gruyeresuisse

22/02/2021

Sarah Lucas : humour et sexualité

Sarah.jpgAvec"Not Now Darling", Sarah Lucas présente un ensemble de sculptures récentes réalisées à partir de collants rembourrés, parfois fabriquées en bronze ou associées à du mobilier - tabourets, chaises de bureau, fauteuils de grossier tissu blanc. Ces figures féminines élastiques, presque réduites à leurs seuls attributs sexuels interrogent les questions de genre, de sexualité et d'identité. C'est la folie qui dure. La folie pure. Appel du vide ou du trop-plein voire démesuré à travers ses hybrides et divers types de "nœuds".
 
Sarah 3.jpgSes œuvres illustrent l’importance accordée par les médias populaires britanniques à la sexualité et au sensationnalisme. Avant de proposer de telles sculptures l'artiste s'est mise en scène dans des autoportraits photographique aux postures anti-féminines de défi. Elle brouille les rôles, s'empare autant des codes masculins pour choquer le regardeur comme elle l'exécute aussi créant des installations à la trivialité allégorique évidente et drôle afin de réviser les visions de la sexualité.
 
Sarah 2.jpgDans des déclinaisons intempestives, ludiques et jouissives d’éros, la louve n’y est pas forcément romaine…  Et ses seins nourriciers deviennent le prétexte à des strip-teases parodiques. L’œil du spectateur serpente dans ses propos plastiques entre dérision et tentation. L’artiste se propulse vers un éros énergumène où la Méduse se veut rétive à la confusion des affects et à la communion des seins.
 
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Sarah Lucas, "Not Now Darling", Consortium Museum, Dijon, février 2021.

17/02/2021

Paul-Armand Gette : ce que "ça" cache

Gette.jpgPaul Armand Gette en sait beaucoup sur la bêtise des censeurs qui en art (et pas seulement) privent les femmes de leur sexe.  Celui proposé par Houdon fut estimé trop naturaliste, donc rebouché et comblé par des tiges de bronze en réponse au système des monothéismes qui ne cessent de réduire les femmes en les culpabilisant.
 
Gette 2.jpgCertes les voyeurs affectent d'apprécier la beauté du corps des sylphides, mais leur sexe de même que ses menstrues restent des signes d'impureté et à ce titre suspendus et cachés. L'artiste a monté toute son oeuvre comme - écrit-il - "protestation contre ces idées et un appel à la liberté".  Si bien que ce livre est d'abord un hommage envers les artistes qui ont bravé cet interdit de Houdon à Rodin, de Courbet à Duchamp.
 
Gette 3.jpgMais il est aussi l'histoire du suspens d'un tel sinistre. Le tout en cherchant à faire sourire mais en rappelant surtout que les femmes ne peuvent être réduites à leur sexe. Toutefois il convient de leur redonner ce que les religions leur ont confisqué. Que ces dessins ne soient pas encadrés n'a rien de fortuit.  Ils demeurent suspendus à un fil. Celui-ci assure un "string" déplacé aux peintures "pariétales"  qui rappellent ce qui fut jusque là trop occultée et que Paul-Armand Gette fait bouger.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Paul-Armand Gette, "Dessins suspendus", Al Dante coll. "Sauvage; Presses du réel, Paris.

15/02/2021

Les démons de Vénus - Ana Tot

Tot.jpgAna Tot fait une fois de plus  preuve de la pertinence et d’impertinence. Poissons et crustacés - à savoir hommes lubriques et femmes présumées légères - peuplent son livre.  Spécialiste des variations linguistiques désopilantes elle sait toujours tomber sur des carapaces et des os de seiches  où il y a quelque chose à ronger.   Par ses glossolalies et glissements de sens elle retourne, étire, tord, triture l'éros. Et fait avec la moindre ablette un biopic de princesse.
 
Tot bon.jpgAmants et amantes à la petite semaine sont capables des flammes de l'enfer en des raies alitées. Nul ne peut s’empêcher soudain de songer à un bouleversement prodigieux des données immédiates de l'amour romantique. Les partenaires tiquent rarement mais cultivent les tactiques propices aux renversements tectoniques. La poétesse ose dire ce qu’on ne saurait voir. Sa réflexion dépoitraille les corps. Ils sont  en lévitation par déviations, trouées, ouvertures et percussions (phoniques mais pas seulement). Les ladies sont aussi "Gaga" que "Di" dans leur déplacement de cuicuisses et le mouvement des mâchoires. Déchiffrage et mastication vont de pair en ce livre qui porte si bien son nom tout en rejoignant le mouvement "Panique" d'Arrabal.
 
Tot 3.jpgIl y a là l’énumération de vitamines, d’oligo-éléments et de sels minéraux orgasmiques afin que les corps deviennent des vaisseaux spatiaux avec missiles incorporés. Du moins pour un temps - mais uniquement pour lui - que chacun espère respectable.  Surgissent bien des succès damnés et de sacrés chantiers sur lesquels chacun n'a qu'une envie : se remettre à l'ouvrage. La langue à l'image des corps y va de toute sa pulsion. La vie devient une fête. Chacun et chacune sont mis en trope. Il suffit d'être géomètre de certaines asymptotes. La flûte enchantée ne connaît pas la clémence. Elle fait flèche des Vénus aux mille hauts qu'il s'agit de défaire dans une agitation de grelots.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Ana Tot, "Nique", Louis Bottu, Mugnon, février 2021, 198 p., 15 E..