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20/01/2022

Philippe Litzer : Chine nouvelle mais aussi démons et merveilles

Litz 2.jpgPhilippe Litzer (rédacteur en chef de OpenEye)  sauvegarde le monde de ses sursauts nocturnes ici ou ailleurs. Dans ce second cas il ne traite pas lieux en une vision touristique ou  exotique. Les guipures de ses images de fine et impertinente dentelle recouvrent de funestes destins du monde pour une harmonie provisoire. Le photographe jadis chimiste se fait alchimiste en  se rapprochant des êtres au sein de leurs paysages quotidiens. Point important :  Il refuse toujours de sacrifier à la caricature. La tendresse, la beauté et l'humour. caractérisent son regard qui fait feu des jeux de lignes et les couleurs. 
 
litz.jpgExit la nostalgie ou la mélancolie. Les vies se croisent telles qu'elles avancent au fil des saisons. Celles et ceux qui traversent les images vaquent à leurs occupations. Litzer sait les attendre comme il patiente pour que la lumière soit intense. Le photographe se laisse guider par ce qu'il ressent. Jouant sur des formes aussi complexes que simples, il propose des suites de variations avec supplément d'image d'un côté, supplément de réalité de l'autre et il  prouve que le diable et le bon dieu sont autant dans les détails que dans les plans d'ensemble.
 
ltz 3.jpgLe photographe semble la plupart de temps s'amuser à casser les souverains poncifs du portrait, du paysage et rentre en empathie avec ceux qu'il rencontre.  Chaque cliché est touchant et drôle. Litzer a compris que la déconstruction n'a plus rien à déconstruire et que le conceptuel a touché ses limites.  Il est donc passé à quelque chose de plus consistant : le jeu des espaces et des temps dans le trajet de vie infime.  La simplicité préside à la sophistication. Mais l'inverse est vrai aussi. Et ce en une volonté d'approcher,  au plus près et avec humour le flot des existences entre autres à Venise, en Chine. Et ce loin de la vieille tristesse pour offrir en otage un supplément de plaisir.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Voire Site OPENEYE

02/12/2021

Anne Marie Vurpas : les révoltes d'un Huguenot genevois

Vulpus.jpgEn dix ans et à cheval sur le XVIème et XVIIème siècles ont été publiés de manière anonymes 8 monologues satiriques rédigés en franco-provençal pour se moquer du Duc de Savoie Charles Emmanuel le Grand. Ils ont sans doute été diffusés à Lyon et composé possiblement par un huguenot genevois : Louis Garon venu à Lyon pour échapper aux persécutions religieuses de l'époque.
 
 
 
 
Vulpus 3.jpgCes textes  sont génialement drolatiques et les Genevois ne sont loin d'être épargnés tant ils semblent chatouillés par les diables. Ce qui ravit l'auteur. Il souligne tout autant la mauvaise foi des monarques ou assimilés qu'il n'hésite pas à déclarer "immondes". D'où l'appel aux Savoyards à se soulever en rappelant ce que leur Duc agença. Cette plongée dans le temps ne possède pas qu'un intérêt historique. C'est une leçon de verve poétique dans une langue dont la région de Chambéry devient le centre. 
 
Vulpus bon.jpegL'auteur se dit ni d'un côté, ni de l'autre : voire...  Car les actions du Prince vont de travers en Savoie, en Dauphiné comme en Provence. Il y a là un appel constant à l'irrévérence dans un texte qui bouillant de rage ne manque jamais de sel ironique dans un foisonnement de formes avant que Vaugelas vienne y mettre le holà. Ici tout avance balance avec force et irrévérence. C'est une manière de se ressourcer à une langue presque première.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Anne-Marie Vulpus, "Moqueries savoyardes (1594 - 1604)", coll. Régionales, EMCC, Lyon, 192 p., 2021, 10 E..

30/11/2021

Marcel Miracle l'anti-glycémique

Miracle 2.jpgMarcel Miracle demeure l'observateur acidulé et ironique des prétendus bouleversements qui parcourent l'existence. Il reste le seul maître des irrévérences subtiles. D'où la plus grande révérence à  accorder à ses mises en pièce. Ses "zoar" dans leurs apparentes petitesses deviennent des réserves stratégiques sans sirop  d'érable si bien que tout fluctue.
 
Miracle.jpgSe poursuivent dans cette exposition ses fables plastiques et ce, après bien des rencontres d'un troisième type et d'écrivains qui aux récits familiaux gnangnans préfère les parcours initiatiques en Suisse, France et Afrique.  Des grands principes théoriques (même de Bruno Latour)  qui prétendent expliquer, sauver, protéger voir racheter l'humanité,  il souligne l'idiotie par des grands petits dessins asymptomatiques.
 
Miracle 3.jpgMarcel Miracle ne prétend pas pour autant qu'il n'y a plus d'horizon.  Et sa Dauphine (mais pas seulement) vient à bout de la raison, de ses tabous et des routes en déroute.  Qu'importe si enfant il faisait pleurer sa mère tant il était galopin. Pour lui le monde s’apparente à un parc d’attractions sans manèges, mais rempli de bibelots avec chien en porcelaine, coucou suisse, cactus dans des petits pots en faïence bleue. Et plutôt que de s’ennuyer en feuilletant du Saint François de Salle, Miracle a suivi d'autres lectures et des lieux plus philosophaux. C'est ce qui donne à ses dessins l'aspect de diverses opérations (entendons ouvertures) là où le regardeur n'est pas endormi avec du chloroforme. Bien au contraire : chaque oeuvre et dans son genre une petite émeute aussi postmodernes que primitives.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Marcel Miracle, "Exposition ZOAR", Galerie Magnin, Paris, du 9 déc 2021 au 1er Mars 2022.