gruyeresuisse

06/12/2017

Miles Aldridge : états des lieux

Aldridge2.jpgMiles Aldridge sous une esthétique cinématographique crée des photos en poil à gratter (même si les épilations sont impeccables. Les muses sont dangereuses en jouant au besoin les ravissantes idiotes. Dans un terrible esprit de fête il existe parfois des scènes de grand guignol. Les femmes salissent moquettes et parquets non sans un sens de la mise en scène. Cela sent la foudre même lorsque les égéries vont se calmer dans une salle de cinéma ou un bar interlope. Ailleurs les intérieurs sont impeccables. Les chambres arrivent avec des draps sans suite. Ils sont noirs de circonstances non atténuantes.

Alridge.jpgIl existe toujours en filigrane des scènes de ménage. Cela manque d’Evangile même lorsque les femmes jouent les saintes. « Vivez à l’intérieur de ce qui vous est imparti ! » semble dire une grosse voix invisible. Mais personne ne l’écoute. La satire est mélancolique au sein d’un équilibre entre une certaine hystérie en gestation (ou passée) et la farce. L’érotisme est bien là mais il est chaste tant les silhouettes sont froides au sein de compositions aussi léchées que baroques

aldridge3.jpgLa libération du corps reste parcimonieuse : Aldridge le prouve. Et s'en amuse aussi. Mais non sans références. Quant à la déférence, ce sera pour plus tard. Les fleurs carnivores font certes lever du fantasme mais la photographie ne manque pas de morsures. Car ce qui pourrait être pure exhibition ne l'est pas. Les images ne sont pas faites pour les plaisirs vicaires. Il s'agit d'une forme d'auscultations. Face à l’homme (qui n'est plus forcément bandé comme une arbalète) les femmes ont mieux à faire qu'offrir la fleur de leur secret. Voilà pourquoi il faut aimer les tigresses en une intimité est aussi ouverte que fermée. Il faut reconnaître à l’artiste la puissance de montrer sans l’exhiber la partie considérée la plus exacerbée de l’émotivité : la colère. Rentrée ou ouverte. Après la guerre ou juste avant son arrivée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les farces et attrapes de Jacqueline Devreux

Devreux 2.jpgPlutôt que de cultiver les constellations apaisantes Jacqueline Devreux s’amuse à ouvrir des béances érotiques sémillantes mais où s’empilent des noirceurs. Dans de dernières lueurs avant l’extinction des feux les femmes cultivent brasiers, jeux, incandescences. Ici point de repos du corps. Il ne dort pas en se couvrant d’un drap : son fleuve serpente en des lueurs propres à créer des troubles chez les insomniaques rêveurs.

Devreux.jpgLes muses en leur corps amoureux s’amusent entre elles et Jacqueline Devreux en capte les résonances. Il existe des enchantements et des farces. Des rondes étranges où se devine un sein ou une jambe. Les silhouettes illuminent les ombres, leurs cheveux emportent des soulèvements qui se renversent sans attendre le matin. Chaque œuvre reste une fête, les corps s’élèvent jusqu’à devenir énigme au gré des courbes et de leurs bordures. Les femmes appellent des clairs de lune pour se moquer des voyeurs qu’elles envahissent de leurs (im)postures en habiles traîtresses. Mais ils n’en ont cure. Même si pour se rincer l’œil un tel bain demeure problématique.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Jacqueline Devreux, « Epicerie Fine », dessins et peintures récentes, Galerie Pierre Hallet, Bruxelles, du 16 décembre 2016 au 4 février 2018.

05/12/2017

Après la guerre : la marche forcée de Marianne Maric

MARIC bon.jpgD’origine serbe, la Française Marianne Marić s'est rendue à Sarajevo pour se confronter à son histoire, celle de sa famille et d’une de ses sœurs décédée. Cette mort engendra dans la famille un lourd silence. Pour le casser l’artiste est allée à la rencontre de femmes jeunes photographiées d’abord sans visage. Peu à peu elle arrive à le montrer comme si à travers lui, la créatrice osait rappeler la disparue.

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Par ailleurs  elle mixte le portrait à tout un processus mémoriel de représentation (images et vestiges de la guerre fratricide). Implicitement tout jusque dans la nature est marqué par les blessures du conflit où la femme fut souvent réduite à un objet. D’où ce puzzle de photographies en apparence disparate mais où il s’agit de réconcilier la femme avec son image, un pays avec ses horreurs : les stigmates sont à chaque pas d’une telle marche forcée, d’un tel voyage « initiatique » où la femme devient « symptôme » du futur - preuve qu’elle reste l’avenir de l’homme..

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Chacune ressemble à une citadelle de vie face aux creux laissés par les obus et dans les lignes de défense en désuétude. Nul ne peut dire s’il s’agit désormais d’endroits bénis ou d’enfer. Les héroïne semblent néanmoins sereines et sexy là où les cerbères rodaient : même aujourd’hui il ne faut pas s’y fier. Leurs crocs demeurent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret