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08/12/2018

Les portraits suspendus de Jacqueline Devreux

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Jacqueline Devreux poursuit à travers ses peintures, dessins et photographies, la saisie d'ombres féminines. Elles clament leur "je suis". D'autres semblent leur répondre "je ne suis pas". En ce jeu d'apparitions relatives l'artiste s'adresse à la ténèbre pour en sortir ses modèles dont le silence pèse d'un poids nouveau.

 

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Existent du blême et du profond dans la remontée de l'invisible que la créatrice déchiffre. Il y a des jambes sous des bas noirs, des visages parfois partiellement aviardés entre apparitions et retraits. Jacqueline Devreux saisit, retient fait vibrer une beauté troublante plus chaude que le savoir des portraits classiques. L'a créatrice parfois en joue pour mieux les détourner.

 

 

 

Devreux 2.jpgDe telles images ferment et ouvrent à la fois. Ceux qu’on nomme voyeurs ou petits lapins de terre sont remis en quelque sorte à leur place. Au besoin la créatrice s'amuse avec leur attente. Et lorsqu’elle l'érostisme pointe (voire bien plus) Jacqueline Devreux les transforme en égarés provisoires. Ce travail rappelle que - même lorsque le désir traverse de diverses manières - les femmes n'appartiennent qu'à elles-mêmes et non à ceux qui mettent l'oeil dessus. Ce qui n'empêche pas néanmoins pour elles que l'identité reste toujours à chercher dans un monde où elles demeurent des "objets". La créatrice les transforme en sujets. Et si Babylone est entrain de brûler, dans l'espoir de doux rêves les femmes portent sur le corps et leurs visages la suie de l'incendie en cours.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacqueline Devreux, "Babylon’s burning", Hôte Gallery, Bruxelles, du 7 au 30 décembre 2018. "Sweet dreams", ne9enpuntne9en, Roeselare (Belgique) jusqu'au 5 janvier 2019

07/12/2018

Sophie Guermès et "la" Bucarelli

Guermies 2.jpgDans ce roman vrai de Palma Bucarelli l'auteure écrit les luttes, les vexations, les humiliations, mais aussi et surtout les victoires et la sérénité d'une femme libre qui sauva les coillections de peintures et de sculptures de la Ville Eternelle lors de la Seconde Guerre mondiale puis ouvrit Rome à la modernité de l'art.

Guermies.jpgSophie Guermès est habile. Pour raconter cette aventure exceptionnelle l'écriture se fait âpre et dur dans les moments où le lamento se serait imposé chez beaucoup. Elle devient lyrique dans les moments plus creux.  Pour ce travail de mémoire la fiction est choisie en lieu et place de la biographie. La romantisation permet aussi de souligner combien la vie de la Bucarelli fut un conte.

Et ce au sens plein avec ce que le genre draine de douleurs et d'enchantements là où les territoires interdits sont dépliés. Existe un gout parfait du timing et de la narration. Ici l'Italie sort de la romance classique et attendue. Là où  la morale épidermique du temps ne fait pas florès, l'auteure réinvente une héroïne qui fut capable d'accueillir le monde pour le réinventer.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sophie Guermès, "Bucarelli-Roma", Les Editions du Litteraire, Paris,166 p., 19 E., 2018.

Les surfaces utiles de Jannis Kounellis

Kounellis.jpgEn guise de quasi conclusion à son oeuvre, Jannis Kounellis a réalisé dans l’atelier Albicocco d'Udine une suite impressionnante de douze grandes gravures. Il s'agit de reliquaires plastiques de pelisses ou plus exactement de manteaux. L'être en est absent mais sa présence rampe comme dans toute l'oeuvre où le plasticien s'est souvent amusé à reproduires des habits (chapeaux, etc.) sans niveaux, ni maîtres.

Kounellis 3.jpgEst mis à l’honneur le caractère typographique étrange lié utilisé aux tactiques de reproduction. À la poursuite des expérimentations plastiques l'artiste propose une fois de plus détournements et détours qui échappent à la voix normative de narration. C’est une forme de pratique brutaliste et poétique dans l’acte de construire un terrain de jeu plus ou moins macabre.

Kounellis 2.jpgL'humour en noir exprime une gravité à grande échelle avec  ruse et parfois en douce. Il est question de jouer entre l’art et la débrouille au moyen des objets les plus triviaux. Mais ils renferme un musée de l'homme dans un parcours qui " pêle-mêle" les grands thèmes de l’histoire de l’art en un nœud de langage plaisant à défaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jannis Kounellis, "Les manteaux", Galerie Lelong & Co, Paris, du 24 janvier au 9 mars 2019. La Galerie Lelong & Co. publie en paralèle un important interview de Kounellis avec Jérôme Sans