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14/01/2017

Françoise Jaunin : « Ah, des paysages!, Rien de plus, rien de moins » (S.B.)

 

art et fiction .jpgFrançoise Jaunin, « Se plonger dans La chute d'eau, le lac et le plus petit musée du monde », conversation avec Caroline Bachmann et Stefan Banz et exposition des deux artistes «What Duchamp Abandoned for the Waterfall», proposée à l'Espace CHUV, Lausanne, à partir du 12 janvier 2017.

 

 

 

 

 

 

art et fiction bon.jpgPar l’entremise de Françoise Jaunin, Caroline Bachmann et Stefan Banz racontent leurs parcours de vie et leurs travaux autour de Marcel Duchamp. Leur demeure de Cully est proche de la chute d'eau du Forestay lieu ou décor de l'ultime chef-d'œuvre de l’artiste. Les deux protagonistes rappellent l'enquête grâce à laquelle Stefan Banz a découvert cette cascade au dessus de l’endroit où il s’installait. Ils commentent les clichés « conceptuels et sensibles » que Duchamp a réalisé du lac Léman qui selon lui « à chaque heure, change de robe» ainsi que ceux de la cascade photographiée en 1946 comme point de départ pour son dernier projet « Étant Donnés :1° la chute d’eau, 2° le gaz d’éclairage... ».

art et fiction 4.jpgCaroline Bachmann et Stefan Banz retracent aussi l’histoire du « plus petit musée du monde » (La KMD - Kunsthalle Marcel Duchamp) de la taille d’une boîte aux lettres qu’ils ont créé en 2009 à côté de chez eux en hommage à l’inventeur du « Ready Made » et dans l’objectif d’organiser un symposium et un événement international consacré à lui et à la chute d’eau du Forestay. Le musée n’est pas seulement « fantôme », il permet de déplacer la vision que le regardeur se fait de Duchamp à travers des artistes invités (Wei Wei par exemple).

art et fiction 3.jpgL'exposition propose 54 photographies du lac Léman. Chacune obéit au même protocole. Prises en plongée depuis la même fenêtre de la maison de Cully, à toutes les heures du jour, elles invitent à une immersion dans un jeu chromatique en damier. La patience de ce travail, permet à l’image d’apparaître peu à peu en un processus de dévoilement. A la périphérie de Marcel Duchamp les deux artistes poursuivent donc un travail conceptuel où se réactivent différentes données de l’art (portraits, paysages et natures mortes). La photographie induit parfois d'étranges effets en un détachement programmé. Le paysage devient un sémaphore si bien que l’âme liquide du lieu se déploie en une forme d'abstraction de telle sorte que ce ne soit pas en pensée qu’on se porte vers lui. Pas, au bout de la route, promesse de Paradis, pourtant c’est lui que l’image « expose ». A ce titre elle reste l’erreur essentielle dont on ne se remet pas, Il convient d'en tirer les conséquences. Mais surtout ne pas de lui dire adieu.

Jean-Paul Gavard-Perret

17:21 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

12/01/2017

Victoire Cathalan : magie recréatrice

 

Cathalan bon.jpgVictoire Cathalan, « Éléments », solo show, Espace L, genève Vernissage 19 janvier 2017

 

 

 

Cathalan.pngPour Victoire Cathalan, la surface des choses n’est pas seulement une apparence mais l’interface entre le visible et l’invisible. C’est pourquoi les notions de paysages ou de natures mortes sont métamorphosées dans son approche. La peinture y acquiert une sensualité particulière afin de redonner à l’art comme au réel un nouveau départ. Restent une fragilité dans la force, la force dans une fragilité loin de tout principe de narrativité. Le mystère est évident mais demeure un mystère. S’y ressent néanmoins combien la créatrice lutte contre le temps et sa dépression. C’est là que tout recommence. L’éveil laisse le souvenir d’un songe. Mais il se concrétise.

Cathalan 2.pngLes œuvres deviennent des pierres de lune ouvrant les portes du soleil. Un trait sombre vient éclaircir, ouvrir des fibres de lumière. Existe autant le suraigu de la transparence que la densité de la matière. Jaillissent des fleurs d’un étrange jardin. Victoire Cathalan rend visible l’intime du monde où tout se crée en une lente et longue aventure et incubation programmées mais aussi un appel du large, du haut et des profondeurs. Entre dentelles échevelées parfois dépensées en longueur, parfois nettes dans leur embrouillamini l’artiste crée des portes d’un lieu où voguer et frémir. Manière pour l’artiste de demander quels sont ses êtres qui se souviennent de leur oubli. Et ce, à travers une tension et un apaisement grandissants là où la peinture n’est pas narrative : elle invente des récits. Pas forcément des histoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Charles-Albret Cingria : de l’importance du chat

 

Cingria.jpgCharles Albert Cingria, « Le carnet du chat sauvage », Illustrations de Alechinsky, nouvelle édition , Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 48 p., 12 E, 2016..


Dans « Le Petit labyrinthe harmonique » Cingria rappelle avoir pleine conscience des œuvres qui le précèdent, de leur valeur et, en conséquence, il révèle une volonté première : ne pas répéter ce qui a été fait. Il désire apporter du nouveau, du différent. Dans ce but il précise : “Je pense qu’il faudrait redonner sa juste importance au chat”. Dès lors - et comme l'auteur dont il prend la place - il devient un écrivain pas forcément sympathique, capable d’être très indélicat mais plein d'un humour sarcastique.

Cingria 2.jpgComposé en "description ambulatoire", le texte s’égare, vagabonde en digressions, ronronne, griffe. Ce qui semble secondaire s'impose au premier plan. Le chat narrateur, met fin au logos ou lui donne une autre voie. Par l’animal peu domestique le Vaudois mène les lecteurs à trouver étrange le familier et vice versa en une poétique de la surprise. Devenue narratrice et philosophe la figure féline impose son « Yes we can ». Preuve que pour Cingria la bête est plus fiable que l’homme. Son miaulement raisonnant crée le charme d’un livre dont le style léger ou grave, sérieux ou badin reste un incurable délice.

                                                       Jean-Paul Gavard-Perret