gruyeresuisse

28/04/2017

Tito Honegger : l'ai-je bien desendue ?


Honegger.jpgTito Honegger, « D'après peintures », Galerie Anton Meier, Genève , du 11 mai au 1er juillet 2017.

Les descentes de croix traversent toute l'histoire de la peinture occidentale. Néanmoins dans un occident chrétien en crise et après Nietzsche et sa figure de "l'Antéchrist" a surgit la "défiguration" de l'image christique. Dali en fur un chef de file. Tito Honegger propose une autre transgression et mutation. Dans des exercices d'admiration envers les coloristes que sont Rubens ou Rosso Fiorentino, l’artiste annihile leurs chromatismes par des monotypes essentiellement en noir et blanc. Ses descentes de croix ne défendent en rien des valeurs religieuses. Elles travaillent le corps qu’elle réduit et transpose. Les monotypes glissent vers une nouvelle forme d’abstraction qui remplace la charpente des peintures originales. La créatrice propose des repentirs cruels, lyriques et ironiques sur des papiers de soie qui deviennent des sortes de peaux fragiles et ténues.

Honegger2.jpgLe "montrage" qui faisait du corps vénéré un organisme littéralement incroyable est déplacé, décalé à la façon d'un rébus, d'un rêve ou d'une farce. Tito Honegger accorde une nouvelle hiérarchie dans un arsenal hétéroclite. Le corps christique s’absente au moment où tous les symboles figuratifs sont remplacés par des suites d'indices qui ne sont plus les objets de la Passion mais de sa caricature. Le regard zigzague d'un détail à l'autre selon des abstractions « incorporatives ». La descente de croix fait passer par le jusant le gisant comme un paquet qu'on passe sous silence. A sa manière l’artiste genevoise lave le corps à grande eau, fait la toilette du mort avec une éponge gorgée d'eau noire. Elle l’efface. Peut-être pour retrouver le néant que jamais nous n’aurions dû quitter et qui se cache derrière

Jean-Paul Gavard-Perret

27/04/2017

Pop’art made in Switzerland

Swiss 4.jpg« Swiss Pop Art Formes et tendances du Pop Art en Suisse », Aargauer Kunsthaus, Aarau, du 7 mai au 1er octobre 2017.

Paradoxalement dans la suite de la grande époque de l’abstraction zurichoise, le Pop’art trouva une production artistique capitale chez les artistes suisse des années 1960 et du début des années 1970. L'exposition de l’Aargauer en propose pour la première fois un large aperçu à travers les œuvres de Susi et Ueli Berger, Fernando Bordoni, Carl Bucher, Emilienne Farny, Bendicht Fivian, Franz Gertsch, Margrit Jäggli, Urs Lüthi, Markus Müller, Markus Raetz ou Peter Stämpfli. La plupart d’entre eux sont d’ailleurs devenus des artistes internationaux.

Swiss 2.jpgSi l’art pop est par définition un antihumanisme puisque son sujet n’est pas l’homme mais l’objet, les artistes en offrent parfois une dissidence par un retour de son refoulé. Urs Lutti ou Margrit Jäggli par exemple reconstruisent une sorte phénoménologique à travers certaines errances volontaires. Le pop’art suisse a donc créé l’émergence devant un chaos d’ennuis et de conditionnements.

Swiss.jpgPlus qu’aux USA et au Royaume-Uni, des œuvres helvétiques ont jailli des agglutinements intempestifs, des textures et des sarabandes capables de réinterpréter le monde. Dans le « Pop » made in Switzerland demeure une suite de discontinuités, d’éboulis, d’interférences L’exposition permet d’en reprécise les codes et en monte les codex. Elle prouve que sous ce mot demeurent des corpus à voir autrement qu’à l’état de simples reliques.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/04/2017

Lauren Greenfield : douteuses exhibitions


Greenfield P. DE C..jpg"Generation Wealth" est la première monographie sur la photographe et réalisatrice américaine Lauren Greenfield, primée au festival de Sundance en 2012 pour « The Queen of Versailles ». Magnifique et cruel, le film illustre l’existence de Jackie et David Siegel, propriétaire de la chaîne « Westgate Resorts » et de la plus grande et plus chère maison des Etats-Unis qu’ils ont modestement nommée « Versailles »... Lauren Greenfield est toujours fascinée par l’obsession pathologique pour la richesse. Les espoirs de beauté, de fortune et de notoriété sont les résultantes d’un consumérisme de plus en plus ravageur dont la photographe souligne les stigmates.

Greenfield  3.pngDans ce but elle a « monté » sa monographie sous forme de narrations de 650 photographies aux couleurs saturées et aux figures baroques. Elles répondent à 150 interviews des personnages photographiées. D’où une chronique délirante de la société du nouveau millénaire telle qu’elle se découvre principalement sur les côtes Est et Ouest des Etats-Unis. Mais ce matérialisme cavaleur, ce besoin de célébrité sont devenus les parangons d’une société mondialiste dont les repères  et valeurs sont l’argent et son ostentation. Greenfield.pngSe découvrent les coulisses des pitoyables concours de beauté, les maisons des oligarques russes et des nouveaux riches chinois. Ils se prennent pour une élite parce qu’ils croulent sous des biens aussi laids que rococos. Au passage l’artiste n’oublie pas de faire état de certains projets pharaoniques qui - faillites aidant - sont réduits au rang de ruines. Ce qui, somme toute, est (presque) rassurant.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lauren Greenfield, « Generation Wealth », Phaidon Editions, 2017, 70 E., 504 p.