gruyeresuisse

13/09/2021

Les bouilleurs du "cru"

CNN 3.jpgDisons télé ou plus exactement chaînes d'informations en continu. Information - sans pluriel - serait plus juste. A chaque jour suffit sa peine. Pour tout viatique il n'y en existe qu'une en chapelet de rengaines  : Afghanistan, incendies, inondations gilets jaunes, pandémie. Pendant des mois c'est d'ailleurs souvent la même comme le Covid l'a prouvé. Le pangolin fut une aubaine. La "breaking news" née à CNN a essaimé et fait le ménage. Ne restent que des  potins d’actualité. Le seul souci est la rumeur du spectacle, la bien pensance politique - connivences et indignations vont de pair en un jargon tous publics. Rien n’y affleure du singulier.  Sur CNN, SRF, CNews, Fox News, al jazeera, i24 news, et les autres, c'est la même opération de filtrage. Tout est monté pour verrouiller une servitude volontaire en une langue de clientèle et ses niaiseries décérébrées. Le babil aliénant des classes médiatiques, des spécialistes de tout, fait sans discontinuer couler son robinet dans l’ahurissement quotidien. Certains rêvent encore d'introduire dans cette coulée quelques grumeaux indigestes par secousses, coupures, ouvertures. Mais de fait toute contradiction est pipée, la contestation de tout propos est une supercherie chérie. CNN 4.pngPlus d'opposition à l’opinion sinon en sarcasmes avilissant, calembours idiots, plats paradoxes, ricanements et surtout silence face à ce qui dérange l'opinion dominante. L'esprit qui prévaut n'est qu'"ours merdeux"(Novarina). Mais c'est désobligeant pour les ours.
 
CNN.jpgChacun n'y aime pas le prochain comme lui-même mais  avec des pincettes sur le nez. Ce qui n'empêche pas chez les zélés parleurs patrouilleurs l'œil qui mouille ou la lèvre qui tremble en tant qu'incontinences de supplément d'âme. D'où leur activité de collage de rustines sur toutes possibles pensées.  Il faut que les pneus d'émotivité restent bien gonflés. A coeur pur, cœur dur. Celui d'hommes de guerre et de guère vendeurs d'apocalypses au nom de leur statistiques et tables de la loi. Plastronne de la sorte  le  chœur des apôtres modernisés en version laïque sous casquette populaire. Voici nos cénobites cœur convaincu pur par leur méthode Coué. Voici nos plombiers serreurs des joints de la compassion frelatée, voici nos caresseurs de mélancolie qui s'embuent les mirettes par "homo-pathie". Nos écrabouilleurs, nos bouilleurs du "cru" moulinent leur stratifié en guise de vérité. 
 
Jean-Paul Gavard-Perret

11/09/2021

Portrait d'une éditrice romande : Caroline Coutau

c..jpgAmandine Glévarec a réalisé sur son blog "Kroniques.com" un entretien avec l'éditrice Caroline Coutau. Elle est devenue au fil du temps une des figures majeures de l’édition romande.  Critique et journaliste culturelle pendant plusieurs années et après un an à New York comme danseuse chez Merce Cunningham et deux ans à Jérusalem, elle  retrouva la Suisse. Elle  rejoint les Editions Labor et Fides  puis les Editions Noir sur Blanc et enfin  Zoé qu'elle dirige. D'abord timide mais lectrice acharnée, ses voyages loin de ses bases lui on paradoxalement permis de d'exprimer dans sa langue maternelle : le français. Son expérience de la danse contemporaine l'a portée vers les formes innovantes et les expérimentations littéraires. Elle a appris à repérer les auteur(e)s en devenir. Et celle qui dit n'avoir connu dans sa jeunesse que "Le Poisson-Scorpion" de Nicolas Bouvier et Ramuz s'est vite ouverte à la littérature romande loin des seules références "franco-françaises".
 
c. 2.pngElle s'y est plongée tout en ne négligeant pas les langues foraines (espagnole, anglais, etc.) et en apprenant ce qu'un travail d'éditrice nécessite. Chez Zoé elle a réellement pris son envol pour que perdure et fructifie une maison d'abord associative dirigée par quatre femmes de bonne volonté qui ont publié entre autres "Le Dehors et le dedans" seul ouvrage de poésie de Nicolas Bouvier ou encore des traductions de Robert Walser et Matthias Zschokke. Héritière du beau catalogue de Zoé,  elle a pris sa direction au moment où émergea une jeune génération d’auteurs. L'éditrice les aide lorsqu'ils peinent à  reprendre le manuscrit, à réécrire et ce, dans un compagnonnage.  L'éditrice voyage aussi beaucoup pour la promotion de ses livres en endossant tous les rôles d'une directrice d'édition : comptabilité, édito, promotion, achats de droits, lecture de manuscrit, recherche de fonds d'aide, diffusion, le tout avec une constante prise de risque.
 
c. 3.jpgPeu à peu et grâce à elle, Zoé est une maison d’édition suisse mais dont la zone d'intérêt dépasse son territoire. D'autant que Caroline Coutau sait s'intéresser à celles et ceux qu'elle nomme les "auteurs métissés" qui viennent d'ailleurs (Cameroun, Corée, Balkans, Italie, Angleterre, etc.) et qui nourrissent la fiction et le français de leurs langues et de leurs cultures. "Il me semble que c’est le propre de l’être humain d’avoir à se confronter à l’autre" dit-elle à son intervieweuse. C'est aussi le propre d'une éditrice. Par cette ouverture, les livres qu'elle édite nous confronte à nous-mêmes.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

09/09/2021

John Armleder à Shanghai

Arm.jpgJohn Armleder, "Again, Just Again", Rockbund Art Museum, Shanghai, du 16 octobre 2021 au 9 janvier 2022.
 
John Armleder pour sa première grande exposition à Shanghai présente "Again, Just Again". Il ne s'agit pas d'une rétrospective classique. Il  s'agit de familiariser le public chinois avec le mode de travail et les différentes approches de l’artiste en proposant une vue d’ensemble de son œuvre.
 
Arm 3.jpgPerformances, créations collaboratives, installations conceptuelles et matériel d’archive autour de son groupe Fluxus ECART mettent en lumière les interventions d’Armleder dans ces différentes disciplines. L’artiste sait aussi que si en théorie "une œuvre d'art n'est pas forcément pensée pour un usage muséal", de fait elle est toujours considérée comme telle même en son usage et prestations. Néanmoins l’artiste - le sachant - a prit soin  de créer des décalages. Fidèle un temps avec ses "dot paintings" à une sorte de pointillisme, son « fluxisme » originel rejoint une forme de constructivisme. Il le poursuit en cultivant divers types d’écarts dans et par la peinture.
 
Arm 2.jpgLe dessin comme les autres techniques permet au genevois d’inventer une " corporéité " disparate (du moins en apparence) par laquelle la matière travaille la réversion figurale et la logique habituelle du repli imaginaire. Armleder  transforme quasiment la surface en une véritable morphogenèse.  Elle  reste, certes, une  frontière  mais elle ouvre à une nouvelle condensation de l'image sans renvoyer à une quelconque gloire céleste de celle ci.  Aux effets de représentations événementielles et de nimbes, font place des effets d'ombres et de lumières que le public chinois va désormais pouvoir découvrir et apprécier.
 
Jean-Paul Gavard-Perret