gruyeresuisse

09/11/2017

Emmet Gowin : Bio-tops

Gowin 2.jpgAu milieu de l’espace une femme. Mais pas seulement. Parmi d’autres clichés la lumière de présences fantomales. Car Emmet Gowin cherche aussi ses chemins de la création chez les naturalistes du XIXème siècle. Il a consacré une décennie de travail sur les papillons de nuit (« Mariposas Nocturnas ») afin de rendre compte de la richesse de l’écosystème tropical. Il dresse des tableaux à la Warburg sur fonds d’imagerie artistique historique et en tirages au sel et à l’imprimante jet d’encre. Le papillon est pour lui non seulement une merveille de beauté d’une variété infinie mais le témoignage qu’il ne peut exister sans la forêt en voie de destruction.

Gowin.jpgL’œuvre ne cesse d’évoluer : partant de portraits intimes de la famille de l’artiste en Virginie elle englobe le monde naturel dans sa diversité : vues aériennes de désolation volcanique, sites d’essais nucléaires, visions des écosystèmes tropicaux en leur biodiversité précaire. Existe toujours une célébration des lieux de vie au sein de combustions oniriques. La photographie devient une technique particulière au seuil du réel et de l’irréel afin de les formaliser le risque de destruction et la dimension sublime du monde par traces et sensations. Les photographies incisent de réel afin que des fantasmagories de contes merveilleux ou horribles prennent tout leur sens.

Jean-Paul Gavard-Perret

Emmet Gowin, “Here on Earth Now - Notes from the Field”, Pace/MacGill Gallery, New York, du 28 septembre 2017 au au 6 janvier 2018.

19/10/2017

Les lucioles d'Ursula Biemann

Biemann bon.jpgFace à l’approche apparemment descriptive des vidéos et photographies de la zurichoise Ursula Biemann, nul ne peut dire qui du temps ou du paysage se métamorphose. Les prises donnent chair aux lieux en un énoncé mental et sensoriel. Soudain nous appartenons, par la persistance de telles lucioles, à la même terre que l’auteur.

Biemann bon 3.jpgL'artiste nous rappelle ce que le monde risque de devenir à force d’ "oublis" ou d’erreurs. Il reste bien sûr les « merveilleux nuages » chers à Baudelaire. Tous ne sont pas noirs : mais cela suffit-il à faire un monde ? L’artiste, lutte, expérimente afin que cette couleur n’ait pas le dernier mot. Elle rameute des images premières afin que le paysage ne s'estime pas qu'à l'aune du néant.

 

 

 

 

Biemann Bon 2.jpgMultipliant des prises Ursula Biemann croit en une autre histoire. Elle crée des images « avènementielles » empreintes de sobriété radicale, incisives et poétique. La photographie et la vidéo permettent de rappeler les offenses faites à la nature afin d'espérer un temps à l’état pur. Formes et couleurs lévitent dans le paysage. Il prend à témoin le regardeur afin qu’une lumière de limbe ou de nuée coule sur lui pour une extase nue. Il faut lutter afin qu'elle persiste afin de trouver l'or dans la nuit : il demeure ce qui reste du soleil de vie

Jean-Paul Gavard-Perret

15/12/2015

Les retours aux fondamentaux de Philippe Rahm

 

Rahml.jpgPhilippe Rahm , "Météorologie des sentiments", Collection Les Grands Soirs, Editeur Les Petits Matins, 104 pages, 2015

 

Tout a commencé pour Philippe Rahm (diplômé de l'École polytechnique fédérale de Lausanne et dont l’agence est devenue une des plus avancées dans son domaine) lorsqu’il a représenté la Suisse à la Biennale d’architecture de Venise en 2002 avec "L’Hormonorium". L’artiste travailla sur l’air et la lumière dans un espace au taux d’oxygène raréfié pour reproduire du climat de la haute montagne. Le seuil de lumière y était rendu très violent à l’égal de la réverbération de la clarté sur la neige : « C’était un peu comme la reproduction de la Suisse » précise le créateur. La pratique de l’architecture repose donc pour Rahm sur le climat et l’atmosphère contrairement à l’architecture-sculpture « convexe et solide ». Selon lui la conception des bâtiments est responsable de la moitié du réchauffement climatique. Chauffage, ventilation, isolation thermique, climatisation entrent désormais en résonance avec le développement durable, les économies d’énergie.

Rahm 2.jpgL’architecte ne cesse de travailler ces problématiques. Mais face à une démarche aussi neuve les freins sont nombreux. L’’agence doit « pactiser » sinon avec le diable du moins accepter des concessions : « En règle générale, nous proposons 30% de technologies anciennes, 30% de contemporaines, 30% d’innovations » précise Rahm. A l’aide du logiciel « Comsol » de modélisation climatique, de comportements physiques des mouvements d’air et de température celui qui est aussi professeur à Harvard et à Versailles représente la pointe des recherches et de la pratique de l’architecture. Il réintègre des questions d’énergie et de santé et crée des atmosphères énergétiques, chimiques, biologiques selon des "météorologies d’intérieur". Il s’agit donc moins de travailler sur des questions visuelles que sur les problèmes de qualité d’atmosphère. N’est-ce pas là revenir à l’essentiel et passer de l’architecture muséale à une architecture de vie ?

Jean-Paul Gavard-Perret