gruyeresuisse

19/10/2020

L'incertitude des corps "glamoureux" : Kourtney Roy

Roy 3.jpgMaîtresse de la photographie contectuelle, celle qui rappelle combien "Certains contextes indiquent si clairement nos intentions que nous n’avons même pas besoin de les exprimer pour être compris", met en jeu des femmes qui profitent de leurs vacances pour rechercher un mari.

Roy.jpgElles mettent a priori tous les atouts de leurs côtés : bronzage, ongles parfaits, tenues (petites mais coordonnées) font d'elles des sauvageonnes aguicheuses. Le tout dans un monde de simulacres. S'entrevoient ici ou là, quelques fragments de réalité : plages, paquebots voire un alligator criant de vérité. Bref ce livre contient ce qui fait la patte ironique de la créatrice et de ses portraits cinématographiques colorés.

 

Roy 2.jpgMais sous le pastiche chic et classieux, une tension demeure là où les frontières entre la réalité et l’imaginaire se perdent. Il ne s’agit pas du monde que nous rêvions de toucher. Car il existe toujours des éléments perturbateurs propres à casser le glamour. Les clichés se renversent. Sous le nacre le déceptif veille. Le romantisme amoureux est remplacé par des laisons illusoires et rapides : elles sont des coupes faim ou des trompes l'ennui. Le toc domine dans une ironisation délicieuse des idées reçues ou des illusions par avance perdues.

Jean-Paul Gavard-Perret

Kourtney Roy, "The Tourist"André Frères éditions, 2020.

10/10/2020

L'image dans l'image : Cristina Rizzi Guelfi

guelfi 3.jpgSelon la suissesse Cristina Rizzi Guelfi "nous avons besoin d’un visage " pour assurer notre psyché selon un processus de reprise égocentrée ainsi réassuré. D'où le succès des selfies. Ils deviennent le système de narration et de petite comédie d'une auto-starification du pauvre particulièrement dans une époque où les réseaux sociaux tiennent lieu de communication aussi frénétique qu'illusoire.

guelfi 2.jpgMais toutefois Cristina Rizzi Guelfi détourne le selfie en illustrant à la fois son importance, son leurre, et comment ce dernier peut fonctionner. L'artiste en revéle les possibilités de tricherie de manière volontairement visible et tout autant enjouée. Elle prouve combien ce leurre est non seulement un attrape nigauds mais un attrape-toi toi toi-même. La  serie «nous avons besoin d’un visage [?]» est donc là pour se moquer d'une pratique obsessionnelle et  réparatrice.

guelfi.jpgLa créatrice, en remplaçant les visages par des photographies achetées à une banque d’images d'archives américaines des années 1950 et 1960, montre à la fois que le visage peut devenir ce qu'il est - à savoir un mensonge - et qu'une société mondialisée fondée sur l’apparence et l’image de soi, oblige à une convulsion médiatique liée à une sorte de blessure narcissique. La représentation d'une apparence physique tente de la colmater  au moment où le visage étant celui d'un autre reste néanmoins et par procuration le monograme d'une psyché ironiquement sauvée par la démonstration de la créatrice.

Jean-Paul Gavard-Perret

Cristina Rizzi Guelfi ,«nous avons besoin d’un visage [?]», https://www.instagram.com/cristinarizziguelfi/?hl=it

 

 

 

 

08/10/2020

Tristan Félix contre les amibes bidasses et autres "sangsuels"

Tristan 3.pngDe "Laissés pour contes" à "Faut une faille", Tristan Félix s'arrange toujours pour que tout déraille afin que qui de droit en prenne pour son grade. Ses contes cruels comme ses théories des failles mettent le feu aux poutres d'escampette. Si bien que bannie entre toutes les flammes, celle qui est nullement bannière de bigote (quoique trouvant refuge dans un ancien repère de carmélites de Saint Denis) conspue la terre "pleine de heurts". Elle y laboure aujourd'hui son bal des mots dit.

tristan.pngLe champ est donc large pour celle qui par la force de ses farces comme de ses dessins lutte pour la justice et l’équité ici et ailleurs. Et d'ajouter : "la vérité est la soeur de l’homme là où l’injustice est la femme du mensonge". Bref il y a de l'inceste dans l'air et à tous les étiages. Ce qui n'empêche pas d'éviter escalier ou ascenseur à qui peut grimper au rideau. Et qu'importe alors si le plancher quitte ses pieds. C'est sans doute le seul moyen pour peu que tout se fasse au nom d'une entente corpsdiale non de traverser la vie sans l’avoir vue mais de s'y agripper - avant que nos plafonds personnels nous tombent dessus.

Tristan 2.pngEt qu'importe si le monde reste un foutoir pérenne. Tristan Felix offre ses hop ! hop ! hop ! en incisant des manigances à la langue française. Elle la démonte jusqu'à en "déhoupper la croupe". Cela lacère un peu son fion mais cela vaut mieux que de se faire mettre par les téléréalistes des cérémonies officielles et délétères. Alors finalement assez ! nous dit Ovaine dans ses neuvaines païennes : à l'impossible nul est tout nu. Bref ça ne peut plus durer ajoute celle qui - tous les trous de la langue ouverts - crie néanmoins : Halte aux boucs "imisçaires" et violeurs de ces donzelles. Ils n'ont d'intouchables en Inde comme ailleurs que le nom. L'actualité nous le rappelle une fois de plus aujourd'ui.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tristan Félix, "Faut une faille",Editions Z4, 2020, "Laissés pour contes", Editions Tarmac, 2020.