gruyeresuisse

02/09/2015

Quêtes indiciaires de Denis Savary le ménestrel visuel

 

 

SAVARY.jpgDenis Savary,Séquence été 2015 -  Cycle Des histoires sans finJusqu'au 20 septembre 2015, Mamco, Genève.

Jusque dans sa réflexion sur le concept d’exposition Denis Savary multiplie les jeux d’emboîtements d’objets gigognes  qui ne coïncident pas forcément. Pour chaque projet ou invitation l’artiste invente des narrations par images (les siennes ou celles qu’il emprunte) et mots clés. S’instaure un labyrinthe optique jouant de rapprochements et de coïncidences défaites ou non. Dans "meilleurs vœux / d'après" son travail était la réponse à l’invitation du musée Jenisch de Vevey. Plutôt que de présenter ses œuvres de façon classique, l’artiste remonta l'histoire de l'institution pour y puiser des anecdotes passées et  réinvestir tous les espaces de ses propositions poétiques en relation avec les collections. Au Jeu de Paume à Paris il a poussé encore plus loin la réflexion sur la question de l’auteur, de l'hommage, de la filiation, de la lecture et - bien sûr - du détournement. Ce dernier est essentiel : pour preuve une de ses plus célèbres œuvres.  La « poupée »  qu'il a fait réaliser d'après celle d'Oskar Kokoschka, créée elle-même d'après Félix Vallotton et « montée » dans  une installation conçue avec Jean Christophe Huguenin  et nommée "Cotillons".  

SAVARY 2.jpgLes interactions restent majeures dans le travail du Vaudois qui se veut conteur et ménestrel optique du XXIème siècle, passeur de légendes. Son imaginaire s’arrime à celui des autres pour la création d’œuvres hirsutes. L’idée de « Stromboli »  lui serait venue d’un tableau de  Modigliani. Elle devint une « sculpture » à l’échelle du corps moulé dans un granulat de caoutchouc mélangé avec de la résine. Au Mamco la pièce, posée sur une table, devient plus un paysage vallonné qu’un corps. Et tout l’esprit de l’artiste est là. Il a décliné une série de sœurettes de la grande « Stromboli ». Chaque fois il trouve un moyen de passer de la solitude du dessin au travail avec divers types d’artisans propres à donner existence à ses projets « farcesques » où le réel bascule. Passant à la vidéo,  il feint d’en ébaucher aucune mise en scène : les plans sont autant accidentels que paraissant gorgés de références et deviennent des temps de latence, parfois nonsensiques. Godard n’est jamais loin. Reste la nappe cendrée des choses, le pouvoir de l'air. Ses coloris, sa poussière, ses hantises. S’y perdre est à la fois un plaisir et une angoisse.  Il faut accepter le risque de ce Chaos car en une telle initiation  toujours le merveilleux jaillit.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

29/08/2015

Adrien Chevallay : vers d'autres pactes de visibilié

 

 

 

Chevallay 2.jpg 

Les "objets" d'Adrien Chevallay  sont une source de perplexité systématique puisque l'éros et thanatos, la beauté et la laideur, le rebut et l'essentiel  s'y conjuguent. Le « spontanéisme » apparent de ses créations  n’a rien de naturel.. Chevallay pose  le problème du voile et de la monstration. Tout repose sur le registre de l’ambivalence dans des approches parfois sophistiquées parfois brutes pour dégager du capiteux et du capiton. Le jeu du monstre, du rebut  force le regard à se « tordre » là où la matière de rêve est détruite.

 

 

 

Chevalley.jpgChevallay ne cherche pas à théoriser son travail.  Le très peu donne beaucoup et le beaucoup très peu. Et on a envie de dire à l'artiste : "Bien joué!" au moment où s'éprouve une joie enfantine et légère devant ce que l'art officiel tend à rejeter. Créer n’est pas plus séparer, défaire qu’ouvrir et exhiber.  Une certaine « confusion » est de mise là où la dénudation devient une forme particulière de la nudité. Elle permet de refonder une relation particulière à l'art. Le "geste" de Chevalley ne répond plus à celui du voyeur qui voudrait s'émoustiller en faisant corps avec ce qui n'en a pas. Ici, du plaisir de la pensée à celui de l'art, un jeu de bande induit une fantaisie sarcastique et bouffonne qui renverse l'immuable ordre et l'importance des choses. L'œuvre ne se contente donc pas de témoigner du réel. Ou si elle témoigne c'est afin que chacun de ses éléments prenne dans son aspect d'évidence métaphorique une force, une puissance qui défient le réel.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

09:32 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

26/08/2015

Krum et les mondes parallèles

 

 

 

 

 

Krum bon.pngKrum, "O2 / planches originales", Galerie Christopher Gerber (dans le cadre du Festival International de la Bande Dessinée de Lausanne 2015)

 

 


 

Né en 1979, Krum se tourne très tôt vers les arts graphiques. Après deux ans à l'école des beaux arts du valais, il se lance dans une série d'expositions de 1999 à 2001 et en 2093 crée Absurdostudio, son propre studio d'illustration et publie dans la foulée  « l'Au-dessus » son premier album. Pour promouvoir le livre, il dessine seize affiches géantes disséminées dans Vevey et se retrouve de facto à la création du festival Pictobello.   Après 10 ans de silence « officiel », « O2 » est d’abord paru en ligne. L’album est une fantastique narration muette et contemplative d’un monde imaginaire sombre aux cités extraordinaires où se mêle   la nature et le rêve.

 

 

 

Krum.pngIl y poursuit  des questions essentielles pour lui : « Pourquoi les oiseaux volent-ils, pourquoi le ciel est-il bleu pantone, pourquoi les mines de Pentel 0.5 sont-elles si vite usées ? ». Au sein d'un fantastique impressionnant Krum fait glisser la B.D.  vers une autre surface de prospection. Le dessin atteint  un épique particulier et « grand spectacle ». Tout est cru, violent et le dessinateur vaudois n'a jamais été autant au mieux de sa forme en sa violence iconographique et iconoclaste où le monde défile dans une ronde symbolique, et essentiellement poétique et fascinante. Les variations de plans régissent l’œuvre. Elle reste en perpétuel décalage - symbole de liberté. Le rêve devient une manière d’accorder au réel un tatouage inédit

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:24 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)