gruyeresuisse

04/05/2019

De la cité des rêves à celle des spectres - Alessandro Mercuri

Manzoni.jpgAlessandro Mercuri, "Holyhood, vol. 1 - Guadalupe, California", coll. Shushlarry, art&fiction, Lausanne, 2019, 190 p..

Fidèle à ses détournements et ses fantaisies charpentées sous divers types de documentations Alessandro Mercuri trouve dans la cité des anges et du cinéma un lieu idéal pour introduire ses trolls et des fakes news des plus séduisantes. La traversée d'un tel purgatoire devient une fuite en avant par effet de retours et de retournements.

 

 

 

Mercuri 2.pngLe spectacle règne au moment où la fabrique du cinéma pique du nez là où l'auteur en propose sa contre-histoire. De la Colline du Sacré descendent les clones : de Cécil B. DeMille, Ramsès II à John Wayne, Jules César et bien d'autres encore. Et pas forcément des ombres tutélaires mais un tout venant. Ce qui pourrait devenir un "mixed up confusion" se transforme en néo-peplum au moment où  - anticipant le grand tremblement de terre qui rugit sourdement sous la ville - surgit une antique cité mi Ys, mi égyptienne.

Mercuri 3.pngLe dieu Ra se ranime au moment où Alessandro Mercuri - comme Warburg et Godard mais avec son propre imaginaire - crée un monde hirsute, délirant. Rien n'y manque. Pas même des psychanalystes suisses... Une nouvelle fois l'iconoclaste massacre la fiction classique pour l'entrainer dans le merveilleux de tourbillons d'histoires entre océan Pacifique et stucs en stoc des studios et leur univers sale.

Jean-Paul Gavard-Perret

Je ne vois que toi (VIII)

Fol asile de l'obscur.

 

folazil 2.jpgRSI, hérésie. Et Freud rattrapé par les mots là où, là quand, Lacan par 3 lettres cerne l'inconscient et saisit ce qui ne s'attrape pas de celui-ci : le Réel.

 

Freud ne l'imaginant pas, ne le parlait donc pas, mais l'actait en sa lactance, le lattait en sa latence. Attendant languissamment de voir apparaître comme un calice ce Réel qu'on n'imagine pas, qu'on ne peut nommer. En ressentir la présence n'aide pas forcément à vivre sauf dans l'imagination et son cas lice ou son hallali.

Reste donc de ce qu'on essaye d'attraper, l'innommable, le non imaginable. Bref la chose qui revient, qui justifie l'art (même le plus abstrait d'entre eux, à savoir la musique) et la littérature. La dernière ne cesse de rameuter. En tant que jouissance, symptôme, poussière sur les stores, merde sur un décrottoir.

Telle est donc la quadrature des cercles. En guise de terre ferme, notre bord de mère s'amuse à nous laver mentalement les pieds : satisfaction de la voir revenir même si ça nous fait souffrir, ou jouir - sans aucune maitrise possible et dans une impatiente clandestinité. Entre autres chez les plus impatients d'entre nous d'Henry James à Jack l'éventé. Ils ne purent réprimer un certain enthousiasme.

Folazil.jpgLa directrice du Folazil (édition grenobloise qui mêlent les voix des fous et des autres sans jamais spécifié qui est le sain(t) et l'hérétique) vient de me rappeler combien ces 3 lettres sont précieuses et jubilantes pour repérer un symptôme et permettre à celui qui s'en plaint de le cerner (sinon en entier du moins son reste...)

Je lui en sais gré. Et grâce à elle j'entends soudain mieux les êtres parler. C'est la limite à mon savoir. Est-ce  aussi celui des autres  ou simplement l'effet de mon ramollissement général ? Dérailleur des ailleurs, ma lance d'instances-dits n'est qu'entrave ou mol bastingage pour fantôme de l'opérateur.

Les choses  - faute d'exister vraiment - se passent ainsi dans ma tête. Et c'est en cette (im)posture que l'abruti finit (avant de reprendre plus tard) même si , fidèle à Corneille, il comprend, combien le désir s'accroit lorsque l'effet se recule.

Lheo Telle qu'elle (aka Jean-Paul Gavard-Perret)

08:57 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0)

03/05/2019

Nathalie Herschdorfer du Locle au monde

NHerschdorfer.jpgathalie Herschdorfer est curatrice et historienne de l’art spécialisée dans l’histoire de la photographie. Elle dirige le Musée des beaux-arts du Locle (MBAL). Pour elle "Le corps est un champ de bataille". Elle le montre en diverses sources sous un kaléïdoscope de poses, couleurs, formes. Elle le politise et le conceptualise. Et ce au moment où l’époque numérique le transforme et que s'ouvre l'ère « corps post-industriel ».

 

Herschdorfer 2.jpgCelui-ci reste un objet. Mais d'outil au service de divers process et utilisations (mains d'oeuvre comme vecteur d'éros) il devient ce que Nathalie Herschdorfer nomme un "chantier". Il ouvre à de nouveau champs de fantasmes et de "réalité" qui répondent à des standards de curiosités, d'obsessions, de fantasmes plus ou moins préfabriqués.

 

 

 

 

Herschdorfer 3.jpgLe livre explore en 360 images tirées de divers "lieux" (art, science, mode, monde vernaculaire, etc.) les nouvelles normes et leurs exploitations. S'y retrouvent des photographies de Nobuyoshi Araki, Bettina Rheims, Lauren Greenfield, Viviane Sassen, Cindy Sherman, Daido Moriyama, Juergen Teller, etc.. Elles sont accompagnées de photos médicales et d’un texte du psychologue David Sander qui analyse des représentations neurologiques de notre propre corps. En un tel panorama, il apparaît dans ses divisions - de la beauté spectrale jusqu'à des visions plus littérales.

Jean-Paul Gavard-Perret

Nathalie Herschdorfer, "Corps", Panorama de la photographie contemporaine du corps humain, Fonds Mercator, Thames & Hudson, Giulio Einaudi editore, 2019.