gruyeresuisse

07/05/2020

Mercedes Riedy : identités du réel et de la fiction

RIEDY.jpgMercedes Riedy est devenue photographe professionnelle à la fin des années 80. Mais sa rencontre avec le medium a eu lieu lorsqu’elle avait 17 ans. "Un jour, dans le noir d’un laboratoire, elle s’est retrouvée face à face avec une image qu’elle avait faite, magiquement apparue dans la cuvette de révélateur". Ce fut sa découverte et depuis elle vit "avec la photographie, pour la photographie".  Artiste engagée  la créatrice s'est spécialisée dans la photo de théâtre et de danse.

riedy 2.jpgMais elle est tout autant une fée du portrait et elle a participé à un nombre impressionnant d’expositions. Elle a pu montrer la puissance de son regard et sa manière d'envisager et dévisager le portrait  par exemple avec "les Fous de Jazz" (1994), "Désaffectés" (Festival Image 2000 à Vevey), "Photographies et autres petites histoires" hommage à Sanseverino, (Yverdon 2003) ou encore "10 ans de photographies" ( FNAC Lausanne).

riedy 3.jpgLa clé de voûte de son travail reste l'attention  bienveillante portée sur celles et ceux qui deviennent non les objets mais les sujets de ses photos. Mercedes Riedy prouve qu'il existe un écart entre le visage et le portrait (surtout depuis l'invention de la photographie). Et si la créatrice prend en charge le dévoilement de l'identité autant réelle que lors des représentations théâtrales ou autres. c'est parce que chaque fois dans ses prises la lumière du visage perce des ténèbres et ouvre de nouveaux horizons pour donner à voir une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/05/2020

les femmes sous influence - ou non - de Marianna Rothen

Rothen.pngParesseuses (rarement), sophistiquées (souvent), apeurées ou audacieuses des femmes de Marianna Rothen jouent des jeux dangereux mais voluptueux. Elles proposent des scenarii pour diverses inductions en duo ou en groupe dans leurs lignes de grains là où les prises créent des harmonies entre le bas et le haut au milieu d'étoiles plus ou moins filantes animées de d'audace, gravité mais rarement de total abandon à l'approche du stupre et de la fornication.

Rothen 3.pngLa femme devient l'image d'une présence-absence, proche-lointaine, englobante-inaccessible et représente, par excellence, l'incarnation qui joue d'elle même. Les égéries engagent pleinement leur corps dans la quête de la perfection plus que dans l'abjection, l'épuisement  ou l'abandon. Tout n'est que suggestion, possibilité multiple et captivante vers le plaisir.

Rothen 2.pngLes femmes sont de magnifiques amantes, fascinantes, d'une beauté qui n'a pas fini de ravager. Elles sont non seulement un mystère mais tout un savoir qui va de la physiologie à l'anthropologie. La photographe sait que parler de l'énigme de la femme, de son mystère, de son culte risquent d'irriter les sensibilités féministes. Et il y a eu sur ce plan bien des récupérations aliénantes mais la femme selon Marianna Rothen est une essence qui n'apparaît que pour disparaître aussitôt. Le rapport au modèle débouche constamment sur un rapport à soi même voire un mouvement de retour vers la mère, laquelle règne jusque dans le corps des amantes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marianna Rothen, Little Black Gallery, Londres

05/05/2020

Richard Meier : apprendre à voir, apprendre à lire

 

Meier.jpgDans le su et l'insu, textes et images avancent pour "parler". Il faut chercher sur les pans de couleurs du leporello l'esprit de la lettre.

 

Par transparence ou opacité l'espace s'honore d'une machinerie qui fonctionne sur un mode locomotive avec bielles (de lignes) et roues.

 

Tout sort, fuse, pulse dans les épissures de montages entre nervosité et linéarité, rondeurs et crayonnés là où l'artiste se "livre".

 

Meier 4.jpgDans un travail à façon, la prise en main de l'artiste forme et déforme l'héritage des mots et des images pour une traversée.

 

Il faut à un artiste beaucoup de temps pour en arriver à ce "naturalisme" premier et expérimental.  Mais de tels transferts et passages mettent le pied à l'étrier à la lettre, à la ligne et au cercle.

 

Meier 2.jpgC'est un monde intérieur qui s'agite et s'assimile loin de toute recherche à une adaptation d'usage.

 

Meier 3.jpgCe travail est exemplaire dans son originalité  :  le potentiel vague à l'âme y est aspiré entre sérieux et fantaisie.

 

Le plaisir est constant dans les plaques du leporello. Avec celui-ci et ses frères Meier multiplie les pouvoirs de l'illusion à la fois pour la démontrer et la réimager de manière inédite.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Richard Meier, "Illusion Sillon. Inépaisseur des illusions 4", Editions Voix, Richard Meier, 2020.