gruyeresuisse

14/10/2015

Laure Gonthier et les territoires de l’autre

 

 

Laure Gonthier 2.jpgLaure Gonthier continue de vider l’image comme de la remplir selon divers processus - du film à l’objet en céramique. Dans tous les cas il s’agit de découpe ou de découpage, de jeux de pénétrations mais aussi de démembrement. De manière subtile la vaudoise précise par ses projets que la nuit est dans le jour, que le jour est dans la nuit - sans les biffer mais pour en approfondir les contours là où la métaphore fait mouche.

 

Laure Gonthier.pngUne telle recherche devient une brèche qui ouvre le monde par approfondissement de ses pans soudain écartés. Dans un élément compact et opaque se découvrent peu à peu des éléments par dépliage ou enfoncement. Au milieu de falaises d’une « pelure »   ou d’un tunnel se saisit la présence de l'être par effet d’aporie, de litote. L’oeuvre souligne la consistance et l’inconsistance, le fugace et le perpétuel, l’instantané et l’intangible.  Formes et surfaces créent  une énigme. Celle-ci appelle moins  la fascination de l’imaginaire que celle d’une nudité du visible. Etirant ou concentrant le temps et les formes Laure Gonthier donne le sentiment d’être au monde autrement qu’en état de simple lucidité comme de la pure rêverie évanescente. C'est sans doute pourquoi, soudain, une vérité nue nous fait face : elle est construite selon des images apparemment les plus simples mais qui, Didi-Huberman l’a souligné, ne sont jamais de simples images.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

« Silent Movies », 17-18 octobre 2015,Q-Park Level -3, Cavendish square à Londres. Et toujours : « Luxe calme & volupté » jusqu'au 1er novembre 2015, Musée Ariana, Genève.


12/10/2015

Le sourire de Mona : Jacques Roman & Christophe Fovanna

 

Roman.jpgJacques Roman & Christophe Fovanna, « Communication au monde de l'art sur le secret aveuglant de La Joconde », coll. SushLarry, 80 p., art&fiction, Lausanne, 2015.

 

L’image et le texte reviennent toujours de loin lorsqu’il s’agit d’échapper au simple reflet. Ils sortent de l’invisible, de l’inaudible, d’un écrit lui-même raturé, d’une image elle-même lézardée. Ils jouent du manque et de l’absence cherche la fissure qu’ils incarnent pour s’alimenter l’un l’autre au besoin. Ils nourrissent ce livre en « repons ». Le poète (J. Roman) et le critique d’art montre comment La Joconde est à la fois la fin et le début des images. Ce qui est le cas de toutes les grandes œuvres. Elle fomente l’imaginaire, le retour, la renaissance, contrecarre discours et images orthodoxes. Les deux semblent provenir d’un lieu et d’un espace à jamais perdu tout en gardant quelque chose de leur origine défaite.

Fragmentaire - puisqu’à deux voies – le livre se dépose au plus près du silence et de l’invisible qu’il parvient à mettre en forme. L’image ou le texte, se « raturant » et se complétant l’un l’autre ne s’étouffent jamais. Ils s’appellent, témoignent des cadavres et des dépouilles de ce qui les fonde.  Ils sont les réceptacles d’un geste à la fois animal et esthétique, celui qui ouvre depuis la chair et l’ombre, le silence et la peau des cultures. Même cryptée, cachée, recouverte, la volonté du texte et de l’image reste toujours  présente dans ce livre. Sur un ton plus léger que celui d’un traité la voyance se perçoit dans le retrait des mots qui à l’inverse se nourrissent de l’ombre portée par les images sur et par eux.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/10/2015

Ivresse et pesanteur : l’érotisme selon Erwin C. Dietrich

 

 

Dietrich.jpgErwin C Dietrich au LUFF, 14-24 octobre 2015, Librairie Humus, Lausanne.

 

 

Erwin C. Dietrich fut dès les années 50 un producteur et réalisateur de films ainsi qu’un écrivain. Le natif de Saint Gall a multiplié en tant que metteur en scène ou scénariste des œuvres « particulières » presque exclusivement érotiques et reléguées - parfois à tord parfois avec raison au rang de série B ou X. A partir de la fin des années 60 elles connaissent un certain succès voire un succès certain. Citons « Le ranch des nymphomanes »,  « Le corps et le fouet », «  Sexe au ventre », « Gretchen sans uniforme »,  « Greta la tortionnaire », «  Les aventures érotiques de Robin des Bois ». Sous divers pseudonymes  ( dont Manfred Gregor, Michael Thomas) il a réalisé ou produit lors de ses grandes années jusqu’à 10 films par an et a permis l’éclosion de réalisateurs tels que Jess Franco ou Antonio Margheriti. Le premier n’a pas hésité à le nommer «  le Roger Corman européen »…

 

Dietrich 2.jpgLe Luff propose une exposition d’une trentaine d’affiches de ses films érotiques et d’exploitation qu’il a produits ou réalisés. Le tout  rendu possible par les collections communes d’Ascot-Elite, de la Cinémathèque suisse et de la Fondation F.I.N.A.L.E. (La Fondation Internationale d’Arts et Littératures Erotiques). On peut  rire d’un rire sardonique face à de tels films et leurs affiches. Mais celui-là n’est rien d’autre qu’un tremblement face au dérangement que propose l’œuvre. Par l’érotisme elle a  néanmoins pour fin de nier la mort par un tel jeu. Il dépasse pour Dietrich toute autre activité puisque comme l’écrivait Bataille « La clarté point dans la parfaite ténèbre ».  Touchant à la mystique du péché, le créateur en a fait sa tasse de thé car il sait combien beaucoup y laisse leur temps et leur pensée. L’humanité entière  et voire jusqu’aux abstinents y sont engagés.

 

Jean-Paul Gavard-Perret