gruyeresuisse

16/12/2015

La belle liberté de Guillaume Denervaud

 

Denervaud 4.pngGuillaume Denervaud dans ses différentes expériences et tentatives propose une effraction de la conscience perceptive par le renouvellement de dispositifs stratégiques. Tant par la structure de ses images graphiques que par ses installations végétales. Celles-ci laissent (un peu) sur notre faim mais le travail de dessin est des plus pertinents. La liberté y demeure à la fois plus débridée mais maîtrisée. Elle se répand et essaime en une fragilité colorée.

 

Denervaud 2.jpgLes découpes foisonnent sur le support où elles restent à la fois forcément fixées mais dans un dynamisme grouillant. Il y a là humour et joie. Néanmoins, et « derrière », se cache une vision plus âpre. Se jouent  rassemblement et déliaison. Contre la rigidité, la souplesse des formes propose un système de féerie particulière. L’image reprend toute sa force de dérangement. Elle a de quoi inquiéter et séduire. Elle justifie sa brouille avec l'ordre et annonce un beau devenir chez le jeune artiste.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

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15/12/2015

Les retours aux fondamentaux de Philippe Rahm

 

Rahml.jpgPhilippe Rahm , "Météorologie des sentiments", Collection Les Grands Soirs, Editeur Les Petits Matins, 104 pages, 2015

 

Tout a commencé pour Philippe Rahm (diplômé de l'École polytechnique fédérale de Lausanne et dont l’agence est devenue une des plus avancées dans son domaine) lorsqu’il a représenté la Suisse à la Biennale d’architecture de Venise en 2002 avec "L’Hormonorium". L’artiste travailla sur l’air et la lumière dans un espace au taux d’oxygène raréfié pour reproduire du climat de la haute montagne. Le seuil de lumière y était rendu très violent à l’égal de la réverbération de la clarté sur la neige : « C’était un peu comme la reproduction de la Suisse » précise le créateur. La pratique de l’architecture repose donc pour Rahm sur le climat et l’atmosphère contrairement à l’architecture-sculpture « convexe et solide ». Selon lui la conception des bâtiments est responsable de la moitié du réchauffement climatique. Chauffage, ventilation, isolation thermique, climatisation entrent désormais en résonance avec le développement durable, les économies d’énergie.

Rahm 2.jpgL’architecte ne cesse de travailler ces problématiques. Mais face à une démarche aussi neuve les freins sont nombreux. L’’agence doit « pactiser » sinon avec le diable du moins accepter des concessions : « En règle générale, nous proposons 30% de technologies anciennes, 30% de contemporaines, 30% d’innovations » précise Rahm. A l’aide du logiciel « Comsol » de modélisation climatique, de comportements physiques des mouvements d’air et de température celui qui est aussi professeur à Harvard et à Versailles représente la pointe des recherches et de la pratique de l’architecture. Il réintègre des questions d’énergie et de santé et crée des atmosphères énergétiques, chimiques, biologiques selon des "météorologies d’intérieur". Il s’agit donc moins de travailler sur des questions visuelles que sur les problèmes de qualité d’atmosphère. N’est-ce pas là revenir à l’essentiel et passer de l’architecture muséale à une architecture de vie ?

Jean-Paul Gavard-Perret

14/12/2015

Roberto Greco le fabuliste

 

Greco bon.jpgŒuvres de Roberto Greco, Forma, Lausanne.

 

Par la fascination de ses images et le magister qu’elles imposent Roberto Greco fait passer du paroxysme de l’idéal à un abîme animalier. Ancien élève de l’ECAL, Roberto Greco est un photographe faussement « naturaliste ». Il rappelle aux étourdis que rien ne sert de chasser la bête : elle revient au galop. L’artiste s’en empare : empaillée elle devient star puisque dans l’œuvre le règne animal garde le haut du pavé. Il ne manque ni de gravité, ni de légèreté. Car l’animal fait bien les choses. Et Greco devient un fabuliste photographe. Ses bêtes sont nos semblables, nos frères mais les choisir en lieu et place de nous atténue le traumatisme que les mises en scènes de l’artiste génère.

Greco.jpgCelles-ci possèdent ici une perfection formelle. Il y a de la vanité, de la nature morte dans l’air. Mais tous les genres sont revus et corrigés. L’animalité permet de montrer ce que le « sujet » anthropomorphe n’aurait pu révéler à la fois de la vie et de la mort. La fable visuelle se répand pour répondre aux chants désespérés de la condition humaine. Grâce à l’animal ils semblent plus beaux. Roberto Greco fabrique une perspective que nous voulons ignorer. Preuve que l''art non seulement peut mais se doit à l'animal. Il redessine le lieu de l'art comme celui du deuil, de la mélancolie et de la drôlerie. Photographier l'animal revient donc non à proposer une imagerie folklorique mais à saisir qui nous sommes à travers ceux qui nous affectent et nous grignotent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:52 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)