gruyeresuisse

13/06/2018

Magali Ballet : évanescences et silences

Ballet.jpgMagali Ballet saisit des instants, sait trouver la bonne seconde de l’aperture pour aboutir à l’immanence des êtres, des choses, de l’instant qui n’appartient qu’à leur évanescence. Cette recherche est celle non d’un temps cessé mais révélé dans un entrelacs de gris.

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En de tels laps le langage photographique est objet plus de retournement que de reflet. Le regard y contemple des possibles au sein d’un mouvement. La créatrice tente de restituer l’envergure d’un impossible entre équilibre, répétition, rupture. Des mirages glissent dans l’espace.

 

 

Ballet 3.pngExiste là une respiration, une suffocation, une inspiration qui devient connivence entre l’artiste, les autres et le monde. Celui-ci se récite à rebours selon des orées étranges et l’arche des arbres où un chemin avance. Il existe là des ombres d’enfance, des matins obscurs, des soirs livides. L’image répand, en noir et blanc, sa beauté et ses doutes sur une vacuité irréductible.

Magali Ballet, « Paysage soi », Editions Unes, Nice.

12/06/2018

Inge Dick : l’expérience de la couleur et du temps

Inge.jpgInge Dick crée des monochromes ou des polychromes photographiques qui transforment totalement le sens même d’un tel art. Celle qui étudia le graphisme design à Vienne réalisa d’abord des peintures. Elles prouvaient déjà son intérêt pour l’Art Concret, la lumière ; l’espace et le temps. De tels thèmes restent rémanents dans ses travaux. Mais ses mono et poly chromes ne sont pas de simples reproductions de ses peintures. L’artiste y condense en jeux de ligne ou de pans des effets où la lumière naturelle modifie les surfaces le long d’une journée shootée en intervalles réguliers et créent des nuanciers d’un ordre particulier.

Inge 2.jpgL’artiste trouve ses surfaces d’expérience dans son atelier ou dans les ateliers Polaroïd de Boston. Elle a créé par exemple avec sa série « Black » des tranches de variables en prouvant que le noir n’existe pas tant il est modifié par la température et le type d’ombres ou de lumière qui se portent sur lui. Et le Poloraoid permet de visualiser la lumière et l’espace beaucoup mieux que d’autres matériaux ou techniques. Ces expériences créent un univers aussi plastique que mental et poétique. L’univers s’y décline en de subtiles compositions.

Inge 4.jpgLe reflet du reflet crée une esthétique originale propre sans doute à bien des possibilités d’ouverture. Les œuvres doivent donc se lire et s’apprécier à divers degrés pour parvenir à entrer dans l’émotion délivrée par l’artiste. Troublantes et très souvent à la limite du paradoxe, les photographies génèrent beaucoup de jubilation chromatique mais, en passant à un degré supplémentaire de contemplation, voici qu’apparaissent tout l’intérêt et la complexité de telles créations. Les formes contredisent les glacis des couleurs et jouent de vrais rôles de composition aux irisations sans cesse changeantes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Inge Dick, « Licht weiss », Fotohof, Salzbourg, du 22 juin au 4 août 2018.

Jacquie Barral : l’espace du dedans

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Jacquie Barral poursuit son travail de reprise des images. Ici avec quatre photographies et un assemblage original en relief sous une boîte d’archives noire. L’artiste propose une histoire de plans : s’y mêle celle du temps à travers le dialogue entre le texte de la poétesse Valentine Oncins (alter-ego de la plasticienne) et Saint Jean de la Croix (un des piliers de sa sagesse).

 

 

 

Barral.jpgUne nouvelle fois l’artiste impose sa carte et son territoire en offrant des images troublantes et troublées. Animée d’une pulsion créatrice elle prolonge son expressionnisme et son impressionnisme qui du figuratif passe ici à l’abstraction propre à une visée implicitement mystique.

 

 

Barral 3.jpgLa « maison de l’être » chère à Bachelard est donc revisitée, reprise et corrigée non sans faire allusion au « Château » de Kafka là où tout tient des mystères de l’âme. L’artiste leur donne sa propre vision et un effet de vitrail opaque et sidérant. Le livre d’artiste acquiert une puissance de feu entre signes, indices et jointures d’un lieu-dit à la topographie inconnue mais auquel Jacquie Barral donne une extériorité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jackie Barral, « Le Château intérieur », Texte inédit de Valentine Oncins accompagné d’un extrait de Saint Jean de La Croix, Collection Boites d’archives, Edition 2+3=5, 2018, 120 E.