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11/12/2019

Vincent Pérez : l'habit fait le moine

Pérez.jpgVincent Perez "identités", Musée suisse de l’appareil photographique, Vevey du 7 novembre 2019 au 26 janvier 2020

Le comédien a d’abord voulu devenir photographe. Il a commencé des études de photographie à Vevey puis fut assistant chez un photographe de Lausanne où il découvrit la science de la prise de vue. Mais très vite il bifurque vers le métier qui le rendit célèbre. Peu à peu il est revenu à la photographie à travers le portrait qu'il traite toujours de manière atypique souvent en retour vers l’argentique et son Leica même s'il utilise aussi le numérique grâce au Pentax 645 : les deux outils lui permettent de retrouver des sensations premières de sa jeunesse.

Pérez 2.pngRefusant l'aspect conceptuel d'une certaine photographie contemporaine il cherche à retenir ce qui provoque chez lui des petits pincements au cœur non sans un goût du jeu là où le vêtement garde une grande importance et crée par lui-même une forme de mise en scène. Preuve qu'il existe un lien entre photographie et cinéma. Vincent Perez possède un œil est attentif aux autres. Ses photos sont avant tout expressionnistes et le plus souvent enjouées là où l'identité est soumise aussi à l'importance des accessoires et à la relation d’un corps avec l’espace.

Pérez 3.jpgBeaucoup de ses prises ont été réalisées dans une communauté du quartier de Barbès à Paris adepte de la "Sapologie" héritée d'une tradition africaine instigatrice d'un style de vie qui témoigne d'un art vestimentaire consumé avec ses codes. S’y joignent les portraits réalisés en Russie ( issues de son « Un voyage en Russie » de 2017) et une salle où est projeté sur grand écran l’ensemble des ses oeuvres photographique. Cet un bel hommage que rend enfin la Suisse à son "natif".

Jean-Paul Gavard-Perret

10:34 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

10/12/2019

Surfaces de réparation, blocs de répartition : Angel Duarte

Duarte.pngAngel Duarte, "Paraboloïde Hyperbolique", Galerie du Griffon, Neuchatel, du 7 décembre au 26 janvier 2020.

"Paraboloïde Hyperbolique" présente l'importance de l'architecture et de la sculpture chez Angel Duarte. L'exposition propose les prototypes dont il s'est servi pour la réalisation d’oeuvres monumentales dans l’espace public suisse. S'y joignent des sculptures intrigantes en polystyrène ou d’acier qui l'ont mené vers l'art cinétique. De tels montages créent des effets de transparence et cela revient à créer une sorte d'aporie de la notion de surface. Il y a le lisse et ce qui s'y cache.

Duarte 2.jpgLa surface se dérobe et pourtant  une sorte de prurit interroge : la sculpture gratte, irrite le regard. Si les prototypes restent bien ordonnés surgissent néanmoins leur exaspération, leur saturation. Parfois, derrière le miroitant, émerge un granuleux particulier. Face à ce qui se dérobe ou s'entrouvre, apparaissent les aspérités de ce qui devient présence mais présence disloquée, déplacée, séparée. On peut donc parler de  surfaces de réparation et du lieu de la séparation.

Duarte 3.jpgL'artiste crée la dilution des qualités de surface et des qualités d'excroissances colorées. Elles provoquent des ombres là où le plan  surplombe et enfonce. Il y a des traversées - subreptices ou "irruptives".  Tout un travail subtil entre enveloppements, lambeaux et entrelacs nous contemple comme le "petit pan de mur jaune"  regardait Bergotte chez Proust.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/12/2019

Osa Scherdin : matérialité et métempsychose

Scherdin.pngAvec une merveilleuse souplesse Osa Scherdin exploite toutes les possibilités de la sphère. L’impondérable et l'invisible prennent des allures de symboles afin de provoquer moins des dépaysements que des méditations pour troubler le regard et la tête dont les sculptures sont - en partie - la métaphore.

 

Scherdin 2.pngL'ouvrant la sculptrice répond à sa quête incessante de l’invisible. Il existe en elle quelque chose de tibétain même si on ne l’imagine pas vêtue d’une robe rouge restant des heures immobiles en position de lotus avant de boire un thé salé au beurre de yack rance. Entre macrocosme et microcosme, les rondeurs remplacent le totem masculin et phallique. Aussi primitives que sophistiquées dans le travail des matières, de telles présences restent au plus près de l’émotion et de la fémininité. Le tout sans ancrage temporel précis pour une archéologie du vivant.

Scherdin 3.jpgLe globe n'est plus fermé. Il devient une coque ouverte par la compétence impérieuse de l’artiste. La densité du plein s’épanouit pour offrir une plénitude à l’invisible en une intransigeance qui n’outrepasse pas les droits de l’autorité terrestre suggérée par la matière elle-même.

Scherdin 4.jpgSurgit un monde dense et profond. Il remplace l’occulte par la vision de l’occulté. Mais en même temps, une visée quasi chamanique transforme la vision matérialiste qui, elle, n’explique rien et ne permet aucune ouverture de conscience. Quoique profondément terrestres et telluriques de telles rondeurs ouvrent à la métempsychose et à la puissance du féminin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l'artiste.