gruyeresuisse

04/05/2022

Fellatio

Anne van der linden.jpgRemonter les lettres jusqu’au nombril du tremblement du cercle.  Echardes à retirer sachant enfin sur elles des choses qu'elles ignoraient. Là l'ancestrale offrande, une invitation à l’éclair au filet de la foudre en le fleuve-ventre à deux dont elles ouvrent les pages. A  la croisée, un étoilement. Images défilent à  l’œil de la bouche en un renoncement à la dépendance pour mieux se conjuguer en mimiques de choc, de bouches sans paroles mais où le  passage de l’impossible s'enforce à  la table du tremblement, à la linguale coupure, à la main serpentine en procession païenne. Petits bouts de pensée ouvrent la traversée de la robe qui jusque là n'était qu'étirée. Plus de repentirs. A la biffure, se fissure le chercher à dire, tournis, roulis jusqu'à défaillir. Phrase débraillée juste avant l’asphyxie. Doigts agitent encore les lèvres en ricochets, remous et morsures du sillon onirique. Imaginer cette noce secrète et l'alphabet inclus dans le mystère du geste dénudé. Arc titube à l’inversion de la courbure. L'extase est secrète. Recto : pupille dilatée. Verso : silence, espace des didascalies. L’ombre est blanche en son creux. Milliers de caresses pour la jeune captive. A sa hanche campe la mue du nous déposé sur la lampe pour que s’affolent les sensations. Langue gonflée de miel, s’ambre la respiration. Juste un mot l’imagine encore. Se ragaillardit le bourdon de la mémoire. Comment écrire autrement qu'en osant mettre à la porte les mots dès la source du gosier ? Pas d'énoncés évite le chute. Et le précipité. La  foudre vient d’avant et peut juste soulever la voix en ce qu’elle-même tente. Son livre n'est qu'abysse, primitive fellatio. Au corps de le supporter. Et au  visage de le déconstruire.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Oeuvres d'Anne Van der Linden

Gabriela Pereira : tenir

Pereira.jpgGabriela Pereira , "Intouchable", Standard/deluxe, Lausanne, du 6 au 29 mai.
 
C'est en 2019 que Gabriela Pereira a participé activement à la "Robert Walser Sculpture", projet initié par Thomas Hirschhorn, en référence à l’œuvre littéraire de l’écrivain suisse, installé sur la place de la gare de Bienne. Elle prend alors encore plus conscience de ce qu'elle  va revendiquer : la puissance émancipatrice d’une pratique artistique et poétique qui était en elle depuis toujours.
 
Depuis, son travail se déploie de manière extrêmement libre. Intouchable est sa première exposition personnelle. Elle se moque des codes et des conventions inhérents aux productions artistiques institutionnelles ou régie par le marché. Et ce par l’utilisation de textes. Ils  mettent en voix divers protagonistes en conflit dans le cadre du système de l’internement administratif suisse. Mais cela prend aussi chez l'artiste  la forme de peintures figuratives, textuelles, abstraites et d’installations immersives.
 
Plus particulièrement elle examine ici, par la peinture, le dessin, l’écriture et la sculpture, l’enfermement qu’elle a vécu dans le cadre de mesures de coercition à des fins d’assistance Pour elle, la littérature et l’art sont des outils nous permettant de demeurer humains et de survivre aux structures d’exclusion et de violence. Elle tente de suggérer l’indicible et l’intransmissible dans des assemblages et une mise en forme immersive. C'est une manière de plonger à l’intérieur d’elle-même pour suggérer comment rester le plus près de qui nous sommes quelle que soit la situation d’enfermement ou de discrimination qui aliènent.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

03/05/2022

Pieter Hugo et les mannequins de rue

Hugo.pngLes oeuvres du photographe sud-africain Pieter Hugo sont sidérantes. En particuliers ses portraits à portée politique mais qui dépassent ce seul cadre. Car à partir d'une telle étude il transfigure le réel sans que celui-ci ne perde sa charge. Les femmes et les hommes y gardent des appâts qui ne sont plus ceux qu'une iconographie classique cultive.
 
Hugo 4.pngDifférents groupes sociaux sont ainsi représentés mais toujours dans une extrême beauté. Si bien que le titre d'une telle exposition est parfaite. Elle retient la "différance" comme écrivait Derrida mais avant tout la beauté des visages de divers types de "marginaux" (pauvres, guérisseurs, etc.). Le tout dans une certaine grâce  estourbissante - fût-elle de la rue.
 
 
Hugo 3.pngEntre le photographe et le modèle se crée un rapport que le premier favorise afin de créer des images impressionnantes qui fascinent et troublent le regardeur. La beauté semble sous le joug opposé à la fois de la vulnérabilité et d'une forme d'éternité accordée par chaque prise en s'éloignant de toute stéréotypie. Elle laisse les chipoteurs ou chichiteux sur le ballast.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Pieter Hugo, "Beauty and Asimetry", Galerie Priska Pasquer, Paris, du 10 au 15 mai 2022.