gruyeresuisse

18/09/2018

Yannick Bonvin-Rey : une histoire de soupirs

Yannick Bonvin-Rey, "Peinture et encre", Galerie Marianne Brand, Carouge, du 20 septembre au 18 octobre 2018.

Bonvin.pngYannick Bonvin-Rey, à travers ses différentes techniques, crée des images qui ne sont pas que surfaces ou peaux. L’artiste entame une desquamation et un tatouage loin de toute posture psychologisante. L’abstraction tend moins vers le ciel que la terre.

Bonvin 2.pngLa créatrice y souffle le froid et le chaud. Le souffre n’y est plus mortel. Et si les images et les techniques sont choisies par souci d'économie sémantique, elles le sont aussi pour la rythmique qu’elles génèrent et les opérations qu’elles permettent.

 

 

Bonvin 3.pngSe méfiant des effets de décor dans lesquels ceux qui se prétendent des envoûteurs croupissent, Yannick Bonvin-Rey est à la fois plus humble et plus profonde. Elle tire des sépulcres  des formes en résurrection. Par souffles obscurs elles reviennent à la lumière en sortant des bouches d’ombres.


Jean-Paul Gavard-Perret

16/09/2018

Delphine Renault : montagne et abribus

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Delphine Renault, « Le phare du Delta », Galerie Zabriskie, Genève, du 21 septembre au 6 octobre 2018.

Dans la plus originale des galeries de Genève, Delphine Renault continue d’interroger la manière dont le paysage se construit en ses représentations. Et le choix d’un tel lieu est significatif. L’artiste est comme impliquée dans la ville qu’elle transforme à son échelle physiquement et symboliquement.

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La plasticienne crée toujours un rapport entre ses images et le lieu de leur exposition en introduisant une transposition de signes et de métaphores pour construire des émergences paradoxales sous l’apparente simplicité minimaliste impertinente, drôle et énigmatique. S’y instruit un système de combinaisons formelles et conceptuelles propres à de solliciter l’imaginaire et la réflexion des passants.

 

Renault 3.jpgUne sorte d’apparent degré zéro de l’image – dont l’humour discret n’est pas absent - devient l’interface où un système de coordonnées abstraites du plan ou de la carte prend pied dans le concret. Il représente le point de capiton où une image mentale se compose afin de dresser une matérialité décalée du paysage.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les délocalisations de Sylvain Croci-Torti

Croci-torti.jpgSylvain Croci -Torti, « When the Horses - new works », Galerie Joy de Rouvre, du 14 septembre au 10 novembre 2018

Spatialiste à sa façon, mais aussi abstracteur de quintessence et artiste conceptuel et minimaliste Sylvain Croci-Tortis propose une peinture où la couleur remplit presque totalement les surfaces avec des effets de saturation de densité qui n’excluent pas une sorte de légèreté. Le vide et le plein se répandent en un effet de répétition et de décalage. La peinture parle par elle-même au sein des monochromes et leur effet de platitude rehaussée de quelques éléments géométrique. Ils accordent à la toile en une forme de translucidité poétique.

Croci-torti2.jpgTout semble délocalisé et il convient de se laisser perdre dans un espace où les repères se dissolvent en couleurs limoneuses. L’artiste ne prétend pas à un radicalisme : mais il est pourtant présent. . Le tout conduit à une quintessence et une condensation. Il n'existe pourtant jamais dans un tel travail de reprise un effet de nostalgie ou de mélancolie. Et ce qu'annonce la peinture est toujours dissipé par l'attrait d'un temps à investir par la plastique et d'un espace à libérer.

Croci-torti 3.pngL’espace créé permet à la peinture de sortir du temps pulsé. Les instants paroxysmiques sont effacés au profit d’une constance. L’œuvre « cadre » divers type de leurres et de quelques zébrures : un imaginaire de lumière crée de nouvelles conjonctions que le spectateur peut reconstruire à son profit. Elles jouent contre les images habituelles par un travail de recomposition d'un signifiant volontairement manquant afin de créer une béance et une interrogation. Et un plaisir certain.

Jean-Paul Gavard-Perret