gruyeresuisse

04/09/2018

Mike Miller : Californication

Miller.jpgMike Miller s’est fait connaître par ses photographies de la scène hip-hop des années 80 de la côte ouest. Né dans le West-Side de Los-Angeles il a côtoyé depuis toujours les Chicanos, les Noirs, brefs les victimes de la société florissante. Quittant les USA pour Paris et l’Europe Linda Evangelista lui offrit son premier appareil photo (un Nikon ayant appartenu à Peter Lindberg).

Miller 2.jpgIl commença à photographier très vite de manière professionnelle. Il réalise des images des campagnes de publicité pour Cacharel et d’autres maisons de mode. De retour à L.A - et désormais reconnu - il photographie des artistes et groupes (‘The Go-Go’s, Heart, Stan Getz, Herb Alpert) pour divers labels dont EMI. Mais il préfère toujours le hip-hop et réalise sa première pochette de disque de rap puis photographie les stars de la scène rap de la Californie.

Miller 3.jpgSe retrouvent dans son exposition ses photos les plus célèbres mais surtout des inédites beaucoup plus intéressantes sur les cultures et communautés alternatives de sa cité qui devient un ventre ouvert. Sans aucun pathos et avec humour et verve il suggère le Los Angeles méconnu où les perdants semblent collés aux trottoirs. Mais il évoque aussi une révolte implicite de ceux qui au bord du Pacifique - ou dedans - ignorent la peur et cultivent une certaine provocation.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Mike Miller, « California Love », Photo M+B Galery, Los Angeles.

31/08/2018

Le roman sous bonnet d’âne – Francisco Meirino

meirino.pngFrancisco Meirino, “Infernal à l’intérieur”, Editions Ripopée, Nyon, 2018

“Infernal à l’intérieur » est une histoire écrite par la réduction de pages complètes d'un roman aléatoire au moyen d’expressions simples. L’auteur et musicien invente une sorte d’écriture automatique et en collage qui tient d’une poésie abstraite (et quasi acoustique) qui évoque un abrégé tragique d’une histoire de famille, de séparation et de mort dans les boucles de temps.

meirino 2.pngLe créateur poursuit son goût pour les modifications, les filtres ou extraits qui semblent tirés d’un contexte énigmatique pour obtenir une telle substance suffisamment abstraites pour transformer le romanesque et obtenir une forme de « véda » plus ou moins chamanique. L’espace de la page « normale » est inversée : le fond est noir, le texte y apparaît en insert dans ce qui tient d’un réductionnisme un rien « punk ».

meirino 3.jpgC’est aussi une manière de cultiver certains fantasmes mais aussi de les électrifier ou les court-circuiter dans ce qui tient d’un condensé de Bukovski mais en moins dépressif. Comme lui il cultive le vrai du faux et affirme que l’art et la littérature ne servent à rien. Ce qui ne l’empêche pas de s’empresser de les transformer en termes addictifs tout en continuant à désobéir aux règles.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/07/2018

Peter Kemp : La Musica

Kemp.jpgPeter Kemp vit à Delft et ses photographies s’en ressentent. Dans la ville de Vermeer celui qui admire la peinture classique la reprend à son compte avec humour. Le charme de ses « instrumentistes » est à la fois intrusif et décalé. Un monde suranné d’hier ou d’avant-hier, d’ici ou d’ailleurs est repris dans le jeu d’une perfection théâtralisée en dentelles et soie fine.

Kemp 3.jpgCe parti-pris plastique et formel permet de jouer des fantasmes et de la représentation de la femme en tant qu’ « objet » plus que véritable sujet de la représentation. L’artiste incarne à la fois le multiple et l’un d’une telle manière d’envisager le féminin instrumentalisé afin de donner libre cours aux influx qui animèrent (et le font encore) au fil des temps une certaine réductibilité du « deuxième sexe ».

Kemp bon 2.pngL’humour (quel que soit l'instrument des modèles) reste l’essence de la matière à montrer selon une visualisation poétique qui rappelle ce qu’écrivait Juarroz "aller vers le haut n'est qu'un peu plus court ou un peu plus long qu’aller vers le bas". C’est pourquoi face à un tel dilemme Kemp préfère le face à face.

Jean-Paul Gavard-Perret