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07/07/2020

Daniela Edburg : Frankestein, Mer de Glace et autres monstres.

Edburg.pngDaniela Edburg, "Topographies of Transformation", Galerie Fabienne Lévy, du 9 juin au 4 septembre 2020

Daniela Edburg est une artiste mexicaine d'audience internationale. La galerie Fabienne Lévy propose sa première exposition solo en Suisse. Atteinte d'une maladie rare en 2016 qui fit de son corps un immense hématome, l'artiste a lu à cette époque  "Frankenstein" que Mary Shelley écrivit au bord du lac Léman. Ce livre a chamboulé sa sensibilité, son sentiment esthétique et son sens du spirituel. L'auteure romantique est devenue celle dont la créatrice peut se réclamer tant Frankestein pose une question essentielle : Quels sont les responsabilités d'un créateur envers sa création ?

Edburg 3.pngA mesure que Daniela Edburg appris à vivre dans un corps "nouveau" qui avait subi de nombreux changements, elle continua ses recherches. Elle planifia même un voyage sur la Mer de Glace que la romancière évoque dans son roman. Elle la découvrit considérablement amoindrie. Elle n'est plus qu'un simple fantôme de ce glacier qui, autrefois, « montait comme les vagues d’une mer agitée, descendait bas, entrecoupée de fissures profondes ». Ce fut le premier de nombreux autres voyages à visiter les glaciers alpins, et le début de mois de travail pour capturer leur image en décomposition en écho à son propre corps.

Edburg 2.jpgL'exposition présente deux ensembles des oeuvres récentes de l'artiste. "The glaciers" ont été conçus spécialement pour Lausanne. Le plus grand des glaciers dans la première salle présente "l'infâme Mer de Glace" décrit pas Mary Shelley comme un monde qui tue sourdement. Les autres glaciers sont ceux que l'artiste a découvert en Suisse et, dans leur état présent,  ils évoquent les derniers souvenirs avant leurs disparitions.

Edburg 4.jpgDes monstres sont aussi créés à partir de l’expérience personnelle de Daniela dans une tentative de cartographier le corps. Examinant les symptômes physiques et mentaux elle représente la maladie comme "de" l'information qui résiste à ses propres conditions. De cette façon, elle ramène tout à Frankenstein, à la recherche de connexions qui embrassent le monstre, que ce soit dans un paysage désolé ou dans le cadre domestique de sa propre cuisine. Des oeuvres antérieures et d'abord inoffensives se chargent ici d’absurdité et de peur. Manière pour l'artiste de brouiller les cartes entre fantasmes et réalités afin de créer une réflexion surprenante, belle et profonde sur la façon de percevoir le corps comme le monde et ce qu'ils deviennent. Mary Shelley n'a qu'à bien se tenir.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/07/2020

Joan Haseltine : voyages en solitudes

Haseltine_Joan 2.jpgJoan Haseltine propose le début d'histoires. Tout reste dans l'ordre d'un certaine suspense et d'une attente. Personnages et objets sont isolés dans le cadre et tout est présenté de manière aporique. La photographe présente de la manière suivante son objectif : "une exploration du veuvage, créée à travers la lentille d’influences cinématographiques."

Haseltine_Joan.jpgS'intéressant à "l’objectivation des femmes dans le cinéma dans les années 50 et 60", l'artiste les transforme en métaphores de son propre voyage dans des endroits qu'elle ne connaît pas. De tels lieux émanent la solitude, un isolement et la douleur qui est suggérée suite peut-être à des peines de coeur.

Haseltine_joan 3.jpgCouleurs, lumières et un certain stylisme créent des narrations sans début ou fin. Reste une état de latence qui, rappelle Joan Haseltine, "parle de ce que j’ai vécu." La créatrice décrit des états de vulnérabilité mais dans lesquels se perçoit une beauté dans la banalité. La création s'enracine en une solitude parfois nimbée en un certain confort toujours provisoire. Toutes les femmes de l'artiste semblent de passage mais rivées à un isolement sans fin. Vibre une discrète lumière. Les visages restent néanmoins  avides d'impalpables demains. Virevolte sourdement l’invincible jouissance qui tient encore au corps.

Jean-Paul Gavard-Perret

Joan Haseltine, "La fille en Robe Rouge et Autres Histoires", 2020.

03/07/2020

Thomas Hirschhorn, Robert Walser et Biel/Bienne

Hirschorn.jpgThomas Hirschhorn, "Robert Walser-Sculpture", Hatje-Cantz, Berlin, 68 E., 860 p., 2020.

Pendant 3 mois la ville de Biel/Bienne - citée la plus bilingue -  a proposé un genre très spécial d'évènement et de sculpture. Non seulement parce qu'elle est l'oeuvre d'un des plus grands artiste suisse contemporain (Thomas Hirschhorn) mais parce qu'elle est dédiée à un des plus grand écrivain suisse : Robert Walser. Au delà cette oeuvre devient la redéfinition de la sculpture elle-même. Elle est faite de matière basique plastique  et assemblage divers en des "sacres" qui délaissent en conséquence les matières nobles (pierre, acier et bronze).

Hirschorn 2.jpgCertes ce n'est pas nouveau mais cette forme de performance-installation en mouvement prouve comment une société peut s'unir pour un type festif d'ostentation. L'objectif n'est pas de monumentaliser pour l'histoire une statue sur socle  et donc de momifier mais d'ouvrir l'art à une communion aussi artistique, littéraire que conviviale. Dans ce but Thomas Hirschhorn et Kathleen Bühler ont développé des collaborations sur le terrain depuis novembre 2016 à Biel - la ville natale de Robert Walser.

Hirschorn 3.jpgEnsuite, pendant douze semaines, le projet a transformé la place de la Gare de Biel en un lieu de réunion et de découverte de l'oeuvre de Robert Walser. Lectures, conversations, ateliers, activités pour enfants, conférences, conversations, théâtre, bibliothèque, exposition et de nombreux autres événements confrontent quotidiennement le public à l'oeuvre de Robert Walser. Le résultat livresque est une sorte d'agenda multifacettes mémorial de cette "exposition". Le livre réunit de nombreux textes dont ceux de l'artiste et les photos de E. Munoz Garcia. Jamais auparavant une ville entière s'était investie dans la manière de créer un travail artistique de cette façon. Ce programme utopique unique reste à ce titre un modèle.

Jean-Paul Gavard-Perret