gruyeresuisse

20/01/2019

Marcia Halif et les enjeux de l'art

Halif bon.jpgMarcia Hafif, "Inventaire", Mamco, Genève, du 27 février au 5 mai 2019.

Le 1er janvier 1972, Marcia Hafif fait - sans le savoir ou presque - un dessin emblématique. Il va devenir la base de son travail : une série de marques verticales commencées en haut à gauche au crayon  envahit progressivement tout l'espace. Elle déplace ensuite cette même technique en un autre support et en couleur. C'est pour elle le premier "pas du pas" afin de se dégager d'une forme d'écriture et toucher la vibration de la peinture en tant que seule figure de la figure.

 

Halif 3.jpgLa Californienne, aprés avoir enseigné en primaire et fait des études d'histoire de l'art arrive à Los Angeles et travaille à la Ferus Gallery. Selon son historiographie, une exposition de Morandi la pousse à partir pour l'talie. Mais son intérêt pour la Renaissance, la mosaïque n'y est pas pour rien. Elle y réalise - sous l'influence de l'architecture, de la signalétique et même ce Cinecitta 500 peintures, collages, sérigraphies dessins qu'elle "oublia" pendant trente ans avant qu'ils soient présentés au Mamco (entre autres) au début du nouverau millénaire.

Halif.jpgTout ce travail annonce se monochromes qu'elle définit comme des « peintures à une seule figure ». Sa peinture non-figurative plus qu'abstraite prend ses motifs dans le réel. Ils sont réinvestis selon une esthétique pop ou selon des coloris inspirés souvent par l'architecture de diverses villes. Elle devient une des artistes qui soulignent les mutations plastiques de l'art. "Inventaire" permet de suivre l'oeuvre en son épopée plastique.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/01/2019

Résurrections : Jean Baptiste Née

Née.jpgJean-Baptiste Née, "Derrière la brume", Galerie Ligne Treize, Carouge-Genève, du 12 janvier au 15 février 2019.

 

Le temps passe mais - sur les montagnes - l'ombre reste le berceau de la vie. Ou plutôt son écrin. C'est pourquoi si J-B Née ne dissipe pas les brumes il montre ou suggère ce qui s'y fomente et se cache derrière. Chaque gouache sur papier  propose un souffle indéfinissable. Il diffère le réel afin d'inscrire une légende. Elle emporte.

Née 2.jpgEn absence de jour le paysage n'est pas pour autant orphelin. Il neige de noir dans la crevasse des souvenirs. L'oeuvre devient une suite de flocons sombres. Ils  demeurent inconsistants car une lumière sourde y rayonne. Quand la nuit tombe, J-B Née la troue : elle est repoussée par vagues. D'un côté l'artiste contemple le ciel, de l'autre il scrute la terre. Nous sommes soumis  à des glissements progressifs. Il n'existe pas d'arrêt. Juste l'attente. L'interminable attente : bordures et nudité.

Née 3.jpgChaque image compose un éparpillement des brumes. Peu peu le paysage entre dans le regard. Preuve que l'absolue lumière cache l'essentiel. S'infuse la séparation entre les paysages tels qu'ils sont et tels qu'ils deviennent dans cette proposition de voyance. Le mensonge des apparences fond avant que la lumière diffuse une image trop nette qui ferait oublier des mystères et des secrets d'abîmes et de cimes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14/01/2019

Florent Viel : archéologie du fugace

Viel 3.jpgFlorian Viel, "The Tropicool Company", solo show, Galerie Laurence Bernard, Genève, du 17 janvier au 2 mars 2019.

 

viel.jpgLe pop-art de Florian Viel est sophistiqué, impertinent et indirect : il s’alimente d’une réflexion perpétuelle sur le sens des images mais tout autant sur celui des êtres et de leurs amours.

 

S’élevant contre la notion de chef d’œuvre l’artiste ne brade néanmoins en rien  ce qu'il crée et ne néglige pas ce qui - hélas - désormais passe en second : le beau. Sous prétexte qu’il est affaire de goût, cette notion au fondement de l’esthétique serait désormais vide de sens. Voire… L’artiste le prouve. La beauté possède chez l’iconoclaste comme parfait synonyme le terme d’énergie lumineuse. Celle-ci devient à la fois l’élan et la résultante de couleurs qui décalent le réel de ses miasmes.

 

vieil 2.jpgL'attraction sexuelle n’est pas absente mais nous sommes loin de l’éloge basique de la libido. Les effets de plans et de trompe l'oeil sont autant de signes ironiques et jubilatoires. Le désir et le manque travaillent à porte fermée mais à corps ouvert. Faisant preuve de maîtrise technique l’artiste casse la « vulgarité » des images médiatiques. Le jeu en vaut la chandelle et ouvre bien des méditations. Le pouvoir de l’analyse, la fonction de partage de l’art donnent libre court  à un nouveau type d'émotion. Chez Viel elle n’est pas narcissique et permet l’accroissement de la conscience de l’existence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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