gruyeresuisse

06/10/2020

Quand Jacques Abeille vient au bout de ses peines

Abaille.pngDans le cycle génial des"Conrées" qui a demandé plus de 40 annés de travail à Jacques Abeillea l'affection est rarement payée de retour tant il est vrai que les élans du coeur demeurent abstraits et non seulement chez les mères. Le génie de l'auteur consiste dans la création d'un univers fantasmagorique mais qui semble parfois d'un réalisme particulier. Il pourrait se toucher du doigt dans une indécise littétature de témoignage.

Abaille 3.jpgEt ce, au moment où l'auteur nous porte en des voies plus ou moins impénétrables particulièrement au moment où la saga se clot par absence de lumière comme par doute sur l'avenir d'un double mauscrit. Jacques Abeille l'ouvre et le ferme fidèle à la fois aux fantômes de Barthélémy l'écriveur et Léo Barthe double du créateur à l'heure "des dernières étreintes et de l'ultime énigme.

Abaille 2.pngComme un Claude Louis-Combet et avec autant de malice que lui, il propose un univers parallèle qui ne cesse de nous égarer et cela en solidarité sans faille avec des héros aussi mal lotis que nous sans que pour autant ils deviennent solliciteurs de la moindre clémence. Ils avancent, quittant d'immenses contrées, en des oueds qui auront plus ou moins irrigués jardins "statuaires" et déserts où les conflits n'ont cessé de converger en ce superbe roman de chevalerie. Celui-ci est moins dystopique que témoignage de force vives en apnée au sein de colonies pénitentiaires prophétiques au sein d'une épopée dissidente où le langage narratif tient plus que la vie elle-même. Fascinant.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Abeille, "La vie de l'explorateur perdu", LeTripode, Paris, 2020, 304 p., 19 E..

05/10/2020

Nathalie Léger-Cresson : effacements progressifs des pangolins

Leger Bon.jpgAvec Nathalie Léger-Cresson il faut se méfier des eaux dormantes... L'auteure se dit transparente : voire... L'auto-fiction se transforme non sans raison en ce qu'elle nomme une "surfiction" progressive du désir. Ecrivant au besoin "à la lumière de ma lampe à huile de thon en boîte", elle fait un sort à ses agissements et ses rencontres : amants plus ou moins de passage mais pas seulement.

Leger.pngA travers son calendrier - où se perdent les jours quoiqu'ils se multiplient - s'instruit  la création sous forme de journal plus ou moins intime de, sinon des légendes, du moins des manières de faisander  le réel  pour le rendre plus consommable. Libre, altière, drôle, performante au plus haut point - si on la suit dans ses divagations aussi sérieuses que farcesques - Nathalie Léger-Cresson propose  en conséquence des rêves amplifiés pour corriger les drames couvés non par les mères de vinaigres mais des sortes de malotrus qui croyant la conquérir se perdent.

Leger 3.pngExit les langueur mélancolo-romantiques et bienvenus aux hop ! hop ! hop ! qui laissent benoit jusqu'au pangolin... D'autant que la réclusion covidienne ne convient pas à l'imperturbable. Elle cultive ses cinq à sept non ascètes à l'épreuve des nuits et des jours entre boulot et métro mais pour divers dodos. C'est du grand art. Celui qui  s'éloigne du confinement et non seulement le temps d'une pandémie car ici, le vagabondage féminin prend une force exponentielle et jouissive. Celle qui avait déjà ravi par ses précédents livres chez la même éditrice passe au vrombissement entre autres par des jeux géniaux de graphisme dans son existence littéraire tatouée plus en joie qu'en douleur :

m o t e u r !

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Nathalie Léger-Cresson, "Le sens du calendrier", Editions des femmes - Antoinette Fouque, Paris, 171 p., 15 E, 2020.

03/10/2020

Anne Voeffray : ce qui échappe

Voeffray bon 1.pngLes photographies d'Anne Voeffray annoncent la nuit. Mais une nuit aux écailles lumineuses là où le corps reste souvent érotisé dès que l'artiste quitte le portrait "classique" et identitaire (dont elle poursuit la quête) pour laisser pointer un cou offert, un front que couvre des cheveux là où ce qui chute s'élève en rudesse ou douceur pour enlacer les lieux ou les êtres dans leur complexité secrète.

Voeffray bon.jpgLa beauté n'est jamais marmoréenne mais fractale ou à l'inverse suggérée. Quant aux "paysages" eux aussi il perdent une lisibilité réaliste pour se nimber de mystère parfois phosphorescent. L'interrogation vitale est lancinante en passant par ce noir et blanc qui fixe ou tremble mais toujours interroge un moment où le présent n'est plus inaltérable.

Voeffray bon 3.pngMais loin d'être un théâtre d'ombres ou d'illusions, le monde d'Anne Voeffray recouvre une langueur paradoxale. Le moi comme le réel laisse la place à un émoi particulier là où par de telles prises le premier renouvelle ses limites tandis que les êtres - parfois dans leur nudité - offrent leur aura. L'artiste crée dans ce but des transfusions de multiples impressions. Elle laisse au regardeur.euse une liberté d'interprétation là où tout est silence et où la poésie sublime la pesanteur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret