gruyeresuisse

07/12/2019

Des indifférences jamais notoires : Herb Ascherman

Ascherman.jpgHerb Ascherman définit son travail selon 5 lois : "Maîtrise des outils et de la technique, rapport entre le photographe et le sujet. visibilité de celui-là pour le spectateur, vision unique et fort Impact Émotionnel". Et il les respecte parfaitement là où les inconnu(e)s ont parfois un regard, un sourire indéfinissables.

Ascherman 2.jpgFaisant appel à des modèles le photographe crée avec eux des vision où, par transparence de la lumière, l'énigme s'épaissit avec un don incroyable de la composition. Ce qu'on a cru voir souvent prend une autre dimension. Dans l'atelier qui devient une chambre forte (ouverte à la lumière du jour) toute une vie disparate en ses approches se concentre. L'image de la nudité revient mais de manière décalée là où la compacité fait le jeu d'agitations que l'artiste momifie puisque toutes convulsions sont astucieusement maîtrisées.

Aschermann 3.jpgPlutôt que de se soumettre aux faux-semblants le photographe - observateur à distance - monte des scènes de plusieurs traditions (lesbianisme, naturisme, photo de mariage, bondage, scène de western, etc.). Il existe toujours une ironie discrète dans ce jeu de l'amour et du hasard (programmé). En une heure et vingt photos en noir et blanc par séance, et faisant advenir ce qui se passe, Herb Ascherman crée des narrations. Tout ce qu'elles offrent passe par une simplicité totale qui n'exclut en rien le goût de la mises en scène et un sens du rite et de l'apparat.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site du photographe.

06/12/2019

Fabienne Radi : entendre les images

Radi.pngFabienne Radi, "Peindre des colonnes vertébrales ", Editions Sombres torrents, Rennes, 65p., 8 E.

Fabienne Radi aime parfois les artistes même pour leur nom et prénom. Pour preuve Hayley Newman. Mais aussi Paul ou Barnett (avec une préférence "pour l’acteur devenu roi de la vinaigrette plutôt pour que le chef de file de la Colorfield Painting)". La sémiologue suisse reste un phénomène littéraire : elle sait remettre au besoin les mamies de la performance - Marina Abramović, Valie Export, Gina Pane, Hannah Wilke, Carole Schneeman, Yoko Ono, Orlan - à leur place tout en reconnaissant leur apport.

Radi 3.pngQuestion happening et cinéma (mais pas seulement) elle en connaît un rayon. On peut la voir parler derrière un pupitre au Mamco, à Beaubourg ou ailleurs. Elle peut tout autant  être imaginée entrain de danser dans des clubs, prendre (un peu le soleil) ou préparer une soupe de légumes. Sa spécialité reste néanmoins la première des activité citées : conférences sans des dents verrouillées mais un esprit aiguisé pour mettre en salades composées ce qu'elle voit et lit et ce dans ce qui n'est pas loin de la performance.

Radi 2.pngElle livre sous la jaquette jaune de son volume quatre chroniques et un texte pour une exposition de Nina Childress. La première donne son titre au recueil, et s'épingle dans les tresses (peintes) par l'artiste américaine. Fabienne Radi joue des associations des mots et des références afin que sous l’observation tout devienne un détournement de questions ou d'idées reçues. Le livre donne à voir les objets ou images "cultes" qui ont sollicités l'artiste ( reproductions de peintures, de photographies d’enfants, de chiens, de gargouilles, etc.) Pour ne pas perdre son leur.trice l'auteur offre aussi en début d'articles des mots clés. Ils permettent déjà d'en rire même lorsqu'elle pose le problème des puces de lit , du foie gras et du dos nu. Le tout au nom d'un féminisme qui nourrit une pensée toujours originale par ces zébrures inattendues et sans délayage.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

05/12/2019

Catherine Gfeller : abîmes paysagers

gfeller.jpgCatherine Gfeller, "Photographies. Vent sur les Paysages - Flux dans les villes", Galerie Rosa Turesky, Ports Francs et entrepôts de Genève, du 11 décembre au 7 février 2020

Gfeller 2.pngDes villes et des paysages, Catherine Gfeller saisit ce qui échappe au premier regard. Elle cherche à capter l’immobilité dans le mouvement, la contemplation dans l’effervescence. Afin d'y parvenir la plasticienne crée des collages et superpositions d’images pour mettre un effet d'abîme dans le paysage. Tout se mixe et s'hybride en d'immmenses tableaux où l'humain est toujours présent au milieu des territoires urbains ou plus campagnards.

Gfeller 3.pngPar de telles architectures le réel acquiert des résonances imprévues. Fixité et univocité y sont remises en cause. En rebond, existe une beauté particulière et parfois une ironie dans l'approche qui n’a jamais rien de trivial et reste un étrange "hors-lieu" de l'ici-même.

gfeller 4.pngPris en défaut de toute certitude, chaque "pièce" explore le réel dans un écart vital et fragile, une présence complexe au sein de montages qui le sont tout autant. La vie se réinvente, la vie se «réimage» en histoires ou destins loin de tout lyrisme mais avec âpreté. Celle-ci  invite toutefois à la rêverie tant les échelles de mesure, les unités métriques sont distanciées selon divers rapports de position et créent un basculement dans l'onirisme.

Jean-Paul Gavard-Perret