gruyeresuisse

02/05/2020

Matylda Hagmajer : soleil gelé

Matylda.jpgHabiter notre monde actuellement n'est pas simple. Vivons-nous des temps ultimes ? En tous les cas l'existence n'est pas toujours une sinécure. Matylda Hagmajer le rappelle à travers une histoire vieille de 200 ans. Marguerite Gremon, jeune paysanne savoyarde, rejoint Genève rêvant d'ascension sociale en entrant au service d'une femme originale -  Anna Roux - en quête d'un développement intellectuel qui n'est pas habituel chez les femmes de son époque.

Les destins des deux protogonistes sont bouleversés par la catastrophe météorologique. Elle frappe Genève mais aussi l'Europe. Le soleil soudain s'est "éteint" lors de l'"Année sans été" suite à l'explosion du volcan Tambora en Indonésie en 1815. Les températures se retrouvent bien en deça des normales saisonnières. Les pays sont soumis à des pluies torrentielles, aux orages fulgurants. Parfois aussi aux couchers de soleil rougeoyants qui ont inspiré le Frankenstein de Mary Shelley (elle écrit son roman sur les bords du Léman) et aussi certains tableaux de William Turner. Mais cet évènement est surtout source de famines et de désastres que l'auteure rappelle à travers le cheminement des deux femmes.

Matilda 2.pngLe roman, à sa manière, fait le tour d'une question qui se repose en 2020 certes pour d'autres raisons. Il rappelle une dilution aussi économique que sociale et écologique. L'auteur - au delà l'aspect psychologique de son livre - montre que l'Apocalypse brutal n'est pas toujours pour demain mais pour le jour même. Néanmoins le roman réinvente et réapprend une forme de vie dans l'appel à une tendresse et une harmonie du globe loin du seul ordre des édiles  bien démunis face à des causes voire des enjeux qui leur échappent.

Jean-Paul Gavard-Perret

Malylda Hadmajer, "Le soleil était éteint", Sltakine, Genève, 2020, 24 E.

25/02/2020

"Amuse-Bouche" : le goût de l'art

Tingguely 2.jpg"Amuse-bouche,The Taste of Art", Hatje Cantz, Berlin, Edtions Musée Tinguely, 2020, Bâle; 144 p.;€ 28.00. Musée Tinguely, Bâle, du 19 février au 17 mai 2020

Réunissant des textes de Antje Baecker, Ralf Beil, Marisa Benjamim, Felix Bröcker, Elisabeth Bronfen, Karin Leonhard, Thomas Macho,Wolfgang Meyerhof, Annja Müller-Alsbach, Jeannette Nuessli Guth, Maren Runte, Charles Spence, Daniel Spoerri, Paul Stoller, Roland Wetzel, Stefan Wiesner, ce livre prouve que si nul ne peut littéralement discuter du goût il est possible de beaucoup en dire à son sujet.

Tinge 3.jpgSurtout - mais pas seulement tant s'en faut - lorsqu'il s'agit de partir de Jean Tinguely et la manière qu'il eut de manipuler nos perceptions de diverses "saveurs". Ce livre nous rapproche de celles qui demeurent anciennes comme les inédites dans les interactions que l'art en donne. Ce livre est superbe car il offre une analyse de ce qui touche à l'histoire générale de goût, une histoire aussi culturelle, psychologique, linguistique et même biochimique.

Jean-Paul Gavard-Perret

07/02/2020

Gérard Musy : high energy

Musy 2.jpgEn 1986, le photographe lémanique Gérard Musy, pour son mémoire en Histoire de l’Art sur Robert Frank à l’Université de Genève, se rend souvent à Paris pour découvrir les défilés de mode et passer de nombreuses soirées au "Palace" lieu emblématique de la ville à l'époque. L'exposition permet de revisiter cette période charnière de la photographie et de la mode.

 

 

 

 

Musy.jpgMusy comprend combien le monde de la nuit et de la mode sont liés. Les tops mannequins sortent en discothèque avec les tenues des stylistes branchés qui expérimentent  différentes matières fétichistes : le vinyle pour Mugler, le latex pour J-P Gaultier mais aussi le cuir de Montana  et la maille galbante d’A. Alaia.

 

 

 

 

Musy 3.jpgLe photographe saisit un monde pétillant en noir et blanc ou en couleurs dans un art parfait de la composition serrée. Existent aussi des photos de backstage aux couleurs riches et profondes réalisées entre autres pour le compte des magazines Jardin des Modes et Harper’s Bazaar. Elles renouvellent la photographie de mode de la fin des années 80 dans une force de vie et d'énergie juste avant que le Sida viennent briser l'insouciance.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Gérard Musy, "Eclats, Late’80s Fashion", Espace Photographique du Leica Store, Paris VIIIème., du 6 février au 4 avril 2020