gruyeresuisse

14/01/2021

Nouveaux enjeux de l'image : Blanca Blarer et Andri Stadler,

Stadler.jpgBlanca Barer, «Quiet Noise», Andri Stadler, «2+2=5», Galerie Mark Müller, Zurich, 15-16 janvuer2021.

 
Les deux artistes suisses Blanca Blarer et Andri Stadler provoquent, dans une approche conceptuelle et abstraite de leurs travaux,  un glissement du réel dans le symbolique.  Les images se transforment subrepticement selon une radicalité contre toute instrumentalisation de l'image.
 
Barer2.jpgCes modalités ouvrent à une nouvelle perception. L'image se diffracte en parcelles et une sorte de dénudation et une neutralité expressionniste pour  tenter de trouver l’essence du langage. Le tout en supprimant des constructions sociales des images et leurs codes. L'image échappe au stéréotype et n'agit plus comme un outil de régulation.
 
01_der_doppelte_blick-1023x804.jpgSe produit une forme de souplesse qui fait bouger le connu et de stable moins pour émouvoir qu'inquiéter, pour accueillir la nouveauté et l’adapter. Si bien que les modèles d'identification sont modifiés par la sphère d'action des deux artistes. Ils intègrent de nouveaux enjeux tant par le "dessin" que ses matières. De telles oeuvres deviennent des carrefours de signification singulières et contiguës où tout se construit et déconstruit.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

13/01/2021

Glen Baxter et le non-sensique

Baxter.jpgNé à Leeds en 1944, Glen Baxter partage son enfance entre les salles de cinéma et les bibliothèques. D'où son goût pour les  westerns comme pour le burlesque transgressif et échevelé des Marx Brothers. D'où aussi son attrait pour les mots qu'il découvre en se plongeant dans les livres d’aventures. Entre autres ceux de W.E. Johns et de son héros pilote James Bigglesworth. Tout est écrit avec mots étonnamment longs et complexes qui plaisent au gamin.
 
Baxter2.jpgAprès une formation à l’école d’art de Leeds – où il comprend qu’il est davantage attiré par la poésie que par la peinture abstraite – Glen Baxter découvre à Leytonstone le surréalisme et entre en écriture. Puis il part pour New York, sur l’invitation du poète Larry Fagin qui lui propose de lire ses textes. Ce fut un bouleversement pour lui : "C’était comme mettre les doigts dans la prise. Tout le monde paraissait être un poète, ou du moins aspirait à le devenir."
 
Baxter3.jpgDe retour à Londres Glen Baxter met en place la formule qui le rendra célèbre : un dessin à la "ligne claire" réalisée à l’encre et dont les surfaces sont colorées au crayon. Son style rappelle les premières B.D. du genre Sapeur Camembert et plus près de nous l'école belge. Et c'est ainsi que ses poèmes premiers se condensent en légendes sous l’image et laissent le lecteur/regardeur en état d'expectative. L'humour prend ainsi une valeur spécifique : il n’est ni narquois, sarcastique ou sombre :  il "fait rire par induction" là où tout devient non-sensique. Preuve que la vie comme l'art n'a pas forcément besoin d'être fléchée.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
Absolutely Baxter, Galerie Isabelle Gounod, Paris, du 2 janvier au 6 février 2021.
 

12/01/2021

Les hantises de l'air de Sylvain Granon

Granon.jpgSylvain Granon, "Résonances", galerie ligneTREIZE, Carouge, Genève, du 16 janvier au 12février 2021.
 
 
 
Sylvain Granon  évoque le mystère qui prélude aux germes de la présence du réel. La vision est remodelée à l’épreuve d’une rupture entre le sens idéal de la figuration et la présence d'espaces qui évoluent au gré de la lumière  dans la singularité divers moments.
 
Granon 2.jpgCette hantise de l'air  reste néanmoins la  nourriture terrestre et impalpable de la création. Durée et simultanéité ne font qu’un dans la genèse de l’espace. Restent des volutes sourdes et mouvantes gouvernées selon des modulations de vagues. Elles s’élèvent ou s’abaissent par poussées et strates en divers courants  si bien que chaque œuvre recèle en elle un étrange kaléidoscope.
 
Granon 3.jpgExiste dans chaque peinture une immobilité vibrante et agissante qu’exaspèrent des couleurs absorbées sourdement ou la violence de la matière.  L’artiste semble s’absenter mais il est terriblement présent pour laisser tout le champ à ce qu’il ouvre et projette à la lumière sombre répercutée d’étape en étape en un roulement silencieux.
 

Jean-Paul Gavard-Perret