gruyeresuisse

02/02/2019

Laurent Huret au C.C.S.

huret.jpgLaurent Huret, "Praying for my Haters", Cente Culturel Suisse de Paris, à partir de 2 février 2019.Un livre d’artiste accompagne l’exposition.

Les recherches de Leurent Huret ont comme base la fonction du secret ou de la connivence. Le plasticien devient une sorte de sémiologue qui s'intéresse entre autres aux croyances, mythes, idées et fantasmes. En particulier elles et ceux qui naissent dans les zones d’ombre que projette l’amoncellement de nouvelles technologies.

 

 

 

huret 2.jpgPour sa première exposition en France, l'artiste suisse fait découvrir un aspect inconnu d'Internet et de ses opérateurs anonymes chargés de censurer les images violentes, insupportables et traumatisantes que des "malades" plus ou moins conscients proposent sans cesse sur Facebook ou Instagram.Certains estiment que des algorithmes font ce travail : il en n'est rien. Des entreprises de sous-traitance emploient des milliers de personnes, - nommées pompeusement "content managers" - pour trier de telles images. Ils y sont soumis incessamment dans des conditions de travail effrayantes.

 

 

Huret 3.jpgA Manille, aux Philippines ils ne bénéficient d'aucune assistance psychologique et sont tenus à la loi du silence. Lauren Huret filme leurs lieux de travail selon une pratique documentaire de terrain. Mais il fait plus. En son dernier film présenté sous le commissariat de Claire Hoffmann, au C.C.S., par le biais d’une maquette architecturale, qui reflète le système labyrinthique de ces bureaux et ces réseaux, il évoque entre aspects documentaires et imaginaire surréel, la nature à la fois fantasmée et réelle de ce travail où la perversité prend pour les opérateurs un caractère particulier. Cette écriture de l'espace  fait de l'artiste un géologue de compartiments, sas, pièces irrespirables.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

08/11/2018

Sarah Hildebrand : utopies

Hildebrand.jpgSarah Hildebrand, « Wasser », en collaboration avec Gerhild Perl, Espace Rosa Turetsky, Exposition du 17 au samedi 24 novembre 2018.

 

« Wasser », est le premier volet du projet « hope ». Ce dernier est né de la rencontre entre la photographe et trois scientifiques du département d’anthropologie sociale de l'Université de Berne dont Gerhild Perl. L’objectif est de témoigner ici - avec lui -  en une recherche de beauté presque insaisissable, de la présence des traces de celles et ceux qui dépassent leurs limites physiques, émotionnelles, morales, géographiques, personnelles et espèrent, une vie prolongée, une vie meilleure. L’ensemble « hope » fait l’objet d’un livre chez Christoph Merian Verlag, Bâle.

L’artiste - à l’aide de ruse technique - offre une nouvelle rhétorique de l’image. Ses photographies visent à l’équivoque de la ressemblance en différents types de syncopes. Sarah Hildebrand propose le retour à l’image sensorielle selon une iconologie matérielle et allusive. L’artiste cherche à souligner le rêve qui ne cesse de la  hanter et d’affirmer le principe même du devenir et de la transformation de « l’idée » même du vivant.

Existe une forme d’utopie que l’artiste distille. Jaillissent des  présences impalpables que traverse un désir qui abolit toute ligne de séparation entre matières et substances en un jeu d’effluves de l’affect, entre liberté et nécessité voire ce qui ne se laisse pas encore embrasser dans le réel tel qu’il est.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/10/2018

Anthony Friedkin : traité de philosophie en road-movie

friedkin 3.jpgAnthony Friedkin quoique non abstinent spirituel est fasciné par les marges où le corps se joue de lui-même (et de celui des autres). La Californie est son domaine de prédilection - peut-être par ce que le corps y est plus libre qu'ailleurs. Il en observe les logaèdres et montre comment notre viande s'exprime en fixant certains créateurs de créations paradoxales dont tout le monde se moque.

friedkin.jpgJouant avec le creux des fossés et des bouges il creuse l'image elle même. Mais chez lui elle arrive avant les choses même si celles-ci l'entraînent apparemment. C'est pourquoi la beauté trébuche superbement là où Friekdkin maîtrise tout en montrant ce qui devrait rester caché.

Friedkin 2.jpgLe photographe accepte toujours la chute, le délire, la forçage ironique, la fuite et toutes les sortes d'errances. Elles sont de fait "agies" par les prises dont l'énergie est dans le paradoxe de Saint Augustin : "les paroles s'entendent et la pensée se voit". Bref la photographie devient une page de philosophie transformée en road-movie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Anthony Friedkin, "The Surfing Essay", Daniel Cooney Fine Art, New York, 8 novembre - 21 décembre 2018.