gruyeresuisse

29/09/2017

Vegas Parano : Christian Lutz

Lutz2.jpgChristian Lutz, « Insert Coins », Cente Culturel Suisse, Paris, Octobre 2017

Christian Lutz s’est retrouvé à Vegas (qu’il a photographié de 2011 à 2014) dans son domaine de prédilection photographique : l’oxymore. Derrière les fastes et le clinquant des Casino il met à nu la misère de manière frontale, sombre, violente mais non sans humour. Las Vegas est saisi comme hors-champ et dans ses marges de paradis de l’artifice, du jeu et de l’argent.

Lutz 3.jpgLe photographe fait jaillir une opacité. Il plonge en des espaces où les êtres sont des perdants et des prisonniers. L’artiste les saisit avec un mélange de fascination et d’effroi. D’où l’apparition d’images rebelles, rétives à toute séduction facile. Un assourdissant silence se fait entendre comme un acouphène lancinant dans le non-dit ou non montré de la cité des plaisirs.

Lutz.jpgLa poésie des images est gouvernée par un mouvement de descente, de plongée, de miroitement diffracté. Le créateur est entrainé par une curiosité fascinée dans les labyrinthes d’une monstruosité anodine. De l’espace « paysager » comme du portrait émane un empire visuel inédit là où tout est plus ou moins disloqué. La confrontation à de telles œuvres n’est pas facile. Mais elle rend précieuse cette approche, son étonnante ambiguïté et sa cruelle beauté.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

02/09/2017

Harmonies et disharmonies de Danilo Dueñas

Duenas 2.jpgDanilo Dueñas suggère l'écart (irréversible ?) entre l'image et la chose, entre le lieu tel qu'il fonctionne et tel que la sculpture le fait fonctionner. C'est d'ailleurs une thématique récurrente chez le Colombien qui montre toujours le vide que le plein appelle en ses expériences de la dilatation ou de vidange du temps et de l'espace.  Le créateur est un artiste de la perturbation qui remet en question l'enjeu de la représentation. Il impose sa loi et renvoie un regard différent sur la majesté des lieux d’exposition. Ils ne sont pas mis en abîme mais fonctionnent dans l'imaginaire de celle ou celui qui s'en approche d'une autre façon.

Duenas.jpgFace à la multiplication ou la simplification des lignes, aux lourds élargissements des masses surgit un puzzle en trois dimensions qui en dit long sur ce que l'architecture produit comme effets, affects et percepts. Danilo Dueñas impose une distorsion et un transfert d'optique dans la polyphonie d'étreintes de ses éléments épars-disjoints. Se quitte la capture architecturale dont parle Deleuze. L'intensité produite par un tel contrepoint n'est plus induite par la "diègèse" revendiquée et appelée par le bâtiment-mère. La sculpture-père déplace l'objet du désir et permet de transformer le réel en figuré. L'artiste rappelle que la sculpture comme l'architecture se constitue certes dans le sensible mais aussi par le sensible et c'est ainsi qu'elle peut trouver ce que Carl André appelle "sa seule harmonie" qui, et Danilo Dueñas le prouve, n'est jamais imitative.

Jean-Paul Gavard-Perret

Danilo Dueñas, « Réparer la vision », Villa du Parc, Centre d’art contemporain, 12 Rue de Genève, Annemasse, Du 16 septembre au 22 décembre

 

21/08/2017

Barbezat-Villetard : la comédie de l’ordre

 

Barbezat 2.jpgBarbezat-Villetard, « Like Ripples on a Blank Shore », Centre Culturel Suisse de Paris, exposition du 9 septembre au 22 octobre 2017


Le duo franco-suisse Matthieu Barbezat et Camille Villetard explore et transforme l’espace et les éléments architecturaux afin de créer un domaine où le réel prend une valeur de fiction. Par exemple dans leur œuvre de 27 mètres de haut ("A dissident room") ils ont créé dans la bâtisse historique de la Majorie de Sion, un bec qui traverse le musée. Il devient le cinquième élément du lieu et le coupe de manière inclinée et multidimensionnelle. Si bien que l’œuvre se modifie en une sculpture dans la structure avec laquelle elle interagit afin de créer cassure et vertige selon une nouvelle formule du « land art » et une comédie de l’ordre.


Barbezat bon.jpgExiste dans une telle production tout un travail qui fait dériver le et les sens. Les transformations créent la puissance d’un passage à l’acte qui n’exclut en rien le plaisir. Le système permet à l’impossible de s’inscrire selon diverses poussées qui accroissent et modifient les horizons et les libèrent, comme il délivre l’imaginaire du regardeur face aux questions qui lui sont posées. L’œuvre se métamorphose en l’attente d’un tout dont elle offre diverses variétés de dislocation et de rassemblement dans ce qui est morcellaire afin que ce qui semble produit remette en jeu la perception d’une figure d’une absence habitée.

Jean-Paul Gavard-Perret