gruyeresuisse

06/08/2020

Le bal des mots dits - Tristan Félix

TT 5.jpgAux mots de sens Tristan Félix préfère les mots matières. Elle les fait sortir de sa souffrière mais en mistouflette dégingandée. Il faut dire que celle qui se cache sous de nombreux sobriquets - qui sont parfois cache-sexe -  reste agile de l'esprit et de la gambette littéraire : sa poésie tient dans l'estomac même des étalons.

Le passé l'a parfois trompé, le présent parfois la tourmente pour autant l'auteure ne file jamais une mauvaise pente. Son passé empiété elle le recompose histoire de couper la chique à Novarina lorsqu'il déclare "L’passé m’a composé ; j’suis morose". Bref la créatrice va de l'avant. Elle nous fait entrer dans l'aire des bouffons sans leur faire la leçon. C'est du grand art là où la vie roturière ondule du croupion. Tristan Félix en est la couturière. Son souffle est vivant et son humour funambule.

TT6.jpgEn conséquence il ne s'enlise jamais mais enfile de superbes perles. L'auteur sait qu'il n'existe pas de fuite dans le temps : ce dernier passe et nous dépasse. En conséquence il faut savoir se donner de bons moments et entrer dans la danse. Le tango en l'occurence. Rien de tel que du Carlos Gardel pour mettre le bordel. Mais une telle abesse se fait au besion redresseuse de tords avant de ranimer les choses exquises qui nous grisent. C'est revivre, respirer sans trop trépasser. Et même si certains danseurs ne donnent pas envie d'être enlacée, qu'à cela ne tienne : dès que la milonga commence tout chagrin d'amour ne pèsera pas lourd.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tristan Félix, "Tangor", préface de Dominique Preschez, PhB Editions, Paris, 2020, 76 p., 10 E..

La gueule ouverte

Tristan 6 bon.jpgDifficile d'exprimer ce que j'éprouve d'autant que j'ai souvent du mal à le ressentir. Qu'on se rassure je ne suis pas plus sûr d'approuver mes pensées. Il m'arrive même de vaticiner uniquement pour m'en venger. Si bien que mon langage se recompose dans un certain vide. Les mots que j'émets en échange difficile d'en préciser le sens.

Si bien qu'à tant désirer les mots, leur tissu de patience finit par se déchirer. On y cherche sa place mais la broderie des phrases n'est qu'absence. Le corps se glace à mesure que tout sort de son trou. L'impossible étreinte reste sans lettres et nous laisse innomée. Nous restons encagés :  rien ne vient, rien ne va, l'être tourne sur lui-même dans la roue du mensonge. Il y a trop de noeuds au roulement des mots, seul leur trop peu entoure.

On affirme que nos orifices obéissent à leur propriétaire (même s'il ne fait pas grand chose pour ça) mais l'orgue à couacoua ne troue que le vide. Néanmoins nous assistons à sa mécanique et nous débitons notre laïus comme si nous l'avions appris par coeur tout en restant stupéfaits des signaux qu'il émet.

Le corps devient son objection, il nous mâche dès que nous l'ouvrons. Tout sort en charcutaille jargonnée. Nous croyons éclairer du vivant mais nous l'empestons en vieux loupiste, en hittite ouistitite ou suie d’ombres. Notre fièvre porcine se sculpte en lattes et hures. Si bien que notre poésie n'est qu'une esclabadanche de saindoux. Il fond à vue d'eail ou s'épaissit. C'est selon. Le tout avec un gout d'ail dans l'haleine pour chasser notre propre vampire. C'est d'abord mourir puis vivre tant qu'il est encore temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Dessin inédit de Tristan Félix)

05/08/2020

Histoire Ceinte

Tristan à remplacer.jpgM'attachant à la doctrine des trismégistes je fais d'elle ma manuelle de félixité. D'autant qu'on la dit prophétesse. De celles qui poussent les véganes à manger des viandes sacrifiées aux idoles dont Claude François ne fut pas le moindre.

Afin de m'accepter comme dernier du culte et plutôt que de me jeter à la fosse aux ours ou sur un lit de dés tresses elle me laissa du temps pour me repentir de toutes les fautes que je n'ai jamais commises. Si bien qu'en moins de deux minutes, descendant de son arbre de sapience, elle me lança "tu peux plier".

Sachant combien elle sondait les reins et les coeurs j'obtempérai et nous partîmes à Ephèse - moins de cent en partant et plus de mille en y parvenant - non sans être passé par Fez eu égard à un malentendu quant au nom de la ville. Aussitôt arrivés nous mangeâmes puisqu'Ondine à onze heures. Elle m'accorda le droit de m'asseoir à ses cotés en respectant un minumum de rituel cher aux chrétiens du 1er siècle .

Elle me voulut fiancé sans que je susse quelle agnelle m'était dévolu. Il faut dire qu'en l'église nouvelle il y avait bien des fatras dans ses canons. C'est seulement près d'un millénaire plus tard qu'un éudit calabrais nommé J. De Florette mit un peu d'ordre là où bien des agités du bocal en faisaient à leur aise dans l'ésotérisme secoué de mouvements browniens.

Telle une étoile filante elle fit tomber le feu du ciel. Mais en moins de trois heures je repris haleine fraîche et je la servis avec un vrai zèle. Je lui fis tout le bien que je devais lui accorder et ce qui reste à faire je l'accomplirai encore mieux.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Dessin de Tristan Félix)