gruyeresuisse

03/01/2021

Natasha Krenbol : l'être et l'étant

Krenbol.jpgPour Natasha Krenbol l’art est le moyen de participer à la vie des êtres, des animaux, du monde. Selon une vision primitiviste elle nous rapproche d'un monde premier. Aux fioritures du réel l'artiste préfère des schèmes fondamentaux. Et ce, de  manière  instinctive, presque brutale  par réaction à l'homogénéisation. Ici les corps restent en futaies et se libèrent des troupeaux.

Krenbol 2.jpgLiée à un esprit de liberté multiculturelle, qui est une caractéristique de son oeuvre, l’artiste crée des présences humaines ou animales qui semblent se détacher du monde. Chaque toile devient à ce titre rupestre. Ce qui permet à Natasha Krenbol de promettre des présences moins banales que celles que nous connaissons. Bardes, chats etc. possèdent un air de vérité construit dans un monde presque symbolique avec des éléments naturels.

Krenbol 3.jpgExistent donc des êtres en suspension dans le temps à mi-chemin entre l'être et l'étant. L'artiste affûte les formes qui n'ont besoin ni du chaos ni de l'ordre. La plasticienne rétrécit le paysage pour mieux nous prendre par surprises à travers ses ombres envoûtantes. Elles poussent les corps à portée de l'abîme tout en leur insufflant un souffle de matière et peut être un sens plus légitime.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l'artiste.  

Les unes et les autres ou le furtif et le fuyant - Axakadam

Axa 2.jpgAxakadam possède l'immense mérite de revivifier l'art du nu et de l'érotisme. D'abord par une ironie toujours discrète au moyen des  poses ou mimiques complices de ses modèles. Mais aussi par les décalages optiques qu'il entreprend afin de donner à la photographie un aspect pictural et vintage. Ce qui ne l’empêche pas bien au contraire de se référer aux oeuvres décadentes et romantiques - Anne-Louis Girodet compris.
 
Axakadam.jpgL'objet reste d'animer le furtif et le fuyant, le sérieux aussi -  en le déconcertant. L’artiste navigue entre des préoccupations classiques : espace presque (le presque est important) tracé au nombre d’or, présence du spirituel mais aussi d'un réel S.M. bien vivant. Le tout en des effets - et suivant les cas - de nimbes, de transparence ou d'opacité. Les femmes sont apparemment plutôt froides (frigides çà non, certainement pas) là où n'est esquissée que la moitié de leur geste.
 
Axa.jpgMais  Axakadam trouble des apparences. Il cultive les surimpressions et en conséquence  le doute existentiel en une succession de moments farces là où habituellement le voyeur vient se rincer l'oeil. Et l'artiste en adressant à lui de parodier Queneau depuis "Bourgeville sur Marmotte" comme du Chelsea Hotel en lançant son "si tu t'imagines xava xava durer toujours". Plutôt que d'allonger ses égéries il met le quidam dans de beaux draps. Néanmoins dans la pièce d'â-coté des tables sont dressées pour un festin de fête.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/01/2021

Olivier Cadiot : c'est grave docteur ?

Cadiot.jpgCe roman est un conte ou une  fable. La rudesse des vies y est romancée dans une expérience radicale et excentrique. Elle  est traversée de mouvements divers pour composer de nouveaux accords avec le désir des personnages, leur angoisse, leur sensation d’un monde vivant et réel.

Cadiot 2.jpgBien des questions sont évoquées : le rapport littérature, science, arts, philosophie. Surgissent aussi des articulations  entre trois crises subjectives,  l’effort de leur  résolution et l’impact qu’elles rêvent - envers et contre tout -de réaliser en un lieu de forclusion.

Des trois personnages, deux trouveront la clé. Quant au troisième - le narrateur - son histoire se mêlera à celle de l'auteur en ce qui finit sous l'aspect d'un roman autobiographique. Il est à la limite d'où toute compréhension se décompose. La nature de la jouissance sidérée que ces trois histoires provoquent reste donc subtilement équivoque. Et c'est là toute la puissance d'une telle fiction.

Jean-Paul Gavard-Perret

Olivier Cadiot, "Médecine générale", P.O.L éditeur, Paris, janvier 2021, 400 p., 21 E..

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