gruyeresuisse

19/10/2020

L'incertitude des corps "glamoureux" : Kourtney Roy

Roy 3.jpgMaîtresse de la photographie contectuelle, celle qui rappelle combien "Certains contextes indiquent si clairement nos intentions que nous n’avons même pas besoin de les exprimer pour être compris", met en jeu des femmes qui profitent de leurs vacances pour rechercher un mari.

Roy.jpgElles mettent a priori tous les atouts de leurs côtés : bronzage, ongles parfaits, tenues (petites mais coordonnées) font d'elles des sauvageonnes aguicheuses. Le tout dans un monde de simulacres. S'entrevoient ici ou là, quelques fragments de réalité : plages, paquebots voire un alligator criant de vérité. Bref ce livre contient ce qui fait la patte ironique de la créatrice et de ses portraits cinématographiques colorés.

 

Roy 2.jpgMais sous le pastiche chic et classieux, une tension demeure là où les frontières entre la réalité et l’imaginaire se perdent. Il ne s’agit pas du monde que nous rêvions de toucher. Car il existe toujours des éléments perturbateurs propres à casser le glamour. Les clichés se renversent. Sous le nacre le déceptif veille. Le romantisme amoureux est remplacé par des laisons illusoires et rapides : elles sont des coupes faim ou des trompes l'ennui. Le toc domine dans une ironisation délicieuse des idées reçues ou des illusions par avance perdues.

Jean-Paul Gavard-Perret

Kourtney Roy, "The Tourist"André Frères éditions, 2020.

17/10/2020

Sur de beaux draps - ou ailleurs : Juliette Lemontey

Lemontey 3.jpgLes histoires d'amour de Juliette Lemontey baignent dans une sensualité expressionniste. Ce que la photographie retient de l'instant, l'artiste le transforme à la fois pour le pérenniser mais tout autant accorder plus de puissance sensuelle à chaque instant de l'étreinte. La créatrice la décadre selon divers plans de focalisation au moment où une tête se tourne, une main s'approche là où le mystère de l'amour tient de l'épure et de l'attente afin de donner au regardeur le"droit" d'une interprétation selon ses propres émotions.

Lemontey 2.jpgL'imagination de chacune ou chacun va dans le froissement d’un drap là où une robe se soulève à mesure que le corps s'allonge et qu'un amant vient murmurer à l'oreille de sa muse. Souvent l’apparition du corps intervient quand disparaît le visage vu de trois-quart dos ou se renverse  sous le joug du plaisir ou de la pression d'une douce violence. L'abandon arrive au moment où "la maladie de l'amour" (Duras)  se joue sur la toile : celle de la peinture comme du lieu qu'elle représente.

 

Lemontey4.jpgLe jeu est toujours à fleuret moucheté et se plait à cultiver l'effacement et l'abandon . A la portée du toucher, un contour doute, insiste, s’attache à la ligne, s’héberge en elle. L'espace se fragmente dans l'enlacement où une certaine solitude peut demeurer. Se diffractent les sens au déséquilibre du signe sans filin. Allongé sur le drap de la toile, aveugle filet, le corps bascule en une timide articulation, où s’échoue le silence à l’arène du trait ou peut-être à la marge de l’écueil.

Jean-Paul Gavard-Perret

Juliette Lemontey, Portraits, ateliers Herman, du 8 octobre au 20 décembre 2020.

16/10/2020

Joan C. Williams : l'Amérique des nègres blancs

Unes.pngÀ travers une série de questions sociétales sur le travail, l'éducation et les valeurs, Joan C. Williams restitue les modes de vie et le parcours d'une classe ouvrière blanche en déclin démographique, touchée par la crise économique et épidémique, abandonnée par le Parti Démocrate.

 

 

Unes 2.jpgAprès avoir publié un essai dans la "Harvard Business Review" pour expliquer comment le mépris pour la classe ouvrière contribue à la montée du populisme, elle souligne ici l'importance des problématiques de classe et rappelle que la lutte pour les pauvres blancs d'Amérique n'est en rien incompatible avec la lutte pour l'égalité raciale ou le féminisme.

Unes 3.jpgTémoin du monde postmoderne, Joan C. Williams met en lumière le fossé de rancœur qui sépare les classes populaires blanches rurales ou périurbaines des cadres supérieurs des grandes métropoles. Cette polarisation touche une grande partie de l'Occident dont entre autre le "gilet-jaunisme est un symptôme. Cela implique un nécessaire effort de médiation afin qu'une dangereuse tectonique des classes glisse dans une opposition frontale et l'arrivée des totalitarismes selon un processus qu'Orwell avait parfaitement décrit.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Joan C. Williams, "La classe ouvrière blanche - Surmonter l'incompréhension de classe aux États-Unis", Traduit de l'anglais par Carole Roudot-Gonin, Collection Unes Idées, Editions Unes, Nice, 2020, 152 pages, 20 E..