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06/10/2019

Jeux de voiles : Marja-leena Sillanpää

Silanpaa.jpgMarja-leena Sillanpää, "From air to flames, Librairie Humus, Lausanne,17, 18, 19 octobre 2019.

 

L'artiste et écrivaine finnoise Marja-leena vit et travaille à Stockholm. Son exposition à Lausanne est un jeu d'ombres et de lumières à travers le drapé. Un passé est remonté avec des fragments incomplets, des éléments trouvés et repris. Le tout sous des parties musicales qui répondent à la même esthétique du fragment. Existent divers effets de rideaux dont l'artiste tire les ficelles. La vie apparaît abstraite (par la musique) et fantomatique (par les images).

silanpaa 2.pngL’œuvre n’a en aucun cas pour but de faire lever du fantasme. Ce dernier au mieux doit s'envisager et se «dévisager» (si l’on peut dire…) en un processus de réflexion et non de pulsion. L’œuvre porte la lumière et l'ombre, l'intelligence et l'instinct, l'image et le son. Surgit paradoxalement ce qui dépasse le pur corporel, qui dépasse aussi les langages en tant qu'outil de communication. Les agrégats et la stratégie esthétiques renvoient à la métaphore agissante et obsédante de l'existence là où tout échappe au réel pour un autre inachèvement. Mais pas forcément transcendental.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/07/2019

Les cycles cosmiques de Robag Wruhme

Whrume.pngLa musique de Robag Wruhme (du moins dans ce dernier album) surprend par l'apaisement quelque peu austère qu'elle procure. Il y a loin de celui qui sous le nom de "Machiste" était au début des années 2000 au firmament de la house music minimaliste avec l'album "Wuzzebud KK" (Wighnomy Brothers).

Après son "Thora Vukk" (2011), Robag Wruhme se dirige vers un genre qui mélange ambient, house et IDM. Sans trop de sophistication dans la production (même si elle est particulièrement soignée), ce nouvel album se veut (et reste) avant tout diaphane, nostalgique au sein parfois d'auto-remix ("Volta Copy") et des relectures (d'Oxia entre autres). Wrhume 2.jpgExiste là des formules contagieuses aux sonorités mystérieuses qui déplacent les lignes de ce qui s'entend dans l'électro. Là où le compositeur sait que trop de notes les tuent et qu'il ne convient pas au penchant de suivre les chemins battus où l'on sait où la musique mène en ne faisant que se répéter.

Surgit un espace-temps captivant. Il échappe aux courants majeurs du temps  selon des formules qui creusent le silence pour sauter dans une sorte de vide sidéral proche de l'anticipation où des sons étranges viennent le disloquer. Ici la musique ne court pas le monde : elle emporte bien plus loin au sein de l'étendue muette des espaces infinis que les claviers et synthétiseurs viennent prendre à revers là où rien n'est forcément calé ou coulé dans le marbre. Robag Wruhme abandonne toujours les formules fanées pour découvrir du neuf et la beauté musicale reste toujours bizarre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Robag Wruhme, "Venq Tolep", Pampa Records / Bigwax, 2019.

07:53 Publié dans Musique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

21/07/2019

L'Epée : ardente et diabolique

L epee 2.jpgLa comédienne chanteuse Emmanuelle Seigner avait découvert les Limiñanasdans une série TV. Elle décida de les reconter au moment de l'enregistrement de leur « Shadow People » et fut même invitée à chanter sur le titre éponyme. Ils se mettent à travailler ensemble sur ce qui au départ devait être un album solo d’Emmanuelle avec des textes de Lionel et de l’écrivain-artiste Bertrand Belin. Il ne manquait qu’une chose : la production. L'américain Anton Newcombe (leader des "Brian Jonestown Massacre"), proche des Limiñanas, fera plus que l'affaire.

L epee diabolique.jpgIl lance l'idée du groupe et le baptise "L'Epée" ("titre tranchant qui anoblit et coupe aussi les têtes" précise-t-il). Le groupe a déjà publié un EP mais leur premier album "Diabolique" paraît début septembre sous l'ombre tutélaire de Lou Reed auquel fait référence un titre de l'album ("Lou"). L'ensemble est résolument rock, punk et psychédélique. S'y discernent des rappels des New York Dolls avec renforts de distorsions, mellotron et percussions nerveuses. Elles contredisent astucieusement le chant d'Emmanuelle Seigner qui sert parfaitement les lyriques sobres, minimalistes et rythmiques de Bertrand Belin.

L epee 3.jpgFidèle à leurs principes les Limiñanas continuent un travail de volontaire bricolage : Marie joue une batterie ultra primitive, et Lionel de la guitare "comme je peux" dit-il. Voire... Car sous l'apparente non maîtrise et la présence de Newcombe qui sait se servir de toutes les erreurs, les accidents possibles le groupe crée un album hors zone, libre et jouissif. Preuve que si l'Epée fait dans le saignant il ne refuse en rien la tendresse et le jeu.

Jean-Paul Gavard-Perret

L'Epée, "Diabolique", label Because, 2019.