gruyeresuisse

25/11/2019

Jacques Saugy et Gérard Genoud : l'atelier des bricoleurs

Im.jpgJacques Saugy, Gérard Genoud, "Dis-voir", Till Schaap Edition, 116 p., 2019.

Les deux créateurs affectionnent les livres et les entreprises dialectiques. Mais plutot que d'asséner une théorie de l'image il propose l'histoire de la recontre de deux arts - la photographie de Jacques Saugy et la peinture de Gérard Genoud. Le volume retrace ce jeu ou plutôt cet échange avec temps forts mais aussi de repli. Les mots "croisés" des deux créateurs servent à partager un travail de rassemblement des forces disponibles afin que se déploie un champ inédit. Les peintures et les photographies d'abord isolées laissent la place aux hybrides qui avancent dans le rêve "d'une formule inédite". Les formules de "refonte des photographies" prennent divers type de superpositions eu égard aux enjeux de ce qui s'y passe et ce qui arrive.

 

Im 2.jpgLe projet était ciblé dès le départ même si son fléchage risquait d'être perdu dans l'abondance du matériel. Et peu à peu l'histoire naît (entre autres) par transferts de fichiers de l'ordinateur d'un créateur vers celui de l'autre et vice versa. Tout se construit dans le respect mutuel des travaux des deux officiants. Leur marche n'est jamais forcée : elle tient compte des accidents de parcours et cela permet des repentirs dont chacun des deux profitent. Le tout, et parce que la vie continue, à travers les expériences de l'existence. Elles nourrissent ce travail et leur montage/montrage là où le thème de l'enfance crée une thématique récurrente et sur plusieurs plans.

 

Genoud Bon.png

Les deux auteurs offrent un livre de gestation double d'un hymen plastique et textuel. Et ce non seulement parce qu'il est créé à quatre mains mais parce que l'oeuvre se double de sa genèse, de son mouvement et de son exégèse. Les textes sont importants car ils montrent les tenants et aboutissements du projet. Mais leurs commentaires restent parfois un "comment taire" eu égard à la limite de tout discours. Et la force des images font ce que les premiers ne peuvent dire. Elles repoussent l'horizon textuel pour laisser place à une poésie visuelle de l'altérité et du partage. Elle ouvre un espace à l'imaginaire du lecteur/regardeur témoin privilégié d'une telle aventure.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

Juan Uslé et la musique des silences

JUslé.jpguan Uslé est un des peintres les plus discrets. Il regarde, lit, observe beaucoup afin de créer une œuvre aussi abstraite qu’expressionniste. Pour lui la peinture est une aventure intérieure liée à l'évolution du monde. Mais sa lecture est une métaphore abstraite là où tout passe par les filtres et les fibres qui vont du noir le plus profond aux couleurs les plus vives.

 

 

 

 

Uslé 2.jpgIl sait par ailleurs que les lois d’harmonie de la peinture répondent à celle de la musique. Il tend chaque toile jusqu’à en faire un support musical, un «pad» pour que les sonorités rebondissent et que la vibration symbole de vie soit favorisée. Et il aime à citer la phrase de Gauguin : « Pensez à la part musicale que prendra désormais la couleur dans la peinture moderne. La couleur qui est sa vibration est à même d’atteindre ce qu’il y a de plus général dans la nature : sa force intérieure. »

Uslé 3.jpgL’accent est donc mis par Uslé sur la partition émotionnelle de la couleur identique à la fonction sensible de la musique. Elle se retrouve dans la suite de tableaux que le peintre décline depuis plusieurs années. Il les peint la nuit en alignant des suites des touches sombres au rythme des battements du cœur. Cherchant un monde unifié, il utilise le mouvement, la fluidité pour s’en approcher au sein de couches géologiques qui se déplacent, se touchent, se mélangent dans le mouvement qui déplace les lignes et crée des horizons.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Juan Uslé, "Lines & Horizons", Lelong & Co, Paris, du 21 novembre au 18 janvier 2020.

24/11/2019

Arabesques et cambrures : Juliette Pailler

Cailler 2.pngBretonne d'origine,  Juliette Pailler vit dans les Alpes depuis longtemps et vient d'ouvrir une galerie à Chambéry. Elle y propose ses bijoux : pièces multiples ou pièces uniques. Ces dernières sont des broches formées au marteau avec la technique de la dinanderie et illuminées par l’application de feuille d’or, d’argent ou de laque.

Pailler.pngTous ses bijoux, de forme organique ou architecturale, accordent à l’éros un destin particulier et subtil. L'artiste orfèvre en pertube l'économie par le minimalisme de son travail des surfaces et des tiges. Chaque pièce sort de l’instrumentalisation décorative. L'artiste la modifie en simplifiant les «informations » visuelles.

Pailler 3.pngL’apparence, ses feintes et vraisemblances sont remplacées par ce qui tient du spectral ou du symbolique. L'artiste revient aux formes primales. Portées, ces oeuvres s'animent tout en atténuant ce qui inutile. Le bijou n'est plus seulement une arme de séduction ou un fétiche. Il peut se porter sur une peau nue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Juliette Pailler Galerie, Rue Basse du Chateau, Chambéry.