gruyeresuisse

26/03/2020

Bert De Leeuw : pensée et sculpture

De Leeuw.jpgDes œuvres de Bert De Leeuw sourd une injonction vitale. La matière noble (le bronze), l'acier et le fer imposent leur majesté à des formes qui incarnent une pensée. A travers son oeuvre l'artiste pose trois questions : Comment la sculpture a-t-elle prise sur nous ? Comment l’atteignons-nous ? Comment nous touche-t-elle ? L'artiste ne résout pas forcément de telles questions mais il sait déplacer nos points de vue en inventant de nouveaux axes de ciculation du regard autour de chaque pièce.

De leeuw 3.jpgA priori fermée et statique, ici et à l'inverse, la sculpture devient un lieu ouvert. Il offre à chaque pas du regardeur qui tourne autour d'elle des  états naissants. Il existe donc une dynamique intrinsèque à cette création l’organique de la matière et le géométrique d'une abstraction se trouvent subtilement renoués, rendus à leur inséparation native.

Leuuw2.jpgA ce titre la sculpture devient paradoxalement un fleuve en pleine activité qui charrie ses propres mouvements incessants, ses propres déplacements. Et à mesure qu’elle avance l’œuvre délivre des formes toujours plus aptes à nous révéler l’essence, la qualité la plus pure et secrète de la quête de l'artiste. Chacune de ses pièces revient à extraire de ce fleuve un élément majeur, car comme le dit un autre sculpteur (G. Pennone)  "pour sculpter, il faut être fleuve". La sculpture ne deviendrait-elle pas alors et tout compte fait le lieu où nous sommes enfin capables de toucher de la pensée - même si toucher n’est pas saisir, ni posséder et encore moins maîtriser ?

Jean-Paul Gavard-Perret

L'oeuvre de Bert De Leeuw est actuellement exposée à la Callewaert Vanlangendonck Gallery à Anvers.

 

 

 

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Daniela Keiser : le chant des signes

Keiser 2.jpgLes oeuvres de Daniela Keiser font planer l'aigre et le doux,  le donné et l'acquis, l'immense et le petit. L’image - en ses angles de vues et ses sujets - crée des écheveaux et des protubérances. Le réel et ses objets sont saisis dans diverses remises en formes et étagements. Entre gouffres et variations, l'artiste prolonge ce que certains signaux qu'elles montrent induisent (paraboles, antennes) mais aussi le réel tel qu'il est et dont elle fait le rappel.

Keiser.jpgLes mouvements induits sont moins orientés que magnétisés en divers point de fuites, poudroiements, chatoiements, protubérances ou creux. L’artiste cultive au besoin les discontinuités, les éboulis. L’œil en est réduit au doute, au paradoxe, à l'improbabilité d'un centre ou d'un fond dans le croisement de bien des lieux encadrés ou non. L’œuvre ne cesse d’étonner puisque la photographie répond en rien à ce qu’on attend. Il existe des couplages du fond et de la surface, des martingales du provisoire que l'artiste souligne en diverses situations et prises.

Keiser 3.jpgLydie Kaiser fait glisser dans les coulisses des images et des apparences dont elle souligne le frelaté. Nul besoin de glose, de codex ou de clés. L'artiste crée simplement des indications du monde premier et aussi technologique. Le tout par ellipses de plusieurs foyers en des hémorragies de formes et de montages de la transparence comme de l'ombre. Elle fait de en plus de son égo un angle plat. Son absence crée une ouverture encore plus grande afin d'excentrer tout ce qui fait centre de gravité ou circonférence circonstanciée.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/03/2020

Noblesse du ratage : Sandra Bechtel

Bechtel.jpgPour évoquer la vie grise il faut la noblesse de l'auteure. Est-elle pour autant déclassée ? Peut être. Mais comme disait Duras "elle a la noblesse de la banalité" (Duras) de celle chez qui peuvent se reconnaître les perdants magnifiques - artistes ou non. A savoir celles et ceux qui ne savent pas prendre les haches de leur pinceaux et autres brosses ou l'outil de leur intelligence par le manche pour faire du petit bois de l'autre.

Bectel 2.pngCertes "la vie d'artiste" est avant tout mise en exergue, avec ses us et coutumes, ses lois, ses "vents", et par exemple la "pratique de dégainer un agenda dans le coup " (pour l'être). Mais les petits faits dépassent le monde de l'art. Ils sont mis en récit avec humour corrosif et jamais gratuit. Le regard devient verbe et les mots pénètrent pour ficher bas le génie claudiquant et les tics verbeux et verbaux de ceux qui, parvenus, demandent aux autres de faire oeuvre de silence. Ils leur font croire que leur eau pure possède le goût de l'invisible mais les perdants sont déjà hors de leur vue.

Bactel 2.pngEcrire revient ici à raconter une histoire ou plutôt  son absence puisqu'elle est ratée. D'où la présence du texte avec beaucoup de blanc sur la page. Il y a là sous l'ironie une émotion. Car l'auteure écrit ses idées (justes) avec des mots pour dire, voire planifier les échecs et les dépressions lorsqu'on perd la connaissance non d'être mais de résister. Ce qui n'empêche pas Sandra Bechtel de regarder avec distance ironique les choses ordinaires, banales et les manies "up to date" comme on disait jadis ou "swag" comme on dit aujourd'hui (mais je n'en suis pas sûr).

Jean-Paul Gavard-Perret

Sandra Bechtel, "L'art de rater dignement sa vie d’art[r]iste", Editions Lunatiques, Vitré, 2020, 70 p., 6 E..