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30/11/2017

Willy Spiller : New York, Los Angeles et retour

Spiller 3.jpgWilly Spiller, “Street Life in New York and Los Angeles 1977-1985”, Bildhalle, Zürich, du 7 décembre 2017 au 7 janvier 2018.

Le photographe zurichois Willy Spiller a vécu 10 ans entre New York et Los Angeles à la jonction des années70 et 80. A l’époque, pour un européen, la rencontre de telles cités tenait encore d’un voyage initiatique et romanesque. L’artiste a su saisir, sous la violence, un monde souvent insouciant. Celui de la jeunesse dans les rues, le métro, au bord des piscines et dans les clubs.

 

 

Spiller 2.jpgLes nuages de la vie disparaissent au profit d’une forme de jouissance. Les images sont drôles, canailles, surprenantes et transforment la banalité. Le photographe saisit les sourires, l’insouciance. Rousseauiste à sa manière, il fait sa marque de fabrique de l’amour des autres et donne du monde une vision diffractée et savoureuse. Il ouvre des fenêtres, happe la lune, mange la nuit en divers remous et rythmes. Les collégiennes dans le métro relèvent leurs jupes (mais pas pour moucher des larmes). Elles ne se soucient guère des regards. Les Lolita elles-mêmes deviennent voyeuses. 

Spiller.jpgTout tient bien avec du ruban bleu et qu’importe la perversion des tristes sires. L’hypocrisie sociale semble presque une vue de l’esprit. Willy Spiller propose une vision quasi inédite. Pour autant ses images ne jouent pas de la nostalgie. Demeure un étourdissement, un flux. La tête peut se perdre, cesser de gouverner sans le risque inhérent - selon la paranoïa médiatique - aux grandes cités. La tension n’est pas au rendez-vous. La quasi innocence est presque sous jacente à cette poésie urbaine d’une certaine plénitude.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:29 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

29/11/2017

Les toutous snobs de Dougie Wallace

Wallace.jpgNul ne sait si Dougie Wallace (aka Glasweegee) est le meilleur ami du chien mais, pour sûr, il s’intéresse à lui. Quittant Glasgow et ses chiens errants pour des marches dans le quartier londonien chic de Knightsbridge et les rues de Milan, le photographe a découvert que les chiens s’élevaient au rang d’objets de mode ». « Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander s’il y avait une corrélation entre la baisse des naissances et tous ces bébés animaux poussés dans des landaus ». Il est vrai que les bébés à poils durs ne quittent pas une certaine enfance et la responsabilité à leur égard est une fosse d’aisance.

Wallece4.jpgWallace est donc allé de Londres à Milan, de New York à Tokyo pour saisir dans sa série et son livre « Well Heeled » celles et ceux qu’il nomme « humanisateurs extrêmes d’animaux » et qui ne cessent d’accessoiriser et de toiletter leurs progénitures canines d’adoption. Mais il se focalise sur les toutous un rien snob qui deviennent cabots et jouent avec l’objectif. Fasciné par les postures des bipèdes il ne cesse de les faire « sourire » pour mettre en exergue leurs incisives, leur barbe fleurie, leur truffe mouillée. Ils se laissent photographier en oubliant qu’ils sont des chiens. D’autant que leur vie ne l’est en rien.

Wallece3.jpgIl existe ainsi, par le bout de la laisse, la vie mode d’emploi. Et s’inscrit par le détour canin un cours presque insensé de la race humaine. Le tout au sein de jeux optiques où les gains poétiques et drôles sont assurés. S’y mélangent temps, rêve, farce, réalité, folie du temps là où le monde avance à quatre pattes plus que les fers en l’air.

Jean-Paul Gavard-Perret

Duane Michals : déplacement du portrait

Michals2.jpgMichals fait vivre et cohabiter le cœur battant de personnages aux élans recomposés et imaginés, avec plus ou moins de références. La réalité se quitte mais pour la transformer en épiphanie si bien que le portrait ne cherche pas à retenir un éphémère mais un archétype selon une discipline libre. Le photographe pratique l’humour comme la vénération au sein d’une recherche obstinée. Elle tient de la vocation. Il ne s’agit pas de proposer des archives mais des mouvements en explorant des voies nouvelles sans rien mépriser ou ignorer de ce qui existait avant lui.

Michals bon.jpgMais Duane Michals avance seul. Son regard s’obstine à une splendeur qui ne se contente pas de la représentation : il opte pour la re-présentation. Le motif n’est plus un appui rassurant mais un déclencheur : le créateur s’en empare. Cela permet liberté et extravagances contrôlées là où la lumière transfigure le visage dans un long échange entre l’artiste et son sujet. Il s’agit de rêver une identité dont la révélation ose la fantaisie. Elle donne au médium sa nature équivalente à ce que Barthes nomme « le filmique » lorsqu’il parle du cinéma.

Jean-Paul Gavard-Perret

Duane Michals, « Portraits », Thames & Hudson, New York, 2017, 176 pages, 45,00 $