gruyeresuisse

05/08/2020

Ruth et Peter Herzog : la force des photographies anonymes

Bale 2.jpgRuth et Peter Herzog, "The Incredible World of Photography Collection Ruth et Peter Herzog", Kunstmuseum Basel | Neubau, Bâle, du 18 juillet au 4 octobre 2020/

Sous le commissariat d'Olga Osadtschy et Paul Mellenthin,"The Incredible World of Photography" devient pour le Kunstmuseum sa première exposition abordant l’histoire de la photographie. C'est une découverte sur un marché aux puces dans les années 70 qui est à la base d'une collection qui réunit plus de 500 000 photographies.

Bale 3.jpgLes clichés traversent le temps, des débuts du médium jusqu’aux années 1970. Toutes les évolutions de la photographie analogique sont représentées. Ruth et Peter Herzog font partie des plus les grands collectionneurs de photographies internationaux. Ils ont constitué une encyclopédie photographique qui réunit une masse de chef-d’œuvres anonymes du monde entier.

Bale.jpgDans cette exposition cohabitent la photographie amateur, commerciale et scientifique du XIXeme mais aussi la photographie publicitaire et de presse du siècle dernier. Comme le soulignent les deux commissaires, il apparaît clairement que ""la" photographie n'existe pas", chacune définit son propre réseau de vie sociale, institutionnelle et/ou historique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

04/08/2020

Marie-Philippe Deloche et le garnement

Deloche Cauda.jpgDans ce dialogue pas question d'aller clopin-clopant. Fidèle non seulement à sa réputation mais à ses conquêtes, Cauda est étalon d'or de l'empire des sens. Mais pour autant sa moitié (uniquement littérairement parlant et pour ce livre) ne s'en laisse pas compter. Elle n'est pas dupe de ce peintre et écrivain qui se cache sous le Gilles de Watteau mais qui verse bien vite dans les bals de Toulouse-Lautrec. Il a beau cité Greco : voilà Kim Novak qui pointe le bout de ses seins.

Cauda 4.jpgDès lors Marie-Philippe Deloche lui tire les oreilles, lui souffle dans les bronches - histoire d'ébranler "l'âme à tiers" du délinquant dont sonne le gland à n'importe quelle heure. Il se raconte ici tel qu'il est : primesatier de primes sauteuses ou de maîtresses femmes. Sa correspondante reste astucieuse et sait au besoin demander au chenapan de créer des images pour dire ce que ces mots cachent de maux et de tifs ébouriffés dans l'étreinte. D'où l'élaboration d'un livre remarquable de deux créateurs. C'est le premier d'une nouvelle maison d'édition. Elle ne pouvait mieux commencer qu'avec le pi(t)re et la meilleure.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Cauda et Marie Philippe Deloche, "Jacqueries suivi de Carnets de Voyages", Editions Associations Libres, Corenc, 2020, 106 p., 39 E..

Les mûres ont des oreilles - Van Gogh

Tristan 5.jpgSilencieuse colonne tissée de mots noués au vertige des vertèbres. Egouttement de lettres saltimbanques tendues au fil de l’oreille où erre la lame à la peau avec un peu de sang sans une écume en échange. Voyelles et consonnes se balancent en collier, en vagues d'entailles. Elles peuvent - amulettes au cou d'improbables sortilèges - serrer, ronger la gorge, étrangler. Sortant de la fosse d’un temps sans parole, elles en fouillent les orifices que nul ciel n’a pénétré pas plus que les strates d’une mémoire fissurée avant que Van Gogh s'en empare.

Elles entourent, entonnent dans la faille du temps, dans sa brêche. Font barrage ou appellent le vide. Un vide à combler . Elles ne se quittent pas. C’est une maladie, une addiction, un alcoolisme. Un coup de tabac. Mais elles ne sauvent pas. Leurs mots ne sauvent rien. Nous les traversons, nous sommes traversés. Ils sont faits pour croire qu'il reste quelque chose. C’est là que nous aurons vécu dirions nous en cas d'éternité comme celle du peintre.

L’inaudible y parle, empêche la coupure. Secousses maintenues, agitation de l’opaque. Elles rappellent au peintre comme aux ravis, capturés, dépossédés : "Souriez, souriez comme vos entrailles et lobes. Les faciès facétieux de vos plis et trous font une charnelle constellation". Celle-ci voudrait troubler les comètes mais ne font que trembler la phrase provisoire de l’être. Avec le temps les muscles se dissolvent avant de décrocher la gorge de ses histoires éructées ou de lettres à un frêre pour combler le présent et ronger le passé en des croassements. Seule la peinture les sauve.

Elle découvre les pas des cendres du désir, creuse l’ombre et inscrit le résidu de spectres une fois que le sang devient mûre. Une fois la tête effacée, l'oreille cassée tue le vacarme des os. Le cou, triste toupie d’artères échevelées, s'effiloche au sarcasme de la terre. Le moi court comme une poule décapitée et aux nerfs tranchés. Sans tête la blessure de l’être - biffé de-ci, de -là - scie le sens du là, du si las. Dans le vent qui va, la salive du sang-soleil. Ce boit sans soif - sans égard à la lune, sans marée en son ventre - lace l’air dans le sillage du silence. Nul temps dedans. Tourne toupie. Tourne sol.

Jean-Paul Gavard-Perret

Dessin original de Tristan Félix.