gruyeresuisse

18/09/2021

La rêverie du promeneur solitaire

Promeneur.jpgDebout, tu manges ton sandwich à saveur d'air et de poussière. Et tu médites en regardant tes mains. Tu t'abrites du vent, près du rêve. Tu le pries en procession secrète. Parallèlement au mur du cimetière tu abandonnes ton âme à la décoration - hormis la joie en garde-fou.
 
Semi-voyage dans la presque campagne qui commence à ce lieu précis. Ta romance aussi. Oublier, parapher le visible qui cogne. Douleur prend l'espace mais tient le monde en respect. L'esprit vacant est comme un revolver à portée de la main pour  le coup de dés final sur le vivant.
 
Tu disparais laissant ton lignage dans un virage étourdi. Là ton savoir mécanique. Et nuage dont le râble ankylose les étamines de ton col chic. Vivre à l'envers, tancer. La glaise est belle façonnée de reliefs d'émotion et de lichen. Tu agis toujours de même, tu courbes le dos. Tes jambes se dérobent : tendrement tu goûtes le sol. De tes dents tu tonds les herbes.  Leur émail est émeraude plus que diamant.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:33 Publié dans Humour, Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

16/09/2021

Fabienne Raphoz : quel avenir ?

Raphoz.jpgFabienne Raphoz, "Ce qui reste de nous", Héros Limite, Genève, 2021, 104 p., 16 €, 22.40 chf.
 
Fabienne Raphoz ramène à des balades essentielles. Le sujet est l'affirmation d'un retour amont entre chant et nostalgie. Le serment implicite est de préserver ce qui nous reste d'apparent et d'impénétrable et qui disparaît de jour en jour  au nom du gaspillage, de l'indifférence.
 
Raphoz 2.jpgPlutôt que chanter des pastourelles, la poétesse se fait passeuse et s'en tient à un sujet unique :  la beauté et à la fragilité du vivant sous différents angles de vue ou de mémoire. Existe là une alerte essentielle.
 
En cinq mouvements, la poésie s’emploie à un engagement ou plutôt une position de découverte. La voix, le regard, la mémoire portent témoignage de ce qui ne doit pas représenter un testament mais une détermination implicite à un retour à la nature par l'illumination de l'imaginaire poétique. Il affirme la puissance de ce qui est avant qu'il ne soit que ce qui fut.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Hélène Bessette : Ordalie

Bessette.jpg"Élégie pour une jeune fille en noir "est un long chant mélancolique d’amour et de mort. C'est la déclaration d’une femme vieillie à la jeune fille aimée en une confession rétrospective d’un amour impossible.
Hélène Bessette dans une langue tendue, claire, musicale et originale retraverse au terme de sa vie une telle  passion contrariée  puis - après le suicide dans la Seine de l'aimée - parfois effacée mais jamais oubliée :
"Il y eut les "ferries-Boat-Courses-Postes-Gare-Gares-Ports-Les aéroports -Les vrombrissements-Les freins......
Le téléphone. Le téléphone......
En dérangement.
Changements d’adresses. Définitifs. Faire suivre. Déménagements.
Garde-meubles. Salles des Ventes. Un mobilier. Deux mobiliers.
Trois mobiliers. Un appartement. Deux appartements. Trois appartements. Une maison. Deux maisons. Trois maisons......
À bout de souffle pour le mot fin.
Car c’est fini". 
Et pourtant l'amour au delà des méandres suit encore son cours et l'écriture  en  pousse l’exploration  par la singularité du poème. Celui d'une romancière trop oubliée et exploratrice des formes fictionnelles avant de retrouver à la fin de sa vie la radicalité d'un poème d'exception.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Hélène Bessette, "Élégie pour une jeune fille en noir",  Établi et présenté par  Yoann Thommerel, Editions Nous, Paris, 2021, 160 p., 21 E.