gruyeresuisse

21/04/2019

Passages et paysages de Hélène Peytavi

Peytavi.jpgHélène Peytavi propose une réécriture d'un paysage frontière (entre la France et l'Espagne) d'après "l'Exode d'un peuple" de Louis LLech. Différentes strates de paysages et d'histoires se mêlent. L'artiste les associe aux photographies du temps qui passe et divers types de productions plastiques dans ce qui devient un paysage d'écho entre le passage des réfugiés espagnols au Perthus en 1939 et son œuvre.

Peytavi 2.jpg"Grains" est donc composé de photogrammes du film documentaire, de photos d'aujourd'hui, de dessins (papiers huilés et fusains) et de textes. Il s'agit non de prétendre reconstruire le visible mais d'analyser ses périphéries. Mis en récit le temps et l'espace sont revisités en un ensemble kalédoscopique. Le mixage ne se veut pas forcément un principe mais un fait qui s'impose en un tel projet et une pratique artistique, sans hiérarchie entre divers supports, manières et outils.

Jean-Paul Gavard-Perret

Hélène Peytavi, "Grains", Editions Voix (Richards Meier), 2019.

27/03/2019

Willy Spiller et Fred Mayer : Zurich, années 70

Mayer 2.jpgWilly Spiller "Zurich 1967-1976", Fred Mayer, "Le Zurcher 1971" Bildhalle, Zurich du 28 mars au 11 mai. Livre "Willy Spiller "Zurich 1967-1976", Editions Bidhallle, 2019, 200 p..

 

Cette double exposition présente la ville de Zurich et ses habitants au cours de la décennie 1967 - 976, au moment où les revendications de la jeunesse et la révolution sexuelle battaient leur plein, affrontaient et affolaient la morale bourgeoise. Willy Spiller et Fred Mayer proposent certains de leurs célèbres clichés témoins absurdes et intenses de cette époque.

Mayer 4.jpgLe premier photojournaliste international, a capté des célébrités suisses et internationales au cours de ces années les plus mouvementées (dont Alfred Hitchcock présent ici). Fred Mayer propose des tirages de sa série "Zürcher Panoptikum", publiée à l’origine dans l’édition de week-end du "Neuen Zürcher Zeitung" en 1972, accompagnée d’un texte de Hugo Lötscher.

Zurich se retrouve ici dans tous ses états : la ville semble brute, sauvage, mais tout autant conservatrice et sexiste. Les deux photographes ont su exprimer ses zones grises où deux sociétés coexistaient tant bien que mal. Tout est saisi avec un regard amusé, complice et complexe.

Mayer.jpgLes voyous" sont plutôt tendres et les "réactionnaires" débonnaires. Tout un monde - souvent aujourd'hui disparu - s'agite : il y a là des éditeurs, des artistes, des balayeurs, des livreurs de bière, des chaudronniers mais aussi des trainards qui parfois sortaient de la rue pour rejoindre le temps d'une pose le sudio de Mayer au moment où Spiller les saisissait au sein du décor urbain. Chaque fois c'est moins la discorde que le plaisir de liberté qui est au rendez-vous dans une fête hybride et renaissante grâce à cette exposition.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/03/2019

"Isrealities" : document-terre

Is-Erich-Hartmann.jpg"Isrealities, sept voyages photographiques", Musée juif de Suisse, Bâle du 29 mars au 14 juillet 2019

Pour Anna-Patricia Kahn, commissaire de cette exposition "Avoir différentes perspectives côte à côte est une invitation à réfléchir à notre compréhension du passé et à envisager de nouveaux horizons." Elle a donc choisi sept visions historiques de photographes pour lesquels la représentation fait moins le jeu du document et du réalisme que du symbole et de la poésie.

 

 

Is (David Seymour).jpgCertes ils appartiennent tous (sauf le dernier) à l'agence Magnum spécialiste du reportage. Mais ici Philippe Halsman, Erich Hartmann, David ‘CHIM’ Seymour , Micha Bar-Am, Patrick Zachmann et Thomas Dworzak et Oded Balilty présentent moins un document-taire qu'un document terre. Et les nuances de l’expérience israélienne sont donc présentées dans la ville où en 1897, le journaliste et activiste Theodor Herzl déclara : «À Bâle, j’ai fondé l’État juif».

Is Oded-Balilty-.jpgEn 60 images en sarabande tout n'est pas dit sans doute d'Israël. Mais les images dialoguent entre elles et avec le public. Loin des analyses elles montrent des espérances, des abîmes, des abîmes d'espérances. Il y a là des détours imprévus, des déceptions, des abattements, des rêves et des espoirs. De l'humour et de l'émotion surtout. A chaque visiteur de se faire son propre parcours là où la photographie prouve que l’amour d'une terre ou d'un idéal n'efface pas certaines ombres et c'est bien en Israël le problème. Mais le ciel souverain de l’amour n’est sans doute que d'une terre, ce morceau du ciel vu à l’envers.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Photos : Hartmann, Seymour, Balilty)