gruyeresuisse

26/02/2020

Vendredi sur Mer et Lewis OfMan prodiges électro

V. SUR M.jpgCharline Mignot aka Vendredi sur mer, est suisse. Lewis OfMan est français. A eux deux ils cassent les codes de l'électro. Passionnée de photo et de mode, Vendredi est entrée dans la musique par hasard. Son premier titre "Est-ce que tu t'en souviens ?" fut composé pour habiller l'un de ses shootings. Elle est repérée par le label "Profil de Face" qui produit "La femme à la peau bleue", que la marque Sonia Rykiel utilisera pour l'un de ses défilés.

V. SUR M. 2.jpgCharline Mignot a lancé la carrière de OfMan et depuis ils créent chacun à leur manière en solo ou à deux un melting pot. A côté de Vendredi sur Mer, le second a déjà collaboré avec Lana Del Rey, Fakear, les Pirouettes et Rejjie Snow. Ces deux créateurs proposent un ego-trip et des romances nerveuses de plus en plus fondées sur les scansions d'une avant-garde sonore qui n'a rien d'élitiste.

V. Sur M 3.jpgAu moment où la Suissesse prend un peu de recul, le Français poursuit la veine de celle qui est passée maîtresse dans la composition des mélodies tout en se laissant aller de plus en plus à des morceaux de sons bruts. Dans leurs oeuvres respectives ils savent coordonner différentes influence squi vont de Lennon, Gainsbourg et Frank Ocean au bruitisme. Ils incarnent une énergie et un sincérité suffisamment rares pour qu'ils soient considérés comme faisant partie des artistes les plus novateurs et intéressants du moment.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

22/02/2020

Buvette - pour l'ivresse

Buvette.pngCourir le risque pour un artiste de prendre comme nom "Buvette" (eu égard à son ex job de barman) afin de se faire reconnaitre dans le monde de l'electro pop tient de la gageure. Pourtant avec son troisième album "Elasticity", Cédric Streuli ,originaire  des Alpes suisses, impose avec le label français "Pan European Recording" - une empreinte originale sur la scène musicale internationale par une électro cosmique teintée d'influences diverses - notamment très années 80 (mais revisitée). En évolution constante Buvette poursuit ses explorations sonores nourries par ses voyages aux États-Unis, en Inde et au Mexique avant de se fixer en partie à Paris en 2015.

Buvette 2.pngSes musiques - même dans leur évolution - se teintent d'une mélancolie qui néanmoins devient avec "Elasticity" bien différente et plus intéressante que dans ses précédents "4 Ever" et "The Neverending Celebration". Nettement cadré ce nouvel album gagne paradoxalement en liberté. D'où sans doute son titre - même s'il évoque aussi les villes en extension qui provoquent de multiples sensations et émotions. Et ce, au moment où les machines sont accompagnées d'une basse, d'une guitare et d'une batterie. Elles cassent l'aspect lisse du son par des détails astucieusement pop. Les sons s’étirent, se rapprochent ou s'éloignent dans un flux subtil et insidieux. Il donne à la musique electro de nouvelles ailes de désir.

Jean-Paul Gavrd-Perret

25/01/2020

Sandra Moussempès : la pensée et la glotte

Sandra Bon.pngLe sous-titre du "Cinéma de l'affect" de Sandra Moussempès : "boucles de voix off pour film fantôme" est capital. Il permet de comprendre le rythme des flots du livre. Et si  le mouvement est le propre du cinéma, la voix devient ici l'essentiel d'une poésie sonore d'un genre particulier. La créatrice sample et met en échos des voix de corps absents et plus particulièrement la figure de son arrière-grand-tante, Angelica Pandolfini, cantatrice au début du XXème siècle et dont le portrait trônait chez sa grand-mère italienne d’origine. Le film fantômal que la poétesse "monte" permet de réanimer ceux qui - disparus - reviennent sous la forme d’"ectoplasmes" dans toute leur gamme de voix qui parlent, chantent, subjuguent et occupent.

Sandra 3.jpgTout part de cette arrière-grand-tante le jour où "je découvris sur YouTube / sa voix enregistrée en 1903 son timbre / ressemblait au mien c’était troublant". Dès lors Sandra Moussempès cherche "à vérifier moi-même sur un corps inerte ce qui provoque ces ondes sonores humaines - la voix chantée, l'intérieur de l'humain". A travers "l'image" de cette ancêtre la poétesse trouve son phrasé comme celui de sa lignée "Les femmes criaient facilement sous des dehors respectables". Quant à la voix des hommes "elles étaient feutrées sauf devant les matchs à. la télé".

Sandra.pngLa créatrice "chante" lorsque les voix se sont tues. Leur timbre se transforme en "écriture revenue à la voix sans que la voix y succombe " au milieu d'échos antérieurs, parallèles, jumeeaux. Il y a les aïeuls mais aussi Emily Dickinson, Mary Shelley et Emily Brontë dont les fantômes affrontent l’intime de l'auteure à travers toutes les "machines à embaumer" (magnétophones, K7 audio, dictaphones, gramophones, etc. Bref tous les appareils proprent à faire renaître les voix d’outre-tombe. Mais la poétesse convoque aussi spiritisme, états hypnotiques, etc. L'ensemble de ces outils de stroboscopies sonores, illuminent la mémoire par "esprits phonétiques" et "mantra phoniques" au delà de divers types de grésillements intempestifs. La pensée est ainsi logée au fond de la glotte. L'auteure la fait dégorger en "fréquence Pandolfini" et en recontextualisant par ses mots toutes ces voix qui alimentent un texte qui en devient le miroir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sandra Moussempès, Cinéma de l’affect (boucles de voix off pour film fantôme), L’Attente 2019, 104 pages, 13€.