gruyeresuisse

23/01/2022

" En Y"  et en isthme

En.pngMariana Isler /ivanlavague /Emmanuel Mascolo, "En Y", Standard/Deluxe, Lausanne, du 22 janvier au 13 février 2022
 
Cette exposition explore les jointures entre cultures hip hop et queer par le prisme des choses vues et du grand public.  Tout semble a priori opposer ces deux mondes, ces deux cultures ou champs alternatifs qui  restent encore frappés de discrédits même s'ils bénéficient d’une réception médiatique inévitable. Mais les trois artistes montrent comment ils s’alimentent autant qu’ils se rejettent. Jean-Rodolphe Petter de standard/deluxe a  donc décidé de montrer ces tensions qu'il retrouvait dans ses propres travaux. Il a fait pour cela appel à celle et ceux qui habitent et habillent cette exposition "En Y" - titre symbole d'une jointure et d'une ambiguïté.
 
Isler.gifSensible à cette thématique autant sur le plan sémantique qu’esthétiques ils se sont appropriés ce titre et l'ont indexé à leur recherche spécifique pour l'exposition. Mariana Isler à travers son mixage de la peinture au graphisme et sa pratique du graffiti. Ivanlavague quant à lui souligne l’ambivalence des codes de notre société : ses sujets violents qui souligne les enjeux de l'époque  jouissent d'une prestation  toujours élégante. Par ces collisions, l'artiste nous confronte à ces mondes, leurs enjeux sociaux et leur image. Quant à Emmanuel Mascolo ses expérimentations textiles, performatives et sculpturales prouvent son intérêt pour les matériaux, leur résistance, leurs possibilités esthétiques et leurs projections sur le sociétal.
 
Un.pngLes trois ont donc su répondre aux exigences des cultures et codes hip hop et Queer par leurs propositions qui à la fois construisent et déconstruisent l'imaginaire collectif afin de  le désenclaver. Ils prouvent que l'art est d'abord une question de corps et de ce qu'il montre et dit en se passant de mots. Ces trois recherches déplient en conséquence mais chacune à leur manière la même jonction. Elles montrent comment l'image peut rendre ou créer la sensation d'un monde avec des fulgurances, des images chocs ou des empreintes qui saisissent les visiteurs.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

22/01/2022

L'art brut de Romain Perrot

Perrot.jpgRomain "Roro" Perrot,  "Peintures et dessins", Humus, Lausanne,  du 29. janvier au 26 février 2022.
 
 
Romain Perrot dessine, peint, édite et publie des "graphzines" depuis 20 ans sous le nom ABSURDUM, dans un geste brut et direct. Il est aussi et surtout connu comme musicien performeur bruitiste et autodidacte  à l’origine du courant de musique expérimental intitulé « Mur bruitiste » (Harsh Noise Wall), dont il a contribué à définir les fondements sous le nom de "Vomir". Il mène depuis 20 ans de nombreux projets, en solo ou en collaboration – en improvisation sauvage, parasitages et interférences.
 
 
Perrot 2.jpgSa   première exposition  en Suisse, présente vanités et memento mori -  séries menées depuis maintenant plusieurs années. De tels travaux sont moins connus que sa musique. Mais proche de Jean Dubuffet par l'esprit il propose son propre de l’art brut et un refus d’une culture dominante développée. Il y a chez lui un côté plasticien punk en de telles créations chargées de désespoir et de rage. Et ce en toute liberté créatrice. Au regardeur de livrer sa propre interprétation.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

20/01/2022

Les zones crépusculaires de Bertrand Planes

Planes.jpgBertrand Planes, "Poème en morse", Galerie Laurence Bernard, Genève 2021, 27 janvier au 25 février 2022.
 
Bertrand Planes invente pour cette série un dispositif particulier : il a créé une balise autonome et pilotable à distance. Elle est visible la nuit de très loin. Parfois après une ascension en montagne, il la pose dans le paysage et à l'aide d'un interupteur cette source de lumière transmet un poème en morse qui peut se voir depuis les vallées adjacentes.
 
Planes 2.jpgIl travaille actuellement à un montage de plusieurs balises. Il utilise dans ce but la technique du "light painting" et le message produit demande l’usage d’un appareil photographique pour être décodée. Ces sources en synchronie sont alignées et lors des captations -  à longue pause et en mouvement - les flashes lumineux laissent des traces sur la photo et y dessinent des mots.
 
Planes 3.jpgUne nouvelle fois Bertrand Planes puise dans les sciences et les outils numériques ses mises en scène. Le pixel, le traitement de données et les sources lumineuses utilisés dans ses installations créent un univers parallèle et poétique qui deviennent une sorte de critique diffracté de notre monde.
 
Jean-Paul Gavard-Perret