gruyeresuisse

14/05/2022

Anne Voeffray : transfigurations

Voeffrey.pngAnne Voeffray, "Sorcières", Musée Jenisch, Vevey, le 21 mai 2022.

Les cent portraits de sorcières d'Anne Voeffray vont être malaxés et projetés par Nicolas Wintsch et accompagnés par une improvisation musicale par le duo électronique Stade de Pierre Audétat et Christophe Calpini. Le tout pour offrir  une archéologie d'un savoir particulier. Les hommes  - qui souvent dorment -seront éveillés par une sorte de vision ou de rêve du dehors et du dedans. Des chrysalides s'ouvrent pour suggérer un ignoré là où la femme se transforme. Son nouvel état crée leur envol. 

Voeffrey 2.pngElles  dépassent les contours de la finitude et de leur prétendue opacité. Et les cicatrices de la vie s'effacent sans chercher la vieille blessure.  La femme retrouve sa puissance et peut rêver d'un inexorable devenir à travers cette image de "sorcières". Celles  qui étaient vouées au silence et à la nuit retrouvent au soleil couchant un jour à la lumière liquide loin la nuit blanche de mots. 

Ainsi dansent les  énigmes dans le corps du désir. Une palpitation se dégage des limites assignées trop souvent au regard lorsqu'il s'agit des femmes. Pour celles d'Anne Voeffray redevenir  soi est possible là où la tradition voulait les replier jusqu'à les contraindre à ne jamais être elles-mêmes. Les voici délivrées en une mince pellicule de lumière. Nous les retrouverons lors de l'ouverture de l'atelier de l'artiste pour  "Aperti".

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Philippe Decrauzat et les effets retards

Decrauzat.jpgPhilippe Decrauzat, "Delay",  Verlag der Buchhandlung Walther und Franz König,  2022, 448 pages, 1280 images.
 
 
Avec "Delay" le lausannois Philippe Decrauzat poursuit son renouvellement  esthétique  dans un vocabulaire d'une forme qu'il affine depuis ses débuts. Elle se construit autour d’un noyau central issu d’une même matrice comme pour se structurer une temporalité spécifique.
 
Decrauzat 3.jpgSurgit tout un jeu entre le visible et l’invisible non sans rapport aux "instructions" développées par Maurice Merleau-Ponty et sa philosophie de la phénoménologie de la perception. Existe en conséquence toujours un retour a du "même" composé de 24 lignes teintées de nuances de gris. Le blanc et le noir virent au gris en des dégradés et effets de pulsations plus ou moins ralenties ou contrariées.
 
Decrauzat 4.jpg"24 images par seconde" font partie intégrante de ce travail qui distille un rapport au temps et qui ramène au 24 heures, notion "symbolique" du monde vécu. D'où la création d'une histoire allégorique liée à la temporalité d'un langage qui se veut sans affect pour représenter un signe artificiel qui veut néanmoins réduire ce langage à l’expression des émotions. Par des effets retards s'expérimente l’immédiateté de l’effet visuel et se révèlent des réactions qui remontent au sujet et sans lesquelles il ne serait plus question de "foyer de vérité". Du moins telle que l'entend Decrauzat co-fondateur de l’espace indépendant CIRCUIT et professeur à l’Ecole Cantonale d’Art de Lausanne.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

13/05/2022

Stéphane Pesnel : Kafka retrouvé

Kafka.jpgAffranchi de toute servitude à une quelconque doxa Stéphane Pesnel clôt à sa manière la publication des Oeuvres Complètes de Kafka dans La Pléiade.
 
Texte et imagier dégagent l'homme et son travail de l'abîme étouffant où ils furent enfermés. L'auteur réinsuffle du souffle à la matière de la vie et de la quête littéraire. Il  leur accorde un sens plus légitime et où tout n'est pas voué à la perte mais à une sorte d'absolu.
 
KX 4.jpgSe remontent ainsi toute l'existence et l'oeuvre mais aussi sa descendance qui ne se lit plus ici sous l'hébétude d'un moi tribal qui tentait de fuir. Ici Kafka n'est plus seulement celui qui a dû vivre en se justifiant mais celui qui a brisé l'échine à la langue au nom d'une vivace croyance en ce qu'elle pouvait exprimer autrement.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Stéphane Pesnel, "Album Kafka", Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 12 mai 2022, 260 p., H.C..