gruyeresuisse

24/05/2020

Joanna Ingarden-Mouly :décalages

Mouly.jpgLa galerie Esquisse expose pour la quatrième fois les oeuvres de Joanna Ingarden-Mouly. Elle y poursuit sa technique d'aplats et de pans de couleurs auxquels elle superpose désormais des découpes, collages et toujours les griffures qui signent son langage plastique mystérieux et harmonieux  mais dans un certain décalage.

En une sensorialité subtile ses superpositions ne sont en rien des excroissances. Une douceur étrange envahit le plan hors sentimentaliste. Car l'artiste reste prudente sur ce plan et refuse certains débordements.

Mouly 2.pngUn tel travail possède le mérite d'apaiser sans édulcorer mais sans forcément rapatrier dans un éden artistique ou sentimental, la beauté demeure essentielle puisqu’elle ouvre le monde à une profondeur particulière en écartant la tentation de la sophistication et du raffinement superfétatoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Joanna Ingarden-Mouly, Exposition du 28 mai au 21 juin 2020, "Esquisse galerie d'art", Rue de Rive 33 - 1260 Nyon

23/05/2020

Tempêtes dans une rivière froide : Martin Eder

Eder.pngLa dernière série de Martin Eder "TranceLucense" est peuplée de créatures ailées, dragons enlacés et autres êtres mythiques. En référence à L’Apocalypse de Dürer, l'auteur crée toujours en état de rêve et de transe. Mais il précise : "Je n’ai pas l’impression d’être en transe, bien que je sache que je le suis. En hypnothérapie, les gens doivent parfois être mis hors de transe – mais ensuite glisser dans la suivante, qui est peut-être plus saine et plus productive. Personne ne peut être en transe. La vie est elle-même, la réalité est une transe."

 

Eder 4.jpgMartin Eder est un artiste multidisciplinaire et appartient à la liste de "EIGEN + ART" de Judy Lybke depuis le début et bénéficie d'une renommée internationale pour ses peintures. Mais il est aussi photographe et fait de la musique avec son groupe de Black Metal / Drone RUIN. Il pratique aussi des lectures de tarot et des séances d’hypnose. A coté de la peinture la photographie est très importante pour l'artiste et garde sa propre vie et ce depuis sa première série "Die Armen" (2008) où de jeunes femmes sont exposées dans un décor minimaliste sur assise en cuir ou devant rideau en velours.

Eder 3.jpgL'artiste fait beaucoup de photos de nu mais en même temps s'insurge contre sa vision classique et ambiguë : "À une époque de clics croissants sur les sites pornographiques, un nouveau puritanisme émergeait dans de nombreux coins du monde. Malgré l’accès facile au porno et à la nudité, la réalité de la nudité est devenue quelque chose à cacher et à ne pas voir." L'artiste a alors compris que la réalité était la partie la plus intéressante de la nudité. Il a donc publié des images non retouchées "avec des ecchymoses et des boutons. Peau grasse et saleté" devenus des signes d’honneur et de lutte pour la survie dans un monde surdimensionné.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

21/05/2020

Le beau n'est pas toujours en haut - Sandro Giordano

Sandro 3.pngTous les malheurs du monde, le photographe romain Sandro Giordano les incarne dans un vaste projet : "In Extremis". La femme devient le vecteur tragi-comique de mises en scène où la fantasmagorie et le réel se mêlent. Celui qui a étudié la scénographie à "Istituto per la Cinematografia e la Televisione Roberto Rossellini" à Rome, a travaillé comme ingénieur du son et lumière puis est devenu acteur dans des films entre autres de Luciano Melchionna, Giancarlo Cobelli, Dario Argento. se consacre désormais entièrement à son travail photographique.

Sandro.pngDans cette série majeure et au long cours, au sein de divers situtations, lieux, éléments disparates qui jonchent le sol et dont l’usage reste parfois une énigme, l'héroïne devient une sorte de sculpture accidentelle étalée voir écrasée à l'air libre dans des positions aussi grotesques qu'inquiétantes. Au sein d'une indifférence généralisée elle n'est plus qu'une pomme avariée sur la terre, un bateau ivre dans une fausse fontaine de Trevi, un empilement comparable à celui de caisses à légumes.

Sandro 2.pngS'instruit par son entremise un certain "discours" sur l'ordre du monde ainsi que son chaos là où, de la beauté - qui fut un presque tout -, finalement ne demeure qu'un presque rien. Sandro Giordano (aka Remmidemmi) n'a donc rien d'un bonimenteur. Dans ses farces - d'une nouvelle commedia dell'arte - une forme de volupté louvoie encore un peu - mais se produisent d'autres imbrications. La morbidité est présente  mais tenue à distance. L'héroïne reste un rien mythique quoique dérisoire. Nous en sommes à peine séparés. Mais sa silhouette demeure celle d'une poupée cassée, dégingandée symbole de ce qui et quoi nous avons galvaudé au sein d'un matérialisme échevelé.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sandro Giordano, "Magic of Photography", galerie "In focus Galerie – B. Arnold", Cologne, mai 2020.