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31/01/2018

Simon Procter à Zurich : Bonjour Mr Lagerfeld

Lagerfeld 3.jpgLe peintre, photographe et cinéaste, Simon Procter a créé une approche originale des défilés de mode. En conséquence il est devenu photographe du genre. Existe dans ses clichés un indéniable caractère pictural classique. Ils créent une jonction entre la factualité des magazines de mode et l’intemporalité des expositions muséales.

Lagerfeld.jpgProcter entretien une relation privilégiée avec Karl Lagerfeld. Les deux sont des passionnés de photographie. L’exposition de Zürich présente des épreuves du livre « Modeland » en rapport avec le maître de Chanel. Elles sont le fruit d’une collaboration complice. Dès sa première rencontre avec le couturier Procter fut séduit non seulement par le personnage mais l’homme courtois, chaleureux, drôle et attentif aux équipes avec lesquelles il collabore. Cette jovialité a commencé au « Grand Central Station » où Lagerfeld a traversé le hall à grandes enjambées dans une séance improvisée et à l’insu de tout le monde.

Lagerfeld 2.jpgLe photographe a su mettre en exergue la démesure qui caractérise les mises en scènes des défilés tels que Lagerfeld les affectionne. Plans d’ensemble et de détails permettent d’approcher avec humour (mais pas seulement) des fresques que les prises immortalisent. S’y ressentent une poussée architecturale et une ferveur artistique exceptionnelles là où un mariage entre la Psyché et Cupidon reçoit allègrement le nom de volupté. Une volupté particulière et de l’ordre de la statuaire.

Jean-Paul Gavard-Perret


Simon Procter, « Modeland and Mr. Lagerfeld », Galerie Kate Vass, Zurich, février 2018.

 

Siegfried Halus : au-delà du genre

Halus 2.jpgSiegfried Halus photographie des corps nus en mouvement. Ils créent l’espace au fur et à mesure qu’ils bougent, se déplacent. Ils demeurent en acte, tendent immédiatement vers l’informe par le longtemps de pose. Le mouvement est donc c ce qui trouble. La chair apparaît de face ou de profil. Il y a du Gréco en de tels spectacles. Mais aussi des spectres qui sortent de la nuit et s’abandonnent à la tension. Le corps frémit, attend.

 

 

 

 

Halus.jpgEt si finalement, en dépit des apparences, Siegfried Halus présentait le corps sans organe d’Artaud commenté et théorisé par Gilles Deleuze : « Le corps sans organe s’oppose moins aux organes qu’à cette organisation des organes qu’on appelle organisme » ? Dans des prises en long temps d’exposition, la présence intense, intensive touche au mythe. L’univers photographique engendre des anges vivants là où tout se transforme en cérémoniaux. Ils rompent avec les bornes de l’activité organique. En pleine chair, jaillit une émotion archaïque où ni la douleur ni le plaisir ne seront clairement affichés.

Jean-Paul Gavard-Perret

Siegfried Halus, “Body Out of Darkness”, Daniel Cooney Fine Art; New-York, du 11 janvier au 24 février 2018

30/01/2018

Noémie Doge la célestine

Doge bon.jpgNoémie Doge, "Méditations sur un cheval de bois",  Galerie Kissthedesign, Lausanne, du 1er décembre 2017 au 17 février 2018.

Noémie Doge a choisi pour présenter sa nouvelle série de grands dessins de paysages célestes un titre apparemment surprenant : « Méditations sur un cheval de bois ». Le titre est celui d’un article de philosophe de l’esthétique et historien d’art Ernst Gombrich. Il illustre - comme le précise la créatrice – « l’idée de substitution selon laquelle « un cheval de bois ne ressemble pas à un vrai cheval, il n’en est pas l’image, ni la reproduction (...) ce qui n’enlève rien à sa puissance hippique ». Il acquiert pour un enfant « une réalité telle qu’il se substitue à tout cheval ».

Doge 2.jpgLa plasticienne utilise les sphères célestes dans cette même perspective. Elle crée des dessins qui se veulent le « double » d’un paysage où il devient possible - pour peu que l’imagination ne soit pas « morte » - de rêver puisque le regard transforme le paysage en cieux. L’énergie déferle dans l’espace en dépassant le bout des doigts.

Doge.jpgLa création « poétique » remplace ou complète la philosophie de l'histoire de Gombrich. Les images remontent d’une certaine manière au rêve de l'origine. Le dessin en son amenuisement loin de principes théoriques ou rhétoriques permet de construire - de façon paradoxale et asymptotique un mouvement d’ascension.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:54 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)