gruyeresuisse

08/06/2018

Les torsions de William Laperrière

Laperrière.jpgDe la manière brute (le bois) William Laperrière crée un espace absolument optique pour la confection d’étranges totems. L’érection n’est pas forcément le beau souci de l’artiste. Il préfère aller vers des incidences de surfaces et de creux. Si bien que la sculpture acquiert différentes morphologies. Plus que jamais elle est langage et défi.

Laperrière 2.jpgL’œuvre se sert des masses non pour mettre en scène une figuration ou une information mais afin de créer divers rapports pour l’avènement d’un enchantement particulier éloigné de la séduction décorative ou référentielle. La puissance de la matière se déplace en des forces visuelles « pures » dans la mesure où l’œuvre ne cherche pas des « narrations ».

Laperrière 3.jpgElle appelle à d’autres abords et d’autres prises. Il s’agit de gagner du « terrain » en perdant des repères terrestres à travers des équilibres en suspens. Souvent l’artiste fait oublier le bois lui-même. Il ne s’agit plus de voyager sur l’apparence mais dans un « corps » à la recherche de ses vides et de ses pleins.

Jean-Paul Gavard-Perret

Exposition William Laperrière (et Michèle Iznardo), Galerie Ruffieux-Bril, Chambéry, du 6 juin au 13 juillet 2018.

21/03/2018

Les traversées de Marguerite Dumont

Anne 1.jpgMarguerite Dumont s’inscrit d’emblée dans la postmodernité la plus significative. Agée d’un peu plus de seize ans la jeune artiste propose à « Mars à la Fabric » de la Fondation Salomon un projet pertinent. Dessinatrice (elle a déjà découvert son style voire son langage), la plasticienne crée une installation où le graphisme est transformé en « objet » à l’aide d’un fil électrique. Il traverse l’espace à travers cinq plaques de plexiglas.

Anne 2.jpgA « L’homme qui marche » de Giacometti fait écho l’homme qui court de la jeune artiste franco-suisse Les lignes rouges de la silhouette longiligne semblent défier à la fois l’espace et le temps par effet de réverbération et de transparence. Marguerite Dumont prouve que si le temps ne se rattrape guère, il faut toutefois lutter contre lui. Non pour l’arrêter mais se sentir exister à l’épreuve du présent.

Anne 3.jpgL’idée du passage atteint l'intensité d’une forme pure. La densité aérienne de l’épure au sein des plans translucides ouvre des profondeurs cachées. Pour connaître l'espace et le temps il faut donc confronter à une telle proposition et son « suspens ». L’œil est ému par l'impact de la vitesse. Celle d’une jeunesse qui exprime la tension et le mouvement là où le héros d’une telle fable devient passe-muraille. Si bien qu'à la croisée du temps et de l’espace, le « courant » du filament rouge aboutit à une pointe extrême des préoccupations actuelles sur la plasticité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marguerite Dumont, «Serial Time, Mars à la Fabric - 2018 » Fondation pour l’Art Contemporain, Claudine et Jean-Marc Salomon, Annecy, du 6 mars au 6 avril 2018.

14/03/2018

Jean-Claude Bélégou : « dire » les corps ou la communauté avouable

Belegou 2.jpgJean-Claude Bélégou lorsqu’il saisit les corps nus, les sort de l’anecdote sexuelle. Il pose la question insondable du lieu où finit l’âme et où le corps commence. Il prouve aussi et combien il n’existe pour autant jamais, là, de frontière précise.

C’est sans doute pourquoi réside en de telles prises la « pietas » romaine bien différente de la piété qui en a découlé. La première est le lien majeur, un sentiment de tendresse, un dévouement réciproque, une communion. Dans de telles photos celle-ci se noue.

Belegou 3.jpgLa chasteté n’existe plus sans pour autant que la lubricité s’empare de sa place. Nulle « souillure » mais le respect, l’abandon, une délivrance en rien obscène ou obséquieuse. Le corps devient pratiquement une cosa mentale mais  va bien au-delà. Emergent l’expression quasi « morale » de l’âme par le corps et l’émanation d’une forme de disposition psychique à l’instant du partage. Bélégou reste donc un des rares photographes à présenter l’invisible dans le visible au sein de l’hospitalité mutuelle de l’amour.

Jean-Paul Gavard-Perret