gruyeresuisse

16/03/2019

Les infiltrés - Charles-François Duplain et Mathieu Charvel

CHFD 4.jpgEntre montage suprématiste de quatre fragments narratifs et les montrages visuels un rien bauhaus qu'ils induisent - mais à bonne distance - se crée le jeu de sourds et de repons entre Charles-François Duplain et Mathieu Charvel.

CHFD 2.jpgLe motif est l'espace (disséminé) dans des arrêts sur image que les textes induisent et déboîtent (entre autre sous l'éffet des CFF que du TGV et de deux sombres héros Théorore et Palimpse Ash sorte de mélange d'Arthur Rimbad et Hash). Aux quatre textes vitaux et vitraux (Etau, Islande, Usine, Arche) répondent ce qui devient le titre décalé du libre (TERRASSES & islande).

 

Existe à la fois mise en boîte et jeu de cloche pied.Charvel semble plus farceur. CHFD ne le serait donc pas... Mais il faut se méfier de l'eau qui dort. Et après tout qui ne dit mot consent. Dans cette suite, la mise en abîme et de filtrage est le seul moyen de prouver que l'on existe. Du moins Mathieu Charvel le donne pour acquis là où dans cet étrange couplage nul ne sait qui suit l'autre. Ni comment ou pourquoi. C'est remarquable, parfait et drôle.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

CHFD & Mathieu Charvel, "TERRASSES & islande", 2019, 20 exemplaire.

 

Paradis bleu de Reine Paradis

Reine Paradis 3.jpg

Après Los Angeles, Reine Paradis présente  en Europe ses paysages urbains et désertiques décontextualisés de "Midnight". Dessinant une maquette pour chaque prise, elle l'utilise comme référence afin de fabriquer accessoires et costumes nécessaires aux clichés dont elle est l'actrice. Le bleu est une constante dans ce travail : il est autant celui de "la nuit américaine" cher aucinéma que celui du ciel ou de la mer.

 

 

 

Reine Paradis.jpgAu dessus, des arpents de vert ou de jaune donnent un caractère féerique à ses poses là où réel et imaginaire "conceptuels" créent une drôlerie poétique. Reine Paradis invente une notion  d’espace-temps élastique. Le contexte l’est tout autant. La plasticité est dégagée de toute volonté psychologisante afin de laisser le champ libre à la fantaisie et à la séduction.

Reine Paradis 2.jpgLa femme demeure une énigme. Le corps devient aussi glorieux que ludique. La sensualité demeure certes présente mais elle n'est qu'un outil pour accentuer la fantaisie de farce à la beauté étrange. Reine Paradis devient une poupée ludique. Elle se joue du regardeur voyeur comme d'elle-même.

Jean-Paul Gavard-Perret

Reine Paradis,"Midnight", Hôtel Jules et Jim,  Paris, du 14 mars au 14 mai 2019.

08/03/2019

Juul Krajer : devenir femmes ?

Krajer 4.jpgLa galerie "Les filles du Calvaire" de Paris réunissent photographies, dessins, sculptures, et vidéos de l’artiste hollandais Juul Kraijer remarqué en Suisse depuis longtemps. Tous les médiums présentent diverses contorsions humaines et animales afin de  pénétrer l'alchimie des corps et de l'art.

Krajer 3.jpgLe vivant devient une structure drôle quoique parfois effrayante et dynamique. L'oeuvre intègre l’intériorisation du regard à l’extériorisation des formes corporelles. Tout est en mutation et symbiose dans ce qui offre des visions comiques ou ténébreuses et surréalistes. Il s'agit de repenser le corps humain en relation avec les espèces animales dans un trip vital généralisé.

 

 

Krajer 2.jpgL'artiste explore tout autant des états de solitude en évitant tout voyeurisme. Les situations restent impertinentes. La métamorphose du corps intime et social passe des visions corrosives où se mêlent l’inquiétude et l’apaisement provisoire. Les doutes sont perceptibles entre l'absence et une certaine détresse. Tout passe par des plans décalés et divers types d’interstices. Les corps demeurent en équilibre ou en danger mais  toujours prêts à plonger dans la vie pour tenter d’en jouir, même si une force opposée les retient.

Jean-Paul Gavard-Perret

Juul Kraijer, "Exposition personnelle", La galerie Les filles du calvaire, Paris, du 13 mars au 6 avril 2019