gruyeresuisse

07/12/2019

Melodie Mousset : extensions

Mousset 2.pngMélodie Mousset, "L'épluchée", Centre Culturel Suisse, Paris, décembre 2019 - février 2020.

Mélodie Mousset utilise son propre corps pour cartographier, indexer et narrer un "je" dont la narration implique le surgissement d'un "moi" mais aussi d'un "ça" car son corps paraît lui échapper tant il est en métamorphose lorsqu'elle cherche à en prendre possession. Afin de le capter elle utilise vidéos, sculptures, installations, performances ou réalité virtuelle.

Mousset.pngTout se passe dans un monde contemporain où la réalité numérique trace, enregistre et analyse les déplacement et désirs de ceux qui deviennent dit-elle des «citoyens transparents». L'univers qu'elle imagine est une surexposition : les corps s'y heurtent, difformes, estropiés, remplis d’organes.

 

Mousset 3.pngToute son oeuvre (dont la vidéo "Intra Aura" (2019) présentée pour la première fois au C.C.S. accompagnée d’éléments sculpturaux disposés dans l’espace d’exposition) est une manière d'échapper à la schizophrénie (peut-être héréditaire) de sa mère. L'art crée  la désincarnation du corps en utilisant des matières détournées de leur fonction première afin que l'artiste se déconstruise elle-même dans le but de se retrouver. Elle a fait  répliquer ses organes vitaux en 3D et en cire en les insérant dans l’histoire de la médecine et la tradition religieuse des ex-votos.

Mousset 5.pngElle s’engouffre parfois dans un réseau de caves souterraines à la recherche de vestiges antiques là où une stalagmite devient l'image minérale-organique d’un corps en construction. Elle a aussi créé un jeu vidéo interactif ("HanaHana") où un désert est peuplé  de mains et ou chacun peu laisser sa marque de passage. Tout s’apparente à une expérience schizoïde de l'espace et du temps au moment où l'artiste devient primitive de son futur en une sur-voyance et une sur-vie.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

25/11/2019

Juan Uslé et la musique des silences

JUslé.jpguan Uslé est un des peintres les plus discrets. Il regarde, lit, observe beaucoup afin de créer une œuvre aussi abstraite qu’expressionniste. Pour lui la peinture est une aventure intérieure liée à l'évolution du monde. Mais sa lecture est une métaphore abstraite là où tout passe par les filtres et les fibres qui vont du noir le plus profond aux couleurs les plus vives.

 

 

 

 

Uslé 2.jpgIl sait par ailleurs que les lois d’harmonie de la peinture répondent à celle de la musique. Il tend chaque toile jusqu’à en faire un support musical, un «pad» pour que les sonorités rebondissent et que la vibration symbole de vie soit favorisée. Et il aime à citer la phrase de Gauguin : « Pensez à la part musicale que prendra désormais la couleur dans la peinture moderne. La couleur qui est sa vibration est à même d’atteindre ce qu’il y a de plus général dans la nature : sa force intérieure. »

Uslé 3.jpgL’accent est donc mis par Uslé sur la partition émotionnelle de la couleur identique à la fonction sensible de la musique. Elle se retrouve dans la suite de tableaux que le peintre décline depuis plusieurs années. Il les peint la nuit en alignant des suites des touches sombres au rythme des battements du cœur. Cherchant un monde unifié, il utilise le mouvement, la fluidité pour s’en approcher au sein de couches géologiques qui se déplacent, se touchent, se mélangent dans le mouvement qui déplace les lignes et crée des horizons.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Juan Uslé, "Lines & Horizons", Lelong & Co, Paris, du 21 novembre au 18 janvier 2020.

24/11/2019

Arabesques et cambrures : Juliette Pailler

Cailler 2.pngBretonne d'origine,  Juliette Pailler vit dans les Alpes depuis longtemps et vient d'ouvrir une galerie à Chambéry. Elle y propose ses bijoux : pièces multiples ou pièces uniques. Ces dernières sont des broches formées au marteau avec la technique de la dinanderie et illuminées par l’application de feuille d’or, d’argent ou de laque.

Pailler.pngTous ses bijoux, de forme organique ou architecturale, accordent à l’éros un destin particulier et subtil. L'artiste orfèvre en pertube l'économie par le minimalisme de son travail des surfaces et des tiges. Chaque pièce sort de l’instrumentalisation décorative. L'artiste la modifie en simplifiant les «informations » visuelles.

Pailler 3.pngL’apparence, ses feintes et vraisemblances sont remplacées par ce qui tient du spectral ou du symbolique. L'artiste revient aux formes primales. Portées, ces oeuvres s'animent tout en atténuant ce qui inutile. Le bijou n'est plus seulement une arme de séduction ou un fétiche. Il peut se porter sur une peau nue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Juliette Pailler Galerie, Rue Basse du Chateau, Chambéry.