gruyeresuisse

18/03/2019

André Carrara et le sens du rite

Carrara.jpgLa photographie de mode est devenue un genre noble. Mais elle peut-être dangereuse pour les artistes qui brûlent leur créativité en sacrifiant leur "âme" aux demandes des responsables marketing. André Carrara leur résiste. Chez lui le corps devient une présence silencieuse. Il se dérobe, se refuse puis s'abandonne à l’obscurité et la lumière. L’objectif de l’appareil ne saisit pas un corps, mais  sa part de mystère.

 

 

Carrara 2.jpgLe photographe ne s'est donc pas laissé piéger par les statégies préformatées. Entre ses clichés de création et commerciaux l'écart est des plus minces. Avec lui qu'importe le vêtement : la femme s'étire, s'enroule, se love, se lève. Et l'artiste tient son image hors de l’image attendue. L'intimité semble jaillir du néant.

 

 

 

 

Carrara 3.jpg« Si j’ôte mon chemisier que ferais-je de lui ?" semble demander les modèles au photographe. Son attention la rassure. Parfois dans les épreuves, l'égérie semble absente. Si proche mais si lointaine. Comme encore non révélée jusqu'à ce que l'appareil la saisisse : soudain elle se transforme dans le noir qui fascine et blanc qui tue. Métaphoriquement bien sûr.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/01/2019

Personnages en quête d'hauteur - David LaChapelle

LaChapelle 3.jpgDepuis les premières commandes pour Andy Warhol en tant que photographe portraitiste pour son magazine "Interview", LaChapelle représente souvent des personnalités de la culture contemporaine. L'exposition révèle la dernière séance avec Andy Warhol et une anthologie hybride de stars tels que Elton John, David Bowie , Faye Dunaway, Dolly Parton, Amy Winehouse, Michael Jackson, Hillary Clinton.

 

LaChapelle2.jpgLes photographies sélectionnées montrent à la fois les célébrités à des moments précis de leur carrière et nourrissent notre curiosité de voyeur face aux personnages médiatiques. LaChapelle devient l'archiviste d'une histoire médiatique qui n'existe que de manière iconoclaste. Chaque star est livrée à la réinterprétation de l'artiste et souvent de manière corrosive.

 

 

 

 

LaChapelle.jpgSous la mise en scène monte l'apparition d'une vérité que les modèles ne voulaient pas forcément donner mais qu'ils ont accepté eu égard à la notoriété de l'artiste. Rien de forcément flatteur à travers des figures emblématiques détournées ou trafiquées (sauf Warhol le mentor). La signification de chaque portrait devient celle d’un anti-monument. Il n'est pas monté sur une stèle qui viendrait célébrer une histoire définitive. Si bien que de telles images de modèles disparates semblent avoir été créées à l'insu de leur plein gré.

Jean-Paul Gavard-Perret

David LaChapelle, "M’aimeras-tu encore demain?", Statey Wise Gallery,N-Y, jusqu'au 2 mars 2019.

28/12/2018

En instance de beauté - Rankin

Rankin 2.jpgLe projet "Portrait Positive", a été conçu par Stephen Bell afin de modifier la perception de la beauté et de sa "distinction" à travers une série d’images de 16 femmes présentant des marques de "laideur" au niveau du visage et du corps. Elles ont été photographiées - habillées par le Coutirier Steven Tai - par Rankin. Un livre rassemble les prises a été édité au profit de l'association caritative "Changing Faces" . Elle vient en aide à 1,3 million d’enfants, de jeunes et d’adultes au Royaume-Uni. Ils sont victime d'une maladie ou de stigmates qui les différencient de la "norme" en les excluant des représentations de la mode et des médias.

Rankin 3.jpgC'est pour Rankin une manière de prouver qu'il existe beauté et beauté. Et comme Rimbaud il pourrait affirmer "un soir j'ai assis la Beauté sur mes genoux" mais sans la trouver amère sous prétexte qu'elle est parfois une "injure" à ce que ce mot signifie communément. Le photographe offre ainsi une distinction à qui est habituellement remisé dans l'ordre de l'invisible parce que la femme (principalement) ne correspond plus à l'esthétique de la "normalité".

Rankin.jpgChaque prise est une variation singulière qui détoure les traits de l'habituelle distinction pour les remplacer par une autre. De telles prises touchent à une ambivalence significative qui déplace les seuils d'une prétendue admissibilité. C'est en quoi l'art est nécessaire : il détruit les images attendues dans leur beauté assurée pour les remplacer par d'autres qui osent la différence et mettent en valeur celles qui sont écartées et éloignées du cours homogène des représentations. Dans le cadre de chaque portrait une porte s'ouvre. Celles qui s'exposent enfin à la lumière des soptlights touchent de leurs traits à la fois distintifs et de distinction.

Jean-Paul Gavard-Perret