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24/11/2022

Des lettres effacées aux images revenantes : Claudia Brutus, Stéphane Martelly,

Brutus 2.jpg"Tresser la ligne" est la première exposition de l'artiste Claudia Brutus en Amérique du Nords et une des rares de Stéphane Martelly dans sa propre ville. Sur les surfaces se posent des "étoiles" de diverses natures qui sans les créatrices seraient impossibles à fixer. Par un retour à l'enfance avec Stéphane Martelly et aux arts premiers chez Claudia Brutus, vient de paraître  le livre  "Comme un trait. Le fil d’or et d’argent". L’exposition en devient une sorte de suite spatiale.
 
Brutus.jpgLa "bibliothèque ambulante" des mots de la poétesse rejoignent les images premières de l'artiste pour leur répondre en un entretien aussi intime que général.  Ce projet se veut une contribution au dialogue interculturel, en reliant différentes générations, expériences diasporiques et cultures d’origine. Existe soudain l'apparition d'une langue apprise mais jamais parlée - l'inverse est vrai aussi -  et d'images qui transforment des peurs en rêves. Le tout sous le commissariat de Ji-Yoon Han qui a conduit et mené à bien cette expérience particulière : celle d'une aventure archéologique et contemporaine
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Claudia Brutus, Stéphane Martelly, "Tresser la ligne", commissariat de Ji-SYoon Han, Projet Casa, 4351 av. de L’Esplanade, Montréal, du 25 novembre au 18 décembre 2022.
Crédit photo 2 de Anthony Burnham

21/11/2022

Suzanne Doppelt : le regard et son vide

Doppelt.jpgA partir du  "Blow Up" d'Antonioni Suzanne Doppelt "remonte" vers  un cadavre qui pourrait sembler opposer sa densité au glissement du temps. Mais il devient, par la photographie,  cet objet, cherché sans cesse  - dans des suites de prises et de marches silencieuses en un parc cerné d'une ombre profonde", dans lesquels, toujours, émerge une clôture ou autre manière de borne à ne pas dépasser.
 
Doppelt 2.jpgSi bien que le réel ou ce que nous prenons comme tel finit par disparaître. Une enquête vaguement nostalgique ne peut que porter le doute non seulement à l'image et sa prise mais aussi au  "si je suis" des héros de Beckett.
 
Le personnage incarné par David Hemmings ne parvient pas à saisir ce que l'image a montré. Mais son signe (du moins ce qu'il en reste)  prouve que ne demeure comme vrai que le vide dans la nature du parc londonien. Manière pour Suzanne Doppelt d'interroger le regard. L'auteure n'a cesse d'ouvrir son tombeau. Rien n'y fait : son énigme reste intacte.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Suzanne Doppelt, "Et tout soudain en rien", P.O.L éditeur, Paris, 2022, 80 p., 13 E..

10/11/2022

Judith Stehlik : portraits de femmes

Judith.jpgJudith Stehlik, née à Vienne, travaille comme photographe et directeur de la photographie. Son travail est fondéé sur la photographie analogique et le cinéma. Et si le portrait psychologique d’une personne selon des caractéristiques extérieures telles que la posture et le regard a été l’une des grandes questions depuis l’invention de la photographie, elle l'est également pour Judith Stehlik. Il se décline chez elle  en trois questions : Qu’est-ce qui constitue un portrait féminin ou une pose historique? Quel genre de représentation des femmes cela crée-t-il? Comment le passé se caractérise-t-il dans la représentation photographique ?
 
Judith 2.jpgDans sa première monographie  "Feel the body", elle présente 50 artistes autrichiennes et issues d’un large éventail de disciplines et de toutes les générations et offre un aperçu représentatif de la scène artistique de son pays. Elle  invite ces femmes à s’engager avec des images de personnages historiques. Tout d’abord, une pose spécifique a été sélectionnée. Le processus commence avec la création d’images analogiques instantanées afin de recréer la pose ensemble. Comme le titre du livre l’indique, les portraits des mannequins explorent leurs sentiments dans une conscience accrue de leur propre corps.
 
Judith 3.jpgEn créant la possibilité de s’approprier des poses historiques pour leur propre examen de soi, les modèles peuvent s'abandonner à devenir des images photographiques dans le manteau protecteur de leurs modèles choisis. Cela ouvre des espaces d’auto-dramatisation dans lesquels l’expressivité individuelle de chaque personnage peut se dérouler.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Judith Stehlik, "Feel the Body", Fotohof, Salzbourg (Autriche), 2022, 184 p. , 39 €..