gruyeresuisse

20/06/2017

Caroline Mesquita : Formless Thing

Machine.jpgCaroline Mesquita, “L’engin”, collectives Rats, à l'Indiana, Vevey, du 25 juin au 26 juillet 2017.

Quittant les figures anthropomorphiques Caroline Mesquita fait - à Vevey et grâce à son étrange machine molle et dure à la fois- planer le doute sur la fonctionnalité de cette dernière. Pliant, chauffant les plaques d’acier l’artiste propose une représentation sensible et mentale où la « chose » est loin d’être claire. Preuve que Didi-Hubermann a raison lorsqu’il affirme : «ce que nous voyons se mesure toujours à ce qui nous regarde».

Machine 2.jpgL’artiste pénètre l’équivoque de l’œuvre d’art. Partant de l’imitare (ce que l’image imite, reproduit) elle va vers l’imago (ce que cette re-production produit). Elle utilise pour cela ses soudures selon déclinaisons, trompe l’œil, etc. afin d’explorer et de tordre le double champ de l'image : l'icône (ce qui est semblable à son modèle) et l'idole (ce qui reproduit la forme des choses).

Caroline Mesquita prouve qu’entre les deux il y a un pas et une passe. L'artiste propose une différence capitale au rapport qu’entretient le visible à l'invisible. L'idole arrête le regard, le sature de visibilité. L'icône laisse advenir l'invisible dont elle procède. Existe entre les deux l'introduction du voyeur au voyant, de la feinte de proximité à l’éloignement.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/06/2017

Romain Puertolas : la nuit des Mormons vivants - mais pas pour longtemps

Puertolas.jpgAprès son « Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea » et « La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel » Romain Puertolas frappe encore plus fort et au cœur du discours au sein de ses voyages policiers et intercontinentaux. Croulant sous le poids des lipides sa commissaire de choc plus que de chic se retrouve désormais à New-York. Pas la Big Apple mais la bourgade d’une centaine d’âmes au fin fond du Colorado. La policière y débaroule armée moins d’un Police Python que d’une méthode particulière et surréaliste d’investigation : l’association libre des mots et des idées...

L’irrationalité permet de faire de la pensée un mouvement en déplaçant le filtre des causes et effets. La lumière de la fine limière vient d’un bergsonisme policier plus que d’une introduction à la métaphysique. Ce qui n’évite pas aux corps conducteurs de tomber comme des mouches ou de disjoncter. Néanmoins sous forme de divagations farcesques l’impossible jouxte le réel entre écureuil irradié, maffieux pétochards, bucheron adepte du hautbois.

Puertolas 2.jpgFichée sur ses cuissots goûteux et persillés la commissaire fait preuve d’intuition et d’intelligence jusqu’à l’insu de son plein gré. Les cambrousards des Montagnes Rocheuses, ces bouseux de Néandertalc, n’ont qu’à bien se tenir : ils vont se faire tacler jusque dans leurs surfaces de réparation par celle dont le soutien gorge du Colorado est plus imposant que ceux de l’Ardèche ou du Tarn.

Puertolas3.jpgLe poulet transformé en poulette réduit le Shérif à ses raies alités. On l’a compris : Puertolas moque du vraisemblable : d’où l’intérêt pour sa littérature kamikaze et son héroïne bouddha blanc. Entre Mel Brooks et Tarantino, elle ne cesse de chercher des papous dans la tête grâce à ses techniques d’éradication. Vade retro Thanatos telle est sa marque de fabrique. Enigme résolu il sera temps de boire un canyon. Mais la pinture vient très vite en picolant un tel roman. La virtuosité ignore ici la pause au milieu des tétons flingueurs. Il y a là bien plus qu’un livre pour l’été  mais celui de l’année

Jean-Paul Gavard-Perret

Romain Puertolas, « Tout un été sans Facebook », Le Dilettante, Paris, 2017.

 

11:11 Publié dans Humour, Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

17/06/2017

Trump le Schtropumpf

Trump.jpgCollectif, « We Need to Talk », Ed. Petzel Gallery, New-York et Hatje Cantz, Berlin, 40 p., 25 E., 2017.

La galerie Petzel n’a pas attendu l’intronisation du Dux Imperator Donald Trump pour allumer des contre feux face à lui. Depuis, elle a mis les bouchées doubles en proposant un livre au format particulier (10 posters pliés deux fois pour proposer de fait 80 pages) là où une pléiade de créateurs et non des moindres (Cecily Brown, Paul Chan, Hans Haacke, Rachel Harrison, Jenny Holzer, Jonathan Horowitz, Barbara Kruger, Robert Longo, Allan McCollum, Adam McEwen, Sarah Morris, Dana Schutz entre autres) mettent le paquet pour tenter de faire du monarque un roi nu.

Trump 3.jpgLes artistes inventent toute une calligraphie plastique. Se révèle un mouvement de désobéissance civile selon divers angles et pour casser les chorégraphies de celui qui invente sa propre narration obscène du monde. Sa théâtralité est donc mise à mal à travers diverses expériences plastiques. Le regard s’infiltre dans ce dédale. Les artistes ouvrent la voie à une vérité cachée. S’éprouve l’intimité de l’écart. Elle reste la condition exigeante de l’expression artistique. L’intelligence critique des images propose des transgressions nécessaires face à celui qui force le réel selon « la sainte concision » de vindictes et mensonges.

Jean-Paul Gavard-Perret