gruyeresuisse

17/05/2022

Manuel Müller l'enchanteur

Muller.jpg"Manuel Müller fecit. Bois gravés/Holzschnitte 1971-2021", art&fiction, Lausanne, 2022. Exposition de gravures et sculptures du 20 mai au 20 juin 2022 au Kiosque d’art&fiction.
 
Difficile de classifier les sculptures et gravures de Manuel Müller tant son oeuvre exceptionnelle échappe à tous les tiroirs de rangement. Pour le critique Jaunin un seul mot n'est possible : "La seule qualification qui puisse le définir n’existe qu’en allemand: Einzelgänger. Le mot est aussi beau qu’intraduisible. Promeneur solitaire serait sans doute ce qui s’en rapproche le plus" écrit-il.
 
Muller 2.jpgManuel Mûller reste en effet un disciple de Rousseau, promeneur solitaire, arpenteur de chemins de traverses, de géographies décentrées et de croisements d’époques très diverses. L'artiste brasse tout pour donner ordre à la barbarie d'hier et d'aujourd'hui. Comme l'écrit Rodari celui qui navigue entre insider et outsider "évolue constamment sur le fil de la lame."
 
D'où la familiarité étrange que génère une oeuvre. L'artiste y recompose et réinvente tout par éléments d'art, d’histoire, de cosmogonie et d’ethnologie.  Sachant que tout a déjà été fait, Müller revendique néanmoins et affirme le droit de "refaire" sans cesse. Le tout en un syncrétisme plein d'humour et de gaieté. De là l'angoisse est subsumée par l'émerveillement que crée ce monde de ré-enchantements et de surprises continuelles.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

16/05/2022

Michele Landel ; du passé au présent, de la réalité au rêve.

Landel.jpgMichele Landel, "Invisible ; Unseen ; Unknow", Le Salon Vert, Genève-Carouge, du 13 mai au 18 juin.
 
L'artiste américaine Michele Landel est  établie depuis 2005 en France, à Sèvres. Elle développe une pratique qui associe le textile, la peinture et le collage à la photographie. Comme d'ailleurs le numérique au collage et l'enduit. Ses travaux sont présentés dans toute l’Europe et aux Etats-Unis. Ses œuvres jouent non seulement de différentes matières mais de différents temps.
 
Landel 2.jpgDes bouquets peuvent évoquer des souvenirs précis mais plus loin des silhouettes fantomatiques voyagent à travers un décor en une scénographie qui bascule du réel au songe. D'où différents moments  d'’évanescence, d’apparition, de disparition. L'artiste crée une fusion des perceptions dans un travail introspectif dont les frontières restent volontairement troubles.
 
Landel 3.jpgLe titre de cette exposition  "Invisible; Unseen; Unknown" marque bien - en ses natures mortes et paysages avec personnages, imprimés sur tissu - comment se construit un univers complexe. A partir de la photographie première tout un travail de métamorphose prend corps sur des matériaux qui ne sont jamais neutres mais racontent une histoire afin que des liens se tissent  entre passé et présent,  vu et invisible, su et insu.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

15/05/2022

Valerio Adami : fidélité aux fondamentaux

Adami 3.jpegLes nouvelles toiles de Valerio Adami restent fidèles au langage du créateur et à sa vision introspective et philosophique. Chacune sont des lieux provisoires et presque chimériques aux appels plus ou moins plombés.  Surgissant, venant de loin un espace de pulsion  crée un contraste entre les lignes et les plages de couleur. Tout semble émerger comme à l’avant de la représentation au moment où le dessin est le premier foyer.
 
Adami 2.jpegL’espace pictural crée une spatialité particulière. Il y a chaque fois l’esquisse et la totalité.  Souvent les surfaces  sont divisées en diverses parties. Chacune communique avec les autres avec une forme de pression et de tension où le graphisme, la "scripturographie" tient son rôle.  Chaque oeuvre crée un trouble là où paraît naître de l'invention instantanée du trait dans un espace qui n’existerait que par lui.  Dès lors chaque tableau se compose non pas selon l’espace mais selon le temps d’exécution. C'est comme si  Adami détruisait chaque pièce par la suivante mais sans abolir la précédente. Le tout avec une présence accrue autant de la crudité, du sexe et de la mort.
 
Adami.jpegDe telles oeuvres ne sont donc pas la simple récollection du souvenir et de l'histoire de l'art.  Si l’artiste italien ramène au jour l’enfoui, c’est à son propre jour.  Des laps violents apparaissent et disparaissent dans le souvenir du geste qui les a dessinés et retravaillés en un espace où différents degrés de lumière glissent et jouent par effet de dynamiques. Voir devient une activité en devenir parce que l'œuvre elle-même est une activité comparable.  A savoir ressaisir sous le frémissement du passage l’avènement d’une rencontre dans le lieu où la genèse de la forme devient indissociable de celle de son espace final.  IL est donc toujours  comme en formation : lieu mouvant, esquisse fuyante mais irrécusable d’une rencontre à venir.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Valerio Adami, Templon,- Beaubourg, Paris,  du 14 mai au 22 juillet 2022.

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