gruyeresuisse

10/09/2021

Les céramiques matrices et poétiques de Monique Duplain

Duplain.pngMonique Duplain, "Céramique, Galerie Marianne Brand, Carouge-Genève,  du 16 septembre au 15 octobre 2021
 
Membre de L'ACS (Association des Céramistes Suisses) Monique Duplain a déjà participé à  de nombreuses biennales et a obtenu de nombreux prix.  Son voyage d'étude en Corée et au Japon lui a permis un long mûrissement des formes observées dans la nature, en jouant sur les contrastes : mat et brillant, clair et foncé, lisse et rugueux et en cherchant à créer des formes-symboles propres à nourrir notre imaginaire.
 
Duplain 3.jpgComme elle l'écrit, l'artiste veut "traduire le mystère, le chaud et le froid, la vigueur et la fragilité, la statique et le mouvement, le craquelé, le rugueux et le lisse." A l’aide de pigments et d’éléments composites qui imprègnent la terre l’artiste ne cesse de se surprendre elle-même. Elle propose diverses expériences dont le résultat n’est visible qu’à la fin de la cuisson et de ses aléas toujours possibles.
 
Duplain 2.jpgDe telles créations dégagent une puissance sensuelle sourde. Au cœur de l’hybridation des matières, les formes rondes mais ailées plongent au sein d’une communauté étrange. Surgit néanmoins une tranquillité apaisante.  En ce sens issue de la terre et de ses minerais l’œuvre demeure toujours céleste  en pesant de son poids de chair sur les arpents de vie. Nous pouvons toucher le mystère de notre propre pensée par la présence de pièces qui inquiètent la pensée mais qui l’enveloppent et la déploient.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

09/09/2021

Barbara Polla, merveilleuse émerveillée - autoportrait de la "mateuse"

Polla.jpgBarbara Polla & Julien Serve, "L'art est une fête", Slatkine, Genève, 2021, 240 p..
 
Barbara Polla n'aimerait sans doute pas qu'on nomme pompeusement "mémoires" ses propos à bâtons rompus sur l'art, le métier de galeriste et de curatrice au sein de ses "polyamours" de vie et d'art. Pas n'importe lequel : celui qui rentre dans sa galerie et en elle. Vidéo, photographie, sculptures, peintures sont pour elle une manière de pénétrer en symbiose et en profondeur avec des recherches esthétiques  qui proposent une jouissance.
 
Polla 2.jpgSurgit donc le portait d'une "mateuse" d'exception dont le "je" est allègre, drôle, pertinent. Dans sa vocation au plaisir de voir et de vivre, Barbara Polla laisse les griefs aux pisse-froid. Elle préfère s'intéresser à ce qui la fait vibrer dans ces laboratoires de vie et d'inspiration que sont Paris, Genève et sa galerie Analix Forever . Celle qui est aussi médecin, écrivain, poète y défend un art qui permet de nous emmener plus loin pour interpréter le monde.
 
Polla 3.jpgUne incandescence anime de tels propos. Nous suivons l'auteure dans sa quête de la beauté plastique quel qu'en soit le support. Elle y parle de ses rencontres et amitiés : Paul Ardenne, Magda Danysz, Dominique Fiat et tant d'autres dont Julien Serve. Il devient son partenaire plastique en ce livre passionnant et léger mais qui sait cultiver la nostalgie et la gravité pour évoquer des disparus. Se découvrent aussi une pléiade d'artistes tels que Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, Robert Montgomery, mounir fatmi, Frank Smith
et bien d'autres. Partout l'engagement politique et social  comme l'érotisme ou le féminisme sont présents chez celles et ceux qui osent offrir des corps que le sexe transcende. L'auteure apparaît dans une prise de parole viscérale et ailée. Tout est histoires d'amitiés et de passions dévorantes  là où l'art défendu par Barbara Polla traverse des limites. L'écriture devient le double indispensable à des imageries plus que nécessaires.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

John Armleder à Shanghai

Arm.jpgJohn Armleder, "Again, Just Again", Rockbund Art Museum, Shanghai, du 16 octobre 2021 au 9 janvier 2022.
 
John Armleder pour sa première grande exposition à Shanghai présente "Again, Just Again". Il ne s'agit pas d'une rétrospective classique. Il  s'agit de familiariser le public chinois avec le mode de travail et les différentes approches de l’artiste en proposant une vue d’ensemble de son œuvre.
 
Arm 3.jpgPerformances, créations collaboratives, installations conceptuelles et matériel d’archive autour de son groupe Fluxus ECART mettent en lumière les interventions d’Armleder dans ces différentes disciplines. L’artiste sait aussi que si en théorie "une œuvre d'art n'est pas forcément pensée pour un usage muséal", de fait elle est toujours considérée comme telle même en son usage et prestations. Néanmoins l’artiste - le sachant - a prit soin  de créer des décalages. Fidèle un temps avec ses "dot paintings" à une sorte de pointillisme, son « fluxisme » originel rejoint une forme de constructivisme. Il le poursuit en cultivant divers types d’écarts dans et par la peinture.
 
Arm 2.jpgLe dessin comme les autres techniques permet au genevois d’inventer une " corporéité " disparate (du moins en apparence) par laquelle la matière travaille la réversion figurale et la logique habituelle du repli imaginaire. Armleder  transforme quasiment la surface en une véritable morphogenèse.  Elle  reste, certes, une  frontière  mais elle ouvre à une nouvelle condensation de l'image sans renvoyer à une quelconque gloire céleste de celle ci.  Aux effets de représentations événementielles et de nimbes, font place des effets d'ombres et de lumières que le public chinois va désormais pouvoir découvrir et apprécier.
 
Jean-Paul Gavard-Perret