gruyeresuisse

18/05/2022

Jean-Hubert Martin visiteur impertinent

Martin 4.jpgJean-Hubert Martin,  "Pas besoin d'un dessin",  Musée d'Art et d'Histoire de la Ville de Genève, Les Presses du réel, mai 2022, 380 pages, 36.00 €.
 
Pour sa seconde grande exposition "carte blanche", le Musée d'art et d'histoire de la Ville de Genève a invité l'historien de l'art  et commissaire d'exposition Jean-Hubert Martin à poser un œil neuf sur ses collections.
 
Martin 2.jpgDans son approche l'éminent spécialiste abolit toutes  hiérarchies et en conséquence incite à revenir à la relation première entre l'œuvre d'art et le regardeur. Un tel ouvrage révèle la richesse du patrimoine genevois en reprenant la logique du parcours découpé en une vingtaine de séquences et en puisant dans tous les domaines artistiques et historiques de la collection.
 
 
Martin 3.jpgChaque chapitre se charpente  sur des suites d'analogies, de correspondances tant sur le fond et la forme des oeuvres qui recèlent  une histoire : de la croix au globe, de l'arnaque à la décapitation. Une telle approche  abolit les hiérarchies et stimule le regard en partant d'un constat : l'accumulation de connaissances, depuis la naissance de l'histoire de l'art, a lentement et sûrement fait perdre de vue l'essence des œuvres. Dès lors "Pas besoin d'un dessin" comme l'annonce le titre de l'exposition.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

02/12/2021

Anne Marie Vurpas : les révoltes d'un Huguenot genevois

Vulpus.jpgEn dix ans et à cheval sur le XVIème et XVIIème siècles ont été publiés de manière anonymes 8 monologues satiriques rédigés en franco-provençal pour se moquer du Duc de Savoie Charles Emmanuel le Grand. Ils ont sans doute été diffusés à Lyon et composé possiblement par un huguenot genevois : Louis Garon venu à Lyon pour échapper aux persécutions religieuses de l'époque.
 
 
 
 
Vulpus 3.jpgCes textes  sont génialement drolatiques et les Genevois ne sont loin d'être épargnés tant ils semblent chatouillés par les diables. Ce qui ravit l'auteur. Il souligne tout autant la mauvaise foi des monarques ou assimilés qu'il n'hésite pas à déclarer "immondes". D'où l'appel aux Savoyards à se soulever en rappelant ce que leur Duc agença. Cette plongée dans le temps ne possède pas qu'un intérêt historique. C'est une leçon de verve poétique dans une langue dont la région de Chambéry devient le centre. 
 
Vulpus bon.jpegL'auteur se dit ni d'un côté, ni de l'autre : voire...  Car les actions du Prince vont de travers en Savoie, en Dauphiné comme en Provence. Il y a là un appel constant à l'irrévérence dans un texte qui bouillant de rage ne manque jamais de sel ironique dans un foisonnement de formes avant que Vaugelas vienne y mettre le holà. Ici tout avance balance avec force et irrévérence. C'est une manière de se ressourcer à une langue presque première.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Anne-Marie Vulpus, "Moqueries savoyardes (1594 - 1604)", coll. Régionales, EMCC, Lyon, 192 p., 2021, 10 E..

25/10/2021

Julien Spiewak amoureux de Balzac

Spie 3.jpgJulien Spiewak, "Le Chef-d’œuvre inconnu", Espace L, Genève, du 6 novembre au 10 décembre 2021. Editions d'un livre au même titre Éditions espace L.
 
Après sa lecture du "Chef-d’œuvre inconnu" d’Honoré de Balzac, Julien Spiewak est comme abasourdi et sonné.  Tout parle au photographe dans ce conte fantastique : la fiction elle-même mais aussi les mots qui la créent. Ils semblent écrits pour lui et font corps avec sa série de photographies "Corps de style".
 
Spie 2.jpgL'exposition "Le Chef-d’œuvre inconnu", présente ce que Julien Spiewak a réalisé à la Maison de Balzac : recherches, études et photographies prises avec le mobilier de l'auteur. Se retrouve un aperçu de son parcours à travers ses images réalisées ces 15 dernières années dans divers musées européens. Tout est précis, à un détail près : l’artiste introduit des fragments de corps nus dans ses décors, en redonnant vie à ces lieux.
 
Spie.jpgC'est sans doute une sorte d'hommage à Balzac. Non seulement l'écrivain mais l'homme : celui qui rencontra pour la première fois sa future femme Ewelina Hańska en Suisse sur les bords du lac de Neuchâtel après une relation épistolaire. Ewelina est alors encore mariée au comte polonais Wacław Hański. Puis Balzac et Ewelina séjournent de mi-décembre 1833 à la fin janvier 1834 pour la première fois ensemble à Genève.  Les amants peuvent enfin se voir longuement. Et Julien Spiewak rappelant des baisers sur le bord du Léman, introduit ainsi l'amour - autre chef d'oeuvre qui reste (encore et toujours) inconnu.
 
Jean-Paul Gavard-Perret