gruyeresuisse

19/01/2019

Jeong Mee Youn : le rose et le bleu

Yoon.jpgDans son nouveau projet la photographe Sud-Coréenne Jeong Mee Yoon cochent deux cases (au moins) de l'art. Elle propose une fantaisie coloriste grotesque et une critique d'une civilisation (mondialisée ou presque) quant à la question du genre et de sa représentation mais aussi du consumérisme face à l'enfant roi.

Yoon  2.jpgLa créatrice photographie filles et garçons entourés de tout ce qui appartient à leur univers (rose pour les premières, bleu pour les seconds). En un tel miroir les évidences parlent d'elles-mêmes. La "déco" n'est plus une ornementation mais le propos même du livre.

Yoon 3.jpgChaque photographie avance à travers d'apparentes digressions qui font sens. Tout cela "cuit" comme il le faut. Preuve qu’en art le performatif n'existe que lorsque l’écriture plastique devient impertinente par la drôlerie. Elle fait sa morale coruscante et doit tout à ce qui la produit et à ce qu'elle produit elle-même. Ce type de rapport pourrait sembler enfoncer une porte ouverte. Il n'en est rien. Laissons au lecteur le plaisir de le découvrir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jeong Mee Yoon, " The Pink and Blue Project", Edition Nadsine Barth, Hatje Cantz, Berlin, 2019, 176 p., 40 E..

 

11/01/2019

Ce que les gourmands disent : Martin Parr

Parr 3.jpgC'est en 1995 que Martin Parr, fidèle  à sa volonté de "dire" le monde, commença la série «British Food» où sont mis en évidence de manière fractale divers types de mets appétissants ou non . Viandes, légumes, confiseries sont présents à travers la cuisine britannique souvent ostracisée (à tord).

Parr.jpgUne telle saisie, grâce ou à cause des portables, est désormais devenue une sinécure - ce qui n'était pas le cas au moment où ce projet prit corps en poursuivant les expérimentations chères au créateur. Chez lui la photo documentaire préserve toujours un caractère drôle et incisif.

Parr 2.jpgParr y revendique une double postulation : ce qu'il nomme une "pornographie culinaire" mais aussi le "glamour" des magazines de cuisine. L'artiste utilise le flash pour  - écrit-il - "créer de la fiction et du divertissement hors réalité". Les couleurs vives deviennent un prétexte afin de proposer une fête de la nourriture elle-même. Elle est ici, dans son brutalisme parfois quasi surréaliste, dégagée de ses conditionnements et emballages.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Martin Parr", British Food", Janet Borden Inc, Brooklyn (NY) jusqu'au 16 janvier.

08/01/2019

La réalité alternative de Chris Dorley-Brown

Dorley 3.jpgChez le photograhe britannique Chris Dorley-Brow, la figuration du réel est toujours tirée au cordeau et à quatre épingles. Mais pour mettre à mal les sujets classiques que l'artiste feint de montrer. Il crée des décalages avec humour corrosif et dérisoire là où le propulsif l’emporte sur le prostré, le viscéral sur le statuaire. Autodidacte, le photographe a fait ses "classes" dans l'East London des années 70 et plus particulièrement dans des rues du quartier de Hackney. C'est pourquoi certaines de ses prises ne sont pas sans rappeler le "Blow up" d'Antonioni.

 

Dorley.jpgChris Dorley-Brown installe son appareil pour capturer l’activité de la rue. De retour au studio, il superpose les moments qui en résultent dans une composition étrange où tout bascule de la réalité vers le songe. Jaillit une marge de l'image et de la réalité. Les deux sont portées vers la drôlerie et le mystère. Le photographe tient pour dogme le mépris des contraintes naturalistes. La rue est sublimée en un surréalisme particulier.

 

Dorley 2.jpgEn un dispositif continuel d’hybridation invisible Chris Dorley-Brown crée un fantastique très particulier. Le polymorphe rode sans cesse et fait glisser les apparences sur divers plans. Les cadrages et la lumière fomentent des images ambiguës et déconcertantes. S'en suivent des quiproquos. La technique qui préside à la "réalité" et à la fermentation du «photographique» devient un moyen de plonger l'apparence vers une nouvelle interrogation.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Chris Dorley-Brown, "The Corners", Rober Koch Gallery, San Francisco, du 5 janvier au 2 mars 2019.