gruyeresuisse

01/10/2019

Véronique Sablery : diaphanéités

Sablery.jpgTout chez Véronique tend vers le diaphane et ses échos. Existent là des plans sans épaisseur mais en rien une platitude de l’image. Le réel donne encore le change : néanmoins il s'éloigne insensiblement avec légèreté en des mouvements d'éléments "en repons". Vient jusqu’à nous une apparence de tranquillité comme arrive le soir à la pointe extrême du soupir des feuilles.

 

 

 

Sablery 2.jpgChaque image crée une pression à peine sensible. Rien ne se fait ou se défait. Tout est là, tout est loin. Que valent, dès lors, de tels échos puisqu'il paraît que les sentiments forts nient les écarts ? Toutefois, ici, la proximité est infranchissable et tout autant inépuisable. S'étreint une paix dans les territoires du non dit et l’éboulement des pensées.

Sablery 3.jpgVéronique Sablery saisit le sens dissimulé sous le détail infime des empreintes. Elle veille sur une énigme dans un souci de la perfection. L'artiste parfois ravale la couleur, revient au noir et blanc. La tendresse reste intacte et vivante. Des monstres nocturnes qui peuvent assaillir, de telles images nous en délivrent. Le temps glisse et frémit. La plasticienne révèle des traces de la vie évoquée de la manière la plus discrète possible. Tout devient métaphore aussi sensuelle que métaphysique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Véronique Sablery, "Comme de longs échos", galerie Chantal Bramberger, Strasbourg, du 19 octobre au 23 novembre 2019.

Alexandre Loye le texte et l'image

loye.jpgAlexandre Loye, "Les tours" (carnets - février-juin 2017) , art&fiction, Lausanne, 60 p., 2019. A paraître en novembre.

Tours d'ivoire mais sans défense d'y voir, les jours sont là. Pour peu qu'on s'y attarde tournent leurs paysages. Il suffit pour cela chaque matin de monter l'escalier en colimaçon et rejoindre un lieu où tant d'artistes se cachent. Il se rejoint vers le soir à l'heure où il conviendrait d'en redescendre. C'est le "tour" que joue Alexandre Loye pour son septième volume d'"Une table à soi" où l'auteur continue ses réflexions concomitantes à son travail de peintre. Le valaisan désormais lausannois se consacre à ce projet tout en travaillant comme éditeur (ce qu'il avait entamé avec la Table des Négociations de 2004 à 2011), mais aussi - et en dehors de ces "carnets" - et auteur (L’Araignée jaune, Makar pris de doute, Un jour à la PC) .

loye 2.jpgSouvent à travers ses mots il oblige l’image à revenir à un état premier qui oblige à sa relecture. Elle donne une forme à une avant-forme à tous ces textes dont le lecteur doit «dévisager» les contenus. Dans ce qui peut sembler gouffre d’ombre, l’éclosion de miracles, l’ascension de merveilles ont lieu et affichent l’absolu de leur évidence à travers des fenêtres. Elles ouvrent le lieu clos  autant sur l'intérieur que sur l'extérieur. Car l'artiste ne voit pas seulement ce qu’il a devant les yeux mais en deçà et dans son dos d'autant que  "je ne peux me contenter d’une fenêtre sur un paysage immobile. Je veux peindre l’horizon qui ondule au rythme de ma marche, la verticalité de l’arbre qui s’écarte pour me laisser passer" écrit l’artiste. Sa tour n'est donc plus une fermeture. Et contrairement à la Sœur Anne du conte de garde il voit et donne à voir l'au-delà du possible.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/09/2019

Jean-Marie Borgeaud : refondations

Borgeaud bon.jpgJean-Marie Borgeaud, "Terra Incognita", Espace Nicolas Schilling et galerie, Neuchâtel, du 4 octobre au 24 novembre 2019.

Angela Schilling présente des sculptures impressionnantes de J-M Borgeaud. Et si l’essence de l'art est d’être obsessionnelle, les oeuvres du plasticien illustrent la fixation première à la représentation humaine afin de reconstruire ce qui la dépasse. Dévoré, dévorant, troué, torturé le corps offre une ascension lyrique. La statuaire s'approche de quelque chose d'essentiel en déliant les purs effets de réel de la pensée, de la spiritualité, de la sensualité.

Borgeaud 4.pngSurgit une schizophrénie particulière. Elle fait confondre et séparer à la fois le souffle angélique de la chair et la voix charnelle de l'âme. Existe là en filigrane une "voix", un souffle que seuls les pires sourds et raisonnables ne peuvent entendre.

Loin de la laine d'un vêtement, de la coquille d'un crâne, un timbre se fait entendre. Le corps n'est plus seulement un pion capable d'aller à dame mais la pièce d'échiquier susceptible de la diagonale du fou la plus performante. Il est parfois "doublé" par celui d'animaux puissants qui semblent venir au secours d'un corps humain souvent secoué, altéré, découpé en morceaux. Tout est replacé dans l'intensité d'une origine qui ne soit pas le Chaos.

Jean-Paul Gavard-Perret

08:30 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)