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24/05/2018

Archéonimaux : l’enfance de l’art

Animaux.pngArchéonimaux, Fondation Gandur, Pully, du 23 septembre 2017 au 16 décembre 2018.

S’adressant comme souvent en priorité aux enfants l’ArchéoLab propose de découvrir de manière ludique et interactive les rapports entre être humain et animal, de l’Antiquité jusqu’à nos jours. Certains existent encore, d’autres ont disparu. D’où ce safari archéologique à la découverte des animaux qui peuplaient l’Antiquité. Le jeune visiteur découvre, manipule et expérimente au gré de postes interactifs des objets archéologiques mis en situation dans l’exposition.

Animaux 2.pngMais l’exposition ne se situe pas seulement dans le rapport au passé. Elle propose divers ponts. Entre le passé et le présent, dans le présent avec différents rapports aux animaux d’aujourd’hui et vers le futur. Les enfants peuvent imaginer et comprendre les conséquences des comportements et choix de l’homme actuel. Mais il y a plus : cette exposition met en présence d’objets souvent rares et uniques - tirés de la collection archéologique que la Fondation Gandur - et venus du désert égyptien, des bords de l’Euphrate, etc.. Ces « objets » témoignent des imaginaires dits premiers mais souvent sophistiqués.

Animaux 3.pngTous les « artistes » anonymes des temps anciens rappellent qu’en latin le mot animal signifie « qui est doté d’une âme ». Ils créèrent des objets qui témoignent des relations complexes avec ceux qu’ils vénéraient en tant que substituts des Dieux. A ce titre le monde d’aujourd’hui a beaucoup à apprendre du passé. Cette exposition - créée par Isabelle Tassignon, Conservatrice de la collection Archéologie de la Fondation Gandur - est donc d’une importance majeure. Souhaitons que d’autres musées à vocation pédagogique (ou non) pensent à la reprendre. Cela devient une urgence. Pour notre survie et afin de répondre à un besoin de beauté. Nul ne peut se nourrir que d’images mentales. Se ressourcer au passé permet de penser avec ceux qui eurent d’autres représentation que les nôtres : preuve que l’émanation matériel du corps animal n’a rien de muet. Les « simulacres » ou ce qui est pris pour tels parlent hier comme aujourd'hui et espérons demain.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/07/2017

Danièle Momont, Anne-Sophie Tschiegg : souplesses

Momont.jpgDans le texte de Danièle Momont et les images d’Anne-Sophie Tschiegg l’amour est un hybride il y a ce qu’il faut de soleil comme un écu, comme une girandole. Une tête parfois empaquetées entre une chair molle et choisie à souhait l’aspire. Elle danse torride. À l’aine. Dans la cavité du nombril. À la racine des cheveux, aux tempes pour se déprendre et mander le fretin du cœur, tout cela, avec peut-être la dérision qui à la plupart d’entre nous tient lieu de foi. Mais les deux femmes en échappent, prêtresses du Bel Échange, dans le vif plus que le ramassé. Momont 2.jpgCe qui fend tient de la percussion et de la traversée, d’un plongeon délicieux. Les femmes s’y font entières, sensuelles, curieuses. Elles veulent connaître, essayer, sentir ; occupées à gésir et désirant mordre à l’orange de l’idéal organique argentin dans la broussaille, dans le ru. Avec l’espoir d’y voir sauter aussi de petits poissons, car toujours elles désirent que le vif ait de quoi hausser le cœur avec le reste de l’intime triperie. D’où ce fatras que chacune taille à sa main. Manière de fabriquer une douceur inusable aux courants immarcescibles qui s’établissent entre deux êtres. Le livre montre combien les courants sont semblables quoique divers en s’intensifiant diversement jusqu’à ce que rien d’autre n’existe dans deux vies. Demeurent les flux, l’aguet fiévreux pour les repérer, et songer que, de quelque nature qu’ils soient, chacune aurait tort de s’en priver.

Jean-Paul Gavard-Perret

Danièle Momont, Anne-Sophie Tschiegg, « Dans ma nuque », litterature mineure, 2017, 8 E..

26/09/2016

Angela Marzullo maîtresse idéale

 



AAAMarzullo.jpgAngela Marzullo, « Homeschool », Textes de Anna Cestelli Guidi et Francesco Ventrella, 232 pages, Editions Nero, 15.00 €

 

 

 

 

 

 

 

 


AAAMarzullo 2.jpgL'instruction à domicile constitue une thématique centrale des performances et vidéos d'Angela Marzullo. Partant de textes des années 1960 et 1970 sur le sujet, la Genevoise les met en scène et les fait jouer par ses deux filles en liant l'image et le texte.

AAAMarzullo 3.jpgLes monstrations reposent - sous forme ludique et sérieuse - des questions rémanentes et qui traversent toute société en son rapport à la pédagogie. Digne descendante de Rousseau, l’artiste prouve qu’une telle position reste révolutionnaire pour certains ou réactionnaire idéologiquement parlant pour d’autres. L’artiste dépasse ces (im)postures. Elle met en jeu le corps et l’esprit soumis à un enseignement « maison » qui semble plutôt probant. Chaque tentative venant ébranler un certain ordre reste possiblement positif.

AAAMarzullo 4.jpgDe fait pour Angela Marzullo - et loin de fantasmes ou de présupposés - la pédagogie ne doit pas se penser pour elle-même mais pour ce qu’elle apporte. En plus belle fille de monde elle ne peut donner que ce qu’elle a. Mais il est toujours possible d’en modifier le costume. Le prêt à porter et le sur-mesure restent des réponses possibles. Quel que soit le cadre, il suffit que celle ou celui qui la reçoit n’en soit pas la victime et en tire partie.. Le livre a donc le mérite de desserrer l’étau des idées reçues voire à les réviser. Les mines réjouies des deux « actrices » de la créatrice semblent l’accréditer.

Jean-Paul Gavard-Perret