gruyeresuisse

17/03/2021

Thierry Radière et le passé empiété

Radière.png"Pourquoi faut-il toujours / que le passé resurgisse / au moment où l'on croit / qu'en écrivant on se libère" ? Telle est bien la question essentielle. La réponse est en elle. Nous pédalons toujours dans la choucroute. C'est un effet de la nostalgie. Mais elle permet néanmoins de beaux - à défaut d'être bons - retours. Qu'ils soient gagnants n'est pas sûr mais ils permettent au discours - ou plutôt au poème - de se poursuivre.
 
Thierry Radière le prouve. Les ratés de l'enfance rendent le présent moins sourd et cela permet de s'arranger avec ce qu'il est. Ce qui fut est donc une sorte de consolation. Voire plus. D'autant que les poètes - selon le nôtre - ont deux vies : "une des écrits originels", l'autre en imitant "la fulgurance de la première existence".
 
Radière 2.jpgEst-ce à dire qu'entre les deux un gain est possible  ? Selon Radière c'est possible car de cette manière nous nous sentons plus vivant. Preuve que l'entêtement à écrire cache bien des satisfactions. Il n'existe donc aucune honte à se sentir complice de ce que tout poète organise.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Thierry Radière, "Ente midi et minuit", coll. Vermillon, La Table Ronde, Paris, mars 2021, 336 p., 17 E.

11:35 Publié dans Lettres, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

15/03/2021

Nature et culture selon Hans Ruedi Giger

Giger.jpgH.R. Giger, modeste parmi les modestes, resta un Artiste en quelque sorte un artiste maudit peu reconnu de son vivant. Proche du symbolisme et du surréalisme, le Suisse reste un maître anticipateur de la science-fiction. Il sera appelé par Ridley Scott inspiré par ses dessins. Giger maître des noirceurs gothiques et des pentes vaginales inspire "Blade Runner" et ses Aliens. La force vive des créatures donne des tensions biomécaniques par leur mise en abîme.
 
Giger 2.jpgL'artiste perturbe le réel et rationnel par la force de ses images souvent sexuelles parfois morbides ou déviantes. Il reste ainsi face à la méthode scientifique, celui qui insère une puissance cosmique à la Lovecraft et que reprendra Cronenberg. Existe une plongée dans un tel domaine biomécanique qui explore des champs de l'imaginaire là où l’androïde est autant positif et négatif.
 
Giger 3.jpgCe mélange humain/machine, ce cyborg-univers provoque fascination dans le mixage voire la fusion de la chair et du métal. H.R. Giger prouve par ses monstres que lorsqu'on en soulève le capot ce n'est pas de la lumière qui se dégage mais plutôt du pus, du sang et de l’huile de moteur. Tout cela réveille divers types de pulsions en prouvant que la technologie fait partie de nous et de notre sado-masochisme chez le Suisse aussi lumineux que glauque, animal et divin.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

Aurélien Fontanet : la ville à l'envers

Fontanet 2.jpgAurélien Fontanet, Centre de la photographie de Genève, à partir du 10 mars 2021.
 
 La réalité, le quotidien restent paradoxalement ce qui hante le travail d'Aurélien Fontanet. Formé à la HEAD, Haute Ecole d’art et de design de Genève, Aurélien Fontanet pratique la photo depuis l’adolescence, utilisant l’appareil comme un "carnet de notes". Ces images se veulent avant tout depuis toujours des reportages. Le directeur du Centre de la photographie de Genève Joerg Bader propose au "Courrier"  de publier sur deux pages une sélection de clichés d’Aurélien Fontanet, en remplacement de l’exposition prévue dans ses murs en début d’année.
 
Fontanet 3.jpgLes images sont issues d’un corpus de quelques 3000 clichés, qui témoignent de l’extrême précarité provoquée à Genève par la crise pandémique. Le photographe observe les actions menées à Genève en faveur des oublié(e)s de la crise. Entre autres la Caravane de solidarité mise sur pied par Silvana Mastromatteo, pour distribuer des aliments aux plus démuni(e)s pour ensuite étendre ce travail à la problématique du logement.
 
Fontaner.jpgDans ses travaux au Brésil le photographe faisait preuve d'une panoplie de couleurs. Ici il a choisi le noir et blanc pour donner une identité et une dignité indispensables aux S.D.F. et afin de faire prendre conscience de la précarité avoisinante et grandissante. "Apporter son soutien aux minorités est devenu pour moi une évidence" écrit celui qui pour faire bouger les choses a choisi les images.
 

Jean-Paul Gavard-Perret