gruyeresuisse

08/12/2017

La légèreté de l’être : Luciana Pampalone

Pampalone 3.jpgLes photos de mode de Luciana Pampalone dépassent très largement le simple cadre marketing. Mannequins, accessoires, mises en scène, etc. tout ramène à l’univers des années d’entre les deux guerres mondiales. Mais c’est moins rétro qu’il n’y parait. Existe un retour au réel d’aujourd’hui. Le noir et blanc des films muets ne manquent ici et paradoxalement jamais de « couleurs ».

Pampalone.jpgL’artiste reste la maîtresse des prises et reprises au charme débordant. Elles dépassent les bornes temporelles. Existe toujours un rire implicite, une vie par le ravissement proposé : les êtres et la nature dansent entre grands espaces et plans rapprochés en une perpétuelle partie de séduction.

Pampalone 2.jpgLes gammes immuables de reconnaissance prennent soudain une allégresse entre les anfractuosités d’un arbre et les mouvements d’une jupe autour de hanches. Se déploie un vertige là où la photographe biffe les précipices. Rien n’a lieu que la dynamique des corps et l’immuable torsion de la beauté de la nature. Pétrification et passage créent un flux au milieu des discontinuités évènementielles et des poses.

Jean-Paul Gavard-Perret

Luciana Pampalone, Robin Rice Gallery, New-York, décembre 2017.

29/11/2017

Les toutous snobs de Dougie Wallace

Wallace.jpgNul ne sait si Dougie Wallace (aka Glasweegee) est le meilleur ami du chien mais, pour sûr, il s’intéresse à lui. Quittant Glasgow et ses chiens errants pour des marches dans le quartier londonien chic de Knightsbridge et les rues de Milan, le photographe a découvert que les chiens s’élevaient au rang d’objets de mode ». « Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander s’il y avait une corrélation entre la baisse des naissances et tous ces bébés animaux poussés dans des landaus ». Il est vrai que les bébés à poils durs ne quittent pas une certaine enfance et la responsabilité à leur égard est une fosse d’aisance.

Wallece4.jpgWallace est donc allé de Londres à Milan, de New York à Tokyo pour saisir dans sa série et son livre « Well Heeled » celles et ceux qu’il nomme « humanisateurs extrêmes d’animaux » et qui ne cessent d’accessoiriser et de toiletter leurs progénitures canines d’adoption. Mais il se focalise sur les toutous un rien snob qui deviennent cabots et jouent avec l’objectif. Fasciné par les postures des bipèdes il ne cesse de les faire « sourire » pour mettre en exergue leurs incisives, leur barbe fleurie, leur truffe mouillée. Ils se laissent photographier en oubliant qu’ils sont des chiens. D’autant que leur vie ne l’est en rien.

Wallece3.jpgIl existe ainsi, par le bout de la laisse, la vie mode d’emploi. Et s’inscrit par le détour canin un cours presque insensé de la race humaine. Le tout au sein de jeux optiques où les gains poétiques et drôles sont assurés. S’y mélangent temps, rêve, farce, réalité, folie du temps là où le monde avance à quatre pattes plus que les fers en l’air.

Jean-Paul Gavard-Perret

Duane Michals : déplacement du portrait

Michals2.jpgMichals fait vivre et cohabiter le cœur battant de personnages aux élans recomposés et imaginés, avec plus ou moins de références. La réalité se quitte mais pour la transformer en épiphanie si bien que le portrait ne cherche pas à retenir un éphémère mais un archétype selon une discipline libre. Le photographe pratique l’humour comme la vénération au sein d’une recherche obstinée. Elle tient de la vocation. Il ne s’agit pas de proposer des archives mais des mouvements en explorant des voies nouvelles sans rien mépriser ou ignorer de ce qui existait avant lui.

Michals bon.jpgMais Duane Michals avance seul. Son regard s’obstine à une splendeur qui ne se contente pas de la représentation : il opte pour la re-présentation. Le motif n’est plus un appui rassurant mais un déclencheur : le créateur s’en empare. Cela permet liberté et extravagances contrôlées là où la lumière transfigure le visage dans un long échange entre l’artiste et son sujet. Il s’agit de rêver une identité dont la révélation ose la fantaisie. Elle donne au médium sa nature équivalente à ce que Barthes nomme « le filmique » lorsqu’il parle du cinéma.

Jean-Paul Gavard-Perret

Duane Michals, « Portraits », Thames & Hudson, New York, 2017, 176 pages, 45,00 $