gruyeresuisse

26/01/2018

Bernard Voïta : tout se complique

Voita2.jpgBernard Voïta aime la surenchère formelle et refuse la simplicité tout en caressant un sens du design particulier. L’approche Ikea n’est pas sa tasse de thé. Au style cosmétique il préfère l’alambiqué et produit une vision dynamique des formes et des couleurs. Ce qui est sensé aller droit se met à vriller. Les formes se contredisent et deviennent délicieusement agressives. Mais l’artiste prend soin d’atténuer leurs morsures.

 

 

 

 

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Les structures se replient ou à l’inverse sont lancées en avant d’elles-mêmes. Le regard est soumis à ce qui semble échapper à la raison pure ou à la pure raison. Le métrage devient volontairement abusif et allègre. Le tout en de pures échappées, en velléités d’ascension ou ébauches de repli. Tout devient jouissif là où l’utilité est soumise à une belle reculade. Quant aux couleurs, elles aident par leur arrogance à l’esprit de se déplier et à réactiver l’imaginaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Bernard Voïta, Galerie Laurence Bernard, Artgenève 2018, du 1 au 4 février 2018, Palexpo, Stand B43.

Sara Marcel : tout ce qui reste, voire plus

Sara Marcel 4.jpgLa texane Sara Marcel avec « What Did the Deep Sea Say » (titre emprunté à une chanson de Woody Guthrie) explore la ville (Hollywood en Floride) où résidait sa grand-mère pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le grand-père de l’artiste était un marin pendant la guerre et ses postes d’affectation se trouvaient en Floride. A l’origine il y a la découverte par l’oncle de la photographe d’une valise oubliée abandonnée son sous-sol, pleine de vieilles photos de famille. Sara Marcel comprend vite qu’il existe là et par image un journal secret et caché de sa grand-mère plus « amoureuse » que sa vie de femme et de grand-mère le laissait croire.

Sara Marcel 2.jpgAu-delà, la créatrice s’interroge sur la mémoire, les « restes » et oublis volontaires ou non et la version de la vie ou son récit telle qu’il se transmet de génération en génération. Tout un contexte de plages et de palmiers permet de préciser une quête impossible. Les grands-parents étant décédés la photographe ne peut parler aux morts. Et tout ce qui reste de leur histoire, ce sont ces photographies.

Sara Marcel 3.jpgDans la ville de Floride où ses grands-parents vécurent Sara Marcel a pris des photos couleurs afin de relier le passé au présent. L’artiste crée un univers équivoque et à cheval entre fiction et réalité en une approche aussi narrative que conceptuelle. La mère de la photographe apparaît dans ce projet pour faire le lien entre la grand-mère et la fille.

 

 

 

 

Sara Marcel.jpgCe travail prolonge le projet précédent May the Road Rise to Meet You » consacré à la vie du père de Sara qui parcourait les USA pour vendre des poteaux télégraphiques. Il existe là deux récits enchevêtrés qui suspendent le temps en créant un rapport avec le sien. Le tout comme s’il fallait aller chercher chaque fois un peu plus loin l’écorce du réel pour raconter et « imager » des histoires de solitude et d’attentes.

Jean-Paul Gavard-Perret

12:00 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (1)

25/01/2018

Camille Sanson : maternité

Sanson.jpgLa femme dans l’œuvre de Camille Sanson est ouverte à la mort, au supplice, mais aussi à la joie et la vie dont elle est la porteuse. Douloureuse et heureuse elle paraît ici dans une lumière voilée presque « divine ». Mais son immense alléluia semble se perdre dans le silence sans fin. La photographe néo-zélandaise basée à Londres a travaillé dans les domaines de la photographie de mode, du portrait et de la nature morte. Mais sa série « Absolution » devient un moment important.

Sanson 2.jpgElle crée un mouvement de balancier entre la vie et la mort au moment où l’artiste était enceinte puis mère lorsqu’elle créa sa série. Elle y met en images les affres, les peurs et le lâcher prise qu'elle-même vécut comme beaucoup de nouvelles mères. L’artiste s’est approchée au plus près de ses affects pour mettre à nue « la douleur collective à la source du féminin ». La maternité « expose » donc la part obscure de l’être lié à la gestation et la naissance.

Sanson 3.jpgL’artiste en figure divers état selon des visions aimantées par un objectif : « inspirer les femmes souffrant de problèmes de santé mentale à chercher à guérir en abordant leurs peurs subconscientes et en approfondissant le lien avec leurs zones d’ombre. » Et Camille Sanson d’ajouter : « c’est essentiel si nous voulons savoir une vie plus heureuse lorsque nous amenons de nouvelles âmes dans ce monde, afin d'éviter de transmettre nos propres problèmes à nos enfants et de perpétuer en eux des schémas inconscients. » A ce titre les mâles eux-mêmes peuvent y découvrir des mystères et faire un progrès dans leur rapport à leur compagne, à eux-mêmes et leurs progénitures.

Jean-Paul Gavard-Perret

Camille Sanson, « Absolution », Herrick Gallery, Londres du 29 janvier au 3 février 2018