gruyeresuisse

15/10/2020

Jef Gianadda : fiat lux

Gianada.pngJef Gianadda, "Nox Generation Lumen", Espace Murandaz - Nyon, du 29 octobre au 4 décembre 2020.

Jeff Gianadda propose à l'espace Murandaz de Nyon un série de toiles et scupltures arte povera créées pour la plupart cet été et en echo à la pandémie qui a ébranlé le monde. Et ce en réponse à ce que les politiques en charge des responsabilités ont instauré pour nous : " Ils décident d’arrêter le monde. / Et pourtant il tourne… encore. / Lentement certes, mais vivant. / Chaos annoncé. Désarroi. Émois. / Et moi ?" écrit l'artiste qui, depuis son atelier, et dans le silence, a traduit à sa manière les bruits des informations, les états des lieux et les émois des coeur et des corps qu'une telle situation qui devient endémique a engendré.

Gianadda.jpgIl s'interrgoge par son travail sur les mesures et démesures prises: "Trop de tout. Tout est trop" "écrit-il et d'ajouter : "La planète est dans le coma. Étrange karma". Il y aura sans doute un après. Mais pour l'heure, tout avance en pointillé et nul ne peut affirmer de quoi demain sera fait. L'incertitude seule est de mise. Pour autant Gianadda parie pour  un "nox generat lumen" (la nuit génère la lumière). Et ce non sans humour grinçant comme certaines de ses pièces. A bon entendeur, salut !

Jean-Paul Gavard-Perret

10:32 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

13/10/2020

Paul Graham : on the road again

Graham.pngPaul Graham est un des grands photographes du temps. Il a inspiré bien des photographes couleurs britanniques. De Nick Waplington à Anna Fox, de Richard Billingham à Tom Wood beaucoup ont trouvé en lui le maître d'un paysage et portraitiste capable de donner un impact politique et social à tout ce qu'il suggère.

Graham 2.pngL'Anglais a aujourd'hui plus de 50 expositions à son actif dans le monde entier. Et Mack réédite "A1 - The Great North Road" son premier livre. Celui-ci reste le creuset séminal de toute son oeuvre. Ce livre fut autoédité en 1983. Tout est déjà en germe dans cette oeuvre qui est devenue le booster de la nouvelle photographie "réaliste" anglaise. La photo s'y fait document mais pas seulement.

Graham 3.pngLes êtres, les paysages, les constructions des années 80 deviennent l'occasion d'un reportage passionnant et désormais historique entre l'archaïque et le moderne des années Thatcher et du déclin industriel de l'Angleterre - principalement du nord. Cet album fut complété par "Beyond Caring" (1985) et "Troubled Land" (1986). Une telle trilogie reste sans doute le chef d'oeuvre de ce maître de la photographie"engagée" capable d'exprimer beaucoup plus que des milliers de discours.

Jean-Paul Gavard-Perret

Paul Graham, "A1 - The Great North Road", Mack, Londres, 2020

Nicole Miescher : l'ici-même et le hors là.

Miescher.jpgNicole Miescher "Recent works", Galerie Gisèle Linder, Bale, du 31 octobre 2020 au 20 janvier 2021.

L'artiste et photographe bâloise Nicole Miescher a été remarquée par sa traversées de la Sibérie dans les années 90 après la fin de l'Union Soviétique. Elle donna - à travers ses images - ses propres observations et impressions à la recherche de l’image-mère celle qui demeure là, et non pas au-delà. Elle donne l’énergie au regard au nom d’une évidence là où en découvrant l’image le regardeur tombe dans un trou face à une muraille de l'ici-même et le hors là.

Miescher 2.pngTout son travail part de cette première étape de préhension du réel et se retrouve dans ses oeuvres récentes aux paysages vides, abandonnés qui donnent l'impression de traverser les "terres blessées" chères à Dostoïevski. Il n'existe dans ses prises peu d'espace pour des caps de bonnes espérances. Le langage de Nicole Miescher est très personnel et facilement reconnaissable. Au delà de l'aspect documentaire (qui devient presque anecdotique) jaillit une poétique de la fragilité et de la vulnérabilité.

mieschler 3.pngTout dans la "ruine" prend une valeur d'éternité en un travail de résistance. La hantise des lieux jaillit. Le paysage est donc toujours un entre deux états. Ce qu’il contient est souvent de l’ordre du vestige ou de l’emprise en déliquescence. La nature parfois retrouve ses droits au sein d’un univers plus ou moins sauvage. Les œuvres parfois presque joyeusement absurdes ou doucement mélancoliques génèrent avant tout une médiation sur les lieux, le temps et l'existence.

Jean-Paul Gavard-Perret