gruyeresuisse

10/08/2017

Stéphane Zaech et Alex Katz : Voix de la peinture


Zaeck.jpgStéphane Zaech, "Alex Katz Interviews", coll. ShushLarry, art&fiction, Lausanne, 2017, 188 p.. Parution le 18 septembre.

 

 

 

 

 

Zaeck 3.pngAvec Stéphane Fretz, et Massimo Furlan, Stéphane Zaech a créé entre 1986 et 1992 le groupe "Adesso Nachlass" avant de voler de ses propres ailes tout en continuant de collaborer avec Fretz et son frère Philippe. Adeptes de la figuration intempestive ils se sont orientés vers la reprise de l’histoire de la peinture. Contrairement à Fretz fasciné par le monde en ordre de la Renaissance originelle, Zaech opte pour celle de la fin en ses débordements baroques. A l’Italie il préfère l’Espagne Velazquez, Goya, Dali et Picasso mais aussi et plus proche de nous Alex Katz. Celui-ci est né en 1927 à New York (Brooklyn), il fréquenta la Cooper Union et la Skowhegan School of Painting and Sculpture. Il partage son temps entre New York et le Maine (en été).

Zaeck 4.jpgAu début de sa carrière, ses cinq premières expositions furent de cuisants échecs. Il subvenait à ses besoins grâce à un travail à mi-temps dans un magasin d’encadrement et vivait en totale précarité. Mais vite les temps ont changé. Il devient une figure majeure de la peinture actuelle mais reste célèbre et méconnu. On est loin avec lui des évocations rieuses ou évanescentes. Peintre de paysages et de portraits (souvent de sa femme Ada), il est connu pour ses peintures grands formats à fond monochrome. Sa peinture est toute en planéité et pigments vifs et harmoniques. Simples en apparence, les compositions d'Alex Katz sont pourtant extrêmement travaillées.

Zaeck 2.jpgOn l'associe souvent au mouvement Pop Art pour sa technique graphique proche de l'art publicitaire. Légères en apparence, les toiles de Katz peuvent aussi révéler une certaine étrangeté, voire de la mélancolie. Grâce à une sélection de textes inédits en français de l’artiste américain et d'entretiens, Zaech crée un dialogue transatlantique avec lui au nom d’une admiration réciproque et d'une propension commune : celle de peindre vite, capter l’instant, « parce que c'est l'art qui découvre la pensée, et non la pensée qui découvre l'art ».

Jean-Paul Gavard-Perret

06/08/2017

Claudia Brutus : des tropiques aux autres mondes

Brutus 4.jpgD’origine haïtienne, après une enfance en Bulgarie, en Algérie, au Maroc, Claudia Brutus est arrivée à 20 ans en France faire ses études à l'Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris. Elle est devenue une parfaite parisienne même si sa peinture totalement originale plonge dans des abîmes tropicaux et subaquatiques. La sensualité se “dit” par le jeu des formes et des couleurs en ce qui tient de paysages particuliers : ils sont fait pour parler à l’inconscient aussi individuel que collectif.

 

 

 

Brutus.jpgL’identité est cherchée dans le fond des croyances de diverses cultures monothéistes ou animistes. Elle est exposée par la créatrice à la présence  des esprits mystérieux comme à la sensualité. Processions, cohortes, cavernes, lianes, corps sidèrent en de telles visions. La question de l’être reste celle de l'énigme. Le regardeur  perçoit un corps non fantasmé mais qui néanmoins crée une fascination par l’obscur et la lumière qui en jaillit.

 

Brutus 3.jpgL’espace reste sombre en sa clarté et sa densité. Les ombres passent, disparaissent, reviennent. L’être comme un animal cherche une cachette au moment où Claudia Brutus réinvente le secret d’une forêt des songes où elle devient Méduse et Mélusine. Le voyeur ne peut plus sortir de tels abîmes. Car il s’agit en fait de matrices. Et donc d’histoires de résurrections qui ne pouvant se dire, se montrent.

 

Brutus 2.jpgLe secret vient une fois de plus affirmer son autorité à travers le paysage et le corps. Mais de quel corps s’agit-il ?  De qui est ce corps ? Les questions sont dangereuses puisqu’il s’agit de celles d’Eros et de Thanatos. L’artiste introduit dans le temps où le “ moi pur ”, "sauvage" ou exilé veut se confondre avec celui des autres. Il est exposé ainsi à la réminiscence de tropiques fantasmés mais aussi au désir. Et une telle oeuvre reste exceptionnelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/07/2017

Maria Foskolaki : fragments d’éros

Focko 3.jpgDans une volumétrie de la lumière et une coloration de l’air, Maria Foskolaki crée de nouveaux gréements pour l’œil. Reprenant l’engouement pour la mythologie de sa terre (la Grèce) l’artiste cherche une nouvelle solution picturale afin d’accorder à la figuration de l’éros un traitement de soie.

La créatrice détourne les surfaces, crée des jeux de transparence jusqu’à ce que la peinture touche à l’indicible dans l’écho des pièges que l’amour tend mais afin que nous soyons à même d’entrer dans son illusion avec suavité et intelligence. Tout est clair : même les arêtes et les ombres. Surtout les ombres comme dissoutes par l’élan de lumière.

Fosko 2.jpgExiste un exercice de la douceur dans la façon dont Maria Foskolaki traite le motif. Entre abstraction et figuration, l’art est aussi rupestre que de notre temps. S’ouvre de nouveau un voyage sous la baguette de la créatrice. Elle désoriente le chemin à suivre, crée le trouble des genres, trafique ce qui les distingue. En accolant le trait et le pigment elle redistribue la notion de frontière par tout ce qu’elle ouvre sans besoin d’aucune porte si ce n’est celle de sa peinture qui ne cesse d’avancer et d’explorer les arcanes des temps et de l’être.

Jean-Paul Gavard-Perret