gruyeresuisse

21/02/2020

Christine Streuli : la peinture et le désir

Streuli.jpgChristine Streuli, "Long arms, short legs", Kunstmuseum Thun, du 29 février au 12 juillet 2020


L'oeuvre de Christine Streuli mélange dans d'immenses peintures un riche vocabulaire de couleurs, formes, symboles et ornements. Elle impose par son énergie et sa puissance une réflexion sur le sens des images au moment où le désir est non seulement - comme le pensait Lacan - un sujet qui parle mais qui se peint. Surtout chez une telle artiste. Elle ne manque pas de souffle et se laisse entrainer par lui. La libido devient langage, énergie psychique incarnée. L’articulation main-libido offre des formations inconscientes devenues signifiantes et qui ne se réduisent plus à des lapsus ou des rêves. Et qu'importe si les jambes sont longues et les bras courts.

Streuli 2.pngL'important est que les premières devant la toile touchent le sol et que les mains la caressent. Dès lors le désir s’incarne. Il ne disparaît pas mais s’ébroue sous forme de « signes » plus ou moins inaltérables et sans normativité. Ce qui n’exclut pas - au contraire - une technique certaine dans le processus de création de la Bernoise. Ses images ne sont donc jamais hallucinatoires même elles semblent aller sur cette voie. Mais de fait Christine Streuli projette dans le réel une vigilance qui est un sommeil paradoxal dans mesure où s’ose sous forme de rêve des zones de transgression aux grains de "fantasia".

Jean-Paul Gavard-Perret

20/02/2020

Les palpitations de l'indicible de Sara Punt

Punt 2.jpgLa néerlandaise Sara Punt crée par la photographie une expression du corps donc de l'humain. Ancienne danseuse, elle connait de manière intime le corps et ce qu'il peut suggérer. De telles images opèrent  en conséquence des révélations. Le geste de glissement de l'image fixe crée une palpitation indicible.

Punt 1.jpg

 

 

L'angoisse d'être est là mais pourtant se dissout dans l'affirmation d'un corps qui suscite à nouveau le désir. L'artiste saisit des lignes brutes pour suggérer des mouvements calmes entre distorsion naturelle et mises en phases de l'organisme.

 

 

Punt 3.jpgEn relations étroites avec ses sujets, Sara Punt crée un espace où une certaine vulnérabilité est suggérée. Mais chaque égérie peut voir son propre corps sous un nouveau jour dans une introspection poétique. Les femmes vivent donc devant l'objectif une liberté reconquise. Elles s'affirment. La pression de la prise les pousse à exister d'une manière aussi simple qu'imprévue.

 

Jean-Paul Gavard-Peret

Les dessins à quatre mains de Caroline Ventura et Simon Paccaud

Paccaud.jpgCaroline Ventura et Simon Paccaud, "Dessins à quatre mains", 18 dessins, TSAR 23 editions Star Books Lausanne, CHF 18exposition à Valentin 61, Lausanne, Février 2020.

 

Comme pour la plupart de ses projets Simon Paccaud aime inviter d'autres créateurs à travailler avec lui. Son hymen plasticien avec Caroline Ventura a permis à l'un et à l'autre d'explorer de nouvelles directions. Les deux artistes avait déjà fait ensemble quelques collages mais le projet a eu du mal à se dessiner. Néanmoins Caroline Ventura pleine d'énergie et d'imagination a emporté son partenaire loin de ses images de prédilections ludiques et à caractères très masculins.

Ventura 2.jpgUne fois lancé le projet s'est réalisé dans un atelier en plein air. En discutant de la vie, les deux artistes ont créé des narrations enjouées et vives. L'une a colorié des zones, l'autre les a détourées en rajoutant des lignes sur lesquelles la première a rebondi. Au besoin se sont ajoutés autocollants, un petit chrome, etc. L'été fini au bord du Léman, tout s'est de fait achevé à la station de métro Poissonnière de Paris pour un nouvel échange de dessins. Simon Paccaud a été si emballé par certains dessins de Caroline Venture qu'il n'a même pas eu envie de les colorier.

 

Ventura 3.jpgLes oeuvres sont d'un dynamisme neuf et jouissif. Existe un plaisir du dessin qui ravit le regardeur. Les deux artistes espèrent ne pas en rester là : "Vivement l’été prochain,  les maillots de (...).Mais qui sait peut-être qu’on prendra un train pour aller dessiner le tessin" disent-ils. C'est ce qu'on souhaite aux futurs spectateurs des oeuvres à venir comme à leurs créateurs plein "d'en train".

 

Jean-Paul Gavard-Perret