences est suggérée par des objets. Ils peuvent sembler dérisoires mais donnent à chaque image une émotion particulière. Le printemps n’est pas forcément vêtu en robe de mousseline, actions et objets sont des approximations lointaines de la perfection : c’est ce qui fait leur charme. Repères figuratifs ou non créent un monde d’émotions joyeuses et légères.

Polanc 2.jpgSans jamais sortir d’un ordinaire champêtre, les prises refusent la médiocrité. Un simple bouquet met la vie en images la vie. Cela soulage, allège. Est-ce parce qu’elle font respirer ? Mais de telles photographies semblent nécessaires. Face aux sentiments barbares, Erwin Polanc propose des exercices de légèreté. Sachons en devenir les complices, les partenaires. Peu importe de savoir si le Paradis existe ou pas. Le photographe en soulève le voile. C’est un culte hédoniste : à nous d’en faire bon usage.

Jean-Paul Gavard-Perret .

Erwin Polanc, « 8630 Mariazell » , Fotohof Edition, Salzburg (Autriche), 120 p., 35 E., 2017.

03/08/2016

Yoshihiko Ueda : Hermès aux herbes folles


Ueda Bonbon.jpgPour célébrer le lien profond qui unit Hermès et la nature, la directrice artistique de la marque a choisi de développer le thème « grandeur nature » en faisant appel à Yoshihiko Ueda. Le shooting a eu lieu au « Kosciuszko National Park » en Australie près de Canberra. La maison avait déjà exposé l’artiste dans son Espace Forum à Ginza. Il a été retenu pour sa manière d’accorder à la nature une force mystérieuse et magnifique.

 

 

Ueda Bon 3.pngLe recours « archaïque » à la chambre photographique donne un grain particulier aux prises. L’artiste met l’accent sur des détails discrètement érotiques afin de suggérer une narration qui vogue entre l’invisible et l’impalpable. Cela est permis par le lieu, son champ d’herbes hautes agitées par le vent comme des crinières de chevaux galopant dans un temps suspendu et un cadre sauvage. Les photographies créent la sensation de liberté et de communion avec la nature. Ne demeure presque plus rien que la végétation et un corps qui s’y abandonne de manière plus ou moins équivoque, pudique et impudique à la fois.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/06/2016

Le Corbusier au Bassin d’Arcachon

 

Corbusier 3.png« Le Corbusier - mes années sauvages sur le Bassin 1926-1936 », Site Cap Moderne, Villa Eileen Gray & Jean Badovici, Lege Cap Ferret, 28 juin - 31 août 2016.

 

 


Corbusier 2.jpgCette exposition est consacrée aux séjours sur le Bassin d’Arcachon de Le Corbusier où il retrouve une nature sauvage. Il y passe ses vacances de 1918 à 1936. Se découvre le visage d’un créateur rêveur qui voit le bassin comme un refuge naturel. En hommage au lieu, il devient l’architecte d’un lotissement à Lège (en collaboration avec son cousin Pierre Jeanneret) pour le compte de l’industriel sucrier Henry Frugès afin d’y loger les ouvriers employés à la scierie locale.


Corbusier 4.pngLe lotissement a subi de nombreuses transformations (adjonction de toitures, modifications des ouvertures etc.). Elles témoignent du rejet par les habitants de la modernité « corbuséenne ». Mais cet ensemble, grâce aux Monuments Historiques de France, a été rénové par une société d’HLM, afin de retrouver le modèle original.

Corbusier.pngMais ni les enduits, ni les coloris d’origine n’ont été respectés. Ce qui dénature le projet et consume les apparences auxquelles néanmoins l’exposition redonne un lustre tout en soulignant la paix idéale que Le Corbusier découvrit dans une nature défaite des entraves les plus évidentes de la civilisation. Reste un champ flambant de mirage et de vie. Il répond à sa part la plus secrète et la plus rebelle d’un architecte et artiste partagé entre désarroi et espoir.

Jean-Paul Gavard-Perret