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02/09/2017

Harmonies et disharmonies de Danilo Dueñas

Duenas 2.jpgDanilo Dueñas suggère l'écart (irréversible ?) entre l'image et la chose, entre le lieu tel qu'il fonctionne et tel que la sculpture le fait fonctionner. C'est d'ailleurs une thématique récurrente chez le Colombien qui montre toujours le vide que le plein appelle en ses expériences de la dilatation ou de vidange du temps et de l'espace.  Le créateur est un artiste de la perturbation qui remet en question l'enjeu de la représentation. Il impose sa loi et renvoie un regard différent sur la majesté des lieux d’exposition. Ils ne sont pas mis en abîme mais fonctionnent dans l'imaginaire de celle ou celui qui s'en approche d'une autre façon.

Duenas.jpgFace à la multiplication ou la simplification des lignes, aux lourds élargissements des masses surgit un puzzle en trois dimensions qui en dit long sur ce que l'architecture produit comme effets, affects et percepts. Danilo Dueñas impose une distorsion et un transfert d'optique dans la polyphonie d'étreintes de ses éléments épars-disjoints. Se quitte la capture architecturale dont parle Deleuze. L'intensité produite par un tel contrepoint n'est plus induite par la "diègèse" revendiquée et appelée par le bâtiment-mère. La sculpture-père déplace l'objet du désir et permet de transformer le réel en figuré. L'artiste rappelle que la sculpture comme l'architecture se constitue certes dans le sensible mais aussi par le sensible et c'est ainsi qu'elle peut trouver ce que Carl André appelle "sa seule harmonie" qui, et Danilo Dueñas le prouve, n'est jamais imitative.

Jean-Paul Gavard-Perret

Danilo Dueñas, « Réparer la vision », Villa du Parc, Centre d’art contemporain, 12 Rue de Genève, Annemasse, Du 16 septembre au 22 décembre

 

01/09/2017

Marie-Claude Gardel et Suzanne Kasser : des mille-feuilles remplis d'air

Kasser 2.png« L’Athanor » : Suzanne Kasser, « dessins », Marie-Claude Gardel, « Estampes », Galerie Impasse du Phoenix, Lausanne, du 8 au 24 septembre 2017.

 

 

 

 

 

Gardel.jpgAprès l’exposition « Support papier » (et son succès) au début de l’été, la Galerie Impasse du Phoenix renouvelle et élargit ce projet avec Suzanne Kasser et Marie-Claude Gardel. Les œuvres sur papier s’enrichissent d’objets et d’éléments sources d’inspiration des deux créatrices. Suzanne Kasser poursuit ses interrogations sur les conditions d’existence de l’art sans le mouler dans le canon des références. Ses créations sont des gestes poétiques tout comme ceux de Marie-Claude Gardel. Le noir dans les deux cas offre divers types d’incendies des formes. La gravure et l’estampe, jouant au besoin de l’accident des tirages, devient un lieu de recherche, d’investigation et de paramétrage où se rompt volontairement une certaine perfection pour créer un élargissement de la perception face à l’inconnu.

 

Kasser.jpegL’univers s’ouvre en taches et lignes selon de nouvelles associations là où des « coutures » craquent. Si bien que le regard est devant une beauté non truquée où – légères - les formes ressemblent parfois à des mille feuilles remplis d’air là où le noir n’est jamais froid ou compact. Sans goût pour un fixatif absolu, le graphite et l’encre se répandent loin de l’ombre et selon des destinations précises et imprécises à la fois entre goudron et neige là où l’art se dégage de ses frusques de bure, pour que la vie ne se ratatine pas mais opte pour respiration plus libre.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

12:30 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

31/08/2017

Andreas Kressig : aujourd’hui et demain

Gressig.jpgAndreas Kressig, « Le Grand Bonheur », Andata-Ritorno, Genève 14 septembre - 30 octobre 2017

C’est maintenant chose acquise : l’homme n’est que le réseau manquant entre l’animal et le robot. Ce n’est pas beaucoup, mais le mérite de l’humain est de se contenter de peu, sauf bien sûr pour ceux qui constituent le haut du panier. Du côté de la Silicone Valley ils remplacent la raison en réseau. Si bien que notre haute tension passe au rayon des objets surannés. Andreas Kressing s’en amuse en mitonnant nos alter égaux en sorte d’ombres plus ou moins chinoises dont la théâtralité n’a rien de romantique.

Gressig 3.jpgLes personnages sont néanmoins de bonnes pâtes. Ils sont prêts à faire l’amour au nom d’une « fraternité » que l’artiste instaure. Elle esquisse ses farces sans forcément des oraisons sous les draps. Ce n’est pas pour autant qu’il faille s’en arracher les cheveux même si des bras débordent.

Le corps semble souvent une surface réparation mais reste soumis à une chaleur chauffée à blanc. Il est en mutation et en immigration vers un autre état. Est-il déjà un survivant aux traits passés ou l’ébauche d’une nouvelle marginalité ? Andreas Kressig ne s’en préoccupe pas. Il continue sa création selon une rythmique particulière. Les gestes s’y font forcément lents dans la fixité des images. S’y éprouvent l’amour et l’abandon. Bref non seulement nous sommes à la frontière de qui nous fûmes mais de qui nous devenons. La vie remue. D’où le titre enjoué de l’exposition.

Jean-Paul Gavard-Perret