gruyeresuisse

08/07/2017

Danièle Momont, Anne-Sophie Tschiegg : souplesses

Momont.jpgDans le texte de Danièle Momont et les images d’Anne-Sophie Tschiegg l’amour est un hybride il y a ce qu’il faut de soleil comme un écu, comme une girandole. Une tête parfois empaquetées entre une chair molle et choisie à souhait l’aspire. Elle danse torride. À l’aine. Dans la cavité du nombril. À la racine des cheveux, aux tempes pour se déprendre et mander le fretin du cœur, tout cela, avec peut-être la dérision qui à la plupart d’entre nous tient lieu de foi. Mais les deux femmes en échappent, prêtresses du Bel Échange, dans le vif plus que le ramassé. Momont 2.jpgCe qui fend tient de la percussion et de la traversée, d’un plongeon délicieux. Les femmes s’y font entières, sensuelles, curieuses. Elles veulent connaître, essayer, sentir ; occupées à gésir et désirant mordre à l’orange de l’idéal organique argentin dans la broussaille, dans le ru. Avec l’espoir d’y voir sauter aussi de petits poissons, car toujours elles désirent que le vif ait de quoi hausser le cœur avec le reste de l’intime triperie. D’où ce fatras que chacune taille à sa main. Manière de fabriquer une douceur inusable aux courants immarcescibles qui s’établissent entre deux êtres. Le livre montre combien les courants sont semblables quoique divers en s’intensifiant diversement jusqu’à ce que rien d’autre n’existe dans deux vies. Demeurent les flux, l’aguet fiévreux pour les repérer, et songer que, de quelque nature qu’ils soient, chacune aurait tort de s’en priver.

Jean-Paul Gavard-Perret

Danièle Momont, Anne-Sophie Tschiegg, « Dans ma nuque », litterature mineure, 2017, 8 E..

26/09/2016

Angela Marzullo maîtresse idéale

 



AAAMarzullo.jpgAngela Marzullo, « Homeschool », Textes de Anna Cestelli Guidi et Francesco Ventrella, 232 pages, Editions Nero, 15.00 €

 

 

 

 

 

 

 

 


AAAMarzullo 2.jpgL'instruction à domicile constitue une thématique centrale des performances et vidéos d'Angela Marzullo. Partant de textes des années 1960 et 1970 sur le sujet, la Genevoise les met en scène et les fait jouer par ses deux filles en liant l'image et le texte.

AAAMarzullo 3.jpgLes monstrations reposent - sous forme ludique et sérieuse - des questions rémanentes et qui traversent toute société en son rapport à la pédagogie. Digne descendante de Rousseau, l’artiste prouve qu’une telle position reste révolutionnaire pour certains ou réactionnaire idéologiquement parlant pour d’autres. L’artiste dépasse ces (im)postures. Elle met en jeu le corps et l’esprit soumis à un enseignement « maison » qui semble plutôt probant. Chaque tentative venant ébranler un certain ordre reste possiblement positif.

AAAMarzullo 4.jpgDe fait pour Angela Marzullo - et loin de fantasmes ou de présupposés - la pédagogie ne doit pas se penser pour elle-même mais pour ce qu’elle apporte. En plus belle fille de monde elle ne peut donner que ce qu’elle a. Mais il est toujours possible d’en modifier le costume. Le prêt à porter et le sur-mesure restent des réponses possibles. Quel que soit le cadre, il suffit que celle ou celui qui la reçoit n’en soit pas la victime et en tire partie.. Le livre a donc le mérite de desserrer l’étau des idées reçues voire à les réviser. Les mines réjouies des deux « actrices » de la créatrice semblent l’accréditer.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/05/2015

Oser la honte avec l’Ecal - The Embarrassment Show

 

Embarrassement.jpg

 

The Embarrassment Show, exposition conçue par Erik Kessels, avec des étudiants du Bachelor Photographie, du 28 mai au 4 juin, ECAL,  Renens

 

 

 

«Avoir honte, c’est important » rappelle le  directeur artistique de « KesseksKramer » d’Amsterdam et responsable  du worshop bachelor photograhie 2015 de l’Ecal. Le maître du jeu a demandé aux étudiants d’oser se mettre et se photographier dans des situations inconfortables. « Passer pour idiot » comme le demande Kassels ou « pratiquer des exercices d’imbécillité » tel que le revendique Valère Novarina permettent de transgresser des lignes et oser des situations risquées. Certaines propositions demeurent en retrait : la jeunesse induit des gênes compréhensibles. D’autres outrepassent la plaisanterie potache : les artistes en herbe s’y engagent complètement.  La photographie-titre (d’Elsa Guillet) le prouve : le flux de nausée rappelle que ce qui sort de la bouche n’a pas toujours un goût de miel. Elle accouche, dégorge de mal de vivre en une photographie qui brise autant les logos pseudo-explicatifs que les non-dits.

 

Embarassement 2.jpgL’exercice a pour but de révéler un sujet souverainement expressif. Un sujet d'une histoire encore sans histoire (reconnue) et sans langue (idem) étant donné sa jeunesse. Celui-ci trouve le moyen d’élaborer une problématique (sociale avec Tanya Kottler, identitaire avec Clément Lambelet, etc.) qui contrarie le fameux « comment dire » : ce dernier cache en effet - la psychanalyse nous l'a appris - un comment ne pas dire. Fruit d'une élaboration viscérale ces œuvres parfois naïves mais souvent signifiantes font sortir de chaque artiste et du fond de leurs photographies "une masse d'esprit enfouie quelque part » (Artaud). S’y ressent une volonté d’agir sans renoncer à l’esthétique mais en refusant de la confiner à l’ornemental.

 

Jean-Paul Gavard-Perret