gruyeresuisse

27/04/2019

Je ne vois que toit (I)

Barback

Echafaud d'âge, Vieille viande d’amour, source des paniques dans le lit à creuser. Arc-bouté et tête renversé : faire la queue en taciturnes burnes, mie des mots avalée, rivant l’outre. Espoir de petite mort. Angoisse du jouir. Crissement doux de la carotte quand sous la main le gouffre s’ouvre en huile bouillante.

 

Berthet.pngLe fricandeau s'anime dans la machinerie. « Voilà l’apprentissage » dit-elle au mâle faisant qui prend sa vie (« et ses larmes » ajoute-t-elle). Elle lui a permis d'enlever ses parures et son corset pour que son corps sage exulte. «Soulages moi» dit-elle. Alors il la déguise en négresse comme on disait jadis et brasse la soupe du plaisir.

 

Qu'importe si la chair déborde. Sous la toison pâmoison. « Ce que tu ne voulais pas tu le peux ; ce qui te faisait peur t’exulte » dit-elle. Lumière dans la nuit par les religieux délices d’une Kali pigiste. A deux vont l’amble, parfois dans la colère, parfois dans la délicatesse dès qu'elle touche de lui le machin qui, lorsqu'il était enfant, avait grossi sans qu’il comprenne .

 

Haut dans sa combe il n’appelle nulle part ailleurs. La mansarde ne laisse voir de la ville que ses toits. Là-bas est le vide. Ici l'en faire est pavé de ses bonnes intentions. Il est toujours là quand (comme disent les psychanalystes) mettre le machin dans le truc fait de l'infemme non un pestiféré mais le zéro de conduite pour Sissi bémol majeure. Cela bien sûr s'il sait l'honorer et joint à l'action des mots mûrs murant des fa dièses.

 

Léo  Tell (aka Jean-Paul Gavard-Perret)

(gravure : Danielle Berthet)

26/04/2019

Pans et vibrations : Linus Bill + Adrien Horni

Linus.pngLinus Bill + Adrien Horni, "Katalog", Wilde, Genève, du 16 mai au 27 juin 2019.

 

En parallèle à leurs pratiques en solo, les deux créateurs suisses ont créé un duo : Linus Bill + Adrien Horni. Ils construisent des oeuvres souvent monumentales et abstraites fondées sur un oeil unique par le deux. Formes libres et couleurs franches sont aussi une question de "mains" qui déplient une fluidité de l'espace à travers divers médias.

 

 

Linus 2.jpgLe travail final est précédé par des formats noir et blanc. Puis les deux créateurs dessinent, découpent, collent d'immenses assemblages parfois numérisés dont la métamorphose devient une poésie en acte et de toutes les couleurs en agitations de clartés concentrées. Les manières de faire, manuelles ou issues de dispositifs techniques, convergent en un expressionnisme abstrait revisité par les deux artistes venus du graphisme et de ses concepts.

 

SLinus 4.jpg'instaure  une forme de nudité bien plus profonde que celle de l'habituelle "peau" de la peinture. Chaque oeuvre propose l’interstice, le passage, ouvre l’image de manière extatique, exorbitante Ce qui est solide, pesant s’évaporent en franges ou remous. Tout progresse dans l’éther diffus où se noie le regard. La lumière devient étoffe, elle habille l’ombre et l’inonde de vie.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Les introspections aimantées de Robert Seguineau

Seguineau.jpgRemettant en question l'approche de la sculpture Robert Seguineau en a multiplé les prises pour aller du classicisme convenu à une liberté d'interprétation en passant à l'abstraction comme à la symbolique minimaliste la plus prégnante. Une de ses plus belles oeuvres reste sans doute sa médaille au sein de laquelle d'un côté se découvre une oreille, de l'autre une bouche afin de rappeler de manière la plus simple la problématique humaine et la communication.

 

Seguineau 2.jpgEt c’est sans doute parce qu'il ne peut pas accéder à tous les secrets qu'il a créé une telle pièce. Plus généralement l'oeuvre devient pour lui un moyen d'offrir une émotion qui n'a rien de façade mais de profondeur d'âme dans l'esprit du Tao. Chaque réalisation devient un visage non seulement de l'être mais du monde.

 

 

 

Seguineau 3.jpgLa sculpture se fait mémoire, se fait trace de ce que l'impression vécue mais aussi l'expérience humaine laissent en elle. Existe toujours un travail rigoriste en des évocations "orphelines" proches du silence où la vie demeure présente même si se perçoivent des gouffres sous l'apparence. Contre le désastre croissant de l'imaginaire l’artiste provoque une présence qui donne un profil particulier au temps dont le disque devient un sorte de modèle.

Jean-Paul Gavard-Perret