gruyeresuisse

12/04/2019

Vivre avec - ou les artistes de la galerie Dubner Moderne

Bubner bon.jpg"Vivre avec art", Artistes de la galerie", Dubner Moderne, Lausanne, printemps 2019.

Le "vivre avec" implique ici  forcément comme corollaire le mot "art". D'autant que la galerie ne cesse de proposer des oeuvres rares, toujours élégantes voir précieuses (on pense par exemple à Li Jin et ses aquariums). Dubner Moderne cherche toujours des créateurs qui cultivent une culture de la beauté sans se proccuper de la simple idée ou uniquement du parti-pris des choses.

Dubner 2.jpgL'art possède en effet un autre voyage. Matt Mignanelli, Manuel Müller, Guilio Lucarini, Xue Jiye, etc. : l'eventail est large. Mais jamais rien de dérisoire ou de pompeux dans les choix de tels artistes. L'exigence est le maître mot de la galerie : si bien que "sacrifier" quelques économies à un coup de coeur peut représenter un placement même si ce qui compte avant tout demeure la plus-value d'émotion et de réflexion que permet un tel achat.

Dubner 3.jpgEntre les impasses de l'abstraction et de la mimesis, les oeuvres retenues offrent toujours un point de vue qui interroge et propose une résurrection de l'image. Il existe à tout amateur la possibilité de constituer ici une véritable collection vivante, verticale et qui se refuse à toute passivité commémorative. L'éloge du goût et un appel à une modification du regard sont engagés. Et sans, bien sûr, oublier le plaisir qui ici et contrairement à ce que disait Baudelaire ne "tue" pas mais ravit.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/04/2019

Barbara Polla et les femmes en mouvement

Polla shaun_gladwell.jpgLa galeriste française Magda Danysz et la Suissesse Barbara Polla (Analix Forever, Genève) sont complices depuis longtemps. La seconde est  curatrice de la nouvelle exposition de la galerie Danysz où est présentée une série de vidéos en hommage - et quel hommage ! - aux femmes. Avec « Fucking Beautiful » (2017) la galerie réunissait six artistes femmes vidéastes. "Moving Women" élargit le propos : 4 femmes (Dana Hoey, Clare Langan, Yapci Ramos et Lee Yanor), et 4 hommes (Laurent Fiévet, Shaun Gladwell, Erwin Olaf, Mario Rizzi) créent des visions de femmes en mouvements : parfois sûres d'elles parfois soumises au doute eu égard à leur position en divers eaux troubles ou tours  d'écrou.

Polla Dana_hoey_danysz.jpgL'ensemble crée beaucoup d'émotions de nombreux registres. Dans la vidéo de Shaun Gladwell, de l'océan dépasse un visage de femme casquée en aviatrice. Il s'agit de celui d'une célèbre pilote ("double psychique" du vidéaste) partie à la recherche de son mentor disparu en mer. Le même esprit préside à la vidéo de Clare Langan où une mère et sa fille s’embrassent, nagent, fusionnent à la surface de l’eau. Parfois néanmoins le portrait de la femme est plus violent ou douloureux mais toujours nourri de réel : aux boxeuses, fières, invincibles de Dana Hoey font place des femmes hantées ou engluées en des situations plus difficiles (camp de réfugiés, en Jordanie chez Mario Rizzi).

Polla lee_yanor_.jpgChaque film est d'une beauté perturbante et ouvre bien des portes. La convergence de diverses luttes passe par la poésie visuelle où s'inscrivent divers parcours et un appel à l'amour loin des tartes à la crème des leçons de conduite. Le féminisme devient un humanisme au sens profond du terme ; il est à la fois existentiel et politique, le tout avec élégance et loin des enfumoirs brumeux. L'engagement n'a rien de claironnant : il passe par le corps des femmes et les droits qui leur reviennent  au sein de diverses situations. Celles-ci produisent des chroniques vertigineuses mais tout autant accessibles là où les "embarquements" intensifient l'espace et élargissent l'aura des femmes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Collectif, "Moving Women", Galerie Danysz, Paris, du 13 avril au 16 mai 2019.

Quand la lune est l'autre

Lune.pngEntre science et création artistique et au moment où se fête les 50 ans des premiers pas de l'homme sur la lune, l'exposition tente de tout embrasser sans rien de lunatique mais peut être de manière trop ambitieuse ou paresseuse parfois (les couvertures des albums de Tintin). Le tout sans que le sens à accorder à la lune soit précisée bien que l'astre nocturne soit un poncif ou un pilier des structures de l'imaginaire.

 

Lune 2.jpgHors parcours chronologique et en 5 parties se mêlent instruments scientifiques, cartographies et documents d'archives d'avant hier et d'aujourd'hui et oeuvres d'artistes contemporains (Philippe Fleury, Man Ray, Hergé, Turrell, Ange Leccia) sans oublier des œuvres plus anciennes  - du  romantisme notamment dont ce fut un éclairage et un miroir de la vie revêtue de songes.

 

Lune 3.pngIl existe là de beaux moments là où la création contemporaine est présente de manière heurtée mais réussie. Certaines oeuvres semblent mal ou peu justifiées, mais d'autres sont étonnantes. Côté peinture reste un effet d'accumulation parfois étrange entre Dali, Boudin, Manet, Philippe de Champaigne et bien d'autres encore. Le clair de lune se cache parfois derrière certaines croutes. Mais au delà de surfaces arides jaillissent de petits trésors entre science et poésie mais au sein de cohérences trop défaites pour faire réellement rêver  comme "dark side of the moon" de Pink Floyd le permet.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

"'La lune : du voyage réel au voyage imaginaire", Le Grand Palais,Paris, jusqu'au 22 juillet 2019.

10:53 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (1)