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01/04/2017

Torsten Solin : la femme aux miroirs

Solin bon.jpgTorsten Solin «Broken Mirrors», Krisal Galerie, Galerie Christine Ventouras, Carouge, du 4 mars au 1er avril 2017

 

 

 

Solin.pngPour traquer l’identité, Torsten Solin sait que le portrait univoque ne suffit pas. Il faut le déconstruire afin de percer sa vérité sous le réel et au-delà de l’objectivité de l’image reflet ou miroir. La manière passive et indifférente avec laquelle le miroir « renvoie » l’image n’est donc qu’un croire-entrevoir, d'un fantôme, d'une vue de l'esprit. « Cassant » le support l’artiste déchiffre par diffractions la figure muette qui se multiplie en divers pans de fuite. Le photographe porte l'attention sur le regard et l'échange qu’il entretient avec l’image.


Solin 2.pngDans ce processus et ce face à face décalé l’artiste s'éloigne de l’effet de rapprochement et d'identification. La femme n’est plus le miroir des fantasmes et devient porteuse du poids de l'invisible et de l'origine. Elle échappe au temps comme la photographie échappe à une histoire connue. Mais elle crée aussi une brèche ouverte sur un possible : la femme devient l'étrange visiteuse, l'image d'un simple retour qui n'est plus acceptable.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/03/2017

Sabine Zaalene : Lieu du lieu

Zaalene.jpgSabine Zaalene, « Vieille branche », collection ShushLarry «Les poches qui brassent de l’art», art&fiction, Lausanne, 100 p, 14, 90 E., 2017. A PARAÎTRE FIN MAI.

 

 

 

Zaalene 4.jpg« Vieille Branche » est un livre majeur. Il représente le moyeu capable faire tourner un monde chargé du poids du temps et de l'histoire là où l’artiste suisse Sabine Zaalene semblait flotter jusque là hors référence quoique toujours attirée vers une réalité forcément sidérante pour elle. Par ce retour aux sources de l’existence ancestrale algérienne l’auteure ne reste plus au fond de sa grotte. Son travail de recouvrement intime, paysager et archéologique lui permet de se ressourcer au moment où, diffusant son énergie selon une clarté d’abord d'inévidence, le livre procure son éclaircissement. Existe en une suite de vignettes le passage du jour à la nuit, de la nuit au jour. Le livre, dans son caractère aussi intime que général - à la fois journal de vie et document - prouve l’importance d’une renaissance à plusieurs niveaux d'appréhension.

Zaalene 2.jpgPartant de l’Antiquité par le jaillissement d'une image première qui ouvre le livre - celle de l’olivier mais pas n’importe lequel : « À Souk-Ahras se trouve l’olivier de saint Augustin. » - Sabine Zaalene crée un passage de l’obscur à la lumière. L'Algérie ne se traite plus comme un symptôme. L’auteure ne propose pas pour autant un simple “lifting” de ses images antérieures. Elle provoque leurs transformations et surtout une autre circulation du regard. L’auteur brûle des artefacts pour atteindre le bloc d'inconnu qui n'avait encore jamais été mis à nu et qui remonte à travers ses souvenirs paternels magrébins.

Zaalene 6.pngLe livre permet de comprendre que l'expression picturo-littéraire créée s'effectue en partant des choses de la nature non pour l’“abstraire” mais pour qu'elles deviennent les sujets agissants de l’histoire de l’artiste et de l’Histoire de l’Algérie depuis les origines jusqu’à la colonisation française et une libération parfois chaotique. Partant de l’arbre évoqué et qu'elle n'a peut-être jamais vu, l'auteure provoque non seulement son apparition : elle met à jour un autre fonctionnement de l’écriture afin de toucher, par delà l’archéologie des lieux, celle de régions secrètes essentielles.

Zaalene 3.jpgEcrire n’est donc pas abstraire le monde. Sabine Zaalene préserve des éléments significatifs, êtres, lieux ; couleurs, lumières. Nulle mise hors-jeu du monde mais son face à face avec ce que l’auteure est dans son être le plus profond. Parler d’œuvre « esthétique » à propos de cette œuvre, ce serait proposer un tel adjectif par défaut. Car s’y engage bien plus : à savoir la quête de l’existence au moment où – affres et cafouillages des religions aidant – il se peut que l’Olivier ait été remplacé par un frêne.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

27/03/2017

Gisèle Didi : préludes

Didi.jpgPlutôt que de cultiver la chimère, les femmes de Gisèle Didi sont telles quelles tout en acceptant les jeux que l’artiste leur impose. Elles séduisent. Ou inquiètent. Ne s’en laissent pas compter sans doute. Et ce même si la photographe fait abstraction des normes voire des convenances - juste ce qu’il faut toutefois - en ce qui tient de préludes à certaines aventures.

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Mais les images restent (partiellement) elliptiques pour mieux troubler le regard. Tout est là de manière douce et jamais "sexhibitionniste". Didi 2.jpgLe corps féminin comme sa photographie reste de l’ordre de l’effleurement et de l'humour. Surgit la promesse d'un autre horizon et d'une dérive à la fois photographique et peut-être existentielle. Les images engendrent des ouvertures. Elles offrent un laps temporel au songe et ne le vident jamais de sa substance. Elles permettent de ranimer une présence que l’artiste dirige et dont il ne s’agit surtout pas de se dégager.

Jean-Paul Gavard-Perret