gruyeresuisse

24/10/2020

Pablo Atchugarry séracs, voiles et pointes

Xippas.jpgPablo Atchugarry, "Lien entre deux monde", Xippas, Genève, du 31 octobre au 19 décembre 2020.

 

Pablo Atchugarry est un artiste uruguayen, surtout connu pour son art sculptural abstrait. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections majeures, privées et publiques, et il est exposé à travers le monde. Ses oeuvres toujours monocolores et en leurs plis qui rappellent l'art baraoque classique consume les apparences en distribuant leurs pointes, pétales et pages.

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Surgissent des rougeoiements et d'autres irisations des monochromes, parfois des laves neigeuses ou d'étranges séracs. Reste un champ flambant de mirage et de vie. Il répond de l'être, de sa part la plus secrète, la plus rebelle entre désarroi et espoir,  pour la traversée des nocturnes et diriger de la terre vers le ciel.

Xippas 2.pngLe geste créateur permet de comprendre, petit à petit, l'obscur comme la lumière de ce qui s'ignore encore. Tout s'enflamme ou se gèlen ne formant plus qu'une unité d'ombres et de lumières réunies par la sculpture. Le vivre de la matière en ce travail traduit l'état, l'âme, la présence, l'entendement, le monde. Il s’agit de manger l'air, de ressentir cl besoin constant du temps qui attend l'étreinte d'un paradis perdu mais où le seul absolu est celui de l'art;

Jean-Paul Gavard-Perret.

23/10/2020

Paul Paillet "pyromane"

Paillet.pngPaul Paillet, "fascination for fire", Centre d'Edition Contemporain, Genève, du 18 septembre au 11 décembre 2020.

L’exposition personnelle de Paul Paillet est nourrie de multiples références qui s’entrecroisent et se superposent pour créer un ensemble de divers éléments dont des sculptures et une pièce murale en porcelaine, un journal, une radio et une publication. Chacun révèle plusieurs indices culturels et personnels au sein d'une scénographie ironique. S'y construit un ensemble largement autobiographique avec en conséquence des retours sur l’adolescence de l’artiste, ses aventures au sein glissements sémantiques qui, de l’intime, passent vers des implications plus générales et engagées.

Paillet 2.pngPar exemple une tasse, quelques cuillères, un journal et une radio avec une musique du matin suggèrent à prori un petit déjeuner. Mais le montage rappelle des souvenirs et souligne les abîmes  entre un vécu et la société telle quelle est dans ses incohérences et ambiguités. Il y a sur la porcelaine blanche du passé des motifs en relief de flammes, d’éclairs ou de fleurs au dessin élégant mais qui suggère que la production de ces objets est bien différente que la douceur et la sérénité induite à l'origine. Existe aussi dans un format surdimensionné la réplique d’une petite cuillère à café en plastique proposée dans les années 1970 par McDonald’s. Elle fut célèbre à l’époque parce que les dealers de cocaïne en avait fait le moyen de doser leur marchandise. Elle devient le signe d'un marché encore plus puissant que celui de McDo (qui dût la retirer).

Paillet 3.jpgCette scène quotidienne est accompagnée aussi d’une bande sonore discrète, provenant d’une radio bricolée (la Tin Can Radio (1965) du designer Victor Papanek) qui diffuse "Wings" du boys band coréen de K-pop : les BTS. Cette radio ultra-basique a été utilisée par l’UNESCO pour faire sortir certaines populations de leur isolement, en Indonésie notamment. Le but humanitaire véhiculé par ce petit émetteur est là encore ironisé par l'artiste. Il y mêle les utopies des années 60, l'hygiénisme, un caractère futuriste et surtout un esprit alpernatif qui souligne les ambiguités de produits qui exploitent la crise identitaire adolescente pour un profit commercial.  Paul Paillet "image" de la sorte les ambiguités et les coyances dun monde occidental qui sous couvert de faire scintiller une vie parfaite crée des diktats en ses produits maketing. Ils font feu de tout bois et de toute bonne cause.

Jean-Paul Gavad-Perret

22/10/2020

Les épures de Silvia Bächli

Bachli.jpgSilvia Bächli, Skopia, Genève, du 31 octobre au 19 décembre 2020.

Silvia Bächli poursuit avec une obsession de la perfection sa hantise de l'entrave dont elle veut libérer ses œuvres. Comme si elle voulait réparer le trauma d'une époque qui croule sous les images. Celles-ci, répulsives ou attirantes, entraînent vers un lieu d'enfermement, d'impossible séparation entre le réel et sa représentation et un blocage de l'imaginaire.A l'inverse les épures de Silvia Bächli permettent de penser l'être, son rapport au réel en une concentration source de "simplicité" - ce qui reste le plus difficile dans l'art et qui demeure l'apanage des grands maîtres.

Bachli 2.pngL'économie minimaliste entraîne paradoxalement vers une utopie de la vision. D'où la nécessité de cet échange entre la réalité et l'image ainsi que l'intensité d'une attention à l'espace par ce qui devient chez la créatrice une "méthode" de construction qui fait abstraction des idées reçues et de toutes conventions.

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Silvia Bächli met à nu le monde en des opérations "expérimentales" mais qui ne renoncent en rien à la recherche et l'expression de la beauté. Dans le "peu" celle-ci devient convulsive. L’œuvre offre en conséquence une vision beaucoup moins taciturne qu'ardente et apaisée. Les couleurs - le plus souvent pâles - et les formes parcimonieuses procurent des émotions lancinantes voire une forme de sidération par les interrogations qu'elles suscitent.

Jean-Paul Gavard-Perret