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06/11/2022

Centres de gravité et hauteur de vue : Patrick Jude

Judy 2.jpgLe travail de Patrick Jude ne croise pas nécessairement celui des galeries et des cénacles en vogue. Celui qui fut longtemps professeur à l'école nationale des beaux-arts de Limoges puis responsable pédagogique au Musée d'art moderne de Céret a créé entre autre une re-présentation du paysage avec une "hauteur de vue" capable de proposer une calligraphie et une abstraction à fort substrat de réel.
 
L'artiste demeure un de ceux ce que Beckett nomma "abstracteurs de quintessence" mais selon une perspective "cavalière" (pour parcourir les lieux) particulière. Maisons et parcelles deviennent l'objet d'un néo-cubisme original puisqu'il est induit par la nature même du territoire.  Tout un jeu de reconstruction apparaît mais où le jeu de l'éloignement du paysage fait celui de la proximité de la peinture.
 
Jude.jpgLe voyeur peut y détecter une sorte d'ironie par retrait, mais plus surement un travail de reconstruction au moment où la déconstruction est devenu une panacée et un lieu commun de l'art. Soudain le contenu originel file d'autres significations et interprétations. Cohérente, ironique et sensible son travail se développe en dehors des systèmes académiques sans faire de lui un marginal. Mais ce sont les bordures qui délimitent la forme même de ce qu'il prend comme centre de gravité.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Patrick Jude, "Peintures 1969 - 2012", "Feixes i LLaques", Editions Galerie Odile OMS, 2016, non paginé, 25 E..

01/10/2022

Les maisons de l'être  de Françoise Magnier Giraud

Giraud 1.jpgFrançoise Magnier Giraud est née à Annecy entre lac et montagne. En cet espace alpin elle a appris à apprivoiser les courbes et la lumière pour les transférer dans ses sculptures où corps et esprit se rejoignent par le travail de deux  matières élues  : "La terre et mon esquisse, mon vertige est dans le bronze" dit-elle.
 
Les personnages qui sortent de l'imaginaire et les mains de l'artiste possèdent une poésie particulière. Parfois ce sont des figurines de cirques ou de contes qui suggèrent autant de jovialité qu'une certaine nostalgie. Giraud 2.jpgCe sont souvent des femmes créées dans la lueur du matin à l'éveil des sensations, "corps en tension, corps en extension, vertèbres toutes déployées à s’en rompre le cou, le dos, les cervicales" pour mieux éprouver et faire ressentir le vertige de la femme. Et sans doute aussi de l'amour qui ainsi se partage pudiquement mais non sans majesté.
 
Giraud 3.jpgLa Haute Savoyarde ne cesse donc dans un travail de perfection  d'exprimer le corps, ses multiples sensations sans avoir besoin de jouer d'une quelconque provocation. Il s'agit de créer au plus juste et loin d'effets d'emphase là où le toucher crée le mouvement Il arrive souvent que comme dans sa série "Vertige" de telles pièces deviennent des confidentes de l'artiste. Elles demeurent autant - par la rigueur d'un tel travail - la maison de son être. Et du nôtre.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

23/09/2022

Nature et abstraction : Stéphane Spach

Spach.jpg

Sté­phane Spach par ses pho­to­gra­phies, sug­gèrent com­bien le jar­din comme la forêt sont pro­pices à dif­fé­rents types de chants et champs visuels. Sous leur appa­rente immo­bi­lité hié­ra­tique, bouillonne un rema­nie­ment que l'artiste travaille. Il est spé­cia­liste de la pho­to­gra­phie d’architecture et d’espace, il est donc tou­jours proche de la nature dont la prise crée des pay­sages fan­tas­més et théâ­tra­li­sés par les élé­ments qui le consti­tuent. 
 
Spach 2.jpgDans ce but, il glane et col­lecte avec un souci de sous­trac­tion pour ne lais­ser pré­sent que des élé­ments choi­sis à des­sein. Il s’agit de délier l’objet, de le déga­ger de ses liens, afin de le sug­gé­rer autre­ment au sein d’une célé­bra­tion mys­té­rieuse et poétique. La réa­lité n’existe que par la pro­jec­tion qu’il s’en fait. La sub­jec­ti­vité est donc de mise. Il s’agit non de repré­sen­ter mais de re-présenter jar­dins et forêts dans ce qu’elles génèrent d’imaginaire, de symbolique.

 

Spach 3.jpgStéphane Spach joue d’un mou­ve­ment entre un appa­rent natu­ra­lisme et l’abstraction vers laquelle ses oeuvres tendent et où l’oeil se perd dans une rêve­rie. Car, si rien appa­rem­ment n’est plus éloi­gné du pay­sage que l’abstraction, elle offre ici par elle-même un paysage. Du pay­sage de l’abstraction, Le photographe est donc pas­sée à l’abstraction du paysage.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Véro­nique Masu­rel &  Sté­phane Spach, "La nature dans tous ses états", Espace Martiningo, Cham­béry, Expo­si­tion du 24 sep­tembre au 9 octobre 2022. "