gruyeresuisse

22/09/2015

Le tout à l’égo - André André

 

André 2.jpgAndré André, "Concours de bien-être", Ripopée, Nyon, 2015

 

 

 

D’André André on ne connaît rien ou presque. Si ce n’est les nombreux livres que Ripopée publie. Sauf erreur la maison fait de l’iconoclaste et de son tout à l’égout de l’égo une exclusivité. Fils spirituel de Ben il envisage froidement tous les slogans qui pourraient transformer l’art et la littérature en autre chose que du beurre noir sur page blanche (ou comme chez son maître du saindoux blanc sur support noir). Graphiste performeur, le dessin de A.A. est moins fort lorsqu’il se veut plus Wolinski que Ben. Le spécialiste des « concours de bien être » reste avant poète anti-théoricien et anti rhétoricien. Il existe chez lui du dadaïsme. Il devient ainsi grand « Arpiste » romand qui accompagne le monde - et pas forcément à sa perte.

 

 

André.jpgDéplaçant le champ de l’art (il se refuse même à être peintre en lettres) loin de celui de l’éthique A.A. rappelle que toute morale vit au dépend de celui qui l’écoute. Il préfère calligraphier  tout haut ce que les artistes et les écrivains n’osent même pas penser tout bas.Il pourrait donc faire siens les mots de Ben pour parler de ses livres : « ces petites choses rigolotes finiront par faire une meule de foin qui roulera, grossira et prendra de la force ». On le souhaite même si jusque là son  humour est souvent mal compris mais A.A.  s’en moque. Car il garde bien des choses à dire, à montrer  et grâce à Ripopée ne s’en prive pas. Ses livres parlent pour lui-même en échappant à la pseudo culture qui sert à gonfler des baudruches.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

18/09/2015

Mirko Baselgia : d’entres les murs et structures phénoménales.

 

 

BASELGIA.jpgMirko Baselgia,   « Sozein Ta Phainomena », Galerie Heinzer Reszler, Lausanne, du 25 septembre au 31 octobre 2015

 

 

Baselgia 2.jpgMirko Baselgia vit et travaille dans les  Grisons. Il devint un des artistes les plus prometteurs de la scène helvétique au même titre qu’un Peter Wuettrich par exemple. Certes, il lui reste à acquérir une envergure plus internationale que la galerie Heinzer Reszler par sa reconnaissance extra-muros peut lui ouvrir. Intitulée  « Sozein Ta Phainomena » son exposition prouve comment l’artiste crée un lien subtil entre le conceptuel, l’abstraction mais aussi une figurationà travers divers mediums (dessins, sculptures, installations, photographies, vidéos) et centre de polarisation (biologie, urbanisme, architecture entre autres). Fidèle à toute une école américaine de l’art,  l’artiste fait réaliser ses œuvres en faisant appel non à des élèves (il n’a pas d’atelier) mais à des artisans de corps de métiers inhérents à ses projets : bronze, cuivre, bois, verre antique, acier, cire d’abeille, peau de bêtes sont « apprêtés » par des spécialiste de ces matières.

 

 

 

Baselgia 3.jpgPassionné autant par le monde animal que les structures des pouvoirs il propose par exemple des plans de ville en damier typique d’une cité « idéale  (Democratic Grid Athen). Avec Sozein Ta Phainomena il revisite le plan du futur lieu d’entreposage des déchets radioactifs en Suisse. Le titre renvoie à la potentialité à l’être comme aux responsables politique de se cacher la réalité en leur faculté d’abstraction de contingences dont ils sont pourtant les régulateurs. Avec Alice (« image » d’un anneau du Cern) ou avec Endoderm (moulage d’un terrier de marmottes) l’invisible sort de la terre où il est enfermé.  Le tout en un lien entre le rupestre et une quasi science-fiction. Artiste des structures Baselgia fait rejoindre le monde humain (ou post humain) à celui de l’animal. Dans son œuvrer il n’est pas jusqu’aux abeilles à revoir l’architecture leurs ruches. Preuve que qui n’est pas homme et animal est en quelque sorte un demi-corps. Et s’il n’est pensé que dans une « région » où la pensée n’est que panier percé tout est possible – surtout le pire. L’artiste tente de la conjurer pour que le lien social ne soit pas un concept vide.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

10:16 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

14/09/2015

De sa fenêtre : Ariane Epars

 

 

Epars.jpgAriane Epars, « Carnet(s) du lac », Héros Limite Genève & Galerie Davel14 Cully.

 

 

Ariane Epars développe des projets en lien avec le temps et les lieux et ici l’histoire intime. Chaque jour, pendant une an à Cully où elle vit, l’artiste a décrit le paysage visible de sa fenêtre.  Peu à peu l’identité du lieu prend corps par la succession des images instantanées. Cette opération devient un moulage du temps et de l’espace. La forme a prise sur elle-même à travers le relevé indiciaire. L’œuvre s’incorpore au lieu autant par dissémination qu’unité. Le fil d’Ariane se tend et se détend par effet de modification. Le travail tient à la fois de l’œuvre in progress et de son « advenir ». Tout joue de la discrétion et d’une certaine neutralité où apparemment rien ne change (ou si peu). L’énergie se concentre sur ce peu qui saisit et prend à rebours les habituels effets pétards (mouillés) des images sidérantes.

 

 

Epars 2.jpgCette intervention insidieuse au sein de la banalité et l’évidence crée une poésie « frugale ». Elle ne cesse de retenir. Sans cesse le lecteur-regardeur revient sur les pages. Il est à l’affût afin de comprendre comment le perçu se déplace insidieusement dans ce qui tient d’une forme particulière de représentation et de narration. S’éprouve un mouvement au sein de la fixité.  L’approche est aussi rapide que lente et ne rappelle paradoxalement rien d’établi dans ce qui crée peu à peu un décrochement figural, un engloutissement, une plongée et une concentration par implosion..

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret