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12/08/2022

"Bibliomania" : le livre et le papier

Wyu.pngPendant des siècles, les bibliothèques ont été considérées comme  les lieux magiques d’érudition et du secret des sciences. Elles restent des cathédrales de la connaissance, qui rayonnent souvent d'une solennité sacrée.
 
D'autant que dans notre culture presque tout le monde a un rapport au livre - même si c’est avec le livre d’images, le manuel,  livre de cuisine, le  guide de voyage, etc.. La lecture dans un livre reste une forme traditionnelle de culture et une pratique quotidienne. Mais comment se comporte-t-il au vu de la croissance rapide des médias numériques tels que les livres audio, lecteur de livres électroniques, etc.?
 
Wu.jpgCette exposition dédiée à" l’art du papier" le prouve. Le livre y joue  un rôle de premier plan. Une sélection concise de livres d’artiste et objets - entre autres les oeuvres de Peter Wuettrich - l'enrichit avec d’autres perspectives. D'où les approches de cet objet en tant que sujet, médium et matériel.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
"Bibliomania - Das Buch in der Kunst", Künstlerbücher, Kunstmuseum Villa Zanders, Cologne, du 3 septembre 2022 au 8 janvier 2023.

18/11/2021

Le média-activisme de Tony Conrad

Conrad.jpgTony Conrad, "Exposition", Mamco, Genève, du 5 octobre 2021 au 30 janvier 2022.

L'exposition Tony Conrad organisée par Balthazar Lovay, est une collaboration avec le Kölnischer Kunstverein, Cologne et Culturgest, Lisbonne et se fonde sur la rétrospective de la Albright-Knox Art Gallery, Buffalo. Elle retrace un parcours de près de 60 années d’activisme culturel. L'artiste décédé en 2016  a apporté des contributions discrètes mais essentielles à la culture contemporaine en musique, cinéma, vidéo, peinture, enseignement ou encore média-activisme.
 
Conrad 3.jpgL'œuvre de l'artiste nord-américain est protéiforme. Tony Conrad explore les thèmes des structures du pouvoir, de l'isolation, de la surveillance et de la transparence. Depuis les années 1960 il a influencé et redéfinir les pratiques musicales et filmiques, le minimalisme, la performance et l'art conceptuel.
 
Conrad 4.jpgSon film expérimental The Flicker (1966), une succession d'écrans noir et blanc, et les Yellow Movies (années 1970), série de peintures abstraites en constante évolution, comptent parmi ses œuvres les plus remarquables. Conrad fut membre du "Theater of Eternal Music"  avec John Cale, Angus MacLise, La Monte Young et Marian Zazeela. Sa collaboration musicale avec le groupe de krautrock "Faust" pour "Outside the Dream Syndicate" (1972), demeure un classique du minimalisme et de la musique drone.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

28/09/2021

Julia Scher : souriez vous êtes filmés

Scher 3.jpgDepuis les années 1980,  Julia Scher s'intéresse   aux outils de contrôle, dont  la vidéo-surveillance. Elle a acquis des connaissances précises sur ces différents systèmes. Elle a d'ailleurs longtemps travaillé pour une compagnie  avant de fonder sa propre agence, "Safe and Secure Productions". De manière parodique, l’exposition du MAMCO nous fait pénétrer dans cet univers du contrôle total afin de souligner un trouble induit par des visiteurs autant observateurs qu'objets regardés. Tout joue à la fois sur la puissance des pouvoirs de surveillance et l'attrait voyeuriste et narcissique pour les enregistrements intimes.
 
Scher.jpgD'où le sarcasme face à l’idéologie sécuritaire et les dangers qu'elle induit.  L'artiste présente une nouvelle version de ses "Girl Dogs" - statues en marbre de dobermans femelles. Cette race canine est associée  au maintien de l’ordre et à la férocité. Leur couleur rose (omniprésente dans l’œuvre de Scher) semble par ailleurs les rendre vulnérables et doux.  Censée nous rassurer, cette présence a priori produit un certain malaise.
 
Scher 2.jpgSe découvre aussi   une caméra mal camouflée au milieu d’un bouquet de plumeaux fuchsia. "Hidden Camera (Architectural Vagina)" reprend les contours d’un vagin et rappelle la dimension féministe qui traverse l’œuvre de Scher. Si bien que le symbole féminin est là pour enrober des dispositifs perçus autrement comme intrusifs et liberticides. L’artiste de la sorte les déconstruit avec beaucoup d'humour. Comme pour répondre à ce qu'elle écrit  : « Il est évident que vivre dans l’ombre de ces dispositifs de sécurité en plein essor crée un sentiment constant de paranoïa et d’autocensure et se trouve largement responsable de l’érosion progressive de notre liberté. »
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Julia Scher, exposition, MAMCO, Genève, du 6 octobre 2021 au 30 janvier 2022.