gruyeresuisse

15/06/2018

Derrière l’image : Ole Marius Joergensen

Joergensen.jpgOle Marius Joergensen, « No Superhero”, « Confrontations Photo » de Gex, du 3 septembre au 2 octobre 2018.

Le photographe norvégien Ole Marius Joergensen, passionné de cinéma, a déjà mis en scène les héroïnes hitchcockiennes (avec « Icy Blondes »). Il s’en prend désormais à Superman. Celui-ci se transforme en héros pitoyable mais de la manière la plus drôle et iconoclaste qui soit.

Joergensen 3.jpgPlus question d’exploits. Voici le sauveur tel un ange déchu perdu dans la neige de Norvège, les températures polaires. Il est voué à) une certaine solitude avant que de nouvelles blondes (voyeuses) viennent apaiser le bougre passablement ridicule. L’artiste le jouxte avec un rien qui devient le degré juste au-dessous du peu mais où demeurent quelques indices dérisoires.

 

Joergensen 2.jpgFruits glacés d’une parfaite structure de telles photographies sont des régals optiques. S’y découvrent les enjeux du voyeurisme, du fantasme, du désir. Tout ce qui est geste semble saisit d’amorphisme. Le mythe vermoulu est planté comme un arbre au gré des bourrasques au sein de la neige. Elle est plus éternelle que le héros. Il faut une louve blonde pour lui offrir une parade plus glacée que brûlante lorsque ses petites mains la caressent.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14/06/2018

Olivier Mosset : on the road again

Wheels.jpgOlivier Mosset, « Wheels », Edité par Gianni Jetzer, Editions Patrick Frey, Zurich, 2018, 224 p., 60 E.

Ce livre revient sur le parcours d’Olivier Mosset à travers sa passion pour les motos et divers engins du même type. Gianni Jetzer montre leur influence sur l’œuvre à travers textes et entretiens. Est présente aussi la liste des véhicules possédés par l'artiste.

wheels 2.jpgLa figure incontournable de l’art suisse contemporain trouve là son portrait en motocycliste sans que ne disparaisse son identité de chef de file du mouvement BMPT dans les années 60 (Mosset y était accompagné de Buren, Toroni et Parmentier) puis celle de ses différentes époques. Mais ce n’est pas un hasard si celui qui est né à Berne en 1944 s’est installé depuis 1977 à Tucson, Arizona. La ville reste un des paradis des Bikers.

Wheels 3.jpgAu-delà des monochromes, l’artiste retrouve – par le biais de ce livre - une de ses assises majeures sur le siège des Harley-Davidson et autres monstres mobiles. Grâce à eux son travail se veut des plus concrets et cela lui permet de se concentrer sur sa propre pratique et les problèmes techniques qu'elle lui pose. Il ne faut pas à ce titre parler, même si beaucoup de critiques s’y engagent, d’art politique. Mosset reconnaît facilement que tout est politique. Mais l’art la dépasse à travers les divers modèles motorisés qui pimentent ce beau livre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les mitrailles indociles de Christine Streuli

Streuli 2.jpgChristine Streuli, «smokescreen», Galerie Mark Müller, Zurich du 8 juin au 21 juillet 2018/

Avec « smokescreen » Christine Streuli poursuit son œuvre emplie de couleurs et de fausses ornementations sur de grandes toiles où les mirages de la représentation sont remplacés par d’autres arrimages dans un espace luminescent et un jeu de dégradations, de coulures. Des dermes évanescents de couleurs imposent leur règne.

 

 

Streuli.jpg

 

L’œuvre ravitaille en geysers colorés de danses des malachites. Des étoles permettent de soupçonner des effervescences et des jeux d’interférences. Le réel remue là où les couleurs créent une chorégraphie sauvage dont les formes n’ont rien d’emmuré. L’ensemble mitraille la surface de manière indocile. La peinture reste libre, elle déboute l’âpre comptine du réel en se décalant de tout effet du mime.

Jean-Paul Gavard-Perret