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18/05/2020

Claire Guanella : sérénades matinales

guanella.pngClaire Guanella, galerie Hostetter, Fribourg, du 14 mai au 13 juin 2020.

La peinture de Claire Guanella ne vient ni de la main, ni de ses outils, ni même de la tête. Elle vient de l'intensité et de la rigueur préparative et muette d'un esprit qui ne savait rien de l'heure où elles seront mises à jour mais qui sont déjà en acte pendant le sommeil de la créatrice.

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Existent en conséquence des sortes de sérénades, des chants à l'apparent et son mystère. Elles s'adressent au visible ou plutot à la visibilité qui résonne dans l'espace et s'y établit comme des "objets" concrets, tangibles.

 

Guanella 3.pngL'artiste désarçonne par les incongruences sémantiques là où s'instruit un sens sans chercher à tout prix à construire quelquechose de linéaire. Vient le plaisir de la profération où les formes se succèdent et se renforcent les unes les autres, subordonnant à la syntaxe visuelle une puissance évocatoire en des translations, des opérations d'innocences selon une force qui appelle la protection du songe dans un regard de l'aube.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/05/2020

Jean-Luc Manz : réduire pour ajouter

Manz 3.jpgJean-Luc Manz, "Une promenade de ce côté", Skopia, Genève, du 2 juin au 4 juillet 2020.

Les peintures abstraites de Jean-Luc Manz ouvrent par l’ "usure" des formes, symboles,  couleurs à une sorte d’immense puzzle. Ce ne sont plus ici des histoires qui sont montrées ou racontées mais plutôt leurs traces. L’idée est donc non d’identifier celui qui "fait" mais de se rapprocher sans qu’aucune réponse ne soit donnée à travers ce qui est présenté et non représenté puisque s’il n’est que représentation l’art n’est que "cette hypocrisie merveilleuse dans lequel il se perd lui-même" selon l’expression de D. Mémoire.

Manz 2.jpgJean-Luc Manz ouvre de la sorte à une relation d’incertitude, la seule qui peut convenir (et Platon nous l’a appris depuis bien longtemps) à l’être humain prisonnier de sa caverne et qui par son essence même est donc un être de fiction. L'objectif et la finitude d'une telle "promenade" est non de l’ordre de la mollesse mais de la " pointe" capable de permettre l’apparition de phénomènes qui sans elle demeurerait inaperçue. Un tel parcours  permet de désembusquer des pans de l’identité cachée car comme le souligne Winnicot : "Où se trouve l’identité sinon dans les images qu’on ignore".

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A la recherche de constellations fondamentales, J-L Manz permet par les ouvertures qu’elles proposent de voir, de comprendre autrement. Il laisse apparaître des états intermédiaires ou plutot premiers qui nous arrachent au cerclage de la divinité de l’image telle qu’elle est le plus souvent offerte.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

15/05/2020

Gian Marco Castelberg : portraits

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Le zurichois Gian Marco Castelberg donne aux visages connus ou inconnus une grâce.  La notoriété ne devient qu'un monde dans un monde où la puissance du nom est remplacée par la force des images. Au lieu de dresser des couronnes de laurier sur les têtes, l'artiste les métamorphose en un éloge disctret en soulignant ce qu'ils font juste par la beauté de leurs portraits.

 

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Gian Marco Castelberg poursuit sa quête d’une lumière secrète en réalisant des prises qui semblent saisies au coin d’une table mais qui deviennent comme un bruit de pluie le matin. Surgissent des sursauts de mémoire entre le fortuit et l’essentiel. Le monde de la création s’y brasse à travers les indices des clichés.  Ils deviennent des métamorphoses plus que de simples coups de chapeau

 

 

Castelberg2.pngAvec le photographe il n'est pas jusqu'aux chevaliers à la « triste figure » a devenir joviaux. Et même les coupeurs de têtes pourraient sembler agréables. Quant aux femmes elles sont ici plus belles que jamais. Le portrait devient la parfaite reponse en négatif au faux-semblant par un regard capable de donner à toutes et tous une qualité d'émotion là où par effet de choix d'angles et de lumière l’inconscient affleure. Ce qui ne veut pas dire que soit offert d'emblée sa signification

Jean-Paul Gavard-Perret