gruyeresuisse

20/09/2017

Olivier Christinat et les rumeurs de la ville

Christinat.jpgOlivier Christinat, « Histoires sans titre », CHUV Lausanne, du 5 octobre au 30 novembre 2017.

 

 

 

 

 

 

 

Christinat3.jpgEn une vision muséographique de son livre « Nouveaux souvenirs », (art&fiction, Lausanne) et dans la suite de ses expositions au Rolex Learning Center puis au Musée de l’Elysée, Olivier Christinat propose des visions où l’urbain se mêle à ses signes, ses codes et aux corps. Il crée en photographies ce que Godard pratiqua dans ses films sans pour autant les singer. Existe néanmoins chez les deux artistes une poétique de la ville par narration de l’éphémère et le télescopage d’images. Les prises sont à la fois tendues et douces, hantées de rythmes suspendus au dessus d’un certain vide. Sous chaque mouvement en arrêt sourdent des images qui n’ont rien d’exotiques : elles sont nos miroirs décalés.

Christinat 2.jpgLe photographe multiplie des signes qui ne déchiffrent rien. D’où des semailles apparemment disparates. Elles défont des repères et en cassent la coque. Entre le tumulte ou le silence chaque cliché est un élan. Il donne à Christinat - comme au regardeur - la faculté de trouver un passage dans des espaces. Chaque photo devient un ilot. Sa rive foraine rattache à la nôtre. D’où une dimension conjointe entre le lointain oriental et notre réalité. Un tel langage propose une lecture qui relie l’intérieur et l’extérieur selon une suite de parcours et de comportements. Tout l’univers urbain est contenu dans cette contextualisation de la solitude au cœur de la ville, ses lieux, ses habitants. Il s’agit d’en déchiffrer les éphélides, les signes, les lignes, les visages et le désir en divers types de plans qui font de chaque prise la résonance d’instants purs.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:00 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

19/09/2017

Claudia Comte : massacre à la tronçonneuse

claudia-comte.jpg« Claudia Comte », Textes de Fanni Fetzer, Chus Martínez, Matthieu Poirier, entretien avec Claudia Comte, JRP/Ringier, Zurich, 2017, 160 p., 40 E.

Originaire du petit village perdu de Grancy dans le canton de Vaud, élève de L’ECAL, Claudia Compte vit désormais à Berlin. Elle n’oublie pas pour autant le chalet de bois de ses origines où elle appris le plaisir de cette matière vivante. Son œuvre joue de l’environnement naturel et de l’esthétique rustique qu’elle les détourne avec ironie. Elle mixte les montagnes jurassiennes à celles de l’Ouest américain découvertes lors qu’un voyage avec ses parents et ses frères. Entre farce et rigueur, par ses gravures, peintures, sculptures, installations, vidéos, elle poursuit un travail où l’atmosphère des films l’horreur jouxte le cartoon. S’y croisent totems, oreilles de lapin, onomatopées écrite en lettres matérialisées là où Pop et Op arts se croisent, de même que l’art concret et expressionniste abstrait.

Claudia Comte.jpgAdepte de la tronçonneuse, la Vaudoise est une parfaite iconoclaste. Elle travaille le bois entre autres pour les plaisirs olfactifs que ce matériau dégage. Quant à l’outil, il lui permet de travailler vite et bien : « . Je ne m’imaginerais pas tailler mes sculptures avec un ciseau à bois.» dit-elle. Et elle passe rapidement de la conception de formes et de projets sur l’ordinateur à la réalisation « motorisée » dans un besoin compulsif de créer. Mais sous l’aspect farcesque des réalisations se cache un processus de conception très élaboré et l’œuvre est désormais très éloignée de son « étude de formes patatoïdes à l’effet comique, inscrites dans le système strict et rigoriste d’une grille » créé pour son diplôme à l’ECAL.

Claudia Comte 3.jpgExistent désormais divers symptômes de métamorphoses d’origine élémentaire mais de nature quasi magnétique et en proie à des postulations contradictoires L’obsession joue entre le hideux et la beauté en une forme de majesté qui rappelle paradoxalement et dans la rudesse l’atmosphère de Lautréamont et son penchant pour les contraires qui s’attirent. L’ironie reste en contact avec une puissance et des présences indéterminées, une substance où la plénitude prend des chemins de traverse entre pacification et violence. Nature et matériaux jouent comme des stimulants : le « je » humain de l’artiste y trouve accès à une expérience autant personnelle que mythique. Elle oblige peut-être l’artiste à se reconnaître sous le jour le plus étranger.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Olivia Locher : bizarre vous avez dit bizarre ?

Locher 3.jpgOlivia Locher scénarise par ses photographies des lois idiotes des 50 états américains. En Arizona les sex-toys sont interdits, les cornichons doivent passer des tests de rebond au Connecticut, les parfums ne peuvent être consommé dans le Delaware et en Idaho il est interdit de se faire bronzer nu. On en passe. Et des meilleurs. L’artiste s’en amuse plutôt que de s’en offusquer. C’est beaucoup plus habile. Elle préfère rire que se mettre en colère afin de rendre ridicule les législateurs.

Locher 2.jpgLa satire permet encore de se demander pourquoi en Californie il est interdit du faire du vélo de piscine ou d’enlever, pour une femme de l’Ohio, son chemisier devant le portrait d’un homme… Certes beaucoup de ces lois ont été révoquées mais certaines perdurent. Et au besoin l’artiste en ajoute qui sont imaginaires. Elle se garde néanmoins de faire le tri entre le faux et le vrai.

Locher.jpgNon seulement l’œuvre suscite le rire : elle ouvre un fantastique voyage d'exploration autour d'un pays dont la circonférence morale reste incertaine et le centre toujours inconnu. Il se peut même que - conformément au « fake news » à la mode du temps et à cette aune - la terre devienne plate. Moins ronde qu’une crêpe ou oblongue qu’une limande : elle serait plutôt carrée comme les photos de l’artiste. Elles provoquent des addictions que les lois US réprouvent sans doute.

Jean-Paul Gavard-Perret

Olivia Locher, « I fought the Law » ( je me suis battue contre la loi), Galerie Steven Kasher, New-York, du 14 septembre au 21 octobre 2017.