gruyeresuisse

23/08/2021

Tomasz Laczny : géométries de l'amour

Lazny Bon.jpgComme le souligne l'éditeur, ce livre est "un trésor que l’on souhaite conserver et souvent revisiter, avec la promesse de découvrir quelque chose de nouveau. C’est un poème visuel unique, un roman graphique et une œuvre d’art." Il s'agit de l’histoire  de l’amour d’une mère pour sa fille à la fin de la Seconde Guerre mondiale et de ses suites, racontée par un petit-fils, dans la vie duquel ses éléments sonnent comme écho. EtTomasz Laczny précise « L’histoire de ma grand-mère est une histoire de perte d’identité, de famille et de pays face à des événements historiques traumatisants. Il représente la situation de nombreuses personnes et nations qui se retrouvent à lutter pour trouver leur identité après la guerre dans l’ombre du nazisme."

Lazny.jpgUne jeune Allemande tombe amoureuse d’un Polonais. À l’époque, ce genre de relation entre ennemis était interdit: tous deux pouvaient être tués, si cela était découvert. De plus, elle tombe enceinte et cache sa grossesse.  Après la guerre, elle est emprisonnée dans le camp des Allemands. Elle donne naissance à la mère de l’auteur mais, en raison de ses mauvaises conditions, elle n’est pas en mesure de l’élever et doit la donner. 

Lazny 2.jpgLes frontières européennes ont été modifiées tous les Allemands ont été expulsés (la plus grande migration forcée de l’histoire). La femme, espérant retrouver sa fille, a décidé de rester mais a dû acquérir la nationalité polonaise Pour elle, en tant qu’ex-Allemande, la vie en Pologne était extrêmement difficile. Elle vivait dans l’ombre de la culpabilité et des souvenirs de ce qui s’était passé Et il lui a fallu de nombreuses années pour être à nouveau avec sa fille ensemble. Ironiquement, l’histoire de la grand-mère déploie certaines similitudes avec celle de son petit fils. Vivant à l’étranger pendant de nombreuses années, il aconnu l’isolement et a eu du mal à trouver ma nouvelle identité. 

Jean-Paul Gavqard-Perret

Tomasz Laczny, "Erna Helena Ania", Blow Up Press, Warsaw, Poland, 2021, 55 E..

 

 

12/07/2021

Peter Fischli  : la peinture et son "après"

Prada.jpgPeter Fischli a conçu pour la Fondation Prada  de Venise ce qu'il définit comme comme la "sculpture d'une exposition de la peinture". Il a divisé la  mostra en dix cessions et une pluralité de narrations pour illustrer les questions qui ne cessent  de se reposer : assiste-t-on à l’histoire de la fin de la peinture ou cette idée est un problème fantôme ? Et si oui, les fantômes peuvent-ils être réels ?

 
Prada 3.jpgPour répondre il souligne cinq ruptures capitales causées par des changements techniques et sociaux qui correspondent à la mutation du paradigme de l'art à travers la peinture dans les 150 dernières année.
 
Prada 2.jpgLa première est causée par l'invention de la photographie. Elle fit affirmer en  1840 à l'artiste  Paul Delaroche en 1840 qu' "à partir d'aujourd'hui la peinture est morte". La deuxième apparaît avec l'invention du ready-made et du collage. Ils contraignent la peinture à trouver un nouvel espace à travers les objets. La troisième est provoquée par la mise en discussion de l'autorité de l'art et du créateur à la fin des années 60. La quatrième crise arrive lorsque que la peinture est critiquée en tant que bien de consommation. Enfin la cinquième lorsque à partir des années l'idée d'avant-garde devint obsolète.
 
 
Prada 4.jpgPeter Fischli  crée de la sorte un kaléidoscope de "gestes répudiés" en explorant cette série de moments de rupture. Et ce  en relation avec l'émergence de nouveaux facteurs sociaux et de nouvelles valeurs culturelles par l'arrivée  de la révolution numérique actuelle. En brouillant les cartes, elle peut devenir soit l'origine d'une nouvelle crise de la peinture ou, au contraire,  son renouveau.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 

“Stop Painting”,  Fondazione Prada, Venise, du 22 mai au 21 novembre 2021.

02/04/2021

Les tournantes de Jakob Lena Knebl

Kneb.jpgJakob Lena Knebl, "Marcher sur l’eau", Musée d’art et d’histoire de Genève, jusqu’au 27 juin 2021
 
Le Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH) a donné  carte blanche à l’artiste et performeuse autrichienne Jakob Lena Knebl. Son directeur  Marc-Olivier Wahle l’a invité après avoir découvert au Mumok de Vienne en 2017 son "Walking on Water".
 
Kenb 2.jpgCette nouvelle exposition propose une traversée dans l’histoire des collections du musée selon une scénographie surprenante. Jakob Lena Knebl pour investir une collection a toujours besoin d'une œuvre clé et celle de Schwabe fut parfaite. Ses femmes en colère et effrayantes lui rappelèrent les couvertures des magazines d’horreur qu'elle aimait enfant. Ces images qui à la fois l'horrifiaient et la fascinaient l'ont donc inspirée.
 
Knebb 3.jpgA partir de là la plasticienne-curatrice, dans des scénographies pleines d'humour,  pose des questions et change nos perceptions en traitant l’histoire de l’art, du design, du corps dans l’espace et de la façon dont les identités sont façonnées par les personnes, les choses, les événements, les théories et les genres. Elle a pu  choisir parmi des couverts, des vêtements, des montres, des peintures à l’huile et des sculptures  du musée afin de faire "tourner" différents récits et présenter des œuvres de la haute culture en même temps que des choses de la vie quotidienne. Et ce dans la joie et le désir de reconstruire.
 
Jean-Paul Gavard-Perret