gruyeresuisse

04/12/2017

Pierre-Yves Freund : fonds et surfaces

Freund BON.jpgDans l’œuvre de Pierre-Yves Freund semblent se retrouver des choses laissées sur le bas côté de l’existence. Cela permet de saisir quelques éléments premiers du secret de l’intime du monde. A chaque spectateur d’en faire l’usage et l’interprétation qui lui plaira. D’autant que tout se prête au doute par la variation des échelles et des matières Tout ce qu’on peut en dire : elles ne sont pas nobles. Elles génèrent ni absurde félicité ni abus de confiance, mais sidèrent là où le travail n'a plus besoin de nier ou d'affirmer.

Freund.jpgLa seule réponse est le geste qui répond au silence du monde. Il ne faut donc pas chercher ce que l’œuvre cache, mais juste se laisser prendre à perte de vue en sa propension à percer la nuit de l'être ou du monde mais sans en donner les clés. Des surfaces hantent, s’en détachent des formes étranges de suspens, de vertige. Par elles surgit l’adhérence étroite à ce qu'il en est de soi, sur ce que l’on ignore et qui n’a pas de nom en des images aussi rupestres que mystérieuses.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre-Yves Freund, « Poussière blanche sur noir », texte de François Bazzoli, Photographies Olivier Perrenoud et Pierre-Yves Freund, Editions Vol d’Image. Voir le site de l’artiste.

09:57 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

Rose Hartman et la pastorale new-yorkaise

Rose-Hartman.jpgRose Hartman a photographié pendant 40 ans les icones de la culture made in New-York. Du moins celles qui s’exhibent au moment des vernissages, défilés de mode, soirées et clubs célébrissimes. Celle qui commença sa carrière au « SoHo Weekly News » est devenue elle-même une artiste clé de ce monde : sa photographie est sortie du reportage pour entrer dans le monde de l’art par son don de l’à-propos visuel et du cadrage.

Rose-Hartman 2.jpgRéputée pour ses incursions au sein du « back-ground » la photographe fut prénommée « L’infâme » titre qui fit la gloire de la commère des images. Mais l’Amérique du moins New-York (ce qui est bien différent) y trouve un récit particulier de la vie de ses célébrités plus ou moins passagères ou frelatées mais parfois incontournables..

Rose-Hartman 3.jpgAu formalisme forcené la photographe préfère la recherche des sensations fortes. Elles débordent de partout en ce dérèglement de « contes » et parfois de règlements de décomptes... Le monde de l’ostentation en prend pour son "rade" sans que l’artiste l’auteur forcément le dégrade. Mais le plus vibrant des hommages trouve là de drôles d’angles d’attaque.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

“Infamous Rose Hartman”, Edelman Arts, New-York, du  20 novembre au 22 décembre 2017.

03/12/2017

Les préludes de Véronique Bergen

Bergen.jpgToute « première fois » génère une redistribution des cartes de manière si possible un peu serrée. Sans référence l’angoisse comme le plaisir joue à fond avec les plongeons et les retours que cela engage. Pour le suggérer Véronique Bergen a compris que le récit était bien plus efficient que l’essai. L’auteur est à l’aise dans les deux genres mais pour être plus près de telles situations premières la fiction offre une occasion plus pertinente de redistribuer les blancs et de lancer un suspens – fût-il d’un sinistre ou de son contraire suivant que l’on soit et - dans les cas extrêmes - victimes ou bourreau.

 

 

Bergen 2.jpgCertes les « premières fois » sont toujours en quelque sorte une trahison à différents degré ou niveau. Il y a la découverte comme la déception et peut-être "trahison empathique ». La forêt des songes devient celle des Alpes suisses ou de la Transylvanie. La donne n’est pas la même… Dans tous les cas, en de telles situations, la dimension poétique est gigantesque mais la menace préexiste peut-être déjà en nous. Le livre permet enfin d’éviter ce qui se passe le plus souvent : la reconstruction a posteriori des sensations de telles expériences. Le danger de la mise à plat est évité. L’émotion n’est pas filtrée, tamisée, amoindrie, en passant par le récit : elle est à nu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Véronique Bergen, « Premières fois », Edition Edwarda, 2017