gruyeresuisse

21/04/2018

Tania et Lazlo : images mentales, songes et berceuses

Tania et Lazlo 3.jpg"Le Temps d'un Silence" est une histoire visuelle à plusieurs niveaux de « lecture ». La femme devient une Lilith à la recherche de qui elle est. Insomniaque rêveuse elle semble renoncer aux flambeaux du dicible pour se mêler à des lieux où l’absence à elle-même ne peut que se renforcer.

Tania et Lazlo.jpgNéanmoins une quête a lieu. Se prolonge même. Nouvelle Chaperon Rouge les loups l’accompagnent. Mais elle semble hors d’atteinte. Tania et Lazlo la présentent en des scènes de rêves ou de cauchemars dans l’imminence d’un jour à naître ou à disparaître. L’héroïne semble à la fois terrifiée mais son ébahissement lui ouvre des portes. Existe une audace nocturne. Et les deux artistes ouvrent des portes afin qu’elle quitte un monde où elle ne fait que mitonner et tâtonner.

Tania et Lazlo 4.jpgSur la nappe du monde et ses luzernes, la femme devient le grand trèfle, l’autre de la nuit immobile et l’envers de son propre spleen. Mystique d’une certaine manière, elle consent à la mélancolie mais à la lisière d’une forêt des songes elle dit le vœu d’un jour dont elle attend l’anneau. Elle espère de nouveaux rites et un sabbat inédit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tania et Lazlo, "Le Temps d'un Silence", Editions Galerie Ségolène Brossette, Paris, 2018.

19/04/2018

Le « tachisme » de Daniel Orson Ybarra

ybarra2.jpgDaniel Orson Ybarra, « Lightmotiv », à l'Espace Schilling, Neuchâtel, à partir du 9 avril 2018.

Né à Montevideo, Daniel Orson Ybarra a passé son enfance en Uruguay et vit entre Genève et Barcelone depuis près de 30 ans. Il a exposé en Espagne, au Mexique, en France et en Suisse. « Lightmotiv » présente son travail récent. La nature y est une nouvelle fois présente mais selon un tachisme monochrome, dans une large de palette d’émeraude, de rouge, de bleu – manière pour le défenseur des océans de se concentrer sur le caractère infini de l'eau en y insérant différents types d’indices et de nuances.

ybarra.jpgLe monde n’est jamais montré sous forme réaliste. Tout est éclaté de manière presque abstraite, colorée et selon diverses fragmentations. Chaque toile est là pour créer des émotions, ses atmosphères par confettis de lumière. La végétation est donc déconstruite en gammes chromatiques où tout se recompose en explosion de particules où semble vibrer le vivant. Il est aussi dépouillé qu’en suspension en des principes d'harmonie fluide où microcosme et macrocosme  ne font qu’un tant l’hallucination perceptive devient le fruit d’une chimie et d’une physique hors de ses gonds en un effet de filtres mystérieux et poétiques.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/04/2018

Stéphanie Quérité au pied du mur

Quetite.pngDans tout livre il s’agit de savoir qui « parle ». Et ce qui se parle au sein de la langue et dans la confrontation aux autres langues. Il convient en plus de s’interroger de quoi toutes les langues répondent dans leur génie comme dans leur impuissance là où la souveraineté du sujet reste problématique.

L’objet de « L’Hésitation » est d’en trouver les indices pour savoir comment un corps mort se transforme en bouée du même nom. Dans ce but le livre s’emplit de multiples couches : l’auteure se jette dedans, dehors, en un retour, un revenir, un ressentir pour atteindre un double qui ramène à soi-même. Et ce même s’il existe toujours vis-à-vis de soi et des autres une distance qui vient forcément nourrir les fantasmes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphanie Quérité, « L’hésitation », coll. « Les carnets du noctambule », Editions Marie Delarbre, Grignan, 2018, 21 E..