gruyeresuisse

17/07/2018

Le Barbie World de Kate Ballis

Infra realism.jpgL’Australienne Kate Ballis avec “Infra Realism” transforme Palm Spring (Ace Hotel & Swim Club, the Palm Springs Tennis Club, etc.) et les déserts du sud de la Californie à travers les spectres et les filtres de son appareil photographique. Tout est bleu Magenta, rouge sang et rose bonbon afin de transformer le paysage en une fantaisie drôle et mystérieuse. La substance imaginaire des couleurs remplace le réel.

infra realism2.jpgLa photographe - par effet de frontalité - introduit néanmoins le regardeur de l’autre côté du miroir. Et la topologie prend consistance et sens (ou non sens) avant tout par la couleur. Elle fait tourner le réel sur lui-même dans une suavité bubble-gum. La couleur « fait » l’espace en le déplaçant du côté d’un conte étrange. L’espace y est plus ou moins accueillant comme le sac du Moi de Freud où le ventre maternel : les choses y macèrent jusqu’à interroger implicitement la substance du monde et des choses.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/07/2018

Ionut Caragea : pluie d’hiver, pluie d'été

Caragea.jpgIonut Caragea une nouvelle fois espère contre la solitude inhérente à l’homme l’espérance d’un miracle aussi provisoire que perpétuel. Déferlent le réel et l’irréel comme dans chacune des œuvres du poète, fruits des terreurs passées mais tout autant d’un incessant avenir plus prometteur

Face au dur désir d’être la femme, donc en rien la revenante, elle est toujours restée ici. Elle a toujours existé comme la porte ouverte dans les murs de l’existence. Elle dort aux côtés du poète et lui permet d’exister. D’autant que celui-ci ne se l’annexe pas, mais en devient l’hôte.

Caragea 3.pngContre l’appel du vide, elle ne sert pas seulement à le combler. Preuve que contrairement à ce que pensait Duras, l'amour n'est pas une maladie. C'est la seule addiction nécessaire et le bon alcoolisme. Il permet à l'auteur ce que l'on pourrait résumer d'une formule: « je traverse, j’ai été traversé ». Dès lors, sur le sable de l'amertume, l'amour est la pluie d’été.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ionut Caragea, « Mon amour abyssal », Éditions Stellamaris, 86 p., 2018

01/07/2018

Drôles d’oiseaux mais pas que – Ruven Afanador

Afanor 2.jpgRuven Afanador explore de manière ludique et érotique un monde hispanisant eavec un humour qui fluidifie une certaine brutalité et pimente l’innocence (jouée) des Dulcinée du Toboso et d’hidalgos ambigus passablement toréadors. Surgit un monde onirique aux effigies et poses mystérieuses. Le corps est le dénominateur commun de scènes chorégraphiques. Celui des hommes devient une fleur, celui des femmes un volatile.

 

Afanor 3.jpgCela permet de présenter des images à la fois les plus anciennes et les plus neuves à travers certains outrages agencés de manière subtilement perverse. L’artiste rappelle ce qui unit et désunit le corps en refusant d’effacer ce que la vie sécrète et ce que la mort pourrait dissoudre au moment des corridas. Il faut donc accepter la confrontation avec la proximité outrageuse des tels oiseaux et fleurs. Reste leur « Passion » au sens christique mais détournée du terme.

Afanor.jpgEven Afanador ouvre à la béance oculaire. Les deux orbites "disent" la prise du spectateur dans un regard qui devient le confident d’opérations les plus secrètes soumises à des stéréotypes soudain sont renversés. Parfois au sein de la drôlerie une mélancolie transcendentale s'exprime. Elle semble de nature à traverser la vision du spectateur jusqu'à atteindre un arrière-oeil, un arrière monde : peut-être celui du royaume des légendes où comme Don Quichotte nous devenons chevaliers errants.

Jean-Paul Gavard-Perret