gruyeresuisse

24/05/2017

Le grand Plouf ! d’Erik Kessels,

Kessels 2.jpg« Etriphotographe », passionné par les expériences visuelles multiformes et fonctions, Erik Kessels est un artiste néerlandais qui ne photographie pas. Ou peu. Il s’empare de « vieilles » images pour en faire la synthèse, les déconstruire et les recontextualiser au moyen d’accumulations ou de décadrages.

Kessels 4.jpgLe photographe si particulier n’exclut rien, retient tout, préfère au besoin les pieds au visage et dans une de ses séries fétiches il suit une femme qui s’est fait photographier toute sa vie dans l’eau. D’où ce regard particulier porté aux êtres comme aux objets et jusqu’au détritus. La beauté n’est pas forcément le sujet premier : néanmoins elle existe eau moment où Kessels réactualise notre regard par son point de vue décalé, iconoclaste et désacralisé.

Kessels 3.jpgDans ce continuum ou plutôt ce "discontinuum", une part importante est laissée à la rupture comme aux répétitions sérielles. Dans l'espace du non-dit, l’image se libère. Elle est exhaussée de la durée par la fragmentation et une marche – ou une nage - sans fin. Il s’agit toujours de commencer, partir, puis à nouveau recommencer à partir, dans ses jeux de répétitions, de variations, d'ordres et de contrordres. Ils permettent à Kessel d'explorer des contrées inconnues.

Jean-Paul Gavard-Perret

« The many lives of Erik Kessels », Camera – Centro Italiano per la Fotografia, Du 1er juin au 30 juillet 2017, Turin.

23/05/2017

Ben Hopper : des photos aux poils

Hopper.pngRefusant de considérer comme belle une femme uniquement si elle est épilée, Ben Hopper présente ses modèles les bras levés afin de voir ce que les photos de mode désormais ignorent. Cette vision qui satisfera les Femen et plus largement les féministes. A la prise de force d’un érotisme aseptisé le photographe propose une première fêlure tout en créant une acuité sensorielle accrue, une montée de température.

 

 

Hopper bon.jpgPar l’assouplissement programmé des articulations de leurs bras, actrices et modèles sont totalement conquises et délivrées par leur nouveau rôle et la série d’indices que les mises en scènes et leur faisceau énergétique produisent. Ben Hopper prend sur lui de considérer principes, repères, acquis comme des quasi-hérésies. On lui en sait gré pour le plaisir que cela crée au moment où se et réanime des logiques visuelles oubliées.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.therealbenhopper.com/Projects/Natural-Beauty, 2017.

22/05/2017

Mark Boulos autour du monde


Mark Boulos 2.jpgTraversant le documentaire et la fiction, le réalisateur américano-suisse Mark Boulos partage sons temps entre tournages et expositions. Il réussit ce que peu d’artistes arrivent à faire : lier l’ethnographie à la vie réelle dans une hybridation de genres :documentaire et installation. L’artiste parcourt des lieux eux aussi hybrides : le Londres de la City, le conflit dans le delta du Niger, des scènes de tournages à Hollywood, etc..

Mark Boulos.jpgLes rapports entre le cœur des êtres humains reste au centre de son travail. Dans son documentaire «All That Is Solid Melts into Air» (2008) il compare la crise des marchés financiers américains avec les rituels protecteurs de rebelles nigérians démunis combattant les sociétés pétrolières. Avant même le 11 Septembre, il présenta dans « Self-Defense» (2001) le portrait d’un sympathisant d’Al Qaida à New York. Avec «No Permanent Address» (2010) il explore une des guérillas philippines marxiste et paysanne Plus loin de l’actualité brûlante il a montré dans «The Gates of Damascus» (2005) une femme qui a des visions miraculeuses.

Mark Boulos 3.jpgL'artiste prouve qu'au-delà des cultures et des lieux du monde, la part commune à l’humanité se décline à travers des représentations symboliques, des mythes, des rêves et des combats. Parfois le travail est moins purement documentariste. «Echo» (2013) est une installation interactive où le spectateur voit sa propre image face à lui, grâce à une installation d’écrans invisibles et réflecteurs. Dans tous les cas Mark Boulos cherche à montrer des traces complexes entre les aires de la politique, de la religion et du cinéma.

Mark Boulos 4.jpgChaque montage crée une narration pour sortir des codes de la représentation tels qu’ils se déploient dans l’art vidéo contemporain. Ses films échappent aux projections littérales et habituelles. L’artiste pousse le processus filmique dans sa complexité et parfois jusqu’aux limites du réalisable. En conséquence les images sont pénétrantes, perturbantes. Elles rappellent parfois le passé, et surtout le présent avec l’espoir de dépasser ce qu’il en est du monde. Le livre - avec son choix d’image et ses interviews - propose la première monographie du créateur.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mark Boulos, Eponyme, sous la direction de Matthew Schum, Hatje-Catze, Berlin, 160 p., 29,80 E., 2017.