gruyeresuisse

12/11/2018

Marianne Faithfull : superfétatoire

Faithfull 2.jpgVoici un disque qui s’écoutera pour la seule présence de Nick Cave. Hors sa présence, pas de salut. Marianne Faithfull poursuit certains avachissements vocaux. Ils font sa marque de fabrique depuis trois ou quatre albums. Les plus méchants diront que cela dure depuis toujours.

Faithfiull.jpgDans ce dernier album tout s'effiloche – comme les prestations scéniques d’une artiste qui apparemment méprise le public dans ce qui tient d'un foutage de gueule organisé. La créatrice exploite sa légende et une aura douteuse même si il y a une dizaine d’années elle put un poli,surprendre un poil avec "Esay Come, Easy Go" et "Before the Poison".

faithfull 3.jpgWarren Ellis qui produit l’album fait ce qu’il peut : un ou deux morceaux sont écoutables mais pas question de remettre ça et de subir la purge plus longtemps. C'est pour un tel album que s'émet l'idée de la fameuse "résurrection" de l’artiste. Mais avait-elle vraiment surgi ? En tout état de cause « Broken English » est bien loin : l’artiste vit d’avoir survécu au Rolling Stones. C’est du sous, sous, sous Leonard Cohen ou Dylan. Est-elle touchante ? Oui si l’on fait référence à son âge. Pour le reste tout reste d’un ennui crasse et souffreteux. Les preux chevalier de Marianne n’en peuvent mais - ou rendent les armes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marianne Faithfull, « Negative Capability », label BRG, 2018

15:43 Publié dans Femmes, Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

04/09/2018

Mike Miller : Californication

Miller.jpgMike Miller s’est fait connaître par ses photographies de la scène hip-hop des années 80 de la côte ouest. Né dans le West-Side de Los-Angeles il a côtoyé depuis toujours les Chicanos, les Noirs, brefs les victimes de la société florissante. Quittant les USA pour Paris et l’Europe Linda Evangelista lui offrit son premier appareil photo (un Nikon ayant appartenu à Peter Lindberg).

Miller 2.jpgIl commença à photographier très vite de manière professionnelle. Il réalise des images des campagnes de publicité pour Cacharel et d’autres maisons de mode. De retour à L.A - et désormais reconnu - il photographie des artistes et groupes (‘The Go-Go’s, Heart, Stan Getz, Herb Alpert) pour divers labels dont EMI. Mais il préfère toujours le hip-hop et réalise sa première pochette de disque de rap puis photographie les stars de la scène rap de la Californie.

Miller 3.jpgSe retrouvent dans son exposition ses photos les plus célèbres mais surtout des inédites beaucoup plus intéressantes sur les cultures et communautés alternatives de sa cité qui devient un ventre ouvert. Sans aucun pathos et avec humour et verve il suggère le Los Angeles méconnu où les perdants semblent collés aux trottoirs. Mais il évoque aussi une révolte implicite de ceux qui au bord du Pacifique - ou dedans - ignorent la peur et cultivent une certaine provocation.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Mike Miller, « California Love », Photo M+B Galery, Los Angeles.

31/08/2018

Le roman sous bonnet d’âne – Francisco Meirino

meirino.pngFrancisco Meirino, “Infernal à l’intérieur”, Editions Ripopée, Nyon, 2018

“Infernal à l’intérieur » est une histoire écrite par la réduction de pages complètes d'un roman aléatoire au moyen d’expressions simples. L’auteur et musicien invente une sorte d’écriture automatique et en collage qui tient d’une poésie abstraite (et quasi acoustique) qui évoque un abrégé tragique d’une histoire de famille, de séparation et de mort dans les boucles de temps.

meirino 2.pngLe créateur poursuit son goût pour les modifications, les filtres ou extraits qui semblent tirés d’un contexte énigmatique pour obtenir une telle substance suffisamment abstraites pour transformer le romanesque et obtenir une forme de « véda » plus ou moins chamanique. L’espace de la page « normale » est inversée : le fond est noir, le texte y apparaît en insert dans ce qui tient d’un réductionnisme un rien « punk ».

meirino 3.jpgC’est aussi une manière de cultiver certains fantasmes mais aussi de les électrifier ou les court-circuiter dans ce qui tient d’un condensé de Bukovski mais en moins dépressif. Comme lui il cultive le vrai du faux et affirme que l’art et la littérature ne servent à rien. Ce qui ne l’empêche pas de s’empresser de les transformer en termes addictifs tout en continuant à désobéir aux règles.

Jean-Paul Gavard-Perret