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17/09/2018

La Chine de Christopher Anderson

Anderson 3.pngNé au Canada en 1970, Christopher Anderson a passé sa jeunesse à Abilene (Texas), avant de parcourir le monde et de vivre à Barcelone. Reconnu pour ses photos du sauvetage de réfugiés de bateaux haïtiens il rejoint le collectif Magnum. Pour explorer la Chine il n’a retenu que des portraits pour se concentrer sur l’expression du visage en « oubliant » tout arrière plan contextuel. La Chine prend corps avec eux.

 

 

Anderson 2.pngIl a saisi ses « modèles » pendant deux ans dans les rues de Shanghai la plus grande ville chinoise avec ses 24 millions d’habitants et de Shenzhen la Silicon Valley de nouvel empire. Les lumières gris-bleu et naturelles des deux cités donnent un caractère particulier à une Chine qui soudain se rapproche de nous par le choix du gros plans où ‘l’Autre » fait le jeu d’un « même » et rappellent combien les parties du monde se ressemblent.

 

Anderson.pngChaque portrait semble proche et lointain,  mystérieux et sensuel. Tel un Walker Evans mais en magicien de la couleur il semble se demander ce que cache les portraits de celles et ceux qui ne savent pas être photographiés et que seuls les nouveaux objectifs et le numérique ont permis de réaliser. Tout est à la fois précis, subtil, énigmatique. Anderson ne cherche pas de réponse mais juste à saisir un instant aussi fascinant et réel que poétique.

Christopher Anderson, «Approximate Joy», Stanley / Barker publishing, New York et exposition à la Danziger Gallery, New-York, 13 septembre - 20 octobre 2018.

 

23/08/2018

Formento + Formento : in the mood for love

Formento.jpgFormento + Formento est le nom d’artistes du couple constitué par Richeille Formento à la mise en scène plastique et BJ Formento aux lumières et à la prise. Ils sont réputés pour leur style à la fois romantique et érotique où ils explorent ce qu’il en est de l’amour, de sa perte, de  son absence et des charges de la mémoire collective ou individuelle. Leurs narrations révèlent un goût certain pour la mise en scène qui fluctue entre fiction et réalité ou si l'on préfère entre « pulpe fiction » et irrévérence de scènes souvent provocatrices.

Formento 2.jpgLes visages restent toujours au centre des scénographies riches en « mood » et textures comme en couleurs saturées. Qu’importe qu’elles soient prise en Europe, aux Usa, à Cuba, au Mexique, en Inde ou au Japon : l’amour reste au centre des prises. Le duo sait saisir l’atmosphère de chaque lieu dans des photos originales quant à leur esprit subtilement décalé.

Formento  3.jpgApparaissent des situations où l’amour prend diverses situations. Toutes suggèrent qu’il s’agit de la chose la plus rare et la plus mystérieuse qui soit et qui peut prendre diverses figures. Elles peuvent jouer autant du lascif que d’une sorte de venin là où le silence parle encore le silence à l'extrême du soupir, en un lieu où l’image, tel un fantôme, ramène aux ombres appesanties.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Formento + Formento, The Little Black Gallery, Londres.

Copyright Galerie Frank Elbaz, Paris.

 

17/08/2018

Le corps des arbres : Oksun Kim

Kim 2.jpgQui n'est pas poursuivi par le fantôme d'un arbre ? Autour de lui louvoie une forme de volupté. Souvenirs de la caresse du regard sur l'écorce. Désert de quelques mots. Bien d’autres choses encore. Oksun Kim le prouve à travers ses palmiers, cactus et divers arbres en apparence monolithiques. Ils trônent dans une végétation luxuriante qu’ils semblent dominer.

Kim.jpg

 

Toutefois et à de rares exceptions près l’arbre n’est plus le totem phallique. Toute une végétation l’habille et prouve qu’il n’est rien sans celle qui lui fournit son existence. Elle lui donne son identité, ses racines. Manière de renverser habilement le deal entre féminin et masculin et de revisiter une certaine logique.

 

 

 

Kim 4.jpgLe livre rentre ainsi dans le silence de l’arbre et du monde dont il devient le symbole : nul besoin de le pénétrer pour comprendre sa présence à l’épreuve du temps. Selon une présence active pour son émergence, ses branches et de leur pluie font ce qu’il est. Si bien qu’entre passé et futur quelque chose se conjugue. Aller du tronc aux branches et à leurs lèvres végétales permet un passage, une lente infusion et un transfert propre à modifier nos axes de référence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Oksun Kim, « Jeju Island », Hatje Cantz, Berlin, 2018, 45E..