gruyeresuisse

19/10/2019

Vivian Maier : New York délire

Maier.jpgAu coeur de son anonymat Vivian Maier en a fini avec les vieilles légendes de la photo d'identité. Par la théâtralité et les sortilèges de ses portraits s'impose en lieu et place un horizon mystérieux . L'identité n'enferme plus le moi dans le leurre de la ressemblance. Apparaissent une autre intimité touchante et la raillerie profonde d'un monde que la trace traite par l'absence d'un "vanitas vanitatum" dont le photographe multiplie les échos. 

Maier 2.jpgPour Vivian Maier le "juste" portrait franchit le seuil de l'endroit où tout se laisse voir vers un espace où tout se perd pour approcher une renaissance incisée de nouveaux contours. Il y a là une cristallisation, une scintillation contre l’obscur.

Maier 3.jpgDès lors la créatrice a toujours couru un risque pour aller vers une création absolue par une sorte de perte de contact avec le réel comme envers la reconnaissance afin d'approcher le feu secret de l'être. Il s'agissait de s'extirper de l'apparence, de l"abîmer" afin de l'approfondir en des mises en scène paradoxales. Elles révèlent des schèmes élémentaires en diverses cérémonies intempestives fomentées dans des chambres noires d'où sortaient des bobines de pellicules restées secrètes et sauvées par miracle.

Jean-Paul Gavard-Perret

"Vivian Maier - Entre ses mains", Palazzina du Caccia di Stupingi, Turin, du 12 octobre 2019 au 12 janvier 2020.

18/10/2019

Sarah Carp & Delphine Schacher "en repons"

Carp.jpgSarah Carp, Delphine Schacher, "En résonance", Galerie du Crochetan, Monthey, du 25 octobre 2019 au 7 février 2020.

Le réel est une chose si précieuse qu'il ne doit pas être confié à n'importe quel(le) artiste. Il faut au photographe ce que Jean-Jacques Naudet nomme "Un regard" pour saisir ce qui peut advenir et ce avec beauté afin que les oeuvres soient dignes de ce nom en ne se limitant pas à une pratique "gonzo". Sarah Carp et Delphine Schacher le prouvent dans leurs scénographies "en repons".

Carp bon 2.jpgS'y découvrent des "images justes" chacune avec leur poésie. Les deux créatrices "habillent' le réel parfois de nostalgie, parfois de l'appel à un certain hédonisme implicite qui ne cherche pas à caresser les fantasmes. Le propos est autre. Les deux oeuvres sont plus "humanistes" qu'"humaines trop humaines" et répondent parfaitement à l'injonction du photographe Sergion Larrain : « Une bonne photographie vient d’un état de grâce. La grâce vient quand on est libéré des conventions, des obligations, de la compétition; être libre comme un enfant dans ses premières découvertes de la réalité. »

Les deux photographes contribuent à imposer une démarche ethnologique par la vision de l'environnement avec Delphine Schacher mais qui n'exclut pas chez Sarah Carp une saisie de l'intime. Cela ne relève donc pas de l’objectivation scientifique mais de l’interprétation imaginative. La photographie devient la matière mentale et émotive la plus plastique. Les clichés affranchies de la nécessité d'une simple soumission au réel reviennent au domaine de la rêverie comme du réel en leurs interprétations de ce qui nous entoure et nous "fait". Ils créent le génie de nos divers lieux et sollicitent autrement la rencontre avec les fantômes de notre civilisation.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/10/2019

Cecil B et les injonctions décalées

cecil B.jpgConjonctions, causes, effets sont le fruit de l'observation qui anime Cecil B pour sortir le nu de ses cases et dérouter certaines habitudes de le penser, voir et regarder. En de telles prise le hasard comme la nécessité sont reconsidérés. Le regard critique de la photographe crée une diffraction. Elle permet de prendre conscience que tout savoir sur le corps est croyance. Car en tant qu'image il reste un mirage. Que tout artiste "prépare" afin que le voyeur en fasse "bon" usage. Même si dans ce cas il n'existe pas de lois...

Cecil B 2.jpgCecil B permet en ces scénographies décalées permet à l'imaginaire de fonctionner dans une suite de mouvements et de "circonstances" qui semblent fortuits mais c'est un beau leurre que la créatrice entretient. Partant toujours de son expérience, de ses émotions , Cecil B ne donne rien pour acquis c'est pourquoi son oeuvre avance et dérive insidieusement dans une subjectivité tendre parfois poétique, parfois plus crue. Elle rappelle qu'un portrait de nu n'est jamais absolu mais que chacun apporte sa petite part d'éternité dans l'art de la fugue et de la feinte visuelle tel que la créatrice ne cesse de pratiquer.

Jean-Paul Gavard-Perret

NiepceBook n° 12, et site de l'artiste