gruyeresuisse

12/02/2019

Les ascendances ambigües de Christian Kettiger

Kettiger 1.jpgChristian Kettiger se situe dans la lignée des photographes à la recherches de diverses beautés d'appartenance et d'incorporation particulières. Elles apppartiennent aux êtres comme aux paysages selon diverses optiques. D'un côté les corps parfaits de la jeunesse que le passage du temps et des histoires n'a pas encore altéré . De l'autres ceux de vieilles et riches héritières hérissées de bijoux et des rides qui ont marqué leurs âges et leurs aventures sans doute mystérieuses et nombreuses et ce jusqu'à un point de non retour.

 

Kettiger.jpgChaque photographie explore une nouvelle voie au sein de «courtyards and symmetric settlements» (Clay Ketter) propres à créer un univers hybride. Surgissent des espaces étranges. Ils sortent souvent (même lorsque le photographe shoote des femmes célèbres)  des registres habituelles de la beauté : à certaines de ses "perfections" en succèdent d'autres plus surannées mais complexes. Demeure un perpétuel état d'ambiguïté au sein de registres apparemment donnés pour acquis.

 

Kettiger 3.jpgChristian Kettiger propose par ses «vues» une critique du monde tel qu'il est donné à interpréter. L’impression prédominante reste celle d’un enfermement et d'une finitude. A la frontière de chaque prise s'éprouve autant une forme de sérénité envers un espace limité qu'un étouffement programmé. Ne cherchant jamais des effets de chaleur ou de lumière, chaque photo est une châsse pour des corps plein de secrets dans le jeu de la proximité ou de l’éloignement en surfaces énigmatiques.

 

Jean 6paul Gavard-Perret

11/02/2019

Sophie Proença : d'entre les lignes

Proença bon.jpgComment savoir ce que c'est ? Et que c'est là ? Ne reste que le silence. Mais Sophie Prença y met du corps dans l'abandon programmé, l'absence feinte de toute maîtrise car tout de fait est créé pour creuser un abîme par effet de miroir. Il s'agit d'entrer dans la nuit de l'être. Cela ressemble à un sémaphore en un cycle de lune.

Proença bonbon.jpgLes formes utérines et phalliques changent de genre. Le dessin reste cette technique sans technique puisqu'elle est première, celle qui "s'apprend" de facto avant l'écriture. Sophie Proença la reprend pour embuer les figures du dehors. Elle en consume le vernis jusqu’à la transparence noire par des effets de dedans. En noire sœur l'encre traverse l'absence pour nous retrouver, et pour nous faire renaître comme si nous étions morts avant.

 

 

Proenca.jpgL'artiste découpe une nouvelle altérité. Les enchevêtrements programmés ne sont plus le brouillon de tout ce qui reste à « écrire » mais son bouillon. "L'âme à tiers" (Lacan) y prend corps - délicatement obscène en cette révélation. Le plaisir et l’angoisse (qui lui est liée) émergent inconsciemment, trouvent des repères. L’encre devient par excellence la taiseuse montreuse, l’intruse qui sait que les mots ne résolvent rien. Sophie Proença propose leur envers et en scanne la pénombre.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Voir le blog de l'artiste.

 

10/02/2019

Francesca Pompei : théâtre de l'oubli

Pompei 1.jpgLa photographe Francesca Pompei possède un nom idéal pour habiter le lieu qu'elle investit (de quoi ravir Lacan...). Elle y capte sans le moindre ajout de lumière, ni aucun artifice la magie d'un lieu suspendu à - dit-elle - "un possible spectacle, à l’effervescence des coulisses et l’attente des spectateurs".

Pompei 2.jpgCe lieu n'a rien de neutre. Situé dans le camp militaire de Wünsdorf, à 25 km à l'est de Berlin il fut un quartier général de l’Allemagne Hitlerienne avant de devenir le plus grand avant-poste soviétique en pays étranger. Évacué après la chute du mur il est abandonné. En perdure parmi les vestiges le théâtre qui fascine la photographe.

Pompei 3.jpgDe l'orgueil des différents vainqueurs et locataires du lieu l'artiste tire un charme délétère. Là où l'ambition des maîtres provoqua la ruine des peuples se dégage un inventaire de modèles périmés par le temps mais d'où certaines fictions - par la mise en scène des images et des spectacle - renaissent . En quête d'une forme de réintégration ou de réappropriation l'artiste se perd dans un tel "puits" de l'Histoire pour lui redonner une grâce. Trace-t-elle la voie vers des pas qui reprendront demain ? Pas sûr mais il s'agit de parcourir le lieu qui fut le bord d'un double abîme là où se recrée un théâtre dans le théâtre.

Jean-Paul Gavard-Perret