gruyeresuisse

03/05/2019

Maxime Genoud el les bijoux ravis

Genoud.jpgMaxime Genoud, "The Weirdest Boner", Photographies, Exposition dans le cadre de la septième édition de la Fête du Slip, Festival des sexualités, Lausanne, mai 2019.

Pour le plaisir comme disait Herbert Leonard, Maxime Genoud a parcouru les stands et allées de l’AVN - "Adult Entertainment Expo" - de Las Vegas en janvier 2019. Et c'est occasion de rappeler combien dans le cochon tout est bon - même lorsqu'il est humain. Il en va de même avec la charcutière et l'homme qui tient la caisse.

Genoud 2.png

Le photographe a donc suivi consommateurs et commerciaux de l'industrie érotique voire pornographique. Il fait preuve d'une vision distanciée : à la fois ironique mais précise quant à une production qui bascule de la libéralisation des corps à un money making system porté à la perfection.

 

Genoud 3.jpgMaxime Genoud s'amuse une nouvelle fois avec des postures et impostures voire une "furor vacui" dont il n'est jamais dupe. Une forme de prostitution institutionnelle prend le haut du pavé. Mais pas question pour lui de s'en offusquer : mieux vaut jouer avec de tels stéréotypes  de spéléologies  plus ou moins spécistes pour les annihiler.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Je ne vois que toit (VII)

carlson 3.pngKit Carlson

Danse? Disons plutot mouvements de jambes. Faibles quoique insistants. Sur terre ferme. Enfin presque. Ferme n'est pas le mot puisque d'argile mou. Tout semble suivre une composition de rythmes. Cela sollicite des muscles et du nerf et une faculté d'improvisation dans l’obscurité cryptique.

Rien n'est clairement distinct mais sollicite tous les sens. Une métaphysique gestuelle investit l’inconscient où s'esquissent des mouvements polymorphes. Ils miment par une quantité innombrable de points de suspension. Tout semble troué. Danseurs et danseuses ont jusqu'à soixante ans. Soixante dix peut-être.

Carlson.jpgLe mouvement continuel d’autocorrection perdure car la fatigue est intense et les positions inconvenantes. Tout doit rester sans qualités. C'est l’expression rhétorique de l’écart, d'un rabâchage gestuel apparemment chaotique mais construit sur des effets de reprises et de variations.

Le corps va. Ou ne va pas. Ou mal. Au nom d'un vieil accident qui a laissé des séquelles. Danse ? Disons arrêts, puis reprises. Aller encore aller et ainsi de suite sous un vague rayon de lune. Et un son grave et profond de tristesse invincible. Chacun semble au monde avec ses marmottes. C'est du Ramuz. La fin approche. Mais le corps tient encore, presque désincarné prêt à tomber dans le vide ou à quitter la terre. Glaise au demeurant.

Lhéo Tell (aka Jean-Paul Gavard Perret)

09:17 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0)

02/05/2019

Barbara Polla : après Weinstein

Polla.pngPolla 2.jpgDans son nouvel opus, sorte de suite à "Femmes hors normes, Tout à fait femme, Tout à fait homme", la genevoise Barbara Polla examine les nouvelles donnes du féminisme : intersectionnel, LGBTIQA, pro-sexe, pro-désir, antipsécisme, entrepreneurial, etc.. Chaque fois avec clarté l'auteure fait un point précis des nouveaux enjeux, leurs espoirs mais aussi leurs risques et manques afin d'éviter certaines impasses. 

La séduction et le désir y sont examinés dans les divers lieux du monde et les données inhérentes à leurs cultures. L'auteure ne tombe jamais dans le goût des dogmes ou du manifeste. Elle cultive une liberté de pensée impertinente pour dire tout ce qui ne se pense pas ou si peu en reprenant des textes majeurs : de "La nuit sexuelle" de Quignard aux livres de Maïa Mazaurette. 

Polla 3.pngSans la moindre posture face aux impostures - celle qui a appris à n'être obligée de rien ouvre des voies au sein même des corpus théoriques qui entraînent en dépit de leur propos une réduction du corps. Contre les machismes, sexismes, partiarcats, racismes, homophoblies, enfermements, etc., Barbara Polla n'oppose jamais femmes et hommes : elle sait que "balancer son porc", n'est qu'une impasse : "j'aurais préféré que l'on parle de ma dignité plus que de mon porc". D'où un appel au "nous" plutôt qu'à l'exarcerbation des "contraires". C'est par ce nous que passe toute autonomie nécessaire à une nouvelle démocratie des corps et des esprits. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Barbara Polla, "Le Nouveau Féminisme", Editions Odile Jacob, Paris, 2019, 272 p..