gruyeresuisse

18/03/2018

Derrière les marches : Alison McCauley


Cauley 2.jpgA l’origine c’est par hasard qu’Alison McCauley photographie pour la première fois le Festival de Cannes. Son seul objectif : la curiosité. Celle-ci est bonne conseillère. Poussée par le désir autant de voir que de savoir, la jeune photographe découvre le dessous des cartes. Un tel évènement cinématographique demande une organisation impressionnante et tout azimut : l’artiste est très impressionnée. Elle n’est pas loin d’imaginer que si toute la France était structurée de la même façon le pays serait le plus efficace du monde…

Cauley.jpgLa photographe n’en était pas à son coup d’essai. Elle a individuellement exposé en France et en Suisse et collectivement aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Géorgie. Ses photographies ont été publiées par Al Jazeera, BBC News in Pictures, France 24, Courrier International, The Daily Mail, Houston Chronicle, The Hindu, etc. et elle contribue régulièrement à Carnet d’Art qui publie ce livre. C’est pourquoi un tel ensemble est un coup de maitre(sse).

Cauley 3.jpgAprès sa première expérience festivalière en 2013. La fête mondiale de cinéma  devient pour elle sinon un guet-apens du moins une addiction. Stimulée par l’ambiance et l’énergie de l’événement elle y revient. Désormais avec un but plus précis. Pendant cinq ans elle en capte l’atmosphère autant dans les rues, les marches du Palais que dans les hôtels, plages et lieux de fête. Elle shoote les stars, les professionnels et le vulgum pécus - les body-guards, les play-boys, les starlettes et call-girls, les fans et les vacanciers.

Cauley 4.jpgDe telles photos proposent une vision coruscante et originale. L’artiste édite des instantanés parfois surréalistes, souvent absurdes ou drôles. Elle ouvre une sorte de back stage pour montrer ce qui habituellement demeure caché. C’est d’ailleurs ce qui constitue l’originalité de toute son esthétique. Dans son précédent livre et au sein d’un lieu et d’une problématique bien différente ( "Temps d'attente - Tant de vie", sur la vie des requérants d’asile à Genève) elle montrait déjà un autre dessous des cartes. L’enchantement fragile de certaines luttes sourdes ou de certaines mises en scène spectaculaires comme la banalité commune de la vie ordinaire sont exhaussés à l’état de signes visuels afin de suggérer de divers types d’emprises.

Jean-Paul Gavard-Perret

Alison McCauley, « Another Cannes », Editions Carnet d’Art, Aix les Bains, 2018, 25 E. En prévente sur le site des éditions : http://www.carnetdart.com/

 

08/03/2017

La noisette et les marmottes : marché des éditeurs romands de poésie de Lausanne



Romand.jpgBibilomédia prouve combien les éditeurs romands savent prendre les risques que leurs voisins français refusent. Sur le marché de Lausanne, cette année, Héros Limite propose des rééditions majeures, Samizdat une belle inconnue à travers sa « Tempête » en romanche et en français, Encre Fraîche et d’Autre Part font la part belle à l’humour (Fabienne Radi en tête), quant aux éditions de L’aire et Eliane Vernay elles restent des figures de proue. Comme souvent en poésie l’édition romande comble les lacunes et des faiblesses des éditions françaises centrées sur elles-mêmes. Les éditeurs romands (et il en va de même dans les domaines des revues) ne cultivent pas seulement le sens proche ou du spectaculaire La Revue de Belles Lettres (RBL) l’illustre depuis des décennies dans un travail autant de passion que de réflexion.

Romand 2.jpgC’est pourquoi il semble étrange qu’afin d’ouvrir l’édition lémanique aux nouveaux espaces numériques le Marché va se clore en invitant deux sites étroitement franco-français : Poezibao de Florence Trocmé et Sitaudis de Pierre Le Pillouër. C’est un peu comme si pour conclure un colloque sur la politique étaient invités Fillon et Trump. Les deux sites se contentent de traiter par la bande les éditeurs romands. Et lorsque Sitaudis publia l’éminent et excellent poète Christian Bernard - genevois d’adoption en tant que directeur du Mamco - l’attrait de la Suisse était bien relatif. La noisette romande intéresse peu les marmottes françaises. Et il aurait été plus judicieux d’inviter ceux qui, de l’intérieur - du 24 Heures de Lausanne à Pro Helvetia - peuvent intervenir plus pertinemment dans la défense et illustration de l’édition poétique romande afin d’en soutenir la progression. Sortant de leur mise en scène cosmétique de la littérature helvétique le Marché se serait passé de tels hôtes exotiques. La poésie lémanique a devant elle son avenir. Elle n’est en rien le dépotoir de ceux qui de l’extérieur veulent lui apprendre à vivre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marché des éditeurs romands de poésie, Bibiomédia, 19 mars 2017, Lausanne.