gruyeresuisse

10/07/2019

Fur Aphrodite : contre toute attente - voire plus.

Aphrodite.jpgEn Arles Fur Aphrodite expose quelques unes de ses photomatons "Toutes les femmes de ta vie", les "Puzzle-Marquise De Sage" où les pièces représentant le sexe de l'artiste sont manquantes et ont été réduites en papier mâché pour faire un suppositoire livré dans le coffret (avec sa notice...), la photographie "l'Oeil" de sa Série Marquise et quelques un de ses tickets à gratter "Le Minou De l'Artiste".

Aphrodite 2.jpgTout bien sûr sent le soufre (enfin c'est une façon de parler). L'artiste ose un radicalisme à divers miroitements, jeux spectraux mais aussi des de faces à faces où le marbre de l'identité n'est pas brisé : il est déplacé là où "ça" respire et où la morale hypocrite est concassée. L'artiste devient son propre avatar afin de brouiller les partitions admises entre épissures, diffractions et rapts.

Aphrodite 3.jpgCe travail reste un des rares à être irrécupérables (un peu comme - mais avec d'autres montrages - que celui de Deborah De Robertis). Existent des trous entre les notes des harmonies classiques. Il s'agit de toucher la pulpe afin de faire surgir de la chair "brute" en divers types de vibrations. Elles modifient l'érotisme ou la pornographie. L'artiste se l'approprie : il n'est plus celui ou celle des autres mais le sien. Elle en joue dans un art poétique où le "ça" n'est en rien une simple vue de l'esprit mais un réalisme neuf et pulsé - et pour certain(e) dissonant. L'artiste devient l'oiseau qui sautille sur des notes d'un dedans que les images creusent. Elles  montent de la basse à l'aigu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Fur Aphrodite, Exposition, Galerie L'Impromptu, Arles, du 13 au 20 juillet 2019.

 

09/07/2019

Dominique Wildermann : l'un(e) dans l'autre

Wilderman.jpgLa photographe Dominique Wildermann par ses mises en scène de ses planches Polaroid de type "portrait-passeport" conserve sans le vouloir une place dans la constellation surréaliste. Une place excentrique. Dans ses photographies elle reste la réalisatrice de pratiques artistiques et corporelles qui tiennent à la fois d’une forme de désublimation (mais qui ne rejette pas le concept de beauté) et d’actionnisme.

SWilderman 2.jpges clichés et leurs cérémonies possèdent une fragilité exceptionnelle et semblent le fait d’une improvisation qui continue de vibrer. La charge d’intensité érotique rappelle que toute rencontre reste un moment éphémère. Elle ramène au sentiment de la fugacité du temps et comporte un avant de mort. Plus ou moins proche ou lointain suivant les modèles.

 

 

Wilderman 3.jpgLa créatrice invite à une fouille symbolique, savante et ératique. De tréfonds obscurs surgit le statut ambigu du genre dans une société avide de cloisonnements, de morales et de pérennité. Contrainte à une nudité, le corps propage une inflorescence qui la prolonge et l’isole. Le doute se mue en certitude. L'inverse est vrai aussi. C'est comme une stance surréaliste qui habillerait de pudiques fioritures un sentiment trop humain et un désir complexe.

Jean-Paul Gavard-Perret

Dominique Wildermann "Identité(s), La Boucherie, Arles, juillet 2019.

Radicalisme et impeccabilité : Thomas Liu Le Lann

Liu.jpgThomas Liu Le Lann, "Ziwen, you deserve all the flowers that still grow on earth", Galerie Xippas, Genève, du 5 juillet au 3 aout 2019.

 

Jouant des stéréotypes de diverses cultures, Thomas Liu Le Lann les considère comme objets d'oppression qu'il détourne non sans beauté et une certaine classe. Il multiplie aussi les approches parodiques avec théâtralité mais sans aller jusqu'aux exagérations toujours trop faciles.

Liu 2.jpgBref il se situe à la frontière de la forme et de ce qui n'en possède plus par diverses techniques (du dessin à l'installation et la pixellisation). Existe là une intelligence en actes dans les reprises qui mettent à mal les assertions sociales et politiques des rôles et représentations admises. C'est un moyen de revisiter ce qu'on entend par identification et appartenance.

 

Liu 3.pngCe qui est généralement caché ou sous-représenté trouve là des agencements féconds et habiles afin que soient ouvertes les questions qui désormais traversent les visions centrées sur l'individu et ses rôles. Il s'agit de montrer moins ce qu'il est sensé être mais ce qu'il devient. Existe donc là un système d'agencements afin de rendre visible les faux processus d'identification en renversant les données immédiates des discours, des rôles et des situations.

Jean-Paul Gavard-Perret