gruyeresuisse

27/10/2018

David Saxe : au coeur du Middle West

 

 

saxe 2.jpgDavid Saxe laisse courir son imaginaire à travers les fêtes foraines où après des journées de travail la population des plaines américaines vient s'amuser comme le font leurs vieux cousins d'Europe. C'est l'occasion pour le photographe d'offrir en gros plans ou par des vues panoramiques un rapport au plaisir traditionnel lié aux technologies du temps.

 

Saxe.jpgExistent l'exhibition des monstres comme l'envolée sur des manèges qui font rêver à une sorte de science-fiction provisoire. Un mixage de formes colorées, simples et spontanées permettent d'introduire au coeur du réel un autre chœur, une autre réalité dans ce qui tient d'émotions passagères et de plaisirs plus ou moins frustres. David Saxe ne le juge pas il se laisse entraîner à la sidération presque sans âge de ce type de plaisirs populaires.

 

saxe 3.jpgPour un temps le quidam est envoyé au plus loin de ce qu'il faut appeler la réalité par des propositions ludiques. Elles proposent des extases provisoires. Il y a là des cliquetis de boules lumineuses, des glissements hors de l'attraction terrestre, des rires, des torpeurs et des avis de tempête aux mateurs et amateurs d'émotions fortes. Des reins éreintés par le travail ruissellent de peurs programmées pour exorciser celles que le réel propose et qu'il s'agit ici d'oublier.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/05/2018

A bigger splash

Piscine.jpgDes bords du Léman aux plages privés de Mulholland Drive mais sans négliger des lieux plus populaires, Francis Hodgson dresse toute une histoire de la photographie du siècle dernier à travers ce lieu. Quoi en effet de plus propice à l’image qu’un tel « support » ? S’y rejoignent les poncifs visuels majeurs : le soleil, l’eau et ses miroitements, le mouvement mais aussi la statuaire de Méduses qui chaussent juste des lunettes pour éviter de se brûler les yeux.

Piscine 2.jpgDepuis le début du médium les fils ont donc pu voir la quasi nudité de leur mère quitte à travers la loi du Lévitique : « Tu ne découvriras pas la nudité de la femme de ton père ». Il est vrai que lui-même s’offre en ce même appareil. D’ailleurs le lieu est propice à mettre autant en valeur le masculin que le féminin - et la photo pré-homo ne s’en priva pas. Les Apollon comme les bellâtres se livrent à des plongeons qui sont un régal pour les photographes comme pour les sirènes admiratrices dont les lèvres se tendent sur de dives bouteilles aux liquides fluorescents. Tous les photographes - de Henri Cartier-Bresson, Gigi Cifali, Stuart Franklin à Harry Gruyaert, Emma Hartvig, Jacques Henri Lartigue, Joel Meyerowitz, en passant par Martin Parr, Paolo Pellegrin, Alec Soth, Alex Webb - y ont sacrifié avec délices.

Piscine 3.pngBref dans un même lieu existe en condensé un paradis terrestre. Hodgson s’amuse à rassembler les photos célèbres de dieux et de déesses avec lesquels les photographes n’ont pas cessé d’entretenir des rapports serrés. Le médusant répond au fascinant dans ce qui tint longtemps - sous prétexte de naturisme - à une exhibition de ce qui ailleurs ne devait avancer que masqué…

Jean-Paul Gavard-Perret

Francis Hodgson, “The Swimming Pool in Photography”, Hatje Cantz, Berlin, 2018, 240 p. 40 E..