gruyeresuisse

21/04/2018

Tania et Lazlo : images mentales, songes et berceuses

Tania et Lazlo 3.jpg"Le Temps d'un Silence" est une histoire visuelle à plusieurs niveaux de « lecture ». La femme devient une Lilith à la recherche de qui elle est. Insomniaque rêveuse elle semble renoncer aux flambeaux du dicible pour se mêler à des lieux où l’absence à elle-même ne peut que se renforcer.

Tania et Lazlo.jpgNéanmoins une quête a lieu. Se prolonge même. Nouvelle Chaperon Rouge les loups l’accompagnent. Mais elle semble hors d’atteinte. Tania et Lazlo la présentent en des scènes de rêves ou de cauchemars dans l’imminence d’un jour à naître ou à disparaître. L’héroïne semble à la fois terrifiée mais son ébahissement lui ouvre des portes. Existe une audace nocturne. Et les deux artistes ouvrent des portes afin qu’elle quitte un monde où elle ne fait que mitonner et tâtonner.

Tania et Lazlo 4.jpgSur la nappe du monde et ses luzernes, la femme devient le grand trèfle, l’autre de la nuit immobile et l’envers de son propre spleen. Mystique d’une certaine manière, elle consent à la mélancolie mais à la lisière d’une forêt des songes elle dit le vœu d’un jour dont elle attend l’anneau. Elle espère de nouveaux rites et un sabbat inédit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tania et Lazlo, "Le Temps d'un Silence", Editions Galerie Ségolène Brossette, Paris, 2018.

Du mouvement qui déplace les lignes : Matt Mignanelli

Mignanelli.jpgMatt Mignanelli, « Power Dynamics », Dubner Modern, Lausanne, du 26 avril au 9 juin 2018.

Né en 1983, d’origine italienne, Matt Mignanelli vit à Brooklyn et expose dans le monde entier. Il est invité pour la deuxième fois dans la galerie lausannoise. Entre sa première présentation (2013) et celle-ci le travail du peintre a évolué. Sa nouvelle série semble posséder un titre énigmatique pour ceux qui visitent l’exposition. Ils ne comprennent pas forcément d’emblée comment les « dynamiques du pouvoir » fonctionnent ici.

Mignanelli3.jpgDe fait le pouvoir doit être compris en tant que source d’énergie. Celle-ci passe par des jeux de répétitions de formes géométriques agencées pour créer des rythmes de traits ou de taches. L’artiste « en comparant ces surfaces texturées à l’accumulation irrégulière de peinture sur les balustrades, les boîtes aux lettres et les lampadaires dans un cadre utilitaire, entre encore plus profondément en relation avec l'environnement urbain. »

Mignanelli 2.jpgExiste là tout un jeu de déplacements sur des surfaces où la matérialité même de la peinture est visible. Se mêlent une abstraction géométrique et la « chosification de la peinture » dont parlait Beckett. Se crée contre l’empêchement un mouvement. Il est induit par le travail des structures et des fonds sur lesquels les premiers se démarquent afin que le regard se perdre là où tout se joue entre un certain ordre mais aussi des discordances qui font de cette peinture en échange au sein d’espaces aussi pacifiés que néanmoins inducteurs de forces sourdes.

Jean-Paul Gavard-Perret

08:19 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

20/04/2018

Celle qui semonce nos siestes - Fabienne Radi

RADI.jpgFabienne Radi, « Peindre des colonnes vertébrales », Editions Sombres Torrents, Rennes , 2018, 68 pages, 8 €, 10 FS

 

Ne s’arrêtant jamais en des voies de si bonnes inconduites Fabienne Radi la sémiologue lémanique prouve que même chez les nudistes qui se montrent « à poils » le dos permet de conserver une certaine tenue. Une nouvelle fois elle propose par un jeu d’apparences des vérités qui plutôt que s’éloigner la queue entre les jambes font retour mais selon divers exercices pudiques.

RADI2.jpgIci - comme l’écrit l’auteure - « On a laissé tomber la jupe et le pantalon mais on garde une certaine tenue, comme si on buvait le thé dans le salon de sa grande tante. C’est l’époque charnière entre le square de l’époque Eisenhower qui vient de se terminer et le cool de la période hippie qui va suivre dans quelques années. » S’instruit donc une histoire du dos à travers des œuvres ou des personnages emblématiques dont l’ensemble reste hétéroclite de W.C. Fields à Valérie Lemercier, de Sophie Calle au bon Dr Spock, de la regrettée Lady jusqu’à Nina Childress.

RADI3.jpgMais Fabienne Radi ne s’arrête pas en si bon chemin : elle explore des questions aussi majeures que farfelues telles que « Faut-il plaindre les enfants stars ? Comment vieillissent les femmes-enfants? Pourquoi tant d’écharpes en lin lors des vernissages ? ». Si bien que le présent historique est ébréché entre poésie discursive et procrastinations farcesques là où le défaut d’habit permet une fluidité ressentie d’emblée comme une architecture.

Jean-Paul Gavard-Perret