gruyeresuisse

01/05/2017

Sébastien Mettraux : machines et Eden


Mettraux.jpgSébastien Mettraux, « Ex Machina », sur le quai 3 de la gare, Vallorbe, du 21 mai au 18 juin 2017.

Celui qui a grandi dans une maison isolée et en pleine nature près de Vallorbe se lève dès que sa montre-réveil mécanique (ce détail a son importance) sonne. Solitaire, travaillant de jour comme de nuit dans son atelier situé dans la gare de sa ville natale, près de l’horloge (là encore le détail n’est pas anodin) , peu enclin aux vacances, il prend néanmoins le temps d’emmener mon fils au parc ou à la boulangerie du village pour boire un sirop. Pour celui qui est fasciné par les machines à compter les heures, le temps de travail ne compte pas ; Proche d’artiste tels que Jérôme Bosch, Félix Vallotton, Charles Sheeler, Erik Bulatov, le créateur amateur d’architecture et l’horlogerie poursuit sa peinture figurative

Mettraux 2.pngAvec « Ex-Machina » exit Adam et Eve. Les images cultivent une ambigüité non dénuée d’humour. Froids, parfaits, ironiques ses structures remontent le temps l’histoire de l’art. Et le créateur de remarquer : « Après de nombreuses recherches sur la représentation du paradis depuis la Renaissance, j'ai fait le constat que les images actuelles les plus proches de ces codes de représentation sont les visuels de promotion immobilière de luxe »…L’art se cache donc parfois dans des niches imprévues. Le bonheur qu’évoquaient les peintres florentins est donc désormais sublimé autant avec sérieux que dérision par des images d’une mécanique propres à mettre en évidence - qui sait ? - d’imprévisibles havres de paix là où les trains ne passeront pas.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:27 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

30/04/2017

Hans Bringolf le caporal "épinglé"

Bringolf.pngHans Bringolf, « Feu le lieutenant Bringolf », La Table Ronde, 10,20 E ., 2017 444 pages.

Fils d’un colonel suisse et d’une russe, Hans Bringolf est à sa manière un type de nouvel héros atypique. Il doit son titre de « feu le lieutenant Bringolf » parce qu'il était souvent donné mort lors des exercices. Il sert dans les services diplomatiques suisses jusqu'en 1904, puis en est radié pour fausses écritures. Il émigre ensuite aux États-Unis, commande une unité américaine, est emprisonné pour fraude. Avec la Première Guerre, il entre dans la Légion et obtient un autre surnom celui de « Le lion de Monastir ». Médaillé, il se retire en Suisse. Il y écrit le roman de son existence plus ou moins douteuse mais tout autant héroïque. Cendrars repère ce livre et lance avec lui sa collection « Les têtes brûlées » aux éditions du Sans Pareil.

Bringolf 2.pngSon éditeur (et traducteur) ne s’y était pas trompé. Hans Bringolf sait extraire de sa vie un roman en cavale. Entre éléments narratifs et l’évocation de l’existence existe à la fois une sorte de mise en abîme et d’approfondissement. D’autojustification aussi. Cette évocation n’a rien d’un champ de ruines : elle met en évidence le brio de l’aventurier au long cours et les arcanes de l’imaginaire compulsif de l’auteur lorsque cela est utile à sa défense et illustration. La dimension complexe du personnage demeure en filigrane. Il impose à son existence, face aux changements que lui imposent ses vicissitudes, de quoi se tenir debout - quitte à passer par des fenêtres quand les portes se ferment et ce pour entrer comme pour sortir. Reste toujours un saut dans l’impossible même si selon lui le monde ne l’a jamais laissé en paix. Mais il n’y est pas pour rien, eu égard à l’énergie qui l’anime parfois jusqu’à l’excès. L’auteur y remet en question les appréciations basiques entre le bien et le mal. Et son panégyrique ne s’embarrasse pas d’arguties spécieuses sauf lorsqu’elles sont; confusément ou non, indispensables...

Jean-Paul Gavard-Perret

28/04/2017

Ester Vonplon : consistante défaite

Vonplon.jpgEster Vonplon, « Alleine tanzend – irgendwo » (en collaboration avec Jürg Halyer) Kunstverein Konstanz, du 28 avril au 13 Juillets 2017

Les photographies d’Ester Vonplon créent un monde énigmatique en d’étranges harmonies et dans un principe de distension avec le réel. Cela peut rappeler parfois un certain animisme plus qu’un processus d’identification. La projection propose une solitude vivante même si la photographie abandonne le monde des psychismes humains

Vonplon 3.jpgUne communication secrète donne vie à la nature et parfois de l’être (qui ne peut plus vraiment s’identifier). Surgit une architectonie de la vision. Elle permet de voir plus grand. Il ne s’agit plus de contempler la réalité « comme il faut » mais autrement dans une sorte de victoire sur l’opaque même si les ombres demeurent La photographie propose une consistante défaite au profit d’une autre, tout aussi fugitive, dans l’évanescence des phénomènes là où le monde solide devient labile et précaire.

Jean-Paul Gavard-Perret