gruyeresuisse

14/08/2017

Dieter Roth l'étrange dandy

Dieter Roth.jpgDieter Roth, « Prints // Estampes //Originalgrafik », Exposition, Anton Meier Galerie, Genève, 22 août - 14 octobre 2017

Dieter Roth demeure un de ces héros limites qui jouent de la notoriété comme de l’anonymat. La Galerie Anton Meier a la bonne idée de rééditer 25 des estampes et albums les plus significatifs de l’artiste hors norme. Boulimique autant qu’en retrait le dandy helvétique sait cultiver l’humour et l’absurde selon une poésie multimédia au gré de ses goûts et de ses envies.

Dieter Roth 2.jpgIl n’est pas de ceux qui estiment qu’en coupant le vin avec de l’eau on pourrait ainsi en boire plus. Pour lui seul le champagne devient une ciné-cure. Il peut jouer du sérieux comme le satire afin de concocter de petits chefs d’œuvre (parfois en chocolat) qu’il évite de monter en épingles – surtout pour ses nourrices. Avide de la qualité plus que de la quantité l’œuvre du « crooner » à ses heures reste fantastique. Elle est la plus probante manifestation de la lucidité et de la folie d’un artiste qu’il convient toujours de redécouvrir.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/08/2017

La petite entreprise de Gloria Friedmann

Friedmann.jpgGloria Friedmann va vers les autres avec des manières et matières simples mais tout autant détournées. Elle se dirige par exemple vers la photographie comme pour s’en éloigner, introduit du corps pour s’en distancier. C’est toujours pour rappeler que si « l’homme est plus sage que singe » (Nietzsche) il reste un primate. Et l’œuvre montre un bestiaire où la mort, le ridicule, le macabre planent. Il y a là animaux vivants ou naturalisés car ils sont porteurs de symboles et de sentiments. D’un côté est suggéré « l’effet Bambi » de l’autre le goût du carnassier.

Friedmann 3.jpgDans son « partage des eaux » l’artiste crée par son travail une ouverture aux êtres en cherchant une rencontre, une compréhension, un bien être plus qu’une peur. Elle conçoit son travail comme une petite entreprise artisanale de la culture. Elle reconnaît que l’artiste ne peut être indépendant de l’organisation du marché, « l’artiste est inséré dans un circuit de distribution puisque les œuvres sont exposées dans des galeries, des musées ou à l’extérieur ». Elle s’y engage, s’y résout sans jamais verser dans le conformisme. Elle polit ses œuvres dans le seul sens de ses convictions et une vision qui se veut « thermomètre du monde qui indique la température de notre société ».

Friedmann 4.jpgL’art permet ainsi de créer des contacts, des échanges en réponse aux questions contemporaines. Engagée et militante écologique, sa vision de l’être humain lie ce qu’il est aujourd’hui à ses origines. Sculptures, photographies, dessins et peintures questionnent le rapport au monde à travers la culture et la nature et font place aux doutes et errances selon des relations conflictuelles par la juxtaposition de matériaux et des narrations où les genres (humain et animal) sont rendus à ce qu’ils sont : tragiques et grotesques.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/08/2017

Aphrodite Fur : Back Spacer

Fur 2.jpgAphrodite Fur aime parfois (voir souvent) s’amuser. Elle se tourne en dérision comme elle joue des images. Des romans d’amour optique transformant en romans de garces. Mais des plus facétieuses et qui se jouent des fantasmes masculins. L’artiste adore les tours de passe-passe et les déclinaisons visuelles. Elle relance à l’envi des ombres louches et aguichantes en un hymne à la légèreté et au fugitif. Le défi est toujours poussé vers des limites. Mais tout est amorti et parfois cristallin.

 

 

 

Fur.jpgLa créatrice ne cherche pas à faire beau mais à se jouer des codes. Le regard se faufile là où toute attente est à la fois prolongée et interrompue par jeux de répétitions, de clins d’yeux, d’éparpillements astucieusement concentrés avec ironie selon divers types de trafics.

Dans cette série, l’espace est ciselé et fragmenté afin d’attirer et de se moquer des emballements masculins prêts à faire feu de tout ce que l’artiste, pose, interpose et « sexpose » en carrés et au carré. L’énergie fait de chaque prise des pièges plus que des proies qu’il faut parfois troquer pour l’onde. Il existe là des aventures formelles jouissives et la forme de la jouissance dont l’artiste ne fait qu’une bouchée.

Aphrodite Fur, « Toutes les femmes de ta vie », voir site de l’artiste.