gruyeresuisse

28/04/2018

Gil Rigoulet : cet après-midi j’ai piscine

rigoulet.jpgConnu pour ses images de rockers normands dans les années 1970, Gil Rigoulet présente une série inédite de sirènes Leur vision n’a rien de classique. Aficionados des bains de mers, arpenteur zélé des piscines l’auteur arpente leurs lieux depuis plus de trente ans. Et c’est un bain de jouvence où, tel un abbé, Rigoulet sourit dans un pari excitant là où par effets aquatiques le réel pourrait sembler sans prise.

rigoulet 3.jpgLes histoires d’eau commencèrent à la piscine d’Evreux à l’aide du « Baroudeur » amphibie de Fugica. Le photographe en est aujourd’hui au cinquième appareil du même type… Pour autant Rigoulet n’est pas un voyeur compulsif : s’il prend les naïades par surprise c’est que désormais les photos sont interdites dans les piscines. Mais il a inventé un inventaire unique en noir et blanc de tels lieu et leurs nageuses aux intrigants attraits.

rigoulet 2.jpgCette série s’insère dans une recherche sociologique et esthétique sur le thème « Le corps et l’eau ». De l’originalité des prises, de la sublimité des femmes et du bonheur de l’abandon se dégage le jeu des formes et de la lumière. Des femmes osent une nudité appuyée et tout devient tendrement drôle et beau. Il suffit que s’identife la forme d’un corps, que se perçoive son signal et c’en est fait. La liberté est là. La vie quasi « primitive » tout autant.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gil Rigoulet, Le corps et l’eau, Galerie Hegoa, Paris.

27/04/2018

Le Boston de Tyler Kpakpo

TYLER BON.jpgTyler Kpakpo est étudiant en pharmacie, DJ et photographe. Il shoote la vie des rues de Boston en jouant de divers reflets et en scénarisant des « modèles » qu’il transforme en photographes amateurs dans un jeu de double bande. Soit il leur met en main un appareil pour se faire photographier lui-même, soit il les photographie au moment de leurs propres prises pour saisir comment eux-mêmes procèdent.

TYLER.jpgIl sort dans les rues lorsque le temps est beau car il existe alors des ombres très marquées sur les buildings de Boston ou près du port. Kpakpo a commencé adolescent avec un appareil Fuji Superia 400 en photographiant les piétons, les maisons et tout ce qui retenait son attention et en y concentrant son énergie avec un attirance marquée pour la vie des autres sans souci d’une esthétique pour l’esthétique.

TYLER 2.jpgLe portrait chez lui n’est jamais indépendant des lieux de prise et de la qualité de la lumière. Même lorsqu’il travaille en équipe il choisit toujours lui-même ses modèles. Il utilise un « Contax » mais tout autant son portable afin de pouvoir saisir une image à un instant donné. L’objectif demeure le suivant : ne pas se sentir en zone de confort lorsqu’il prend ses photos. Mais la vie doit être toujours présente. Quant à ses modèles il les met toujours au courant de ce qu’il fait afin qu’ils ne prennent pas de poses artistiques mais gardent un « naturel » à visée documentaire. Il se préoccupe de leur bien-être afin de créer pour chaque séance ou séquence, autant une expérience qu’une intimité. Celle-ci se ressent toujours dans son travail. Elle crée même le style du jeune artiste.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Katharina Mayer : familles je vous aime - enfin presque

Mayer 3.jpgKatharina Mayer, “Familienbande”, Fotohof, Salzburg, 151 p., 2018.

Katharina Mayer cultive une appétence pour les grandes familles. Elle ne cesse de les présenter en groupes et sur une ligne subtile entre document et photo d’art. La frontière est volontairement floue. Il existe là un humour corrosif sous l’apparente impeccabilité. Positions, postures, perspectives sont inhabituelles. Et la présence du décor et des accessoires n’a rien d’anodine.

Mayer 2.jpgChaque cliché devient une mise en scène aussi réaliste qu’énigmatique voire parfois surréaliste. Enracinées mais voulant se priver de re-pères et de mère glaise ces photos dans leur fixité troublent l’espace « officiel » afin de prouver combien il « ment ». Elles nous font de l’œil en nous transformant un voyeur de ce qui échappe à des modèles consentants apparemment fiers et rassurés (ou complices) d’être ainsi exhibés.

Mayer.jpgChaque portrait propose des routes innombrables là où sous le manteau la photographe semble dire : « Famille je vous ai, famille je vous hais ». Les corps en témoignent. L’homme est là, phallique ou en embuscade. La femme doit remonter à l’air libre pour n’être plus noyée. Katharina Mayer saisit le suspens de telles théâtralités. Elle y introduit le doute par ce qu’elle colonise en sa recomposition et sa narration.

Jean-Paul Gavard-Perret