gruyeresuisse

24/07/2020

Jocelyn Lee et les baigneuses

Jocelyn Lee.jpgAvec "Night Swimming at Quansoo", Jocelyn Lee  explore comment les corps sont enchevêtrés dans un monde éphémère en constante évolution. Les compositions photographiques évoquent un renouveau avec la nature et le monde extérieur. Mais celle qui travaille dans le Maine suggère un nouveau sentiment d’isolement et de malaise dans la société.

Plutôt que de s'en ouvrir directement elle passe par des instances idylliques. L'apaisement semble règner. Mais il ne faut pas s'y tromper. Les femmes errent. Aucun de leurs pieds sait. Et les corps nus peuvent se couvrir au froid non du cosmos mais de la terre sacrifiée. C'est un retour au début, à l'histoire d'eau dans l’acharnement des muscles au défi de la surfaces où le ciel soliloque.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jocelyn Lee, "Night Swimming at Quansoo", Huxley-Parlour, londres, été 2020.

20:31 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Francesco Mercadante : Venise n'est presque plus ici

Merca 1.jpgEn abîme sinon de lieux ou du moins d'avérées présences le paysage vénitien s'éloigne de tout poncif en une féerie d'un monde proche et lointain dont les sillages - sous lumière nocturne ou solaire en dérive - libèrent de la présence par la vibration de couleurs. Elles saisissent au plus profond des sens.

MercaBON.jpgPar son impressionnisme Francesco Mercadante ignore en effet les lignes pour ne retenir que les tonalités de teintes.  Et soudain nous somme pris dans un festival de bleu, de rose qui évoque moins le carnaval que la présence de Casanova.

Merca2.jpgLa photographie emporte vers le rêve en des déclinaisons. Elles font du paysage moins un éclaireur qu'un funambule. Tout semble à la fois en liberté et équilibre instable là où l'évènement de l'imaginaire remplace un certaine niaiserie du réel - si beau soit-il.

Jean-Paul Gavard-Perret

Francesco Mercadante, "Lumières sur Venise", http://www.francescomercadante.com

23/07/2020

Fixe !

Tristan.jpgJe salue du chef ma caboche  pleine de peurs et bannie d'entre toutes les flammes. Je ne suis que sa valetaille. J'huluberlue ma chair pleine de graisse ou de cire froide. Nul acier là-dedans. Et je mange encore davantage pour m'achever sans pour autant caresser une joie débordante. Serait-ce - et sans erreur possible - la vraie liberté ? Ou la juste tromperie qui ne m'effraie pas, même si la foi - bonne comprise - n'est plus de la partie ? La justice qu'on m'aura accordée repose sur une erreur notoire. Nul doute que sans cela je n'aurais pu être supportable - même si  je le suis déjà si peu. J'ai toujours été incapable de supporter ce que j'éprouve, d’approuver mes dires, de diriger mes actions, d’identifier mes opinions. J’ai vécu pour me venger d’être. Même mon langage se recomposa dans le vide en des mots que j’ai entendus quelque part. Vivant immobile dans la peur j'ai tenté de donner le change jusqu'à la défaite finale des os et de ce qu'il y a dessus.

Mes idées auront sans doute été étrangères à ce que je pense : elles sont moins dans ma tête que dehors. Entre gel et canicule elles m'auront enculé : ce sont à la fois des membres et des orifices qui semblent m'obéir. Mais l'ensemble sonne creux dans mon piano à couacs, au milieu de son armoire de bois avant de le clouer. Cessez de croire que je suis un homme ou le tiers de l'ombre qui m'accompagne. Je suis une illusion d'optique dans l’espace qui se déplace quand je marche. Je ne suis dans aucun de mes mots, j'aide juste à leur mécanique. A force j'ai dû apprendre mes textes par coeur (du moins ce qui en reste.)

Voilà l'animal fardé en homme muni d’un corps aux oreilles où poussent des poils. Poursuivez l’inspection : vous verrez qu'il y en a tant ailleurs. Animal je vous dis. Ours par exemple. Ayant eu la possibilité d'avoir vieilli. Et cela tient de la commisération dont il faudrait bien remercier Dieu ou quelque chose du genre. C'est comme si j'avais bénéficié d'une zone de non-lieu, ou du mariage de la carpe et du chien. Ce qui me laisse néanmoins descendant de ma mère et de la rivière où je l'ai noyée. Elle y porte sans doute des écailles en nageant par erreur pour remonter le cours et retrouver les soixante-quatorze générations de descendants mâles obtenus bien sûr par les femmes.

D'aucuns disent que c'est mon père que j'aurais dû tuer pour abréger ses peines. Mais il n'en disait rien. Priait à la fin et n'a jamais jeté d'anathèmes. Se consoler en disant que le monde pour lequel on se passionne et tu n'auras pas existé.L'idéal aurait été de tourner le dos non à la vie des autres mais à la mienne. Néanmoins nous finirons par la mort que chacun à notre manière nous avons inventé. La vie n'aura eté qu'un fruit dont seule la coque importa. Et je sors de ce repas les pieds devant et dans l’estomac en espérant que le monde n'aura pas trop souffert de m'avoir supporté. Même si parler ainsi ne manque pas d'un orgueil déplacé.

Bientot ma langue collera à mon palais et mes dix doigts seront noués avant d'être grillés. Mes pas ne me suivront plus. Mais de toute façon m'ont-ils jamais obéï ? Mon cul est bien calé et silencieux. Pas de tintabaron, d'étrons ou vaseuses foirades. De ma tête le silence va résonner. Elle n'aura que peu joué son rôle de garde-fou mais elle fit ce qu'elle put de ses deux lobes joufflus comme des fesses. Ma chansonnette vivante bientôt finira de jouer. Elle soufflera désormais à mes côtés. Comme je lui ai appris. Non seulement mes mots ne seront pas de la pensée mais cette vérolée sera désormais privée de vocables. Quand à mon tuyau jadis bandeur il est bien flasque et reposé. Tout est aprésence à présent ou sous peu. Me voici enfin  Grand Imbécile qui ne pense plus à rien. Je vais enfin me reconnaître.

Jean-Paul Gavard-Perret

Hommage à un dessin inédit de Tristan Félix