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01/04/2017

Silvia Bächli et Eric Hattan : farces et satrapes

Bachli 4.jpgSilvia Bächli Eric Hattan, « Situer la différence « Centre Culturel Suisse de Paris, Avril-juin 2017.

 

 

 

 

Bachli 2.jpgLa présence de Silvia Bächli dans cette exposition peut paraître plus surprenante que celle d’Eric Hattan. Néanmoins la dessinatrice et le vidéaste et sculpteur se renvoient parfaitement la balle. Ils n’en sont pas d’ailleurs à leur coup d’essai. Le CCS leur offre l’occasion de créer trois expositions d’avril à juin. Silvia Bächli « interprète » ici ses dessins comme des mots, des notes, avec lesquels elle compose des « phrases musicales » sur les cimaises. Eric Hattan ramasse dans la rue des objets et matériaux pour construit des entassements ou des montages. Les deux artistes questionnent avant tout l’espace selon diverses articulations et ils créent en parallèle un livre éditée par le CCS avec la, reproduction au format 1:1 de certaines oeuvres.

Bachli.jpgSilvia Bächli et Eric Hattan proposent ce qui fait trou dans l’homogénéité de la communauté pour y introduire leur poésie ironique et vivifiante. Ils trouvent à Paris de nouveaux instruments dans leur orchestre et un chant en duo au moment même où les dessins de la créatrice plutôt que de signifier leurs propres arrêts semblent se perdre dans l’étendue du support et où les installations du plasticien offrent leur humour décalé. L’espace plastique ressemble à l’espace de la mémoire, mais il n’exclut pas l’oubli comme si elle restait une feuille qui se détache d’un arbre et que l’arbre oublie. Le devenir de l’œuvre a donc besoin de la perte comme l’arbre a besoin d’oublier ses feuilles afin qu’une douceur remonte, l’envahisse, renoue avec son cœur pour des renaissances au prochain printemps comparables à celui qu’offre les deux artistes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

24/02/2017

Tamina Beausoleil la Nyctalope


Tamina2.jpgTamina Beausoleil crée la « radiologie » de l’inconscient à travers pégases, ours, etc. de nos propres ténèbres. Elle lève des « couleuvres » d’une sexualité particulière. Manière d’ouvrir une nouvelle fois le corps. Mais, ici, de façon métaphorique. Exit la représentation humaine. Les jeunes filles n’auront pas besoin de fard et de rouge à joue qui maquillent les vieillesses de Goya ou de Velasquez. Une chaleur fauve monte dans le mitan de la nuit. De diurnes nous devenons nocturnes. Mais elle nous rend comme elle nyctalope : les animaux qui nous hantent nous les voyons

Tamina 3.jpgLa créatrice « image » la perte de conscience dont l’animal seul peut dessiner le lieu. Celui-ci différencie le travail du deuil de celui de la mélancolie. Il permet de reconnaître ce qui a été perdu, où le sujet se creuse, se mange du dedans. Dessiner le bestiaire qui nous habite revient à tatouer notre vide, à le "grogner". L’art se doit donc à la bête et au risque de sa féminité. Elle est dictée par la concentration d’une infinité de monstres. Elle opère la coagulation de nos fantasmes, de nos fantômes même si a priori les animaux nous affectent sous le mode de l’incompréhension sidérante.

Tamina 4.jpgL’artiste nous rappelle aussi qu’avant même et après la parole, au début comme à la fin de l'être il y a la bête. Chacune nous fait à son image : un loup, un ours, une hyène. Elles sont les étrangères qui, femmes ou hommes, nous lient au peu que nous sommes. Nos animaux créent donc l'espace qui nous sépare de nous-mêmes tout en nous rapprochant de qui nous sommes. Ils rappellent la vie d'avant le jour et d'avant le langage.

Tamina 6.jpgIl convient d’entrer dans l’épaisseur où nous nous débattons avec eux non sans ambiguïté et hérésie. Mais préférons l’impureté du zoo qui nous habite à la caserne de notre prétendue pureté. Nos bêtes ne sont pas que des repères grammaticaux (même si l'artiste prend soin de leur adjoindre certains indices verbaux). Elles fabriquent une perspective que nous voulons ignorer. Chacun de nous, en se couchant, se couche en elles. Ecrasant la pensée elles permettent à l’inconscient de percer sa peau fuyante pour qu’apparaisse la forêt sauvage où nos fauves demeurent tapis.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tamina Beausoleil, « Autour de la Source », Galerie de la Voute, Paris (à venir). Et actuellement « On ne dormira jamais » Exposition collective, même lieu.

19/01/2017

Dominique Menachem Lardet ou l’étrange visite

Lardet.jpgParcourant les rues de Lyon et des appartements vides, Dominique Menachem Lardet introduit dans les photos qu’elle en tire des failles extraordinaires. Le lieu n’est pas anodin pour elle : la ville est celle ses deux grands-mères. L’une Polonaise, l’autre Bressane se sont rencontrées par l’intermédiaire du mariage de leurs enfants.

Lardet 3.jpgPlutôt que de « figer » le passé, la photographe l’ouvre pour en suivre les traces : elle sait se faire plus petite en sa traversée du réel pour qu’il devienne plus grand. En des structures complexes tout reste offert mais distancié. La photographe n'a cesse d'entrer dans l’intime afin d’en rêver l'altérité. Fantôme ou réalité, « l'autre » qui est aussi une « même » sert d’abri à une identité plurielle. Celle-ci se définit par les montages qui abordent en parallèle les problèmes de la perception visuelle et la découverte du réel.

 

 

Lardet 2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

A l’expressionnisme de ce qui est montré se superpose l’impressionnisme de ce que l’artiste suggère. Restent les troubles qui renvoient implicitement à un hors champ significatif. Tout demeure, comme l’écrivait Mallarmé, « à l’état de lueur du temps ». L’exposition devient un écrin labyrinthique. Il impose le questionnement du visible et de l’identité en un hommage à celles qui furent et qui ont fait ce que la photographe est devenue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Dominique Menachem Lardet, « Elles deux », galerie Elizabeth Couturier, Lyon 1er ., du 19 janvier au 11 février 2017