gruyeresuisse gruyere

24/11/2022

Relique 

Paul Béné.jpgTrois choses sont nécessaires à l'écriture : une table, une chaise et une lumière capable de donner du courage à la vie sans faire des laïus une offrande ou oraison à la mémoire, la peur, la honte ou le désir - si ce n'est du vide. Toute écriture reste à la fois un compromis et un vaisseau fantôme  aux espérances de pacotille et dont le trajet varie selon les saisons. Existe là une sorte de trafic le long de nos côtes dans l'espoir d'échanger notrs verroterie intime en voyeuriste voyance ou rêve éveillé plus ou moins calibré. Le tout pour troubler le jeu de l'existence langé dans du papier et imprimé en gras comme sur les mains des taches de vieillesse. Elles deviennent des nuages de plus en plus sombres et nombreuses en guise de testament et seule archive de notre connaissance.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Photo Paul Béné

Sol air  

Tabitha Soren.jpgL'œil bouge dans le noir, palpe son corps et vient lécher ses pensées jusqu'à sa lézarde. A deux, longtemps trop seuls, écoutent battre leur fièvre. Ne plus s'endormir alors, ce n'est plus le moment. Se regarder à travers leur miroir sans tain. Mais si souvent incapables de s'atteindre - elle veut quand il ne veut pas, il peut quand elle ne peut pas. Ses seins fleurissent, éclosent contre son cœur et leur distance crée le temps. Chacun surfe sur l'hypothèse de l'autre. Mais un jour, encore vierge, elle a longuement caressé sa verge de minotaure - une goutte de rosée entre ses lèvres. Ecorné il ne bougea plus et maintenant c'est un vieil homme. Caïn et abeille désormais. Elle se veut femme sans visage, celle d'un récit qui attend que le remps passe. C'est pourtant bien sa tête que l'homme des bois tient sur ses genoux. Elle relie la pluie de la terre au ciel et il la dessine. Hors çà ils auront menti sur presque tout. Sauf le nécessaire.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Tabitha Soren
 

23/11/2022

Poétique de l’hésitation 

Kiki Xue.jpgHier se fait vieux. Demain aussi.  Même si nous savons peu de choses de lui. Nous ignorons autant ce qu’il n’est pas. C'est ce qui permet d'ailleurs de mêler fiction et autobiographie. Et entre les deux, avouer certaines lacunes permet d’enrichir une narration, voire d’inventer un autre soi en s’appuyant sur des éléments concrets. Mais les fictifs marchent aussi -jusqu'à nous transformer entre un mort illustre et un personnage imaginaire. Dans les deux cas ce qu’ils confient sur eux-mêmes n’est pas mince (il suffit de consulter story-board, préfaces, biographies ou notes en bas de pages). Toutefois l’imagination ne peut pas être qu’un récit de désir. L'angoisse y a sa place. Elle n'est pas incongrue. Elle apporte son lot d’aventures en sa capacité à métamorphoser du "Je" en un "Autre" à la seule fin d’être lui-même en mettant en scène ses réserves de possibilités. Sans y adhérer complètement ni s'en désolidariser. Ce qui peut se résumer ainsi "parlant de l'autre, c’est de soi dont nous parlons". Mais d'un  point de vue  subjectif fondé sur un parallélisme entre la vie d’autrui et sa propre vie afin de dévoiler nos propres incertitudes.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Photo de Kiki XUE