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16/10/2020

Joan C. Williams : l'Amérique des nègres blancs

Unes.pngÀ travers une série de questions sociétales sur le travail, l'éducation et les valeurs, Joan C. Williams restitue les modes de vie et le parcours d'une classe ouvrière blanche en déclin démographique, touchée par la crise économique et épidémique, abandonnée par le Parti Démocrate.

 

 

Unes 2.jpgAprès avoir publié un essai dans la "Harvard Business Review" pour expliquer comment le mépris pour la classe ouvrière contribue à la montée du populisme, elle souligne ici l'importance des problématiques de classe et rappelle que la lutte pour les pauvres blancs d'Amérique n'est en rien incompatible avec la lutte pour l'égalité raciale ou le féminisme.

Unes 3.jpgTémoin du monde postmoderne, Joan C. Williams met en lumière le fossé de rancœur qui sépare les classes populaires blanches rurales ou périurbaines des cadres supérieurs des grandes métropoles. Cette polarisation touche une grande partie de l'Occident dont entre autre le "gilet-jaunisme est un symptôme. Cela implique un nécessaire effort de médiation afin qu'une dangereuse tectonique des classes glisse dans une opposition frontale et l'arrivée des totalitarismes selon un processus qu'Orwell avait parfaitement décrit.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Joan C. Williams, "La classe ouvrière blanche - Surmonter l'incompréhension de classe aux États-Unis", Traduit de l'anglais par Carole Roudot-Gonin, Collection Unes Idées, Editions Unes, Nice, 2020, 152 pages, 20 E..

10/10/2020

Silvia Baron Supervielle : de sa fenêtre

Baron Supervielle.pngAu-delà de toute identité close, "le regard inconnu" est le fruit d'un corps espace débordant, un corps étoile mais qui n'ignore rien de la densité de l'existence. Par chapitres qui se terminent par une poème conclusif et récapitulatif, l'auteure raconte une forme d'histoire parfois sensuelle où l'image poétique devient film.

La solitaire crée de quasi silencieuses coincidences entre le dehors et le dedans, le passé et le présent dans un retour amont - mais pas seulement. Le passé n'est là non en nostalgie mais de façon à régénérer la manière de voir, de percevoir les êtres et les lieux.

Baro n.pngEntre deux villes et deux fleuves Silvia Baron Supervielle n'évoque pas que des ombres dans ce livre nocturne où "les amours cèdent mais ne meurent pas". Existent dans la nuit des clairières là où le texte en prise sur les choses vues de la fenêtre tient d'une ode à la vie et de l'exercice spirituel animé du désir rilkéen de transformer le monde en paysage intérieur.

Jean-Paul Gavard-Perret

Silvia Baron Supervielle, "Le regard inconnu", Collection Blanche, Gallimard, Paris, 2020, 110 p., 12 E.

11:09 Publié dans Femmes, Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

06/10/2020

Quand Jacques Abeille vient au bout de ses peines

Abaille.pngDans le cycle génial des"Conrées" qui a demandé plus de 40 annés de travail à Jacques Abeillea l'affection est rarement payée de retour tant il est vrai que les élans du coeur demeurent abstraits et non seulement chez les mères. Le génie de l'auteur consiste dans la création d'un univers fantasmagorique mais qui semble parfois d'un réalisme particulier. Il pourrait se toucher du doigt dans une indécise littétature de témoignage.

Abaille 3.jpgEt ce, au moment où l'auteur nous porte en des voies plus ou moins impénétrables particulièrement au moment où la saga se clot par absence de lumière comme par doute sur l'avenir d'un double mauscrit. Jacques Abeille l'ouvre et le ferme fidèle à la fois aux fantômes de Barthélémy l'écriveur et Léo Barthe double du créateur à l'heure "des dernières étreintes et de l'ultime énigme.

Abaille 2.pngComme un Claude Louis-Combet et avec autant de malice que lui, il propose un univers parallèle qui ne cesse de nous égarer et cela en solidarité sans faille avec des héros aussi mal lotis que nous sans que pour autant ils deviennent solliciteurs de la moindre clémence. Ils avancent, quittant d'immenses contrées, en des oueds qui auront plus ou moins irrigués jardins "statuaires" et déserts où les conflits n'ont cessé de converger en ce superbe roman de chevalerie. Celui-ci est moins dystopique que témoignage de force vives en apnée au sein de colonies pénitentiaires prophétiques au sein d'une épopée dissidente où le langage narratif tient plus que la vie elle-même. Fascinant.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Abeille, "La vie de l'explorateur perdu", LeTripode, Paris, 2020, 304 p., 19 E..