gruyeresuisse

24/09/2021

D'où  repartir - chanson de deuxième étage

Kalle 2.jpgKalle l'esprit en fuite pour ramasser le réel pusillanime, débordant, versatile. Qu'il soit encore un Arto, un Momo des actes. Le mis aux bancs de l'humanité se fixe à sa folie, ne sachant pas qu'à sa manière il était grand poète. Son gros corps supporte mal sa tête. A la poursuite de son être. Pas plus que lui je ne sais qui il est, qui je suis. Kalle 3.jpgJe  cherche au milieu de mon désordre, au dedans de son tumulte. Pas plus que lui je sais qui je suis, si je suis.  Je retourne des mots à la recherche d'un centre. Je ne sais pas où il est mais il faut traduire la séparation qui éloigne le à dire du dire, le à voir du voir. Cela mérite de l’articulation. Néanmoins les êtres sont dans leur nature inaccessibles aux mots et aux images. Leur proximité absolue n’offre pas plus de prise.  Roy Andersson pourtant a essayé d’amener à la lumière l’être en tant que forme.  Je cours à travers la course de son Kalle. C’est une situation particulière, qui ne m'appartient pas. Elle est discours d’animal en action.  Kalle bon.jpg Je suis tombé comme lui en une région méconnue, isolée, dépressive. J'y cours en perdant pieds, armé des grigris et des crucifix de Kalle qui eux aussi sont une farce. Mon langage est bien trop court.  Le sien aussi court moins vite que sa pensée au sein même de ses zigzags, mais je marche comme lui, même si selon Roy Andersson il faut savoir que seul est heureux l'homme assis.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 

21/09/2021

Du jardin à la caverne : Flurina Badel

Badel.jpgFlurina Badel,  "üert fomant" (jardin affamé), recueil bilingue romanche vallader traduit en français par Denise Mützenberg, Editions Les Troglodytes
 
Flurina Badel vit à Guarda en Engadine. Depuis 2014, elle travaille principalement comme membre du duo d'artistes Badel/Sarbach, qui a notamment reçu le prix de la culture Manor 2019. Depuis 2016, Flurina Badel est rédactrice responsable de l'émission littéraire rhéto-romane «Impuls» de la "Radiotelevisiun Svizra Rumantscha "et elle anime ou organise des événements culturels. Elle écrit en romanche et en allemand. Pour ses textes, elle a reçu le prix OpenNet et la bourse Double du Pour-cent culturel Migros il y a trois ans.
 
Badel 2.jpg
 
"Jardin affamé" s'ouvre sur les poèmes plus récents et remonte le temps jusqu'aux premiers textes de l'auteure. C'est une manière de découvrir l'origine d'un cheminement. Depuis ses premiers textes dans un souci original d'une langue fortement expressive, elle inscrit des poèmes d’inquiétude empreint d’un regard critique, sans cesse renouvelé, sur elle-même, sur le monde et sur l’écriture.
 
 
Badel 3.jpgLa poétesse fait plonger dans l’errance de l’individu et du monde. Les deux sont tiraillés entre contradictions et contrariétés. L'auteure fait apparaître une forte tension et une dynamique bien particulière. La traduction des idées en mots se crée toujours sous le signe du recommencement et de la nouveauté. La notion de temporalité s'effrite, les saisons défilent dans un éternel recommencement. Existe bien des mises en abyme par une propre création où surgit une version nouvelle et multiple de l’allégorie de la caverne de Platon dans un besoin autant de relatif que d'absolu.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

19/09/2021

Bel et Sébastien

Ange.jpgDeux anges virils sans pouvoir. Déshabillés, se cachent dans le coin de la pièce, canines plantées pour chacun dans du cuir de l'autre. Quel effort de venir en soi, terroriser et devenir bourreau en ânonnant les rimes du couplet conçu pour soir d'hiver en un bouge putride, gémellaire où ils s'étreignent sans compassion. Petits monstres se greffant à leur double, passant des violons au pas de loi. Debout, ils saignent en gaspillant des heures à  se mordre et aspirent le sang avec une paille après avoir pourtant promis de bien se tenir et vivre civilisés. Mais ils ne demandent même pas la permission de se mâcher tandis que leur visage se tord de plaisir. Ladres sont les sacrifices et lâche leur anarchie. Ils ne répondent même plus à leurs parents qui voient dans cette faim des envies de biscuits. La brume file légère en soufflant des cantiques au vieux chien du voisin. Ils ont pourtant été élevés (dans les cieux) par des parents flous qui croyaient que la cohabitation des frères libérerait ailes, cordes et nerfs. Gentiment blessés de part en part ils poussent à peine des cris. Petits Saint Sébastien aux conduites indues ils trichent un bon nombre de fois afin de démystifier l'oracle dans la mandorle parentale comme si la solution ne viendrait que par le sang en attendant l'heure de se confronter à la flûte des champs. Ils rivent leurs dents pour les siècles des siècles avant de sautiller. Des bulles sortent de leurs naseaux pour desserrer l'étau du double en une solitude agressive. Elle n'empêche en rien la bride sur le cou. Refusant d'être étouffé par son jumeau chaque frère défend sa cause de nobiliaires.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

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