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20/12/2017

Voyage, voyage : Lasse Kusk

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Lasse Kusk est un photographe allemand installé à Tokyo. Il vient de créer une série envoûtante et inquiétante dans une salle de bains d’un hôtel de Tokyo avec un modèle (Nabe). Le photographe crée avec elle un étrange dialogue amoureux un rien S.M.. L’image glisse le long du ventre, remonte, découvre une peau diaphane.

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Parfois le corps sous plastique ou cellophane fait masse presque cadavérique. Parfois l’image s’enroule autour du buste ou plonge face à la baignoire et au modèle poussée à une forme d’écoeurement. Des frissons semblent hérisser sa peau. L’angoisse est toujours présente au sein de cette cérémonie secrète.

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Les organes semblent répertoriés entre photos anthropologiques et poésie. Si bien que ce que Kusk remet en jeu s’inscrit toujours sous le sceau du doute. Mais le photographe sait faire éclater de petites unités d’émoi. D’où cette glissade de l'inconnue vers l'inconnu. Sans grand espoir de salut là où néanmoins le désir n’est jamais loin. Demeurent - au sein des couleurs froides - des failles. Font-elles partie du corps, de la narration ou de l’image ?

Jean-Paul Gavard-Perret

14/12/2017

Jennifer Avery et les dollyquescentes


Vinegar.JPGJennifer « Vinegar » Avery  aime jouer à la poupée. Mais éloignez les enfants ! Car il existe chez l’artiste un art particulier qui ignore le « dollyprane ». L’artiste crée, installe, scénarise, orchestre un monde. Il devient chamarré, hirsute, drôle, premier, exubérant. Et parfois inquiétant. C’est néanmoins une fête pour les yeux. Une liturgie drolatique, angoissante, chamanique et sauvage.

Vinegar 2.JPGIl s’agit de transformer le réel par la présence d’un imaginaire en des cérémonies d’un certain chaos. L’artiste répond à la fameuse phrase de Deleuze dans « Psychanalyse morte analysez » (paraphrase de la phrase de Beckett « imagination morte imaginez ») : mais ici l’outil de l’analyse n’est pas le texte mais le textile. C’est lui qui produit « l’inconscient là où Avery est autant Tex que Jennifer.

Vinegar bon 2.jpegA travers des « intersexions » et des jeux de bande, le monde devient un rébus coloré ou noir et blanc mais délirant.. Il permet de comprendre l’importance des sous-jacences ou arrière-fonds archaïques. Jennifer Avery transforme ses modèles en archétypes. Chaque poupée possède sa part d’humanité qui le retient au sexe, à la mort, à la vie.. Et celle qui les « performe » fait jaillir une vérité d’incorporation sublimée. Le dérisoire et le jeu deviennent essentiels, l’artiste accorde leur signifiance. L’art établit un transfert et un rituel, il permet le passage de l’interne par l’externe, par une sorte de renversement des frontières visuelles là où les oripeaux baroques deviennent une seconde chair, celle de la singularité d’une nature non altérée et première.


Jean-Paul Gavard-Perret

Jennifer Avery,

-« Les Mains sans sommeil », Palais de Tokyo, Paris.
- Série « Dolls », http://www.jenniferlavery.com/

 

27/11/2017

Les extases négatives d’Evelyn Bencicova

Bencicova 3.jpgEvelyn Bencicova âgée de seulement 21 printemps est déjà une des photographes majeures du temps. Née à Bratislava, installée à Berlin elle crée des narrations et des histoires aussi glaciales que violentes. Des lieux « cliniques » deviennent l’environnement de scènes qui ramènent à ce qu’elle nomme ''the true nature of things.'' (la vraie nature des choses). Ces choses en un tel univers font froids dans le dos : les êtres parfois entassés sont des morts vivants, d’autres des fantômes enrubannés de divers pansements quant à ceux qui demeurent saufs ils ne semblent pas en meilleur état.

Bencicova 2.jpgDans ces « Ecce homo » elle reprend à sa main divers types de Passions christiques par lesquels elle souligne la souffrance et la mort transposées en des scènes comportementales. En groupes ou solo, les corps sont objectivés et souvent anonymisés au sein de tableaux vivants. Ils sont tous clos et austères mais avec une pointe d’humour là où quelque chose se passe sans que l’on puisse savoir quoi ni comment.

Bencicova 4.jpgIl y a là bien des réminiscences aux temps douloureux des « opérations » nazies et communistes. Pour autant ces tableaux restent volontairement sans caractérisations historiques. Ils appartiennent à l’univers de la fable immémoriale. Une telle esthétique est fascinante car l’artiste en s’éloignant de la psychologisation transforme les scènes et « chorégraphies » en concepts aussi extravagants que poignants. Bencicova.jpgAu-delà des réminiscences évoquées plus haut Evelyn Bencicova offre paradoxalement une vision du monde tel qu’il est. Du moins lorsqu’il est dégraissé de ses mises en scènes idéologiques. Il ne reste en effet qu’une sorte d’enfer blanc où les nœuds entres les corps sont ceux du silence.

Jean-Paul Gavard-Perret