gruyeresuisse

14/11/2015

Axelle Snakkers entre la ténèbre et l’éther

 

Snakkers.jpgAxelle Snakkers : « intermezzo » exposition collective  , Curatrice Françoise Mamie,  Le Salon Vert, Carouge, 15 novembre 2015 - 16 janvier 2016

 

 L’art expressionniste abstrait d’Axelle Snakkers est d'un tachisme  fluide et composite. Les formes nagent ou s'envolent sans la moindre condescendance à un ordre réglé. La joie se mêle à la tristesse  non sans un culte rendu à la beauté au sein d’impressions ressenties dans le spectre amoureusement mis en valeur d’obsessions soigneusement cultivées ; certaines ont été réalisées à toute vitesse, d’autres au ralenti ; avec ou sans musique, à l’intérieur ou dehors, sous lumière artificielle, en lumière naturelle. Axelle Snakkers ouvre un univers d’émotions en maintenant le cap au delà de l’écume des apparences Il faut du temps parfois pour que la surface apparaisse sous formes de flaques ou de petites formes obscures.

Snakkers 2.pngLa peinture se vit légère tant que faire se peut dans un effet de  broussaille. Dans ce retournement de la profondeur, la surface dégrade, esquive le support mais aussi le « complémente ». Sur lui le jus de la matière « ouvre » des formes. Elles passent les unes par-dessus les autres, s’entrecoupent, s'entrecroisent, se frottent à la lumière ou fuient dans la profondeur pour s'esquiver ou faire face au sein de lumières diffuses. Chaque oeuvre propose moins un brouillage qu’une dissolution partielle des réalités ou des références soit par débordement ou «évaporation ». Une forme de liberté et une remise en cause de la représentation sont atteintes. Au faste de l’ornemental fait place la capacité de vibration et d’écho. Elle atteint le silence au fond de l’amenuisement des éléments du réel. C’est un bouquet irrationnel, un défaut dans la cuirasse des apparences. S’en suivent les remous d’effusions poétiques.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/11/2015

Le « ça voir » de la jeune photographie suisse

 

Suisse photo.jpg« UPHO by night !  – Jeune photographie suisse », LAC Local d’art contemporain Anciens Fossés 8, Vevey

 

La jeune photographie suisse à travers le collectif PHO (7 artistes de l’ECAL dont Anaïs Boileau) casse la certitude des limites du réel : des désirs de voir peuvent partir  dans des directions inconnues. Certes – et c’est rassurant - tous les créateurs ne mettent pas ici leurs pieds sur les mêmes plans ou « sabots » (dont parfois peuvent surgir le bout de l'orteil). Une femme dore au soleil sur un drap de bains qui devient un grill. Que voyons-nous en de tels segments sinon la perte de commande des êtres sur leur vie au sein d’enquêtes filées mais dont la trame s’effiloche ?

 

Suisse photo 2.jpgLoin de la nostalgie, l’absence est questionnée dans la photographie et son “ ça voir ”. Le réel est en reprise parce qu’il n’est d’une certaine manière toujours et forcément qu’effleuré, approximatif même si les photographes suisses sont dedans et ne s’en remettent pas – d’où leur insatisfaction et leur nécessité de créer. Ni déniée, ni réfutée la réalité surgit en sur-vivance - ce qui ne représente pas pour autant un nouvel âge mais un approfondissement. La photographie s’implique comme l’absente, la retirée, l’endeuillante qui tente pourtant de reconstituer un “ ensemble ”. Elle est ici insolente mais ne desserre pas les dents : elle ne met rien dans les mots, elle n’en n’éprouve pas le besoin puisqu’elle « parle » d’elle même.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

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12/11/2015

Les hors pistes de Laurent Kropf

 

Kroft.jpgLaurent Kropf, « Scrambled Eggs », Stadio, Vevey, du 27 au 20 décembre 2015.

« La partie réservée à la subjectivité du spectateur est sans doute la définition même de l'art  » précise Laurent Kropf. Mais pour la forger tout artiste doit séduire. Cette volonté passe par un travail de réflexion qui entraîne ce que souligne encore l’artiste : « elle ne laisse pas forcément de place à sa subjectivité du spectateur ». D’où la quadrature du cercle de l’art ou sa contradiction majeure. Néanmoins par sa fonction communicante l’œuvre pose des questions de manière insidieuse. Elles réclament au spectateur un effort de réflexion. Sauf bien sûr à lui donner des images factices, évidentes donc sans le moindre fond.

Kropf 2.jpgRefusant toute facilité populiste, Laurent Kropft crée des œuvres dont la démarche comme le résultat ne se laisse pas appréhender d’office. Il propose des narrations mais pas - dit-il - « pour endormir les enfants ». Refusant toute mythologie à l’icône l’artiste fait bouger les images au sein d’un travail d’expérimentation. Avec son « Vieux père », sur des photographies de groupes anonymes (famille, équipe, chœurs, etc.) une forme blanche est surajoutée pour isoler une figure de patriarche face au groupe qu’il domine mais qui continue néanmoins à vivre sa vie. Accumulant diverses collections d’images le jeune artiste ne perd jamais la dimension sociale et humaine de ses créations et de leurs sources. Preuve que pour « faire » un substrat est nécessaire. Il peut au besoin « s’ironiser » même lorsqu’il s’agit de la Bible. Fasciné par les objets culturels et cultuels Kroft l’utilise parfois moins comme relique qu’en tant que corpus archéologique.

Kropf 3.jpgDe plus l’artiste joue de l’ambivalence entre l'image et le verbe. A Barthes qui juge le langage fasciste, La Bruyère répondait pas avance « qu’une image vaut mille mots » - d’où peut-être la crainte qu’elle suscite dans certaines religions monothéistes. Mais un Beckett a prouvé combien les mots moindres de la tribu pouvaient réenchanter le monde. Dès lors Kroft choisit titres et images selon une pratique du détournement des langages. « Tout cela est stratégique. La liberté est une notion de stratégie » écrit-il. Elle fait évoluer son travail en le dégageant de tout cynisme. Proche d’un Gasiorowski quant à l’esprit Kroft poursuit l’innommable par le visible. Celui-ci est le signe d’une piste qu’il s’agit de suivre ou de remonter. Jusqu’à l’origine. Big Bang ou Bible peu importe : c’est ce qui permet au discours plastique de se poursuivre.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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