gruyeresuisse

28/10/2017

Véronique Sablery : lueur survenue

Sablery.jpgL’œil est-il insoucieux du lieu où conduit son errance ? Véronique Sablery répond (à sa manière) comme elle évoque en ellipse ce qu’il a abandonné derrière lui. Souvent il est épuisé, mais une intuition jaillissante le redresse. C’est l’effroi à surmonter pour s’offrir à la métamorphose de la vie.

Par effet de double, de triple, se mesure le chemin parcouru. Voyant ce qu’il a traversé se sent-il apaisé ? Au moment donné de l’aujourd’hui il accepte d’un « coeur » égal qu’épreuves et joies fécondent sa pupille. Ouvert il reste la réserve d’un oui. Qu’importe le passé d’où il sort comme l’errance qui le conduit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Véronique Sablery, La Chambre antérieure», « Igda 2.0 », du 10 au 23 novembre 2017.

17:38 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

La révolte des clones : Pol Kurucz

Kurucz.jpg« Uncovers » de Pol Kurucz est un détournement enjoué des couvertures de magazines féminins. Les modèles semblent s’affranchir de ce qui est attendu d’elles. Les lectrices - fashionnista ou simples victimes des publications sur papier glacé- y trouveront - pour peu qu’elles fassent preuve d’humour - un antipoison.

 

 

 

 

Kururcz 3.jpgExiste une farce et un suaire afin de renverser les mythes poussifs qui fouettent le regard afin de faire germer les fièvres acheteuses. Paul Kurucz met les corps en déséquilibre sous feinte de romantisme déliquescent mais néanmoins délicieux (la chair demeure insolente). Les modèles montent sur le pont d’un bateau ivre ou invitent à descendre vers l’Enfer dans l’ascenseur dont elles deviennent liftières. Elles sont fières des tours qu’elles jouent car si elles ne donnent rien elles promettent tout avec un air mutin.

Kurucz 2.jpgA travers leurs vêtements ou dans leur nudité se créent des chorégraphies dégingandées. Un univers de délices est là. Mais décalé Les seins semblent faits pour la bouche comme deux glaces aux framboises, une jupe laisse voir entre ses laps certaines intimités. Néanmoins l’image est parodique. Le photographe lui donne une interprétation faussement anecdotique et passablement primesautière. Preuve - peut-être - que l’avidité peut être absolue mais jamais idéale.

Jean-Paul Gavard-Perret
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27/10/2017

Les euphémismes visuels de Marine Lanier

Lanier 2.jpgLe travail de Marine Lanier se sépare en deux parties distinctes : les plans qu’on nommera panoramiques et les plans resserrés. Les visages sont saisis par les seconds mais ils sont choisis parfois aussi pour cerner les paysages. L’artiste photographie autant son terroir que des espaces forains. Elle ne cherche jamais une vision touristique. L’objectif n’est jamais de faire décor mais par une partie qui fait le tout ou une totalité d’offrir une acuité particulière à tout ce qui se dérobe.

Lanier.jpgLe matériel imposant (chambre photographique) et sa raideur permettent le passage du détail à la vue d’ensemble. Existe autant un effet de « close up » que d’immensité selon ce que la créatrice veut exprimer et transfigurer avec un degré de distance nécessaire dans lequel l’expressionnisme jouxte l’impressionnisme.

 

Lanier 2.jpgPlans larges ou resserrés qu'importe : le sens du détail demeure présent. Les deux directions opposées se rejoignent : des chaînes de montagne aux lichens tout répond à la même exigence. La simplicité minimaliste contrarie le lyrisme par une pratique de l’euphémisme visuel. Morcelé ou non le réel se saisit par celle qui devient une géographe poète. Elle rassemble des sensations d’expériences vécues sans que pour autant elles ne s’expriment par les effets de secousses ou ondes exhibitionnistes. Tout garde une forme de rigidité habile en un condensé d’indices.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marine Lanier, « Nos feux nous appartiennent », Exposition Espace JB Genève (4 novembre – 22 décembre 2017) et publication : Editions JB Genève et Poursuite Arles avec un texte d’Emmanuelle Pagano « Grandir comme un arbre ».