gruyeresuisse

20/07/2018

Quand Marin Raguz s’amuse sous le regard bienveillant de Barbara Polla

Barbara.pngPour Marin Raguz et pour Barbara Polla, l’été est le temps des folies. Il suffit que 4 filles réunies en un rêve prennent le large pour devenir des femmes avec vision. Il y a là une égérie rebelle (Ada Salomé), une rêveuse insomniaque (Cyrille Zoé), une porteuse de talons aiguilles et de bébés (Rachel Isadora) et celle qui les rassemble (Roxane Selana). Bref sont réunies les Polla Sisters pour le plus grand plaisir de leur mère qui leur apprit ce qu’il en est non seulement de l’amour et de la passion mais aussi de l’art et des lettres.

 

Barbara 2.pngDès lors les couchers de pleine lune peuvent avoir lieu en plein jour. Il faut dire que de telles femmes en imposent : « elles prennent de la place, grandissent parfois sans prévenir et nous embarrassent lorsqu’elles manquent de tenue. Mais malgré tout ce qu’on leur reproche… les fesses d’une femme, c’est tout un poème. » écrit Barbara. Et l’une de ses filles (Cyrille) en a fait un poème « Mes fesses de lune … ». Quant à Raguz, il les a si l’on peut dire saisi au bond.

Barbara 3.jpgEntre sinécure et ciné-cure tout est alors possible. C’est bien là que Lacan aurait pu identifier les données de bases de la perception empirique. Il convient donc de souligner son erreur : « il n’y a aucun espoir d’atteindre le réel par la représentation ». Voire. Voir. Car il est possible d’affirmer que l’image donne un sens au regard en de telles perspectives.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://barbarapolla.wordpress.com/2018/07/20/summertime-when-girls-with-a-dream-become-women-with-a-vision/#jp-carousel-4556

 

 

 

 

10/07/2018

Allers et retours de Paola Pigani et Bettina Stepczynski

Pigani.jpgPaola Pigani et Bettina Stepczynski (Se) Correspondre, co-éditions Jean-Pierre Huguet et Lettres frontière, 40 p., 5 E..

Il se peut qu’elles se comprennent, sûrement même. Car ici, écrire est un voyage - d’abord obligé - et qui soudain dans la césure du partage crée un aller un retour à travers des temps, des paysages disloqués. Aux allers simples font place les retours des deux lauréates du premier Prix Lettres frontière 2014. Leur tandem va l’amble en un échange où les deux auteurs évoquent leurs rapports particuliers aux lieux, objets ou auteurs.

Huguet.jpegLes origines des deux correspondantes expliquent bien des vues. Pour Paola Pigani l’Italie n’est jamais loin. Pour Bettina Stepczynski née à Langnau dans l’Emmental et qui vit aujourd'hui à Carouge l’écho est allemand. Les deux créatrices ont déjà évoqué leurs conceptions du monde et le déchirement. Paola avec "N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures" et "Venus d’ailleurs". Quant à Bettina elle est toute empreinte de l’histoire d’une minorité allemande en Haute Silésie contrainte, par les accords de Potsdam, à l’exil. "Sybille, une enfant de Silésie" en indiqua les racines.

Huguet 2.jpgUn tel projet - en collaboration avec le Salon International du Livre et de la Presse de Genève et avec les soutiens de la Fondation Jan Michalski - donne aux deux femmes l’occasion de parler des exils et des équilibres plus ou moins instables. Si bien que ce livre de « repons » ouvre à des questions dont lectrices et lecteurs doivent faire bon usage au sein d’un désordre que l’une écrit devant un « caffe freddo » l’autre devant une boisson plus chaude..

L’intimité des créations est là. Les deux femmes dansent sur des abîmes car leur déracinement est là. Elles témoignent de ce que Erri de Luca dit : « L’écriture est un acte de résurrection de lieux et de personnes du passé pour les arracher de cette absence ». Néanmoins au-delà du constat les deux femmes trouvent une communauté avouable dans le doux désir de durer entre dérives et reprises. Elles animent leurs deux voyages dans le temps : le bel aujourd’hui fait le lien entre passé et avenir.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

27/06/2018

Que la guerre est jolie - Leonard Wibberley

wibberley.jpgLeonard Wibberley, « Feu l’Indien de Madame », Héros Limite, Genève, 2018, 224 p..

Dans ce livre et une nouvelle fois Leonard Wibberley traite l’Histoire par dessus la jambe et ses jarretières – fussent-elles celle d’une veuve anglaise. Il était coutumier du fait. Moins connu que « La souris qui rugissait», son texte reste tout aussi drôle par ses situations absurdes et la critique acerbe de la Deuxième guerre mondiale et de ses histrions maîtres du jeu de l’Oie.

 

Wibberley 2.pngLe regard ironique que porte l’auteur sur la politique menée par les grandes puissances économiques reste plus que jamais d’actualité. Le monde est un champ de bataille grouillant de mirages et de feu Mais cette fable permet pour autant d’autres éclats de lumière par effets de farce.

 

 

Wibberley 3.jpgL’auteur à travers ses deux personnages clés et les situations tout aussi improbables que les deux héros semble boire les océans et déplacer les montagnes. Reste à se demander à quelle porte le monde doit frapper pour tenter de sortir des errances programmées. L’auteur ne répond pas : il se contente de créer le rire... Du moins a priori.

Jean-Paul Gavard-Perret