gruyeresuisse

22/08/2017

La Suissesse et la vidéo : Barbara Polla

Polla magyarosi-eva80.jpg« Calligraphie » propose les vidéos en lien avec le dessin de 15 artistes contemporains. Ils mixent les deux genres afin de créer un univers à la fois multiple et un, déclinent des univers inédits par le mariage du dessin et du mouvement.

PollaLaure Tixier.jpgLa vidéo d’Ali Kazma offre un mélange d’humour et de noirceur, entre tragédie et légèreté, poésie et politique, architecture et peinture. Pawel Prevencki crée une « Avventura » antonionesque où l’angoisse est remplacée par une forme d’insouciance. Mounir Fatmi tire sa “jambe noir de l’ange » d’un tableau de Fra Angelico : « La Guérison du Diacre Justinien » pour lui offrir un autre soin. Eszter Szabo avec “Abandoning The Testicals” met à mal les attributs et les prébendes de la prétendue puissance masculine de manière iconoclaste.

Polla.jpgBridget Walker en propose une autre version plus poétique et littéraire là où fusionnent fantômes et réalité. Kakyong Lee mêle la beauté à l’horreur, l’art à la politique en se fondant sur les témoignages du massacre de Jeju qui eut lieu sur l’île en 1948 en mêlant brutalité du réel et finesse de réalisation graphique.

Polla Ali Kazma.jpgAndreas Andelidakis à l’inverse montre comment la nature se venge des assauts anarchiques de l’urbanisme d’Athènes. Laure Tixier choisit un autre axe afin de dessouder , dans la France, les grands ensembles des année50-70, les noms pastoraux (Val Fourré, Chantepie, etc.). lls sont  l’antithèse de ce que leurs intitulés symbolisent. Une fois de plus Barbara Polla secoue les idées reçues par cette immense revue de détails. Engagée et poète elle reste une maîtresse de cérémonie enjouée et parfois austère, amatrice des paradoxes qui nous rappellent l’état de nos sociétés comme de nos intériorités. Le tout synthétisé par le travail d’Eva Magyarosi dont « l’Eden » est soumis à des coups de scalpel. La jeune artiste rappelle que dans ce paradis dieu est bien mort. Et les êtres sont guère en meilleur état.

Jean-Paul Gavard-Perret

« Calligraphie », Programmation vidéo de Paréidolie : carte blanche à Barbara Polla, Marseille septembre 2017.

Images : Eva Magyarosi, Laure Tixier, Barbara Polla, Ali Kazma.

19/08/2017

Jochen Raiss : s’envoyer en l’air

Jochen Raiss.jpgJochen Raiss, « More women in trees », 122 p., 15 E.- 20 CHF, Haje Cantz, Berlin, 2017.

Après le succès de « Frauen auf Bäumen / Women in Trees » chez le même éditeur, celui-ci propose une suite à ces prises insolites de femmes en fleurs ou aux fruits murs perchés dans les arbres. Découverts et recueillis par Jochen Raiss sur les marchés aux puces pendant quelques vingt ans, ces clichés sont aussi ludiques qu’insidieusement érotiques. Les fruits y sont défendus (ou non) dans leur condition d’envol en variances. Par l’emprunt, l’artiste compose une approche aussi naturelle qu’interdite. La proie n’est pas d’ombre mais elle retourne ses armes contre le voyeur, là où sans le savoir les photographes amateurs ont capté l’insaisissable liberté et une entente tacite avec du désir.

Jochen Raiss 2.jpgImpossible de ne pas croire qu’entre les « artistes » et leurs modèles ne s’insinue un échange de pouvoir au sein de l’illusion vitale saisie là où l’existence se veut insouciante et s’arrache aux vicissitudes du quotidien. Le corps exprime des sensations profondes que l’absence de souci à proprement parler artistique laisse intactes. Reste une plongée ou plutôt une montée sur un bien-être : preuve que le premier rapport à l’image n’est ni mental ou intellectuel. Il demeure d’abord naturel, immédiat, physiologique.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/07/2017

Anna Göldi : Une sorcière désormais bien aimée


Goldi.jpgAnna Göldi fut la dernière Européenne condamnée à mort pour sorcellerie. La servante a été réhabilitée en 2008 par les députés du canton de Glaron 226 ans après sa décapitation et l'enfouissement de ses restes au pied de l'échafaud. Elle fut condamnée pour avoir inoculer du poison à l’aide d'aiguilles magiques la fille de son patron. Les responsables des églises protestante et catholique et gouvernement cantonal s'y étaient d’abord opposés avant de reconnaître cette erreur en utilisant même la nation de "meurtre judiciaire". Walter Hauser, journaliste auteur du livre- enquête – « Der Justizmord an Anna Göldi » ("Anna Göldi, la justice assassinée") joua un rôle majeur dans sa réhabilitation.

Goldi 2.jpgCelle qui fut envoyée comme servante au foyer d'un médecin et juge célèbre de Glaris. Johann Jakob Tschudi devint sa maîtresse. Selon des témoignages des aiguilles sont à plusieurs reprises trouvées dans le bol de lait d’une des filles du juge. Anna Göldi est soupçonnée et renvoyée. L’enfant se met à vomir journellement des aiguilles dans des glaires mêlées de sang. Anna est arrêtée et doit guérir l’enfant. Celle-ci retrouve la santé : preuve que la servante est dotée de pouvoirs magiques. Après de longues séances d'interrogatoires et de torture. Anna Göldi finit par avouer avoir agi sur injonction du diable et sa condamnation à mort est promulguée.

Goldi 3.jpgDes femmes et hommes de l’époque s’offusquent de telles pratiques d'un autre temps. Soumis à la censure, les journaux suisses restent muets. Néanmoins deux journalistes allemands venus enquêter prouvent que la justice a été biaisée et les aveux extorqués sous la torture. En se fondant sur leurs archives Walter Hauser apporta de nouveaux éléments pour blanchir la présumée sorcière. Elle fut accusée de magie noire à la suite de la plainte qu’elle déposa pour harcèlement sexuel contre son employeur. Il inventa un tel « contrepoison » afin de sauver sa réputation.

Le nouveau musée Anna Göldi d’Ennenda va devenir à partir du 20 août un symbole de la violation des droits humains. Il ne se consacrera pas uniquement au souvenir de la servante mais permettra de mettre en lumière l’arbitraire administratif et des violations hiérarchiques et juridiques de notre temps. Outre l exposition permanente, le musée prévoit en conséquence des forums sur les droits de tous dans le monde d’aujourd’hui.

Musée Anna Göldi, Ennenda / GL.