gruyeresuisse

13/03/2019

Chronique d'un silence : Jean-Claude Bélégou

Bélégou.jpgLe photographe Jean-Claude Bélégou oppose à juste titre les eaux dormantes et courantes. Au flux des secondes et "leur large respiration de lumière qui traverse et irradie le paysage tout alentour" s'opposent les premières, tapies "dans des dépressions, souvent clos d'arbres et buissons, envahis d'herbes, feuilles mortes, joncs". C'est pourtant un lieu de gestation et d'existence sourde car si elles appellent "les noyades silencieuses que l'on raconte aux soirs d'hivers" en jaillit une lumière là où la passivité apparente fait le jeu du songe et de la paix. Elle commence à couler dans les pensées.

Bélégou 3.jpgCertes de telles mares obscures sont sources de mélancolie mais elles confèrent une sagesse propre à un espace fait pour les moments où la solitude et le silence confèrent une paix. Le miroir stagnant devient une fenêtre sombre de l'âme en souvenir du passé.

 

Apparemment rien ne change, tout s'enfonce. Sur les rives indécises le temps s'arrête. Les arbres et buissons confèrent des couleurs profondes à l'espace "du dedans". Les rêves n'ont pas besoin d'autres lieux. Au "fleuve d'oubli" de Baudelaire répond l'écran placide de la présence. Bélégou en soliste s'y fait virtuose des cloîtres de la nature. Ils répondent aux champs des questions,  trouvent des réponses. Elles ne font pas de vagues mais sont à la limite immédiate du mystère dont le fond reste inconnu. Il ne faut pas y jeter des pierres : elles rideraient son évidence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Claude Bélégou, "Le silence des eaux dormantes". Voir le site du photographe

09/03/2019

Ten Broek : repons

Ten Broek.jpgTen Broek crée un univers mélancolique particulier où nudité des femmes et nature (feuilles) crée un mariage particulier. Pas de lignes de démarcation entre elles mais pas d'assimilation : juste une juxtaposition avec mystère: au regardeur de reconstituer à travers les émulsions, des harmonies au milieu d’une intimité plus suggérée que dévoilée dans une synthèses aux frontières douteuses entre rêve et réalité comme autant de promesses et de résistances implicites au gabarit du royaume de l’apparence dite vériste.

 

Ten Boroek 2.jpgLe corps de la femme et les feuillages créent d’autres filets de sens mais toujours selon la même perspective : une solitude esquissée et dont l'émotion reste cachée. Chaque prise devient une trame de regard qui remonte à l’élémentaire de la nature. La peau devient un herbier là où une naturalité des photos ne bloque pas le vivant. Bien au contraire. Mais il est hors mouvement au sein de lumières pâles.

 

 

 

 

Ten Broek 3.jpgL'évanescence et l'euphémisme provoquent un prolongement à la thématique du nu comme à celle de la nature pour évoquer une double beauté sans effet de redondance. Il s’agit de se replonger dans un bain de jouvence par les déplacements à peine perceptibles et dans une physique ou une «science» du mystère au sein d'une phénoménologie particulière.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

www.tenbroek-fotografie.nl

16/01/2019

Résurrections : Jean Baptiste Née

Née.jpgJean-Baptiste Née, "Derrière la brume", Galerie Ligne Treize, Carouge-Genève, du 12 janvier au 15 février 2019.

 

Le temps passe mais - sur les montagnes - l'ombre reste le berceau de la vie. Ou plutôt son écrin. C'est pourquoi si J-B Née ne dissipe pas les brumes il montre ou suggère ce qui s'y fomente et se cache derrière. Chaque gouache sur papier  propose un souffle indéfinissable. Il diffère le réel afin d'inscrire une légende. Elle emporte.

Née 2.jpgEn absence de jour le paysage n'est pas pour autant orphelin. Il neige de noir dans la crevasse des souvenirs. L'oeuvre devient une suite de flocons sombres. Ils  demeurent inconsistants car une lumière sourde y rayonne. Quand la nuit tombe, J-B Née la troue : elle est repoussée par vagues. D'un côté l'artiste contemple le ciel, de l'autre il scrute la terre. Nous sommes soumis  à des glissements progressifs. Il n'existe pas d'arrêt. Juste l'attente. L'interminable attente : bordures et nudité.

Née 3.jpgChaque image compose un éparpillement des brumes. Peu peu le paysage entre dans le regard. Preuve que l'absolue lumière cache l'essentiel. S'infuse la séparation entre les paysages tels qu'ils sont et tels qu'ils deviennent dans cette proposition de voyance. Le mensonge des apparences fond avant que la lumière diffuse une image trop nette qui ferait oublier des mystères et des secrets d'abîmes et de cimes.

Jean-Paul Gavard-Perret