gruyeresuisse

12/08/2017

Aphrodite Fur : Back Spacer

Fur 2.jpgAphrodite Fur aime parfois (voir souvent) s’amuser. Elle se tourne en dérision comme elle joue des images. Des romans d’amour optique transformant en romans de garces. Mais des plus facétieuses et qui se jouent des fantasmes masculins. L’artiste adore les tours de passe-passe et les déclinaisons visuelles. Elle relance à l’envi des ombres louches et aguichantes en un hymne à la légèreté et au fugitif. Le défi est toujours poussé vers des limites. Mais tout est amorti et parfois cristallin.

 

 

 

Fur.jpgLa créatrice ne cherche pas à faire beau mais à se jouer des codes. Le regard se faufile là où toute attente est à la fois prolongée et interrompue par jeux de répétitions, de clins d’yeux, d’éparpillements astucieusement concentrés avec ironie selon divers types de trafics.

Dans cette série, l’espace est ciselé et fragmenté afin d’attirer et de se moquer des emballements masculins prêts à faire feu de tout ce que l’artiste, pose, interpose et « sexpose » en carrés et au carré. L’énergie fait de chaque prise des pièges plus que des proies qu’il faut parfois troquer pour l’onde. Il existe là des aventures formelles jouissives et la forme de la jouissance dont l’artiste ne fait qu’une bouchée.

Aphrodite Fur, « Toutes les femmes de ta vie », voir site de l’artiste.

 

11/08/2017

Barbara Polla : du Léman à Marseille

Polla 3.jpgSalon Paréidolie 4, Château de Servières, Marseille, 26 et 27 aout 2017

Barbara Polla propose pour le Salon Paréidolie toute la programmation vidéo et deux (voire trois) œuvres « in situ » de Julien Serve. Elle est, pour une fois dans ce lieu, moins présente en galeriste genevoise que « femmes hors normes »selon une postulation qu’elle affectionne (cf. le titre de son dernier livre aux éditions Odile Jacob). L’œuvre de Julien Serve est basée sur une histoire décomposée puis remontée. D’abord la vague, le bord de mer, le littoral marseillais. En suite un rhinocéros doré, fantasmé et plus qu’exotique : celui gravé par Albrecht Dürer en 1515, copie de l’animal cadeau d’un Sultan de Cambay à Manuel 1er, Roi du Portugal, puis cadeau de celui-ci au Pape Léon X. Il fut le premier rhinocéros attesté sur le continent européen depuis 12 siècles. On dit que Dürer n’aurait pas vu l’animal. Mais qu’importe. Après une escale sur l'île mythique d'If (durant laquelle François 1er, Roi de France, vint le voir), le rhinocéros mourut noyé suite au naufrage en pleine tempête. Enfin Serve propose une vidéo de la mer dont émerge à travers près de 2000 dessins, et peu à peu, le rhinocéros mort qui s’échoue sur la plage.

Polla 4.jpgLa paréidolie reste ici ce qu’elle est : une forme d’illusion d’optique qui associe un stimulus visuel informe et ambigu à un élément clair et identifiable. Se crée une suite d’énigmes et d’ilots de figures et de sens diffus : s’y retrouve « La vague » de Courbet , le bruit du roulis, des trésors cachés et des rêves engloutis de L'Atlantide au Titanic. Preuve que la mer avale mais nourrit des fantasmes que les vagues réveillent dans nos sables d’oubli. Comme elles ont restitué l’animal six siècles plus tard dans les »filets » de Serve. L’ensemble est fascinant. Et à travers l’œuvre de Serve une nouvelle fois Barbara Polla frappe poétiquement fort et juste.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/08/2017

Stéphane Zaech et Alex Katz : Voix de la peinture


Zaeck.jpgStéphane Zaech, "Alex Katz Interviews", coll. ShushLarry, art&fiction, Lausanne, 2017, 188 p.. Parution le 18 septembre.

 

 

 

 

 

Zaeck 3.pngAvec Stéphane Fretz, et Massimo Furlan, Stéphane Zaech a créé entre 1986 et 1992 le groupe "Adesso Nachlass" avant de voler de ses propres ailes tout en continuant de collaborer avec Fretz et son frère Philippe. Adeptes de la figuration intempestive ils se sont orientés vers la reprise de l’histoire de la peinture. Contrairement à Fretz fasciné par le monde en ordre de la Renaissance originelle, Zaech opte pour celle de la fin en ses débordements baroques. A l’Italie il préfère l’Espagne Velazquez, Goya, Dali et Picasso mais aussi et plus proche de nous Alex Katz. Celui-ci est né en 1927 à New York (Brooklyn), il fréquenta la Cooper Union et la Skowhegan School of Painting and Sculpture. Il partage son temps entre New York et le Maine (en été).

Zaeck 4.jpgAu début de sa carrière, ses cinq premières expositions furent de cuisants échecs. Il subvenait à ses besoins grâce à un travail à mi-temps dans un magasin d’encadrement et vivait en totale précarité. Mais vite les temps ont changé. Il devient une figure majeure de la peinture actuelle mais reste célèbre et méconnu. On est loin avec lui des évocations rieuses ou évanescentes. Peintre de paysages et de portraits (souvent de sa femme Ada), il est connu pour ses peintures grands formats à fond monochrome. Sa peinture est toute en planéité et pigments vifs et harmoniques. Simples en apparence, les compositions d'Alex Katz sont pourtant extrêmement travaillées.

Zaeck 2.jpgOn l'associe souvent au mouvement Pop Art pour sa technique graphique proche de l'art publicitaire. Légères en apparence, les toiles de Katz peuvent aussi révéler une certaine étrangeté, voire de la mélancolie. Grâce à une sélection de textes inédits en français de l’artiste américain et d'entretiens, Zaech crée un dialogue transatlantique avec lui au nom d’une admiration réciproque et d'une propension commune : celle de peindre vite, capter l’instant, « parce que c'est l'art qui découvre la pensée, et non la pensée qui découvre l'art ».

Jean-Paul Gavard-Perret